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27/02/2009

Une multitude

leoetpipo.jpgUn peu de culture, et en l’occurrence d’art urbain, pour bien terminer la semaine. Ce qui rend la promenade dans Paris toujours plaisante, c’est que cette ville, visiblement, héberge une multitude de jeunes artistes. Et ceux-ci sont tellement inventifs qu’ils découvrent une multitude de modes d’intervention pour s’exprimer. Ce qui donne au décor urbain des couleurs sans cesse changeantes et ménage des apparitions souvent étonnantes – jusque dans les espaces les plus inattendus. C’est ce qu’on se disait l’autre jour encore, en déambulant sur notre bon vieux boulevard Beaumarchais. Arrivé à un très anodin passage pour piétons, on avisait distraitement le brave feu rouge de service avant de traverser. Et là, sur le petit bonhomme vert lumineux, on découvrait soudain qu’une petite créature exotique et désuète, arborant pantalon bouffant et catogan, avait surgi avec espièglerie. Jamais auparavant on n’avait vu un feu rouge servir ainsi de support à un collage.

 

Renseignement pris, il s’agit d’un petit «projet décoratif» des dénommés Leo et Pipo, deux jeunes neo-Parisiens. Ils se plaisent à coller dans Paris «des figures d’anonymes d’un autre temps, qui ne racontent rien, n’imposent rien, regardent simplement les gens en espérant que ces mêmes gens les regardent en retour». Il s’agit donc de disséminer dans la ville des petits personnages susceptibles de devenir «des acteurs potentiels de la vie de quartier». Façon pour ces jeunes gens venus de banlieue et «frappés par le profond ennui et par l’absence de chaleur humaine qui règnent dans les rues de la mégapole» de «tenter de s’approprier cette ville».

 

On avait à peine eu le temps de marcher quelques dizaines de mètres que, dans notre cher quartier Saint-Sébastien cette fois, l’on tombait nez à nez sur des affiches intrigantes. «J’aurais préféré un mur blanc plutôt que cette affiche de merde», s’énervait la première. «I don’t really like people who stick bills on walls», insistait la deuxième. «This wall is my property, please do not stick black & white bills on it», concluait une troisième. En découvrant cela, on s’interrogeait: qui était donc ce «client suivant» signataire de ces affiches et que voulait-il? Dénoncer les colleurs er artistes de tout poil qui décorent les murs de Paris? Ou était-ce plus subtil?

 

affiches2.jpgIl s’appelle Rero, en fait. Il vient de Bourgogne et a déjà fait pas mal de choses dans Paris. Ce projet-ci questionne le passant sur le thème de l’appropriation de l’espace public et de la cohabitation entre ses usagers. Ce «client suivant» qui porte le nom du projet, vous l’avez sans doute déjà rencontré dans votre vie quotidienne, en vous rendant au supermarché. Nous en tout cas, à Paris, on le croise immanquablement chaque fois qu’on va au Monop’, au Shopi ou chez Franprix.

 

Cet individu, c’est «celui, qui avant même d'avoir payé ses courses, est fier de marquer les limites de sa propriété à la caisse des supermarchés, et ce, avant même que les produits ne lui appartiennent». C’est ce client qui, ajouterait-on, s’empresse de regrouper fiévreusement ses chères victuailles dès après leur passage en caisse, lorsqu’elles commencent à dangereusement se bousculer avec les vôtres que vous n’avez pas encore fini d’emballer. C’est cet individu qui, à ce moment, vous darde immanquablement d’un regard soupçonneux. Comme si vous étiez à ce point malheureux et/ou désargenté pour profiter de cette cohabitation fortuite entre produits de consommation, si attentatoire au principe de la propriété privée, pour vous approprier en douce l’un ou l’autre de ses achats. La réglette de métal que l’on pose fièrement sur le tapis coulissant, c’est le symbole par excellence du chacun pour soi, même et y compris en ces temps de galère et de dégringolade communes du pouvoir d’achat. Comme dit Rero, c’est une «petite barrière psychologique qui peut paraître anodine mais qui est aussi un très bon révélateur de notre époque».

 

Tiens, au passage, à propos de courses, on déteste décidément cette habitude qu’ont prise les supermarchés à Paris de donner à leurs clients des sacs en plastique complètement transparents. On n’a jamais été pudibond, mais là vraiment, on n’aime pas du tout cela. Qu’à cause de ces sacs, tout le monde en rue, du coup, puisse voir tout ce que vous avez acheté. Déduire si vous préférez les pommes ou les bananes. Si vous vous apprêtez à manger des conserves ou des plats préparés surgelés. Si vous vous brossez les dents avec des poils durs ou souples. Si vous mettez tel ou tel déo, achetez des préservatifs ou non, vous colorez les cheveux ou pas. Si vous êtes lasagne, pizza ou cassoulet. Si vous buvez de l’alcool ou de l’eau. Si vous êtes chocolat au lait ou plutôt 90% cacao. Accro à la viande rouge ou aux légumes bio.

 

affiches1.jpgOn a toujours trouvé ces sacs transparents terriblement intrusifs. Vous sortez du supermarché et, hop, vous voilà sur le trottoir en train d’étaler carrément à la multitude toute votre intimité. Et les Parisiens regardent, en plus! Testez cela en allant faire vos courses au supermarché puis en rentrant chez vous en métro, vous le constaterez. Les gens n’ont d’yeux que pour ce que vous transportez dans vos misérables sacs en plastique transparents. Ils scrutent avec avidité leur contenu, puis immanquablement remontent lentement leur regard pour vous dévisager, comme pour bien vérifier si vos habitudes de consommation correspondent à votre look. C’est chaque fois une expérience assez gênante.

11:32 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : paris, arts

26/02/2009

Un décalage

D’un coup de baguette magique, Paris verrait sa population passer de 2 à 6 millions d’habitants. Sa superficie – 105 km2 beaucoup trop étriqués, où les habitants s’entassent et la ville étouffe – serait carrément multipliée par sept. Dans le cadre des réflexions, gouvernementales notamment, en cours sur le futur «Grand Paris» imaginé à l’horizon 2010-2015, c’est donc le dernier projet en date. Il sera présenté la semaine prochaine à Nicolas Sarkozy par Edouard Balladur, au nom de la commission que préside l’ancien Premier ministre sur la réforme de l’architecture territoriale de l’Hexagone. Dans les grandes lignes de ce scénario, Paris serait fusionné avec les trois départements limitrophes de sa petite courronne.

 

On l’avoue de but en blanc: jusqu’à présent, on n’est jamais trop parvenu à se passionner pour toutes ces grandes prises de tête institutionnelles. Cela sela semble si loin. Cela paraît si décalé par rapport aux préoccupations quotidiennes des Parisiens. C’est sans doute très bien de réfléchir au Paris de demain, mais en attendant, ce serait si bien d’agir également. Pour ces familles de mal-logés qui campent depuis dix semaines près de l’Opéra Garnier, pour les usagers du métro qui, chaque matin et chaque soir, n’en peuvent plus de ces lignes surbondées, pour les détritus qui s’entassent dans la gare Haussmann du RER, pour ces SDF dont chaque hiver le nombre augmente, pour les problèmes de crèches, d’embouteillages, de pollution, de logement, de cohabitation ou de chômage qui, chaque jour, se posent dans la capitale.

