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01/12/2008

Un voisin

Le Droit au logement opposable (DALO) entre en vigueur ce lundi. Théoriquement, à partir de ce jour, les mal-logés reconnus comme prioritaires sont en droit de traîner en justice, devant le tribunal administratif, l’Etat si celui-ci n’est pas parvenu à leur proposer un logement dans les six mois suivant l’introduction de leur requête. Cette nouvelle mesure était très attendue par tous les mal-logés. Mais, dans notre cher quartier Bastille, pour un de ses habitants en tout cas, elle survient trop tard.

 

Il est mort dans la nuit de jeudi à vendredi dernier. Il était SDF, depuis des années. Il avait 55 ans. Il était surnommé «Le Petit» par les gens du quartier. Pour le distinguer d’un autre SDF avec lequel on le voyait souvent, lui de plus forte stature et donc appelé «Le Grand». Il a été découvert mort au petit matin. Les secours ne sont pas parvenus à le ranimer. Le lendemain de son décès, on a entendu à la radio locale des gens du quartier éclater en sanglots. Tout le monde entretenait des rapports cordiaux avec «Le Petit». La plupart des gens s’imaginaient que, la nuit tombée, il allait dormir au chaud dans un foyer d’hébergement d’urgence de l’île Saint-Louis. Et bien non, en fait. Il dormait dehors.

 

«Le Petit» vivait à quelques centaines de mètres à peine de la maison et du bureau. A côté de Bastille, dans le Marais Saint-Paul. Rue de la Cerisaie. Une rue qu’on a beaucoup fréquentée à une époque, quand on avait nos habitudes au «Temps des Cerises», un resto-bistrot titi parisien sympa. Du coup, «Le Petit», on a forcément dû le croiser. On ne s’en souvient plus trop, en fait. Ni d’ailleurs de lui avoir jamais parlé.

 

Du coup, avec ce décès, c’est l’actualité qui investit brutalement la vie du quartier. Qui s’immisce dans le quotidien. Ce n’est plus un chiffre abstrait égrené dans le décompte médiatique macabre des SDF victimes de l’hiver – une demi-douzaine rien que depuis la dernière note consacrée par ce blog à ce sujet. Pour le coup, cela devient tangible, palpable, humain. Ce n’est plus un fait divers comme les autres. C’est, en somme, la mort d’un voisin. 

Commentaires

R.I.P.
Comment notre société, prête à investir dans l'exploration de Mars, n'arrive-t-elle pas à loger ses laissés pour compte?
Tenez-nous au courant des effets de cette nouvelle loi, dont on se demande déjà qui pourra réellement en bénéficier. Mais elle a le mérite de chercher une solution.

Écrit par : Tania | 01/12/2008

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