Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

05/03/2009

Un séisme

fnacbastille.jpgOn a appris la nouvelle ce matin, au saut du lit. On est tombé des nues. Et, pour tout dire, on n’en est pas encore revenu. Alors, bien sûr, dans la litanie quotidienne et déprimante des ravages de la crise économique mondiale, ce n’est qu’une anecdote. Un goutte d’eau dans un océan de malheurs sociaux. Une péripétie de plus. Une fermeture supplémentaire parmi tant d’autres. Une poignée de chômeurs certes, mais on en dénombre déjà tant et tant, et cela ne fait vraisemblablement que commencer. Une mauvaise nouvelle mais qui, assurément, sera vite chassée par d’autres mauvaises nouvelles, sans doute encore plus terribles. Il n’empêche, à la petite échelle de notre petit quartier, c’est vraiment énorme. C’est le ciel qui tombe sur la tête. C'est presque un séisme.

 

La FNAC Bastille ferme. D’ici à l’été, cette grande surface spécialisée dans la musique et les DVD aura définitivement baissé ses rideaux métalliques. Vu la crise mondiale en général et vu la crise frappant le secteur de la musique en particulier, le groupe de luxe PPR a décidé que cette enseigne n’était plus rentable.

 

Le grand magasin avait ouvert ses portes en 1990, dans les sous-sols de l’Opéra Bastille. Dix-neuf ans plus tard, ses quelque 60 salariés vont être remerciés. Ainsi le prévoit le plan social de la FNAC pour la capitale, qui entraîne la suppression de 168 postes dans les magasins parisiens de cette enseigne. «Aucune autre fermeture de magasin n’est prévue en France», a assuré hier la direction de PPR. La FNAC Bastille sera donc la seule à fermer ses portes.

 

La FNAC Musique, c’était vraiment une institution du quartier Bastille. Bien sûr, c’était un magasin très très grand public, et donc on y trouvait beaucoup de daubes ultra-commerciales, loin des choix plus pointus et plus intéressants des petits disquaires du quartier. Mais enfin, si qualitativement on trouvait souvent n’importe quoi dans les rayons de la FNAC Bastille, on y trouvait aussi un peu de tout. Donc, c’était finalement assez pratique et parfois même on y faisait d’agréables découvertes. Bien sûr, ce magasin très populaire était le plus souvent insupportablement bondé – jusqu’à l’horreur le samedi après-midi. Mais, certains jours à certaines plages horaires, on pouvait y déambuler  encore relativement tranquillement. Bien sûr, avec la foule qu’elle draînait en permanence, la FNAC Bastille ne causait pas rarement des nuisances à ses riverains. En fin de journée le samedi, par exemple, la crasse à ses alentours était impressionnante.

 

Mais, malgré tout, ce commerce assurait à lui tout seul une bonne partie de l’animation du quartier. Sur la place de la Bastille, avec les foules de clients qui s’y pressaient, avec les cohortes de jeunes, de touristes et de paumés qui ont toujours squatté les marches de l’Opéra, avec le flux incessant des voitures tournant autour de la grande colonne de 1830, avec les magasins de meubles, les cinémas et les petits passages de la rue du Faubourg St-Antoine, avec les attractions foraines du bout du boulevard Richard Lenoir, avec le grand marché du jeudi et du dimanche, avec ces snacks à kebabs remplis en permanence de banlieusards, la FNAC faisait assurément partie de l’ambiance locale. Plus pour longtemps, donc. Cela va être un fameux changement pour cette partie du onzième arrondissement.

 

Ce matin, on pensait à tous ces employés qu’on a croisés à la FNAC Bastille pendant toutes ces années. A ces caissières, ces vigiles, ces responsables de rayons – en majorité très jeunes   à qui on a parlé. Hop: au chômage.

 

Du coup ce matin, cette crise économique mondiale jusqu’à présent géographiquement assez lointaine faisait violemment irruption dans le quartier. S’immiscait jusqu’aux portes de la vie quotidienne. Devenait donc extrêmement tangible, concrète. Se rapprochait, physiquement. Cela commençait à devenir un peu flippant.

Les commentaires sont fermés.