 

Et puis, comme le notait une chroniqueuse malicieuse à la radio ce matin, cela risque de ne pas être facile à gérer, cette usine à gaz du «Grand Paris». Car bon, qui cohabiterait au sein de cette assemblée territoriale parisienne «new look»? Des Parigots-Parisiens, volontiers banlieuphobes primaires. Des élus des Hauts de Seine: grâce au quartier d'affaires de La Défense, le département le plus riche de France, dont le PIB dépasse celui de certains Etats étrangers. Et des représentants de territoires aussi relégués que sont ceux du «9-3»: la Seine St-Denis de tous les clichés sur la banlieue défavorisée de ce que maintenant l'on appelle pudiquement les «quartiers». Quelle serait donc l’efficacité d’une assemblée marquée par tant d’hétérogénéité?

 

Il y a aussi qu’avec ce coup de baguette magique, on en reviendrait, à la grosse louche, à l’ancien département de la Seine que de Gaulle supprima à la fin des années 60 car à l’époque, il était jugé inefficace. On repasserait donc du «Small is beautiful» institutionnel (tous ces discours sur la vertu de la proximité en politique, etc.) au «Big is better». Sur le long terme, on ne saisit pas trop la cohérence.

 

L’adage l’assure: «Faire et défaire, c’est toujours travailler». Pas sûr cependant qu’en attendant, les Parisiens aient l’impression que les politiques travaillent à la résolution des problèmes auxquels chaque jour ils sont confrontés.

25/02/2009

Une crasse

On parlait des rats de Paris, hier. Le quartier Saint-Lazare, décidément, est maudit. Après la gare ferroviaire du même nom, où ces bestioles ont longtemps proliféré, c’est la station du RER ‘Haussmann-Saint-Lazare’ que les rongeurs, si cela continue, vont bientôt envahir. En effet, la situation en matière de propreté est en train d’y devenir limite napolitaine.

 

Depuis deux semaines, les agents de la société privée chargée du nettoyage de cette gare sont en grève. Ils réclament notamment des augmentations de salaires. Et sont d’autant plus furieux contre leur direction que, jusqu’à présent, celle-ci leur a, sans rire, concédé tout au plus une revalorisation salariale horaire de… 6 centimes d’euro. Soit 1€ par mois. Résultat de ce conflit social: les poubelles débordent, les détritus jonchent le sol, la puanteur menace et la crasse risque de devenir rapidement épouvantable.

 

C’est le moment qu’a choisi la RATP pour lancer une nouvelle campagne de propreté. Ce n’est pas du luxe. Malgré tous leurs efforts, en effet, les 1.800 agents de nettoyage qui travaillent dans le métro parisien (*) peinent à y combattre la crasse. Il faut dire qu’ils ont du pain sur la planche: on compte rien moins que 14.000 poubelles à vider chaque jour dans l’ensemble du réseau, d’où l’on retire chaque année… 10.000 tonnes de déchets!

 

Certaines stations du métro parisien sont notoirement et durablement crasseuses. C’est évidemment le cas des stations les plus fréquentées (‘Châtelet’, ‘Montparnasse’, etc.) et de celles desservant les grandes gares (comme ‘Gare du Nord’ ou ‘Gare de l’Est’). A certains endroits de ces stations et à certaines heures – tard le soir, par exemple  – , les odeurs y sont littéralement pestilentielles. Pourtant, selon un sondage réalisé en septembre dernier, 72% des utilisateurs du métro parisien considèrent le réseau comme étant assez propre.

 

A la lecture de ce chiffre, on a un peu sursauté. Les Parisiens usagers du métro seraient-ils donc en majorité aveugles ou dépourvus d’odorat? Ou est-ce nous qui, limite nunuche, sommes exagérement sensibles à la crasse? Il y a peut-être une autre explication. Dans cette même enquête d’opinion, sept usagers sur dix considèrent que «les voyageurs ne respectent pas la propreté des espaces RATP». Et, sur un plan individuel, 62% des sondés «reconnaissent qu’il leur arrive de commettre personnellement un geste susceptible de dégrader la propreté». Sans doute donc ce jugement très indulgent sur l’état de propreté du métro parisien se nourrit-il d’un certain sentiment de culpabilisation.

 

 

 

(*) Tiens, avez-vous remarqué? A Paris comme dans la plupart des grandes villes d'Europe, ce personnel de nettoyage semble constitué quasi-exclusivement de gens de couleur.

24/02/2009

Un virus

rat.jpgLes rongeurs, grande phobie de l’auteur de ces lignes; les lecteurs réguliers de ce blog l’auront déjà remarqué – pour les autres, c’est ici ou . Hier, on n’a pas été calmé par la lecture d’un bulletin d’alerte (ici) émanant de l’Institut de veille sanitaire (InVS), qui commence à s’alarmer des conséquences pour la santé de la dernière mode en matière d’animaux de compagnie, particulièrement chez les ados: les rats domestiques.

 

Selon l’InVS, douze personnes ont été hospitalisées en France ces dernières semaines, atteintes par les virus dits cowpox ou orthopox. Ces virus provoquent des «lésions cutanées érythémato-vésiculeuses» (rien que les termes font peur) pouvant évoluer «vers des lésions ulcéro-nécrotiques» (idem) parfois associées à de la fièvre, des ganglions et des douleurs musculaires. Tous ces malades, souvent des jeunes filles, ont pour point commun d’avoir un âge moyen de 18 ans et d’avoir acheté des rats domestiques dans des animaleries, en région parisienne notamment. Ils ont donc vraisemblablement été contaminés par ces rongeurs. L’InVS en profite pour rappeler que «tout animal peut être porteur de microbes et que des précautions d'hygiène doivent impérativement être prises par les propriétaires. Il est notamment recommandé de porter des gants pour les opérations de nettoyage des cages des animaux et de se laver les mains après avoir manipulé des animaux. Il faut éviter tout contact avec les yeux. Les griffures ou plaies doivent être nettoyées et désinfectées».

 

Tiens, à propos, en décembre dernier, un jeune agent de quai de la SNCF travaillant à la gare de Paris Saint-Lazare – en travaux depuis des lustres et, du coup,  notoirement envahie par les rats – avait contracté la leptospirose. Cette maladie, transmise par le rat, est mortelle dans 5 à 20% des cas. En effet, elle peut endommager les reins, les méninges, le foie ou les poumons. L’infortuné cheminot est désormais guéri. Son cas avait été très médiatisé. Mais ce que l’on a moins dit, c’est que, selon son syndicat, Sud-Rail, il a subi à l’occasion de cette affaire un «harcèlement en règle de la part de sa direction».

 

gare saint-lazare.jpgAinsi, le jeune cheminot aurait «été convoqué à quatre entretiens préalables à sanctions, pour des prétextes fallacieux». Les deux premiers entretiens auraient «donné lieu à un blâme et à cinq jours de mise à pied». Selon Sud-Rail, sa hiérarchie lui reprochait surtout «d'avoir parlé aux médias» de sa maladie. Et donc, aux yeux de la SNCF, d’avoir «flanqué la trouille pour rien aux 450.000 personnes qui passent chaque jour» par la grande gare parisienne. Et qui pourraient avoir été alarmées par les éventuelles conséquences sur leur santé de la prolifération des rats à cet endroit.

 

Etre victime d’un accident de travail, en tomber malade, puis être mis à pied pour s’en être plaint: trop sympa.

23/02/2009

Un comble

Ce week-end encore plus que les autres, le Forum des Halles a été bondé de jeunes venus de la banlieue parisienne. La plupart se rendaient à l’énorme complexe de cinéma ‘UGC Cité Ciné’. Mais, ce faisant, la majorité de ces spectateurs avaient les boules, et manifestaient d’ailleurs ostensiblement leur énervement. En cause, la dernière polémique cinématographique en date qui agite la France, et en même temps le sujet de conversation incontournable en banlieue parisienne en ce moment, tout comme le topic favori des blogs et forums des ados de Créteil, Rosny ou Noisy: une décision un peu bizarre du groupe UGC.

