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30/01/2009

Une surprise

aïe.jpg«Aujourd’hui, c’est jeudiiiiiiiiii! Aïe! Aïe! Aïe!», s’exclamaient dès le matin, sur un ton un peu moqueur, des petites affichettes placardées par des anonymes dans les stations du métro parisien. Hier, pour les usagers des transports en commun de la capitale, la grande galère était donc annoncée à l’occasion de la journée de grève générale. Vingt-quatre heures plus tard, on n’en est pas encore revenu. Et la plupart des Parisiens sans doute non plus. On avait pas mal de trajets en métro à effectuer cette journée, un peu en tous sens. On craignait donc le pire. Et bien, pas du tout. Et ce fut une énorme surprise. Comme le courrier, qui hier matin, malgré donc la grève, est en fait arrivé… beaucoup plus tôt que les autres jours dans les boîtes aux lettres, les métros ont… beaucoup mieux fonctionné qu’habituellement.

 

Ligne 13, par exemple. La pire ligne de métro de Paris. La plus déglinguée. La plus saturée. La plus bondée. D’habitude, aux heures de pointe, il faut bien laisser passer un ou deux trains avant d’être en mesure de s’y engouffrer. Et, une fois à l’intérieur, la cohue et la chaleur sont telles qu’on se croirait sur une plage de La Grande Motte une journée caniculaire d’août. Hier, en revanche, d’après tous les témoignages, la plupart des utilisateurs de cette ligne maudite ont eu le privilège de pouvoir voyager confortablement assis. Ils n’en revenaient pas. Idem pour notre chère ligne 8, habituellement une des plus perturbées les jours de grève puisqu’il s’agit d’un bastion du syndicat CGT. On s’attendait vraiment au pire, en la prenant hier soir. Et bien, ici encore, pas du tout. Certes, il ne fallait pas louper le train: il n’y en avait qu’un par quart d’heure. Et ceux-ci roulaient plus lentement que d’habitude. Mais, dans l’ensemble, cela fonctionnait plutôt bien.

 

Décryptage? C’est la preuve que la loi sur le service minimum dans les transports publics les jours de grève marche bien, dixit les sarkozystes. C’est la preuve que les grévistes peuvent adopter un comportement responsable et, tout en revendiquant et en protestant contre le gouvernement, se soucier du sort des petites gens, dixit les syndicats. Il y a peut-être une autre explication, moins idéologiquement clivée, à cette grosse surprise.

 

danslemetro.jpgHier dans Paris, en dehors évidemment des quartiers où passait la grande manifestation, il n’y avait… personne. C’était vraiment frappant, dès le début de la matinée. Peu de trafic automobile. Des trottoirs moins bondés que d’habitude. Des stations de Vélib’ pleines à ras bord de vélos. Un fond sonore nettement moins bruyant que les autres jours. Peu ou pas de coups de klaxon. Pas le moindre énervement ambiant. Aux terrasses de bistrot des grands boulevards, il restait même des places au soleil pour prendre le petit noir du matin. Les rues de la capitale étaient non désertes, tout de même, mais vraiment très très calmes. On se serait cru un dimanche. Ou un 15 août, quand la France entière est partie à la plage. Hier visiblement, énormément de Parisiens et de Français en général, pour éviter de galérer toute la journée, ont précautionneusement pris une journée de congé et sont sagement restés chez eux. D’où une affluence nettement moindre que d’habitude dans les transports en commun. Et cette fluidité si inattendue, divine surprise.

 

 

 

PS: Sensation tout de même à la RATP, hier soir sur le coup de 20 heures. Plusieurs stations (‘Strasbourg-Saint-Denis’, ‘Havre-Caumartin’, ‘Oberkampf’, etc.) se sont retrouvées… dans le noir complet. Le tout, pendant une bonne demie-heure. Avec des métros qui, dans ces stations plongées dans le noir, ne marquaient pas l'arrêt. Une panne d'un poste d'éclairage. Du jamais vu. Ce qui est bien, avec les transports publics parisiens, c’est qu’il y a tous les jours quelque chose à raconter.

29/01/2009

Une pagaille

La «pagaille», la «galère», la «journée noire», la «prise en otage» du public par les syndicalistes: on va à nouveau n’entendre que cela aujourd’hui en France et à Paris particulièrement, en ce jour de grève générale interprofessionnelle. La pagaille, cela dit, les usagers des transports parisiens n’ont pas attendu ce jeudi pour l’endurer. Hier matin, en effet, le RER et le métro de la capitale ont été le théâtre de scènes de chaos d’anthologie.

 

En cause, un rail qui s’est brisé en pleine heure de pointe à la station ‘Auber’ et a dû être remplacé sur une section de 4 mètres. Résultat des courses, le trafic du RER A – une des lignes de transport les plus fréquentées au monde: 1 million de passagers par jour – a dû être complètement interrompu, pendant près de trois heures, entre ‘Nation’ et ‘La Défense’. Et quelque 5.000 passagers de trois trains arrêtés dans le tunnel après ‘Châtelet’ ont dû être évacués en descendant puis en cheminant à la queue leu leu dans l’obscurité, le long des voies. La masse de voyageurs reflués du RER s’est ensuite déversée dans le métro, qui, sur la ligne 1 notamment, a été complètement saturé. D’où à nouveau la cohue et la grande confusion, des gens en étant réduits à cheminer sur les rebords des escalators (pour avoir une idée de ce que cela donne, revoir ici, en vidéo au bas de la note, une situation analogue survenue précédemment).