 

Ce réseau, en effet, a décidé de ne pas programmer en banlieue parisienne le dernier film produit par Luc Besson: le deuxième volet de «Banlieue 13» – la saga d’anticipation musclée, et assez culte chez les ados, qui décrit l’embrasement des cités. Ce week-end donc, pour voir ce film, les gamins des banlieues ont dû se taper Les Halles, Bercy ou les Champs. Cette décision a littéralement rendu fou de colère Luc Besson, qui accuse UGC de «racisme» et de «discrimination» à l’encontre «des jeunes, des habitants de la banlieue, des beurs, des noirs et des chômeurs». Selon lui, le groupe UGC aurait délibérément pris cette décision de non-programmation «pour assainir le public de ses salles». Une accusation relayée par Axiom. Le rappeur, qui a signé la BO du film, s’est scandalisé qu’«on empêche les jeunes des quartiers d’accéder à leur propre culture, c’est-à-dire la culture urbaine». Les associations SOS Racisme et AC le feu ont été saisies.

 

Pendant tout le week-end, UGC s’est efforcé d’apaiser la polémique. Le groupe a démenti tout boycott de ce film de sa part. Et a jugé «ridicule» le procès qui lui est fait de vouloir réduire en douce le nombre de jeunes de couleur parmi le public de ses multiplexes. Le réseau explique la diffusion limitée de ce film pour sa non-conformité à sa «politique éditoriale». Plutôt qu’un «Banlieue 13» jugé trop noir et violent, UGC préfère promouvoir et diffuser largement des films dont il considère qu’ils véhiculent des valeurs plus positives, comme «Slumdog Millionaire» ou «Gran Torino», le dernier Clint Eastwood.

 

Soit. Mais, il n’empêche, c’est assez peu compréhensible, cette décision de ne pas diffuser en banlieue un film sur les banlieues et joué notamment par des jeunes comédiens issus de ces quartiers. C’est même un comble. Car enfin, toutes proportions gardées et d’un strict point de vue géographique  –  sans donc mettre en parallèle les qualités cinématographiques de ces différents films  – , c’est un peu comme si «Amélie Poulain» n’avait pas été projeté dans le cinés de Montmartre. Comme si aucun cinéma de Montparnasse n’avait, à l’époque, programmé «Cléo de 5 à 7». Ou comme si les habitants du quartier Bastille avaient dû se taper un multiplexe de banlieue pour voir le «Chacun cherche son chat» de Klapisch. A l’époque, on aurait trouvé cela énorme, non?

20/02/2009

Une gêne

C’est la dernière mode activiste. Cette semaine, elle a frappé notre onzième arrondissement parisien, et plus particulièrement le quartier Ménilmontant. C’était mardi midi, dans un supermarché ‘Casino’. C’était ce qu’on appelle un «pique-nique sauvage et festif de faim de mois», une «opération ventres vides» ou une «autoréquisition». Pour dénoncer «la vie chère», les raids de ce type sont devenus l’arme favorite des collectifs de précaires, d’associations de lutte contre le chômage ou le mal-logement, et de groupuscules (comme “L’appel et la pioche) gravitant dans la mouvance du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot. Avant de poursuivre plus bas la lecture de cette note, si d’aventure vous n’aviez jamais entendu parler de ce genre d’action, voyez à quoi cela ressemble dans cette petite vidéo.


Contre les faims de mois difficiles
envoyé par E_varlin

Donc, au ‘Casino’ de Ménilmuche mardi, une banderole sur laquelle on pouvait lire «Nous ne paierons pas votre crise» a été déployée alors que les activistes dégustaient biscuits, apéritifs ou autres jus de fruits. Le 31 décembre déjà, le ‘Monoprix’ de la rue Faubourg St-Antoine, dans le quartier Bastille, avait été le théâtre d’une opération similaire. Revendiquant le droit de «fêter le Nouvel An dignement», une cinquantaine de précaires, de chômeurs et d’intermittents du spectacle avaient «réquisitionné» une dizaine de chariots, les avait remplis de victuailles puis avaient quitté le magasin sans payer.

Ce qui n’est pas le moins intéressant, dans cette affaire, c’est la réaction des directions des grands magasins victimes de ces opérations. Le plus souvent, elles se bornent à dénoncer, comme Monop’ le 31 décembre, «un pillage inacceptable et regrettable». Mais elles prennent bien garde d’expulser manu militari les trublions, se contentant d’attendre patiemment qu’ils s’en aillent. Hier, le groupe ‘Casino’ a même pris soin de préciser à l’AFP que, contrairement à ce qu’affirmaient les collectifs, elle n’avait jamais déposé plainte en justice après de telles opérations commando.

Pourquoi une telle modération? Les grands groupes de distribution éprouvent une gêne à sévir contre ces pique-niqueurs. Gêne médiatique, d’abord: ces raids sont souvent couverts par les médias, les protestatataires recourant à la grande tradition activiste consistant à se servir des journalistes comme de boucliers. Car, c’est clair: des vigiles de ‘Monop’ ou de ‘Casino’ montrés à la télé en train de tabasser des précaires mangeant des chips à l'oeil, ce serait assurément désastreux pour l’image de marque de ces enseignes. Gêne de ces magasins à l’égard de leur propre clientèle, ensuite. Les vidéos de ces actions le montrent: dans la majorité des cas, les clients des supermarchés, lorsqu’ils sont témoins de ces raids, y réagissent plutôt favorablement, partageant cette dénonciation de la vie chère. Voire en profitent pour eux aussi consommer gratuitement. Du coup, difficile pour les directions des supermarchés de s’en prendre à leurs propres clients, sous peine de les perdre ensuite définitivement.

Le problème c’est que, en adoptant cette attitude conciliante à l’égard de ces raids, les grands magasins prennent le risque de donner l’impression au grand public d’être gênés avant tout par une chose: leur propres pratiques commerciales. Et donc paraissent cautionner implicitement le discours protestataire selon lequel ils profitent de la crise pour se sucrer sur le dos de la population, en pratiquant des niveaux de prix prohibitifs – ou en tout cas très peu solidaires.

Chez ‘Casino’, ‘Monoprix’ ou ‘Leader Price’ en ce moment, nul doute que les réunions de crise doivent se succéder. Et les grands communicants se torturer les méninges pour trouver la meilleure parade à cette forme très en vogue d’activisme.

19/02/2009

Un zèle

vendeurLHuma.jpgQue fait la police/la justice en France? Question récurrente dans ce blog. On avait déjà évoqué il y a peu (relire ici ou ) le cas de ce lycéen de la banlieue parisienne convoqué au commissariat puis traîné devant le tribunal de police pour avoir… craché par terre. Parlé aussi de ce procureur qui avait placé en garde à vue puis avait réclamé des peines de prison contre des gamins accusés de tapage nocturne pour avoir, quelques soirs d’été à Paris, joué un peu bruyamment au foot dans la rue avec des canettes de soda. Parlé aussi de ce père de famille, militant anti-pub, traîné en justice et finalement condamné à une amende pour avoir apposé sur la porte d’un RER un petit autocollant mettant humoristiquement en garde les voyageurs contre le matraquage publicitaire permanent dans les transports en commun parisiens. Hier, deux nouveaux exemples de cette évolution répressive ayant de quoi interpeller.