 

A la télé et à la radio, pendant toute la journée, ont afflué les témoignages effarants. Des femmes enceintes et des enfants bousculés. Des petits vieux au bord du malaise. Des crises de claustrophobie. Des larmes. Des éclats de voix. Des usagers dans une colère noire après cet énième incident technique les retardant. Il y a dix jours déjà, l’autre vendredi soir à la gare de Paris Saint-Lazare, des voyageurs rendus fous furieux par les retards à répétition avaient insulté des agents de la SNCF et menacé de leur casser la figure, les forçant à se réfugier dans un local sous la protection des policiers. Des vitres avaient également été briséees par des usagers en colère.

 

Ce jeudi, il sera de bon ton de pester contre les grévistes prenant en otages les petites gens qui n’en peuvent plus et n’en peuvent rien. On est plutôt sensible au vécu de tous ces usagers qui n’ont pas, comme nous, la chance d’habiter au cœur bobo de Paris et qui donc, ce soir, pour rejoindre leur grande banlieue, vont passer des heures insupportables. Mais, en même temps, on se pose une question. Si l’on fait le calcul sur une année par exemple, qu’est-ce qui cause le plus grand nombre d’heures perdues, de stress et de désagréments à ces usagers des transports parisiens? Les journées de grève ou les pannes et incidents techniques accumulés à longueur de semaines dans un réseau notoirement vétuste et saturé? 

 

28/01/2009

Une hausse (encore)

immobilier.jpgOn parlait hier ici des discriminations frappant l’accès au logement. A Paris, se loger reste plus que jamais hors de prix. Depuis des mois et des mois, les Parisiens entendaient ou lisaient de savantes analyses selon lesquelles les prix de l’immobilier allaient enfin baisser/avaient enfin baissé/ dans leur ville. Raté. Deux études publiées récemment viennent de prouver… exactement le contraire.

 

Ainsi, selon Seloger.com, «avec 8,6% de hausse en un an, les loyers ont explosé» en 2008 dans la capitale française. En cause, le manque chronique de logements disponibles. Et le ralentissement du marché immobilier: de nombreux candidats à l’acquisition attendent, pour acheter, que les conditions de crédit soient plus favorables et que les prix baissent. Du coup, dans l’immédiat, ils se reportent sur la location, cette demande croissante faisant grimper les loyers. Même si un tassement a été enregistré ces trois derniers mois, le prix moyen du mètre carré loué à Paris s’affiche encore à 28,7 euros. Faites le calcul. Si vous vivez en couple, avez un enfant et voulez un appartement de 50 mètres carrés (ce qui, pour trois personnes, n’est tout de même pas énorme) à Paris, vous devrez débourser chaque mois 1435 euros de loyer.

 

Acheter alors, puisque louer reste hors de prix? Raté, ici aussi. Le meilleur indicateur en la matière sont les chiffres de la Chambre des notaires de la région parisienne. Or, selon ces données, en 2008, les prix de l’immobilier acquisitif dans la capitale ont encore progressé de 4 à 5%. A Paris, le prix moyen au mètre carré s’affiche désormais à 6630 euros. L’arrondissement le plus cher reste le sixième (Saint-Germain des Prés, les environs du jardin du Luxembourg, etc.) à 10200 euros (+11%), suivi du septième (la tour Eiffel, les Invalides, et tout cela) à 9740 euros. Dans notre cher (c’est le cas de le dire) quartier Bastille-Haut Marais, on oscille entre 6000 et 8000 euros le mètre carré. Ici aussi, faites le calcul: un 50 mètres carrés dans le coin vous coûtera quelque 350.000 euros. Soit à peu près trente années de salaire minimum.

 

immobilierencore.jpgComment expliquer cette résistance parisienne à la chute nationale des prix de l’immobilier? Pour le patron du groupe Orpi, «le marché de la capitale est atypique: la demande y est encore sensiblement supérieure à l'offre. En outre, il y a une très forte proportion de ménages qui ne recourent pas ou peu à l'emprunt pour acheter». Concernés notamment, les étrangers fortunés qui acquièrent un pied-à-terre à Paris au titre de résidence secondaire. Dans la capitale, ces achats représentent près d’une transaction sur dix. Et dans certains quartiers cotés comme les Champs-Elysées – cela doit être vrai aussi pour le Marais – les transactions effectuées par des investisseurs étrangers constituent près de 40% des ventes réalisées.

 

Mais, depuis la crise financière et boursière internationale, ces acquéreurs (russes, asiatiques ou américains, pour l’essentiel) seraient de moins en moins nombreux à Paris. C’est ce qui expliquerait en partie la chute du nombre de transactions enregistrée dans la capitale en 2008. Et c’est ce qui, d’après les experts, annoncerait une chute des prix enfin dans la capitale française en 2009. Mais peut-on encore se fier à ces prévisions?

27/01/2009

Un test

Alors qu’en plein cœur de Paris, à deux pas de l’Opéra Garnier, les tentes de mal-logés ont fait leur réapparition rue de la Banque (ici), les députés entament ce mardi  la discusssion d’un projet de loi controversé, dit de «mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion». A Paris (mais en province aussi), selon que l’on s’appelle Durant, Hamidou ou Ben Bakar, on a plus ou moins de facilités à trouver un logement. On s’en doutait déjà, mais au moins maintenant c’est clair et quantifié.

 

En effet, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) vient de rendre publics les résultats édifiants d’une opération de testing qu’elle a réalisée. Ses enquêteurs assermentés ont testé 36 bailleurs (agences immobilières et particuliers) ayant mis en location une habitation. Dans près de la moitié des cas, ces bailleurs ont adopté un comportement discriminatoire à l’encontre des candidats locataires fictifs joués par les enquêteurs lorsque ceux-ci s’affublaient d’un patronyme à consonance africaine. Ces candidats obtenaient plus difficilement que les autres, aux noms à consonance plus immédiatement française, ne serait-ce qu’un rendez-vous pour pouvoir visiter ces logements mis en location.

 

Les résultats de ce test ont été transmis au procureur de la République. En effet, la loi française punit de 3 ans de prison et 45.000 euros d’amende «le refus ou la subordination de la fourniture d’un bien ou d’un service à une distinction opérée entre des personnes en raison notamment de leur origine, de leur patronyme, de leur appartenance ou non appartenance vraie ou supposée à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée». Enfin, théoriquement. Car, comme l’a rappelé Louis Schweitzer, le président de la Halde, «pour changer les choses, il faut avoir une sanction si la loi n'est pas respectée. Si on n'avait pas mis de radar, la violence routière n'aurait pas baissé...»

26/01/2009

Un désastre

pin_maritime_021_(rameau).jpgWeek-end de tempête hivernale, dans le Sud-Ouest. Le bilan humain (8 morts, tout de même) n’est pas négligeable. Ce matin encore, d’innombrables personnes sont plongées dans l’embarras:  un bon million de Français au moins doivent être privés d’électricité, d’eau ou de téléphone. Cette tempête exceptionnelle constitue aussi un désastre écologique majeur pour le pays. En effet, la forêt d’Aquitaine – 300.000 hectares, le plus grand massif forestier de France – a été touchée de plein fouet. Selon le syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest, 60% de la forêt du Sud de la Gironde et des Landes a été ravagé. Concrètement, cela veut dire que des hectares entiers de pins maritimes ont été couchés par terre par les vents. Il faudra des décennies voire des siècles avant que le paysage de la région efface les traces de cette catastrophe.

 

On le sait particulièrement bien en région parisienne, où l’on n’a pas encore totalement fini de panser les plaies de la dernière grande tempête cyclonique d’ampleur historique avant celle de ce week-end: la tempête de décembre 1999. Cette tempête avait particulièrement frappé la capitale et sa région. Elle s’était acharnée sur les deux grands bois parisiens (Boulogne et Vincennes). Et avait causé des dommages irrémédiables y compris à des espaces verts d’intérêt esthétique, écologique ou culturel majeur comme les jardins de Versailles ou la forêt de Fontainebleau. Dégât collatéral en forme d’anecdote, qu’on avait expérimenté in situ à l’époque: pendant des années, après ces tempêtes, il avait été très difficile de pratiquer la randonnée pédestre dans ces forêts parisiennes, une bonne partie des signes de balisage des sentiers ayant disparu, les arbres sur lesquels ils avaient été apposés ayant été abattus.

 

Ses agents nous le confirmaient au téléphone, ce matin: en ce moment, l’Office national des forêts met la dernière main au rapport qui dressera un bilan extrêmement détaillé de la situation des forêts parisiennes et françaises dix ans après cette grande tempête de 1999. C’est à ce moment seulement que l’on saura dans quelle mesure le désastre écologique a pu ou non, en tout ou en partie, être réparé. En attendant la publication de ce rapport, dans plusieurs forêts domaniales de la région parisienne, les agents de l'ONF sont toujours à pied d'oeuvre pour réparer les dégâts. Dix ans n'ont pas été de trop, en effet, pour commercialiser les quantités énormes de bois abattus, pour nettoyer les parcelles, leur laisser le temps de se régénérer ou pour procéder à des replantations lorsque la tempête avait nui à la diversité des essences. A cet égard, certaines forêts parisiennes ont été tellement dévastées que 75% de leur régénération a dû être faite artificiellement. Les forestiers en ont souvent profité pour remplacer les tilleuls, très vulnérables aux coups de vent, par des chênes, plus costauds. Mais ces derniers arbres poussant lentement, il faudra bien un siècle avant que l'on retrouve la physionomie des forêts parisiennes d'avant la tempête de 1999. 

23/01/2009

Une liquidation

Nicolas Sarkozy rend ce matin ses arbitrages sur les réformes à mettre en œuvre pour sauver la presse écrite. C’est la conclusion des trois mois de débats publics qui ont eu pour cadre les Etats généraux consacrés à ce secteur économique en très grande difficulté. On vient d'ailleurs, cette semaine encore, d’avoir une nouvelle illustration du marasme de la presse, avec l’annonce de la disparition prochaine d’un titre mythique de la presse jeunesse française.