 

Un brave militant communiste a comparu devant un tribunal parisien pour avoir vendu à la criée le journal «L’Humanité Dimanche» sur un marché. Il était poursuivi pour «vente de marchandises dans un lieu public sans autorisation». Son journal avait lancé une pétition de soutien en sa faveur, qui avait recueilli plus de 10.000 signatures. Pour l’intéressé, soutenu par les élus parisiens, la vente à la criée de la presse d’opinion relève de «la liberté d’expression publique» et contribue à «la vitalité démocratique de notre ville». L’autre jour, devant l’émoi suscité par les poursuites à son encontre, le préfet de police de Paris, manifestement gêné aux entournures par cet excès de zèle policier, avait publiquement assuré qu’il n’avait «rien à redire sur la vente à la criée» de journaux et que la préfecture saurait «faire preuve de tolérance et de discernement» dans cette affaire. Hier cependant, à l’audience, le parquet a estimé que le délit avait été constitué, consentant tout au plus à une dispense de peine «en raison des circonstances». Il n’a pas été suivi par le juge, qui, sous les applaudissements de la foule, a purement et simplement relaxé le prévenu.

 

Hier encore, à Marseille cette fois, les agents de la police aux frontières à la recherche de sans-papiers ont effectué une descente dans les locaux de l’association Emmaüs, ont interpellé et gardé à vue un de ses dirigeants, se sont fait remettre d’autorité les fichiers des déshérités (SDF, etc.) auxquels les amis de l’abbé Pierre viennent en aide, puis sont finalement parvenus à interpeller un clandestin. Idem dans le département de l’Yonne (Bourgogne): à la suite semble-t-il d’une délation d’un fonctionnaire, un sans-papiers hébergé par Emmaüs a été arrêté dans les locaux de la caisse primaire d’assurance maladie où il avait été convoqué pour un rendez-vous. L'association catholique a vivement protesté contre ces agissements policiers. Et a rappelé l’engagement solennel qu’avait pris le Président de la République lors de la dernière Journée mondiale du refus de la misère. A l’époque, Nicolas Sarkozy avait déclaré: «Quand quelqu’un est à la rue, qu’il est dans une situation d’urgence et de détresse, on ne va tout de même pas lui demander ses papiers» avant de lui venir en aide et de le secourir.

 

Si même le chef de l’Etat n’est plus écouté par les pandores, où va-t-on?

18/02/2009

Un créneau

Le Salon de l’agriculture ouvre ses portes ce samedi à Paris. Comme à chacune de ses éditions, plusieurs centaines de milliers de visiteurs se bousculeront dans les travées des halls de la Porte de Versailles. Parmi les attractions de cette édition, le lancement d’une nouvelle boisson gazeuse régionale, baptisée… «Auvergnat Cola».

 

Ce soda promet, puisqu’il ambitionne de faire expérimenter à ses consommateurs à la fois «la force unique des volcans d’Auvergne, la fraîcheur des montagnes et le goût de l’authentique» – ce qui n’est tout de même pas rien. Il assure même qu’il va «tout faire exploser, de ses bulles magmatiques portées par les bouillonnements volcaniques». Ce que résume le slogan de la marque: «Fait tot petar, miladiou!» («Ca va tout faire exploser!», en auvergnat). Concrètement, cette nouveauté aura le goût du Cola-Cola mais agrémenté d’«un zeste de gentiane, plante typiquement régionale». Son producteur est une entreprise de Saint-Flour (Cantal) leader mondial des tripoux, un incontournable de la gastronomie régionale. Son objectif à terme est de produire un million de bouteilles par an. Outre dans les grandes surfaces et dans les bistrots, la nouvelle boisson pourrait être bientôt disponible dans les restaurants Mc Donald’s d’Auvergne.

 

L’«Auvergnat Cola» n’est que le dernier en date des sodas dits «identitatires» exploitant la fibre régionale: un créneau qui s’est beaucoup développé en France ces dernières années. Les deux marques les plus connues et vendues dans l’Hexagone sont le «Breizh Cola» breton  –  «Le Cola du Phare Ouest», comme Farwest, ha ha: trop forts décidément, ces publicitaires français  –  dont il s’écoule 5 millions de bouteilles chaque année, et le «Corsica Cola» (3 millions de bouteilles). Mais existent aussi un «Elsass Cola» alsacien. Un «Fada Cola» marseillais, avec bien sûr «un peu de galéjades, un soupçon de vélodrome en folie, un bon bout des calanques, un joli bruit de carreau sur place, le chant des cygales», etc. Un «Chtilà Cola» chtimi. Sans oublier bien sûr les «Mecca Cola» et «Arab Coca». Et le «Vendée Cola»: «le Cola du grand ouest», lancé à l’occasion du dernier ‘Vendée Globe’. Un créneau, on vous le disait.

 

Au fond, que pense-t-on chez Coca-Cola de cette multiplication des déclinaisons régionales de cette boisson? On a posé la question hier au service de communication du siège français de la multinationale. La réponse a été aussi philosophe que décontractée: «A partir du moment où une marque est connue et très populaire, il est sans doute normal qu’elle soit copiée. Cela doit être un signe de bonne santé économique». Le géant d’Atlanta a d'autant moins de raisons de s'inquiéter qu'il a quelques longueurs d’avance sur ses lilliputiens concurrents régionaux. Toutes les dix secondes dans le monde, 126.000 personnes achètent un produit de la compagnie Coca-Cola, dont 1,5 milliard de boissons sont consommées chaque jour dans 200 pays différents.

 

Il n’empêche, Coca prend bien soin de tordre le cou à des bruits qui pourraient lui nuire dans certains publics. Ainsi, dans sa communication sur les rumeurs infondées circulant autour de ses produits, cette marque inclut un contre-argumentaire à l’attention de ceux qui affirment que le coca contient des ingrédients le rendant impropre à la consommation par les musulmans. En France, la firme a même fait attester la chose dans un certificat délivré par la Grande mosquée de Paris...

17/02/2009

Une lâcheté

manifeuro.jpgEn France, «on achète sa baguette en euros et sa voiture en francs», notait le mois dernier l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Qui, dans une étude (relire ici), indiquait que, tant d’années pourtant après le passage à l’euro, seulement 55 % des Français pensaient systématiquement dans cette monnaie pour leurs dépenses quotidiennes. Il est même des Français qui revendiquent carrément l’abandon de l’euro. Témoin, cette manifestation se déroulant ce soir à Paris, qui réclamera rien moins que le retour au franc.

 

Sur le fond, si chacun en France a le droit de manifester pour ce qu’il veut, là il y a de quoi se poser des questions. A supposer que l’abandon de l’euro soit techniquement et juridiquement faisable, serait-il vraiment de l’intérêt de la France? Ainsi, que serait-il advenu de l’économie hexagonale, et de l’économie des pays d’Europe en général, si ce pays et ce continent avaient affronté sans monnaie unique la crise internationale historique qu’ils endurent actuellement?

 

Sur la forme, cette manifestation europhobe est le comble de la lâcheté. Ses organisateurs, en effet, avancent le visage complètement masqué. Les affiches qu’ils ont placardées depuis des semaines dans tout Paris ne sont pas le moins du monde signées. Dès lors ce soir, les Parisiens peu informés, déroutés et/ou victimes de la crise et qui manifesteront «contre l’euro cher» ignoreront que, ce faisant, ils cautionnent une initiative émanant vraisemblablement de l’extrême droite.