 

Mythique ou culte, en effet, était «Pif Gadget». Né en 1969, ce magazine s’est, à sa plus belle époque, diffusé jusqu’à un million d'exemplaires. Son emblème était le chien rouquin ingénieux Pif, héros de BD créé dans les années 30 par un républicain espagnol réfugié à Paris et publié dès 1945 dans les colonnes de «L’Humanité». C’est dans «Pif Gadget» que de fameux héros de BD virent le jour: Placid et Muzo, Dr Justice, Gay Luron ou Le concombre masqué, pour ne citer qu’eux. Surtout, le magazine se rendit célèbre par les gadgets inénarrables qui étaient encartés dans ses pages et qui, dans les années 70 et 80, fascinèrent tous les gamins de France et de Navarre. Parmi les plus fameux de ces gadgets: «Les pois sauteurs du Mexique», «La machine à cuire les oeufs durs carrés», «Le vrai trèfle à quatre feuilles» ou les «Pifises», ces minuscules crustacés lyophilisés qui reprenaient miraculeusement vie quand on les plongeait dans l’eau.

 

Après avoir cessé de paraître en 1993, «Pif Gadget» était réapparu dans les kiosques en 2004. Le succès avait été colossal, tant à Paris qu’en province. Les 380.000 exemplaires du premier numéro de la nouvelle formule s’étaient arrachés en quelques heures seulement. Depuis, le magazine avait tenté de se mettre au goût du jour en ouvrant ses colonnes aux jeunes talents de la BD et à des genres plus contemporains comme le manga ou l'héroic fantasy. Cinq ans plus tard, toutefois, il est à nouveau très mal en point. Mercredi, Pif Editions, la société éditrice du magazine, qui était lourdement endettée, a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Bobigny (banlieue parisienne). C’est vraiment la fin d’une époque.

22/01/2009

Un stéréotype

bananiaold.jpgL’Amérique, depuis mardi, a un Président noir. En France, ce jeudi, la justice se penche sur une des représentations les plus stéréotypées du Noir figurant sur un produit de grande consommation: le tirailleur sénégalais, effigie depuis des décennies de la marque Banania, troisième boisson chocolatée la plus vendue en France après Nesquick et Poulain.

 

La société Nutrimaine, qui commercialise ce produit, est traînée devant le tribunal de grande instance de Nanterre (banlieue parisienne) par le MRAP. Cette association antiraciste considère que ce visuel, très caricatural (grosses lèvres, yeux ahuris, sourire en forme de banane, etc.) ainsi que le slogan historique de cette marque («Y’a bon Banania») véhiculent «une image (du Noir) contraire aux principes de respect de la dignité humaine». Le MRAP «attend des juges du tribunal une sentence exemplaire, dans cette affaire où l’image des individus à la peau noire a, comme trop souvent dans l’Histoire, fait l’objet de dévalorisation et de mépris».

 

Nutrimaine, pour sa part, rétorque que le slogan «Y’a bon» ne figure plus sur les produits Banania depuis 1977 et qu’elle l’a même radié de l’Institut national de la propriété industrielle. De même, par «volonté de ne pas choquer», le visuel d’origine a été modifié. Sur les emballages des produits de cette marque, au lieu du tirailleur sénégalais hérité de l’époque coloniale, apparaît désormais un enfant noir censé rappeler la génération «black-blanc-beur».

 

Le tribunal décidera aujourd’hui si, ce faisant, le fabricant a effectivement respecté les engagements qu’il avait pris envers les associations antiracistes. L’affaire, en tout cas, n’est pas sans rappeler le jugement qu’en 2007, le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) avait porté sur la bande dessinée «Tintin au Congo». Un ouvrage qu’il avait trouvé «offensant» car véhiculant quantité de stéréotypes dénigrants envers les Noirs.

21/01/2009

Un «gang»

Ces derniers jours à la télé, dans les rétrospectives des meilleures images du règne de George W Bush, on a beaucoup revu ce mémorable jet de chaussures que le désormais ex-Président américain a récemment essuyé de la part d’un journaliste irakien en colère. En région parisienne, en ce moment, il est d’autres chaussures volantes qui, certes beaucoup plus anecdotiquement, intriguent les habitants. Elles pourraient bien, elles aussi, avoir un lien avec les Etats-Unis.

 

Cela ressemble fort, en tout cas, à ce que l’on appelle en Amérique le «shoe tossing». A savoir le lancer de chaussures entrelacées sur des câbles ou des fils électriques, de préférence surplombant des routes ou des lieux de passage afin que la présence incongrue de ces chaussures, suspendues là bien en évidence, suscite le questionnement des automobilistes et des passants. Ces dernières semaines, des paires de chaussures de sport accrochées à des câbles EDF ont été découvertes dans plusieurs localités de Seine et Marne (banlieue Est de Paris). Au point que l’édition départementale du quotidien «Le Parisien» ait parlé d’un «gang des baskets» qui sévirait en banlieue parisienne.

 

A ce jour, en tout cas, les motivations et les identités de ces «terroristes de la pompe» demeurent totalement mystérieuses. S’agit-il, comme dans les ghettos américains, de bandes de caïds voire de dealers qui marquent de la sorte leur territoire? D’un gag de potaches? D’une opération de teasing imaginée par des pubards? Certains y voient en fait une allusion... au plus populaire des feuilletons de la télévision française. En effet, des baskets suspendus à un câble apparaissent, une fraction de seconde, dans le générique de début de «Plus belle la vie».