 

L’an dernier, en tout cas, une identique manifestation en faveur du retour au franc avait été soutenue par «Les patriotes d’Ile de France», qui se présentent officiellement comme les «sympathisant(e)s du FN» de Jean-Marie Le Pen. Et elle avait été organisée par un certain «Renouveau Français». Ce groupe se définit comme «nationaliste, contre-révolutionnaire (c'est-à-dire hostile aux dogmes et faux principes de 1789), et d'inspiration catholique». Il revendique des symboles aussi connotés que la croix celtique ou le lys de France. Partisan de «la France aux Français», il plaide notamment pour «un sursaut nationaliste», afin que «la France sorte du coma». Cette année encore, le «Renouveau» manifestera pour le retour au franc, afin de montrer «son attachement à cet aspect incontournable du combat social et patriotique».

 

En démocratie, c’est sans doute parfaitement le droit de la mouvance d’extrême droite de penser cela. Le moindre des courages politiques, néanmoins, eut été d’annoncer clairement la couleur.

16/02/2009

Une crise?

Le bureau très vide, déserté par la plupart des collègues journalistes, partis au ski. Les rues très calmes – c’était frappant ce matin dans le onzième arrondissement; on se serait presque cru un dimanche. Pas mal de magasins qui ont baissé leur rideau métallique. Les métros où, même sur les lignes habituellement les plus saturées, en pleine heure de pointe, on trouve encore des places assises. Les passages piétons où l’on peut presque traverser sans même avoir trop regardé à gauche et à droite, tant il y a peu de trafic. Paris, depuis vendredi soir, tourne au ralenti. La capitale française, en effet, est entrée en période de vacances scolaires.

 

On s’était posé la question avant-hier, en voyant la cohue dans les grandes gares parisiennes et tous ces trains pris d’assaut par des armées rieuses de vacanciers: est-ce vraiment la crise pour tout le monde? Les Français ont beau se plaindre depuis des semaines de leur pouvoir d’achat, ils ont beau confier depuis des mois aux sondeurs leur moral historiquement bas, nombre d’entre-eux, manifestement, n'ont pas voulu cette fois encore faire une croix sur leurs sacrosaintes vacances de février. Quitte, sur place, à se serrer un peu la ceinture – d’où le succès des stations de sport d’hiver «low cost».

 

L’image internationale de la France, au demeurant, résiste elle aussi très bien à la crise. Témoin, cette étude qui vient de sortir, établissant un classement de la qualité de vie dans le monde en 2008. L’Hexagone y occupe la pole position, devant la Suisse, les Etats-Unis et le Luxembourg. C’est notamment la qualité de l’offre culturelle et de loisirs dans ce pays qui lui assure sa prééminence, ainsi que son système de santé et l’état des libertés. La Belgique, à la douzième position, ne fait pas mal non plus. Dans le bas du classement: l’Irak, la Somalie et l’Afghanistan. Vu de ces pays, évidemment, cette fameuse crise dont on parle tant en France paraît très relative.

13/02/2009

Une lumière

taxiparisien.jpgOn se sent moins seul à Paris, depuis hier. Alors, on prévient tout de suite: les lecteurs non-parisiens de cette note vont sans doute la trouver complètement anecdotique et donc sans le moindre intérêt. En revanche, elle va peut-être évoquer quelque chose aux Parisiens. Et, nous concernant personnellement, en tout cas, le changement qu’elle annonce va grandement nous faciliter la vie. En effet, on va enfin pouvoir gérer le fonctionnement du… bidule.

 

Le bidule. C’est le nom donné par cette corporation aux loupiotes placées sur le toit des quelque 16.000 taxis parisiens. Ces voyants lumineux sont censés indiquer aux gens désirant héler un taxi en rue si celui-ci est libre ou non. Mais voilà, le système actuel n’est pas du tout lisible. Enfin, nous en tout cas, malgré toutes ces années passées ici, on ne l’a jamais assimilé. C’est idiot, on le sait, mais on n’en peut rien: cela ne rate jamais: chaque voit qu’on doit prendre un taxi et qu’on en aperçoit un au loin, on ne se souvient jamais si la lumière allumée sur ce fameux bidule signifie que la voiture est libre ou si, au contraire, elle indique qu’elle est occupée et donc que que cela ne sert à rien du tout de la héler. On arrive d’autant moins à mémoriser cela qu’à côté de ce voyant, deux autres indiquent la zone tarifaire dans laquelle évolue la voiture. Raison supplémentaire pour trouver le système cafouilleux: un voyant allumé – qui, on vient de le vérifier, signifie en fait que le taxi est libre – n’implique pas forcément que la voiture va s’arrêter au signal du Parisien moyen. En effet, il suffit que ce taxi vide circule dans un couloir de bus, soit à l’approche d’une station de taxis ou ait déjà été réservé pour qu’il ne s’arrête pas au signal d’un client potentiel. Du coup donc, depuis qu’on vit à Paris, on n’a jamais trop bien géré cette histoire de bidule, ni trop aimé ces moments où on doit héler un taxi.

 

Or hier, on a appris avec joie et avec un certain soulagement  –  on en venait à douter un peu de l’état de nos neurones  –  que, contrairement à ce que l’on imaginait, on était en fait loin d’être le seul Parisien à cafouiller complètement avec cette histoire de bidule. En effet, le secrétaire d’Etat chargé du Commerce, Hervé Novelli, vient de signer un décret améliorant le dispositif lumineux des taxis dans la capitale, afin de lui donner «une meilleure lisibilité». Ce qui indique implicitement que le système actuel, y compris au gouvernement, n’est pas jugé lisible. Bientôt, quand tous les taxis parisiens seront équipés du nouveau dispositif, ils afficheront un voyant lumineux soit rouge (=taxi occupé), soit vert (=taxi libre).

 

stationdetaxi.jpgVert/rouge. Libre/occupé. Ouvert/Fermé. Allons-y/Restons-en là. Comme les feux de signalisation, en somme. Voilà au moins qui est clair. Facile à retenir. Net. Carré. Cartésien. Imparable. Manquant totalement de fantaisie, mais si délicieusement binaire, si rigoureusement rigide, si merveilleusement efficace. Tout ce qu’on a toujours aimé. Cela ne va pas convenir aux daltoniens, mais qu’ils passent leur chemin. Cela ne résoudra en rien les autres problèmes de taxis auxquels sont confrontés les Parisiens (coût, absence de disponibilité à certaines heures, refus de prise en charge pour des petites courses, etc.). Mais voilà au moins un petit détail agaçant qui est en passe d’être réglé. Quelle belle journée. 

12/02/2009

Un «racket»

L’estimation est tombée hier soir, sèche et violente comme une gifle assénée en pleine face. 282.000. 282.000, c’est le nombre de chômeurs supplémentaires que devrait compter la France à la fin 2009.

 

Le chômage, tiens, c’est le sujet qui, cette semaine, a donné lieu à un coup de sang mémorable de la part d’un membre du gouvernement, à une «saine colère», comme dirait Ségolène Royal. Saine parce que cet accès de fureur tranchait assez agréablement avec la langue de bois habituelle et parce que, sur le fond, il se justifiait pleinement.

 

C’est le jeune secrétaire d’Etat à l’Emploi Laurent Wauquiez qui a causé cet esclandre. En cause? «Pôle Emploi», la nouvelle structure publique issue de la restructuration des administrations s’occupant des chômeurs en France. Elle comprend notamment une plateforme téléphonique (au numéro 3949) qui répond à toutes les questions des demandeurs d’emploi. Le problème? Le coût de l’appel à ce numéro depuis un téléphone mobile est exorbitant. Les trois opérateurs, en effet, surtaxent cet appel, le tarif pouvant aller jusqu’à 1€ la minute. Laurent Wauquiez, du coup, ne décolère pas contre la rapacité de SFR, Bouygues ou Orange. Cette semaine, ils les a sommés de revoir à la baisse «ces tarifs prohibitifs», qui selon lui «s’apparentent à du racket». Et a menacé les opérateurs qui n’auraient pas obtempéré d’ici à la fin du mois de dénoncer publiquement leur cupidité à l’opinion publique. Cupidité, pour le coup, est vraiment le terme ad hoc. Pour mémoire, et pour ne prendre que cet opérateur, une société comme SFR, qui grappille donc les centimes y compris auprès des chômeurs qui n’en peuvent plus, affiche un chiffre d’affaires annuel de … 12 milliards d’euros.