 

Tiens, dans le même registre, mais au cœur de Paris cette fois, on est tombé à plusieurs reprises, ces derniers temps, sur des paires de baskets entrelacées abandonnées sur le trottoir, aux pieds de bancs publics ou dans des squares. La première fois qu’on a vu cela, on s’est dit que ce n’était qu’un oubli. La deuxième fois, on a pensé que ces chaussures avaient été jetées là par quelqu’un qui voulait s’en débarrasser mais avait eu la flemme d’aller jusqu’à la prochaine poubelle. Et puis, à force de continuer à tomber sur ces paires de baskets abandonnées, on a fini par se demander s’il ne s’agissait pas d’une nouvelle mode. D’une espèce de jeu urbain pour initiés. Voire d’une variante du «book dropping», ce phénomène urbain en vogue il y a un an ou deux ans, qui consistait à abandonner sciemment des livres dans des lieux publics afin que des inconnus de passage puissent à leur tour partager le plaisir de leur lecture. Tant de chaussures abandonnées par leurs propriétaires au même moment, de manière si ostensible qui plus est: voilà qui dépasse probablement la simple coïcincidence. Mais ni sur internet, ni dans la blogosphère, ni nulle part on n’a trouvé la moindre trace d’une vague de «shoe dropping» qui se serait abattue sur Paris.

 

La ville, décidément, recèle parfois d’insondables mystères.

20/01/2009

Un «comité»

affiche.jpgBoboland, autrement dit notre cher onzième arrondissement parisien, serait-il devenu la Mecque de redoutables activistes de la mouvance anarcho-autonome? Le repaire de cette «ultragauche» dénoncée à cor et à cri par les autorités et que la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, voit derrière les actions de sabotage dont a été victime le réseau TGV de la SNCF? Ces derniers temps, en tout cas, de Bastille à République, dans ces quartiers de Paris donc où, à chaque élection, l’extrême-gauche ne fait pas de mauvais résultats, les murs ont été placardés de bien mystérieuses affiches aux slogans vengeurs.

 

Elles sont signées par un obscur «Comité invisible». Une organisation inconnue au bataillon, mais dont l’appellation n’est pas sans rappeler la «Cellule invisible» à laquelle  Julien Coupat et ses amis terroristes présumés sont accusés par les autorités d’appartenir.

 

«Que fait la police?», interroge une de ces affiches, au moment où l’Intérieur présente un bilan très mitigé en matière de lutte contre la délinquance et la criminalité. «AutonoRme», proclame une autre affiche au bas de laquelle le R a dégringolé, dans ce qui doit être, si l'on comprend bien, une dénonciation des atteintes causées à l’autonomie par une culture exagérément normative. «Incarcérez, incarcérez. Vos prisons seront nos universités», fustige et menace une troisième affiche.

 

On imagine aisément que les fins limiers de Michèle Alliot-Marie sont d’ores et déjà aux trousses de ces dangereux afficheurs masqués.

19/01/2009

Une (in)sécurité

Ce lundi, la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, présente et détaille les données nationales sur la délinquance et la criminalité pour l’année 2008. Ces chiffres sont particulièrement attendus à Paris, qui, ce week-end encore, a été le théâtre de rixes violentes entre bandes rivales. Devant le centre commercial des Halles, une fois de plus. Et, c’est plus nouveau, dans le quartier Reuilly-Diderot, entre bandes du onzième et du douzième arrondissement. Les données relatives à la sécurité dans les transports seront elles aussi particulièrement décryptées, alors que plusieurs villes du pays, dont la capitale,  viennent d’être paralysées par des mouvements de grève massifs déclenchés après des agressions de chauffeurs de bus ou de conducteurs de trains de banlieue.

 

Au fond, qu’en est-il de la sécurité dans les transports parisiens? Fin de l’an dernier, des chiffres intéressants ont été diffusés, relatifs à 2007. On n’avait pas encore eu le temps d’en parler ici; c’est donc le jour où jamais.

 

Quelque 20.000 plaintes sont déposées chaque année par les usagers des transports parisiens. Neuf plaintes sur dix concernent des vols, commis sans violence dans les trois quarts des cas. Alors que la plupart des vols sans violence sont commis dans Paris intra-muros (dans le réseau du métro, essentiellement), la banlieue, elle,  concentre les vols avec violence et les agressions. Les jeunes sont les premières victimes de ces actes de délinquance. Plus de 40% des victimes de vols se sont vu dérober leur téléphone portable. Les lignes de métro parisien les plus exposées à la criminalité sont les lignes 1, 4, 5 et 13. Normal. La première (qui dessert notamment les Champs-Elysées, Bastille, le Louvre, etc) est la ligne plus fréquentée par les touristes, cible privilégiée des pick-pockets. Les trois autres lignes, après avoir traversé Paris, relient des villes de banlieue difficiles. Le nombre réel d’actes de délinquance commis dans les transports parisiens est certainement beaucoup plus élevé que ces 20.000 plaintes. En effet, les spécialistes considèrent que deux tiers des faits de violence ne sont pas signalés par les victimes.

 

C’est sans doute à ce moment que le lecteur de cette note, a fortiori s’il n’est pas Parisien, se dit que le réseau de transports est particulièrement insécure dans la Ville lumière et que donc, la prochaine fois qu’il l’empruntera, ce sera avec beaucoup d’appréhension. Ce serait particulièrement infondé. En effet, à supposer même que l’on multiplie par trois le chiffre des vols et des agressions, il resterait infinitésimal par rapport au nombre de personnes transportées. Pour mémoire, plus de 10,5 millions de voyageurs empruntent chaque jour les lignes de la RATP.

16/01/2009

Un succès fou

louvre.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine (phrase fétiche qu’on adore replacer le vendredi ;-). Les Français en général et les Parisiens en particulier n’ont pas attendu, pour se bousculer dans les expos, que Nicolas Sarkozy décrète cette semaine la gratuité de l’accès aux musées pour les moins de 25 ans. En témoignent les premières estimations qui commencent à circuler sur la fréquentation des grandes institutions culturelles et des expositions temporaires majeures lors de l’année qui vient de s’écouler.

 

Une fois de plus, le grand vainqueur est le musée du Louvre. En 2008, ce mythique établissement a plus que jamais mérité son titre de plus grand musée du monde. Il a accueilli 8,5 millions de visiteurs. Soit 200.000 de plus qu’en 2007. Depuis 2001, la fréquentation du Louvre a progressé de 67%. Bémol: c’est certainement très bien en termes d’accès populaire à la culture, mais cela l’est beaucoup moins en ce qui concerne les conditions de cet accès. Désormais, il devient vraiment très très difficile de trouver des plages horaires calmes, dans ce musée qui ne désemplit plus à longueur de journées, de semaines, de mois et d’années. On se l’est encore dit l’autre jour, en écourtant une visite rendue insupportable par le vacarme et la cohue.

 

Sinon, Beaubourg également a signé une excellente année, avec une fréquentation de 2,75 millions de visiteurs (+6,3%). Quant aux musées de la ville de Paris (Musée d’Art moderne, Carnavalet, Cernuschi, etc.), ils ont bénéficié en 2008 d’une fréquentation record elle aussi: 3 millions de visiteurs, soit 30% de plus qu’en 2007. Trois millions également pour Orsay, qui a lui perdu 200.000 visiteurs en un an et coiffe donc le bonnet d’âne de cette année.

 

beaubourg.jpgPour les amateurs de chiffres et de palmarès, la rétrospective Giacometti a été appréciée par 425.000 visiteurs. Mantegna et Babylone ont attiré respectivement 330.000 et 300.000 curieux. Beau succès également pour Picasso-Manet: Le Déjeuner sur l'herbe (350.000) et pour Louise Bourgeois (250.000). Tandis qu’avec 150.000 visiteurs, la rétrospective Raoul Dufy s’est bien défendue. Sur la première place du podium, toutefois, pas de doute, c’est lui, le grand vainqueur, celui qui a fait l’événement culturel, médiatique et polémique de la saison: Jeff Koons à Versailles. Un million de visiteurs! Un succès de foule historique.

15/01/2009

Une exiguïté

Si vous êtes Parisien (sauf si vous êtes fortuné), vous endurez sans doute cela quotidiennement. Si vous n’habitez pas à Paris mais que vous avez déjà été reçu chez et par des Parisiens (sauf s’ils sont fortunés), vous n’avez pu que constater cela. L’effarante exiguïté des logements dans la capitale française. Une nouvelle étude vient d’aborder ce phénomène bien connu sous un angle intéressant.

 

Cela concerne les enfants. En France, 11% des enfants vivent dans un logement considéré comme surpeuplé. Mais à Paris et dans la petite couronne parisienne, ce pourcentage explose: 25% des enfants habitent un logement surpeuplé –  record national toute catégorie. Cette exiguïté du cadre de vie quotidien ne génère pas qu’un inconfort. Elle peut aussi être à l’origine de problèmes sociaux. C’est bien sûr particulièrement le cas des problèmes de retard scolaire. Qu’un enfant sur quatre à Paris et dans sa banlieue n’ait pas assez pas de place à la maison pour y faire ses devoirs et réviser ses leçons au calme et dans de bonnes conditions, cela a probablement un impact sur les résultats scolaires de ces enfants.

 

Cela doit être particulièrement vrai dans notre cher onzième arrondissement – cher, dans les deux sens du terme. En effet, avec quelque 150.000 habitants au compteur, cet arrondissement détient le record de densité dans la capitale. Plus de 40.000 habitants par km2 s’entassent dans le triangle Bastille-Nation-République. Dans des logements qui, dans plus de 60% des cas, ne comportent qu’une ou deux pièces. Loin des clichés sur la Ville lumière si plaisante et glamour, bienvenue au cœur de Paris.

10:45 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, logement, social

14/01/2009

Un filon

tgv.jpgOn parlait hier matin dans ce blog de l’augmentation de 3,5% en moyenne des tarifs de la SNCF. Cet énième renchérissement, en tout cas, va avoir la conséquence bien particulière d’accroître encore un peu plus le succès fulgurant remporté depuis quelque temps en France par un mode de commerce assez récent: les sites internet d’achat, d’échange ou de troc de billets de train d’occasion.