 

Cela dit, en entendant l'autre jour ce coup de sang ministériel en direct à la radio, on s’est dit que l’incident aurait pu être évité si, tout simplement, le ministère de l’Emploi avait doté la plateforme téléphonique de ce «Pôle Emploi» d’un numéro vert, type 0800 etc. Là, le problème était réglé: c’était gratuit pour tout le monde. Pourquoi donc le gouvernement n’y a-t-il pas pensé? On a téléphoné au service de com’ dudit ministre pour poser la question. Elle devait vraiment être trop tartouille: on n’a eu droit qu’à un bâillement ennuyé et à l’habituelle promesse qu’on nous rappellerait – on attend toujours.

11/02/2009

Un changement

Travaux en cours sur la ligne 1: une des plus longues et fréquentées du réseau de métro parisien, notamment par les touristes puisqu’elle relie des lieux aussi courus que le Louvre, le Marais, Bastille, les Champs ou les Tuileries. Station après station – on en est à présent à 'Palais royal-Musée du Louvre' – , la RATP est en train d’équiper les quais de cette ligne de portes palières. Ce changement n’est pas qu’esthétique. Ce dispositif, en effet, avec les «fosses anti-suicide» (relire ici), vise à dissuader les candidats au suicide à se jeter sur les voies à l’approche des trains.

 

C’est le moment précis que choisit la SNCF pour divulguer ses statistiques en matière de suicides. Le bilan est assez catastrophique, en région parisienne en tout cas (*). En 2008, le ‘Transilien’ (le nom du réseau de chemin de fer de Paris et sa banlieue) a enregistré en moyenne un suicide ou une tentative de suicide tous les deux jours. C’est  22% de plus qu'en 2007. Au total, cela donne 181 cas ou tentatives de suicides, contre 148 en 2007. L'augmentation des suicides est particulièrement sensible aux heures de pointe (+72 % en un an). D’où un impact sur la circulation des trains: en 2008, sur les lignes de la banlieue parisienne, près d'un retard sur dix a été dû à un suicide. Soit 5000 trains annulés ou retardés par an pour ce type d’accident.

 

La SNCF, du coup, a décidé de saisir le taureau par les cornes. Elle va former ses agents afin de les aider à mieux repérer, sur les quais, les personnes à risque de suicide. Elle va aussi communiquer sur une des conséquences particulièrement horribles de ce type de geste désespéré, de manière à tenter d’en dissuader les candidats: comme l’expliquait hier un responsable du ‘Transilien’, «contrairement à une idée reçue, on ne gagne pas à tous les coups en se jetant sous nos trains: il y a 50% de tentatives ratées, et les conséquences sont terribles». Surtout, les usagers des transports pourront remarquer bientôt un changement important. La SNCF, en effet, va «cesser de faire du suicide un tabou». Concrètement? Dans ses annonces au public lors des retards causés par ce type d’événement, elle ne parlera plus pudiquement d’«incident voyageur» ou d’«accident de personne». Elle précisera carrément qu’il s’agit d’un suicide ou d’une tentative.

 

Le parler vrai. C’est déjà cela. Cela ne réglera sans doute pas fondamentalement les choses, mais ne pourra qu’y contribuer.

 

 

 

(*) Sans que l'on sache vraiment pourquoi, le bilan est (un peu) moins dramatique en ce qui concerne le réseau de la RATP, où l’on a noté en 2008 une légère baisse des suicides ou tentatives: 195 contre 220 l’année précédente.

10/02/2009

Un retour

bébémalade.jpgDes médecins avaient tiré la sonnette d’alarme, il y a plusieurs mois déjà. Ils n’ont été que peu écoutés. Et pourtant, ils avaient raison; on s’en aperçoit maintenant. Une vieille maladie est en train de faire son retour en France: la rougeole. L’Institut de veille sanitaire (InVS) note que la «circulation active» de ce virus dans ce pays «s’est intensifiée depuis octobre». Et à présent, cette maladie gagne Paris. Pour preuve, la semaine dernière, une vingtaine de cas ont été détectés dans deux écoles des Hauts de Seine et des Yvelines (banlieue ouest de la capitale). Fin janvier déjà, en Haute-Savoie, une collégienne de 12 ans était décédée de cette maladie.

 

Car en effet, au-delà des fameuses plaques rouges qu’elle occasionne, et outre le fait qu’elle est extrêmement contagieuse, la rougeole n’est pas une maladie anodine. Mal diagnostiquée et/ou soignée, elle peut dégénérer en pneumonie ou en encéphalite, a fortiori chez les nourrissons, les ados, les personnes immunodéprimées ou les femmes enceintes. Selon les chiffres officiels, 566 cas de rougeole ont été déclarés en France l’an dernier. C’est plus de dix fois plus qu’en 2006 et en 2007 (44 et 40 cas respectivement). Ces cas se répartissent dans 66 départements, ce qui veut dire en gros que les deux tiers de la France métropolitaine sont touchés par l’épidémie.

 

89 % des personnes frappées par la rougeole l’an dernier n’avaient pas été vaccinées. En France, en effet, la vaccination contre cette affection virale, si elle fortement recommandée et largement appliquée, n’en reste pas moins facultative. Or, note l’InVS, malgré les actions de sensibilisation menées par les Ddass (Directions départementales des affaires sanitaires et sociales), «les données épidémiologiques récentes montrent qu’en France, il existe des communautés d’enfants et d’adolescents insuffisamment vaccinés qui sont propices à la survenue de foyers épidémiques, avec un risque de transmission potentielle à des personnes à risque de rougeole grave».

09/02/2009

Une progression

La semaine commence on ne peut plus sainement. Ce lundi, en effet, le ministère de la Santé et les directions des chaînes de télévision signent une charte destinée à une meilleure prévention de l’obésité sur le petit écran. C’est le prolongement de l’opération «mangerbouger» lancée le printemps dernier, en vertu de laquelle les messages publicitaires pour les produits alimentaires sont désormais assortis de messages incitant le téléspectateur à mieux manger et à se bouger un peu (relire ici). Aujourd’hui, via cette charte, il s’agit notamment d’assurer la diffusion à la télé de programmes courts promouvant les bons comportements de vie et d'alimentation ainsi que des campagnes en faveur des produits sains (fruits, légumes, etc.) encore sous-consommés actuellement.

 

C’est une initiative d’autant moins inutile que les chiffres de l’obésité en France se dégradent d’année en année. 18% des jeunes de moins de 17 ans et 49 % des adultes y sont considérés comme étant en surpoids ou obèses.

 

Tiens, à ce propos, la malbouffe ne subit visiblement pas les effets de la crise économique. L’autre jour, la filiale française de McDonald’s a annoncé que son chiffre d’affaires avait progressé de plus de 11% (à 3,3 milliards d’euros) l’an dernier. Une progression comparable est envisagée pour 2009. Au total, ces cinq dernières années, McDo a accru de 50% son chiffre d’affaires en France, où cette société dispose désormais de plus de 1.100 restaurants.

 

Des restaurants souvent bondés et où donc – à Paris, c’est très fréquent  – , les clients ne font pas rarement la queue. C’est bien sûr surtout le cas pendant les pauses déjeuner et à l’heure du dîner. Ces retards sont d’autant plus préjudiciables pour les sociétés de restauration rapide qu’elles réalisent chaque jour 70% de leur chiffre d’affaires dans les tranches horaires midi-14 heures et 18-21 heures. Du coup, de plus en plus à Paris et bientôt dans toute la France aussi, sont installées des bornes de prise de commande en libre-service, qui permettent de réduire à trois minutes le temps moyen d’attente du client. Fin 2009, 400 restos McDo seront équipés de ces bornes automatiques. Un mouvement similaire est suivi chez Quick et chez KFC. Les exploitants de fast food sont d’autant plus enclins à généraliser ce genre de technologie que les études ont montré que les clients utilisant ces bornes ont tendance à consommer davantage que les autres : 5% en moyenne, soit 50 centimes supplémentaires sur une addition moyenne de 10 euros.

 

A terme, l’objectif est de booster la fréquentation des fast-food. Un Français se rend en moyenne 14 fois par an au McDo, contre 35 fois par an pour un Américain – il existe donc encore des marges de progression. Pas sûr qu'il faille s'en réjouir.

06/02/2009

Une innocuité?

Transports parisiens, suite. On n’a pas encore eu le temps d’en parler, mais il est plus que temps puisque le changement est intervenu cette semaine (lundi à 0 heures, précisément) et puisqu’il s’agit d’un tournant historique: en effet, c’est une page vieille de 35 ans qui vient d’être tournée. Lancée en 1975, la carte orange (pour les non-Parisiens: le coupon mensuel d’abonnement au réseau de transports régional) a cessé d’exister. EIle est désormais remplacée par le pass Navigo, une carte à puces rechargeable à des bornes magnétiques (si besoin, relire ici). Les mois qui ont précédé cette petite révolution, deux grosses réserves avaient été émises par les réticents. D’abord, un problème de respect de la vie privée, cette carte permettant de tracer et de mémoriser les déplacements effectués par les usagers. Ensuite, un problème potentiel de santé. Sur ce dernier sujet, on en sait désormais un peu plus.

 

Le timing ne doit sans doute rien au hasard: l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) vient de remettre son avis sur les éventuels risques pour la santé des puces RFID contenues dans ces pass Navigo, puces qui émettent des rayonnements électromagnétiques. Pour ces spécialistes, «l’étude de la littérature, ainsi que les résultats des campagnes de mesure, ne permettent pas, à ce jour, d’établir l’existence d’un risque sanitaire lié à l’exposition aux champs électromagnétiques émis par des systèmes RFID». Ces champs, en effet, seraient «inférieurs aux valeurs limites d’exposition». Et, en tout état de cause, l’exposition des utilisateurs de puces à ces champs serait «très faible» par rapport à d’autres sources de rayonnements, «comme par exemple l’usage d’un téléphone mobile». Comme, toutefois, en ces matières, rien n’est jamais simple, l’Afsset juge «nécessaire de poursuivre la veille scientifique» sur le sujet.

 

D’où, l’on peut en déduire que le diagnostic rassurant des scientifiques sur l’innocuité de ce dispositif n’est pas forcément définitif. Du coup, en théorie, certains abonnés au métro et au RER parisiens pourraient décider, en âme et conscience, de faire jouer le principe de précaution et donc choisir de ne pas s’exposer à cette nouvelle technologie. Non, là désolé, ce n’est pas possible. En effet, le remplacement de la carte orange par le pass Navigo est définitif et il a été imposé à tout le monde.

 

Ne reste donc plus qu’à croiser les doigts pour que, dans dix ans, les experts ne reviennent pas sur ce constat d’innocuité.

05/02/2009

Un surnom

pizzahutenseigne.jpg«Pizza Honte». C’est le surnom assassin qui court les rues en ce moment à Paris, à propos de «Pizza Hut»: la chaîne de magasins spécialisés dans le vente à emporter mais qui, toujours selon ces quolibets, désormais «livre la précarité à domicile» plutôt que les pizzas.

 

Explication. Depuis janvier, un des magasins parisiens de cette chaîne, situé dans le quartier de l’Opéra, est en grève et son activité paralysée. Les grévistes, la plupart étudiants travaillant à temps partiel, réclament le paiement des jours pendant lesquels ils ont exercé leur droit de retrait, après avoir été victimes d’un braquage à main armée dû selon eux à l’insuffisance du dispositif de sécurité du magasin. A Paris, la chaîne de pizzas est habituée aux conflits sociaux. Ces dernières années, plusieurs de ses magasins ont été inaccessibles à la clientèle et leurs livraisons interrompues suite à des occupations par des grévistes. Ceux-ci réclamaient par exemple des systèmes de climatisation efficaces (pour des cuisines où les fours à pizzas font parfois monter la température «jusqu’à 35 degrés»), des «tenues adaptées aux conditions climatiques» (pour les livreurs en scooters), une majoration des salaires horaires après 21 heures (pour les nombreux employés travaillant tard le soir) ou le remboursement de leurs frais de taxi pour rentrer chez eux la nuit (quand bus et métros ne circulent plus). Autant de revendications qui, au regard du droit du travail, ne paraissent pas à première vue exorbitantes mais qui, chez «Pizza Hut», ne vont semble-t-il pas de soi.

 

Tiens, au passage, on a toujours été mal à l’aise devant ces pauvres livreurs de pizzas qui à Paris, mais dans d’autres villes de France probablement aussi voire en Belgique également, sont forcés de conduire des scooters affublés d’un panneau invitant les passants et les automobilistes à les dénoncer par téléphone à leur magasin s’ils les surprennent en flagrant délit de conduite irresponsable, dangereuse et/ou violant le code de la route.

 

pizzahutscooter.jpgMal à l’aise pour trois raisons au moins. D’abord, tout ce qui est délation ne sent jamais bon. Ensuite, en vertu de quoi les livreurs de pizzas, en majorité des jeunes évidemment, devraient-ils ainsi être la seule profession forcée à arborer à longueur de tournées cet écriteau d’infamie, comme s’ils étaient d’office présumés conduire tous comme des marioles? A ce train-là, pourquoi les chauffeurs de taxis, les conducteurs d’autobus, les coursiers express, les livreurs de fleurs ou de journaux voire les cyclistes en Vélib’ ne devraient-ils pas être pareillement stigmatisés? Enfin, si effectivement les jeunes livreurs de pizzas conduisent à l’occasion leurs scooters de manière un peu sportive, est-ce de leur propre chef ou parce qu’ils sont soumis, outre à des salaires pas folichons, à des cadences infernales de livraison?

04/02/2009

Un contraste

3,5 millions de mal-logés en France donc, selon le dernier rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre, rendu public hier (ici). Dont 2 millions de personnes qui vivent dans des «conditions de logement très difficiles». Et, s’il faut continuer la litanie de chiffres déprimants: 600.000 logements insalubres, 100.000 personnes habitant à l’année au camping, 300.000 vivotant dans des habitations de fortune ou des chambres d’hôtel miteux, 500.000 locataires n’arrivant plus à payer leur loyer et 70.000 propriétaires en rupture de remboursement de leur emprunt.

 

A supposer que l’on puisse arithmétiquement transposer les chiffres nationaux à la réalité parisienne – mais la proportion de mal-logés doit être plus importante dans les grandes villes qu’à la campagne – , cela veut dire que la capitale française compte au bas mot quelque 120.000 mal-logés.