 

Ces sites (ici, ou encore ) sont utilisés à la fois par des usagers devant annuler à la dernière minute leur voyage mais ne pouvant se faire rembourser leurs billets non échangeables ni remboursables, et par des candidats au voyage qui s’y prennent un peu tard et sont confrontés à des réservations complètes ou à des tarifs prohibitifs. Mis en relation sur ces sites, souvent communautaires, ces deux publics y trouvent un intérêt mutuel. Surtout, en ces temps de crise, «ce service est une aubaine pour le pouvoir d’achat», rappelait malicieusement mardi, le jour de l’augmentation des tarifs SNCF, zePASS.com, qui revendique 65.000 membres et «plusieurs milliers de billets revendus chaque mois». A titre d’exemple, «les billets de train proposés sur le site au mois de décembre 2008 pour le trajet Paris-Lyon en seconde classe ont été revendus en moyenne 29 euros. Dans le même temps, le billet plein tarif Loisirs en période normale valait 61 euros au guichet SNCF».

 

29 euros au lieu de 61, c’est tout de même une belle économie. Trop beau pour être vrai? Prudence, en tout cas, avant d’exploiter ce filon. En effet, certains rachats ou trocs de billets de train sont interdits. C’est le cas des billets imprimés à domicile, des billets pour l’Eurostar et des billets nominatifs (délivrés à des abonnés, par exemple). Dès lors, l’utilisation de billets de ce type rachetés ou échangés via ces sites –  qui se targuent de respecter la réglementation, mais proposent aussi des «astuces» pour la contourner – peut exposer à des amendes.

 

Au fond, que pense la SNCF de l’engouement du public pour ce second marché de vente et d’achat de billets de train? Elle qui gagne évidemment un magot avec les billets réservés à l’avance mais pas utilisés et/ou avec les billets achetés à la dernière minute et donc au prix fort? On peut penser que la compagnie de chemins de fer apprécie modérément l’activité et le succès de ces sites. «Pas du tout», assure cependant son service de communication. L’entreprise publique n’a «aucun avis particulier sur ce sujet». Elle se borne à «mettre les voyageurs en garde contre les conséquences de l’utilisation irrégulière de titres de transport» et les invite donc à être «précautionneux» dans le recours à ce marché. Pour le reste, «cela ne nous regarde pas. A chacun son travail. On est en France et donc vive la liberté». C’est merveilleux.

13/01/2009

Un repère

Mauvaise nouvelle pour le pouvoir d’achat: c’est aujourd’hui qu’entre en vigueur une énième hausse des tarifs de la SNCF, une augmentation de 3,5% en moyenne. Apprécieront particulièrement cette hausse les innombrables voyageurs qui ont été victimes des avaries et des retards à répétition qu’ont connus cet hiver les chemins de fer français.

 

Parlant argent, l’Hexagone, comme les autres pays de la zone euro, vient de fêter sans tambours ni trompettes le septième anniversaire de l’entrée en vigueur de l’euro. Or, malgré cette longévité qui commence donc à s’installer, dans ce pays  particulièrement, «le franc demeure un repère» confirme une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

 

Selon cette enquête, pour des dépenses quotidiennes et de montant en général limité, seulement 55 % des Français pensent systématiquement en euros. Mais plus d’un Français sur quatre pense uniquement en francs. «Sept ans après le passage à l’euro, les Français, dans l’ensemble, maîtrisent son utilisation comme unité de compte. Cependant, nombre d’entre eux sont toujours obligés de convertir en francs, surtout pour des valeurs qu’ils ne manipulent pas quotidiennement. Comme en son temps l’ancien franc, le franc continue à jouer, pour beaucoup d’entre nous, un rôle important dans leur appréhension du système de prix actuel». C’est surtout quand le prix du bien est élevé et la fréquence d’achat plus rare que les Français pensent en francs: par exemple, moins d’un sur trois pense uniquement en euros pour acheter une voiture. Le recours à l’une ou l’autre des deux unités de compte dépend donc, outre de facteurs comme l’âge ou la région d’habitation, du montant de la dépense. Plus il est faible, plus elle a de chance d’être évoquée en euros. En France, résume bien l’Insee, «on achète sa baguette en euros et sa voiture en francs».

 

Tiens, avez-vous remarqué comme, sept ans après son introduction, la monnaie unique européenne n’a pas encore trouvé de surnom affectif et populaire dans la langue française? Dans le langage courant, les francs avaient été rebaptisés «balles» ou «briques». La monnaie unique européenne, elle, se cherche toujours un sobriquet dans la langue de Voltaire – signe, selon certains spécialistes, de l’absence d’un lien affectif entre cette monnaie et les Français.

 

 

PS: A propos d’euro et de langue française, on sursaute à cette différence d’usage chaque fois qu’on passe en Belgique – et la dernière fois encore, pour les fêtes de fin d’année. Autant vous n’entendrez jamais un Français parler d’autre chose que de «centimes» d’euros, autant le Belge, lui, semble majoritairement parler de «cents». Ce n'est pas inintéressant, cette nuance.