 

Par contraste, le "George V", l’un des palaces les plus renommés de Paris, situé à deux pas des Champs, vient d’annoncer son intention de transformer sa «suite nuptiale», sa chambre la plus chère: 4.950 € la nuit. Cette suite sera totalement rénovée, pourvue de terrasses extérieures sur tous ses côtés et agrémentée de tous les gadgets les plus chics (ainsi, un écran de télé caché dans le miroir de la salle de bains: trop chouette). Elle sera aussi agrandie afin de totaliser in fine une surface de… 250 mètres carrés.

 

D’un côté, 120.000 mal-logés. De l’autre, des touristes fortunés logés dans des chambres d’hôtel de 250 mètres carrés. Mettre en rapport ces deux chiffres ne rime à rien? C’est comparer des pommes et des poires? Des associations, en tout cas, ne sont pas insensibles à ce contraste séparant ces deux extrêmes de la réalité du logement à Paris. Ainsi, l’autre jour, une centaine de mal-logés de l’association Droit au Logement ont occupé pacifiquement un autre palace parisien: le "Meurice", sis rue de Rivoli. Il dispose d’une «suite royale belle étoile» totalisant 300 mètres carrés de surface, auxquels viennent s’ajouter 250 mètres carrés de terrasses. Les activistes ont pris place pendant une heure dans la salle à manger du "Meurice", «pour se réchauffer». Non sans préciser ensuite aux médias que le personnel du palace leur avait réservé un accueil «sympathique». C’est déjà cela.

 

 

 

PS: Tiens, il est des renoncements politiques qui, curieusement, sont très peu médiatisés. Ainsi, récemment, la ministre du Logement Christine Boutin a, pour la première fois, admis publiquement que la grande promesse électorale de Nicolas Sarkozy relative aux SDF – «plus personne obligé de dormir sur le trottoir d’ici à la fin 2008» – constituait… «un objectif que nous ne pourrons pas atteindre». Cet aveu a au moins le mérite de l’honnêteté. En même temps, ne savait-on pas dès 2007 le caractère totalement irréaliste de cette promesse?

03/02/2009

Un détail

La capitale française, ce matin, a retrouvé son apparence normale. Disparue la neige, qui, hier matin, a causé pas mal de désagréments aux Parisiens. Mais qui a aussi embelli encore un peu plus la ville. Si vous avez 2 minutes 6 secondes avant de poursuivre la lecture de cette note plus bas, jugez-en à ces quelques images de notre quartier préféré sous la neige et notamment d’une place des Vosges – la plus belle de Paris à nos yeux, mais on n’est sans doute pas impartial vu qu’on juge en voisin et donc en chauvin – plus élégante que jamais grâce aux flocons.

Cela dit, on l’a encore vérifié hier à Paris: le diable se niche parfois dans les moindres détails, comme dit l’adage. Pour preuve, la mésaventure survenue aux bus de la RATP, qui ont dû rentrer aux dépôts à peine après les avoir quittés, les rues de la capitale étant jugées par la régie trop glissantes et donc trop dangereuses pour y circuler. Dimanche soir, pourtant, les 27 saleuses de la mairie avaient déversé 10 tonnes de sel sur les 500 kilomètres de voies de la capitale jugées prioritaires. Dans le même temps, 1500 agents de la propreté s’étaient affairés à déneiger les points stratégiques: 750 accès au métro, 15.000 passages piétons, 170 ponts et 1900 abris bus notamment. Pourtant, lundi matin, cela patinait et glissait en tous sens dans les rues de Paris. Que s’est-il donc passé? Un détail technique, si l’on a bien compris. Le sel fond à raison de 2 centimètres par heure. La première opération de salage aurait eu lieu trop tôt dimanche soir pour être efficace face aux chutes de neige de la fin de la nuit. Quant à la seconde opération, menée le matin, le sel déversé aurait tardé trop longtemps avant de faire son effet – d’où l’heure de pointe matinale catastrophique.

 

Un détail encore: Paris sous la neige, c’était certes très esthétique, mais c’était aussi très mauvais d’un point de vue écologique. En effet, toutes ces tonnes de sel déversées sont une plaie pour les sols et la végétation. A cet égard, Paris pourrait d’ailleurs utilement s’inspirer de villes voisines en remplaçant ce sel par de la saumure, beaucoup moins agressive. En outre, on a dénombré hier matin 350 kilomètres d’embouteillages dans la région parisienne, soit deux à trois fois plus que d’habitude – imaginez donc la pollution qui régnait. Dès lors, c’est plutôt une bonne chose que ces «épisodes neigeux», comme on dit dans le jargon météo, soient très rares dans la capitale française. La RATP, au demeurant, invoque cette rareté pour justifier le fait que ses bus ne sont pas équipés de pneus neige: cet investissement (16.000 pneus pour équiper une flotte de 4000 bus) est jugé beaucoup trop important pour l’utilisation qui en serait faite.

02/02/2009

Un attrait

L’attrait majeur de vivre dans une grande ville, c’est qu’on peut y faire à peu près tout ce que l’on veut à n’importe quelle heure. Paris, à cet égard, fait un peu moins bien que Londres, New York ou Tokyo. Notamment à cause de cette curieuse habitude qu’a toujours eue la capitale française de fermer la plupart de ses bars à 2 heures du matin – a fortiori depuis que, ces derniers temps, les autorités tendent à coiffer la ville d’un bonnet de nuit (ici). Mais il n’empêche, sur ce terrain, la capitale s’est améliorée, ces dernières années. Désormais, en cherchant un peu, on peut trouver une aministration encore ouverte à 19 heures, enchaîner les longueurs de crawl dans une piscine municipale à 21 heures, se défouler en allant courir sur un stade d’athlé à 22 heures, et faire ses courses dans un supermarché à 23 heures. Ce week-end, d’ailleurs, un pas de plus, spectaculaire, a été franchi dans cette voie – dans ce qui a constitué semble-t-il une grande première française, voire une première mondiale.

 

On parle évidemment de l’ouverture 24 heures sur 24, jour et nuit donc, du Grand Palais depuis vendredi soir et jusqu’à ce lundi 20 heures, pour le bouquet final de la grande expo «Picasso et les maîtres». Samedi soir donc, par exemple, des Parisiens ont pu enchaîner en une seule soirée l’apéro au bistrot, le dîner au resto, la nuit en boîte puis l’«after» à l’aube au musée à contempler les toiles de maître!

 

Visiblement, ils ont adoré l’expérience. Ce week-end, quelque 60.000 visiteurs de plus ont, à toute heure du jour et de la nuit, vu l’expo Picasso. Des noctambules y sont allés terminer leur nuit. Des lycéens, ce matin, y faisaient la queue avant d’aller en cours. Ces 72 dernières heures, des litres et des litres de café ont été servis aux amateurs d’art patientant dehors, pour les réchauffer un peu. Une grande radio, partenaire de l’expo, y a même passé toute une nuit en direct. Depuis vendredi soir, 20.000 entrées supplémentaires ont été quotidiennement enregistrées. Au pic de fréquentation, la file d’attente s’est étirée sur plusieurs dizaines de mètres et il fallait patienter pendant près de 5 heures pour parvenir aux guichets.

 

Au total, 770.000 visiteurs ont vu l’expo Picasso. L’attrait rencontré par l’innovation de son ouverture 24 heures sur 24 va inciter les organisateurs, ils l’ont dit ce week-end, à «sans doute renouveler l’expérience, ou du moins à ouvrir de nouveaux créneaux horaires». Bien.