12/01/2009

Un froid

Atterri à Roissy dimanche, à l’aube. Sept degrés sous zéro, cela réveille son homme. Voire jette un froid, au sens propre en tout cas. Pendant cette semaine de vacances passée loin de France, sans le moindre média et donc coupé de toute actu, une seule et unique information nous est parvenue de l’Hexagone, via des Français rencontrés par hasard: Marseille sous la neige et donc complètement en pagaille.

 

En une semaine, cela dit, rien n’a fondamentalement changé à Paris. Si ce n’est que cet «épisode météorologique remarquable», comme Météo France qualifie la «vague de froid exceptionnelle» qui affecte la France en ce moment, oblige les gardiens de parcs et les policiers à jouer au chat et à la souris avec les Parisiens amateurs de patin sur les étangs et les lacs gelés.

 

Rien n’a changé?  Jusqu’aux pieds de l’immeuble du bureau, boulevard Richard Lenoir, d’innombrables SDF continuent de claquer des dents à longueur de journées. Dans des HLM au système de chauffage vétuste, entendait-on ce matin à la radio, des petits vieux habitent dans des logements où la température n’est que de 12 degrés. Gare Saint-Lazare, une grève sur le réseau régional de la SNCF continue de frigorifier les usagers sur les quais. Gare Montparnasse ce matin, des centaines de voyageurs sont arrivés sonnés, après avoir passé la nuit dans des TGV bloqués par des problèmes de catenaire causés par le froid, comme cela a déjà été le cas tant de fois. Quant à l’air ambiant, dans la capitale, il est toujours aussi détestablement pollué, comme continuent de le rappeler les bulletins d’alerte.

 

Tiens, une autre alerte a été lancée par le ministère de la Santé: une campagne média invitant les Français à être attentifs aux personnes âgées, qui sont souvent les premières victimes de ces temps de froidure exceptionnelle. En entendant ces spots à la radio, dimanche, on a repensé à une précédente campagne publique de prévention, menée au début de l’hiver: à ces spots télé qui invitaient les personnes grippées à… mettre la main devant leur bouche au moment de tousser.

 

Etre attentif à l’autre, veiller aux plus faibles: c’est un peu drôle, tout de même, tous ces messages qui tournent en boucle mais qui ne font jamais que rappeler ce qui aurait toujours dû rester une évidence. Un peu drôle ou assez triste, c’est selon. Qu’il soit nécessaire de mener ces campagnes en dit peut-être long sur l’état des relations de solidarité, dans une société.

03/01/2009

Une pause

plage.jpg2008 étant désormais bouclée, on va agréablement entamer 2009 en partant à la plage, fuyant les frimas hivernaux – même à Paris vendredi matin, il a (très finement) neigé. Ce blog sera donc aux abonnés absents toute la semaine prochaine. On en profite pour, chers lecteurs et lectrices, vous remercier d’être, tout au long de cette année encore, passés par «Paris Libre». Et pour vous souhaiter un beau début d’année. A bientôt.

02/01/2009

Un bilan

Un an aujourd’hui, jour pour jour, que la France a interdit le tabac dans les lieux publics et singulièrement dans les lieux de convivialité: cafés, bars, restos, discothèques, etc. Le bilan de cette loi est mitigé.

 

Côté pile, la qualité de l’air ambiant dans ces lieux s’est incontestablement améliorée. Le tabagisme passif, que subissait notamment le personnel travaillant dans ces lieux, a été éradiqué. Les spécialistes s’attendent à «un impact fantastique» en termes de santé publique: une réduction d’une dizaine de pourcents du nombre d’hospitalisations pour infarctus du myocarde. Enfin, tous les sondages montrent que cette loi est assez populaire: elle est plébiscitée aussi bien par les fumeurs que par les non-fumeurs. Dans l’ensemble, elle est donc assez bien respectée. En région parisienne, en un an, seuls 384 fumeurs et 228 patrons d’établissements récalcitrants ont été verbalisés.

 

Côté face, reste un gros problème à régler dans les terrasses, qui sont devenues les lieux de refuge des fumeurs et dont l’atmosphère, du coup, est souvent irrespirable. La loi pose aussi un problème économique. La baisse du chiffre d’affaires des lieux de convivialité due à l’interdiction du tabac est évaluée entre 1,5 % (estimation des économistes) et 10% (calculs des syndicats). Elle ne va pas arranger l’impact de la crise générale déjà subi par ce secteur. L’interdiction du tabac dans les cafés y a fait revenir une nouvelle clientèle (familles avec enfants, personnes âgées, etc.), à certaines heures notamment (l’après-midi). Mais elle a fait fuir les fumeurs invétérés. Elle tend à écourter souvent les durées de consommation (au déjeuner par exemple, les gens zappent le dessert ou le café pour sortir fumer). Et, dans les centres urbains animés, elle est à l’origine de troubles du voisinage. Sans parler de la plaie environnementale des trottoirs transformés en grands cendriers et des chauffages de terrasses très énergivores.

 

Enfin, surtout, nouvelle loi ou pas, les Français ne fument pas moins.  Selon l’office de prévention du tabagisme, cette loi n’a eu «aucun impact» sur le nombre de fumeurs réguliers ou occasionnels, qui continuent à représenter, en gros, un tiers de la population. C’est évidemment le principal constat négatif, même si tout le monde s’y attendait un peu en vertu du vieux principe selon lequel punir, interdire, cela n’a jamais suffi à convaincre et à infléchir.