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06/03/2009

Un mensonge

Journée internationale de la femme en France et dans le monde, dimanche. A l’approche de cette échéance, le gouvernement pouvait difficilement ne pas évoquer le sujet. Mercredi, donc, le Conseil des ministres a fait le point sur la question, et précisément sur la place des femmes dans l’entreprise. A la lecture du compte-rendu officiel de la réunion, on est tombé de notre chaise. Y figure, en effet, un gros mensonge. Textuellement: «La France est l’un des pays les mieux placés dans ce domaine. Cette situation tient en particulier à plus de 40 ans de politique publique volontariste en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes».

 

Alors, cela, c’est vraiment n’importe quoi. Si l’on prend les 40 plus grandes entreprises de France – celles du CAC 40, l’indice de référence de la Bourse de Paris –, 46% d’entre elles ne comptent toujours aucune femme dans leurs organes dirigeants. Au total, dans ces comités exécutifs, on dénombre en tout et pour tout… 6,3% de femmes. Parmi les cadres de ces 40 sociétés, on ne compte que 31% de femmes: c’est encore moins que l’an dernier (34%). Autres spécificités de ce top 40 si macho: 20% seulement de ces sociétés ont des objectifs en termes de recrutement pour pallier ce retard féminin et 13% ont réussi à réduire les écarts salariaux entre hommes et femmes. Or, ici aussi, il y a du pain sur la planche. Selon le ministère du Travail, la rémunération brute totale moyenne des femmes est inférieure de 27% à celle des hommes. Au vu de tous ces chiffres, rien d’étonnant que, selon un sondage de la Haute autorité de lutte contre les discriminations, une femme active ou retraitée sur trois (34%) a le sentiment d’être ou d’avoir été victime de discriminations au travail en raison de son genre.

 

Tiens, au fond, il y a quelques mois, au Parlement, un spectaculaire incident a eu lieu sur cette question. Une femme, la députée UMP Marie-Jo Zimmermann, présentait un amendement visant à inscrire la parité professionnelle hommes-femmes dans la Constitution. Celle-ci, en effet, ne parle pour l’instant que de «l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et sociales», accès qu’il convient tout au plus de «favoriser». L’amendement, lorsqu’il avait été préparé et adopté par la délégation parlementaire aux droits des femmes, avait recueilli un large consensus gauche-droite. Le gouvernement, néanmoins, s’y est opposé. Lors de cette séance, l’équipe Fillon était représentée à l’Assemblée par… Rachida Dati, par une femme donc. Qui n’a pas voulu en démordre et a réclamé le report du vote. Mal lui en prit. Le président UMP de l’Assemblée, Bernard Accoyer, l’envoya sur les roses. Comme Rachida Dati tentait de faire traîner les débats en longueur, il l'admonesta: «Non, madame la ministre, tout le monde suit ce texte depuis le début: on ne va pas reprendre dix fois les mêmes explications!» Folle de rage, Rachida Dati alla se rasseoir en bougonnant, après avoir rabattu nerveusement son micro. Puis, sous son regard glacial, l’amendement Zimmermann fut adopté à une très large majorité.

 

A l’approche de ce 8 mars, la même députée présente cette fois une proposition de loi instaurant un quota de femmes aux conseils d'administration des entreprises. Cette proposition stipule que le nombre de représentants de chacun des deux sexes «ne peut être inférieur à 40%» dans les conseils d'administration, et ce d'ici trois ans. «Ce n'est pas une revendication de féministes», a assuré la parlementaire UMP: «Nous voulons seulement la juste place pour les femmes. On avait hésité pour les lois sur la parité en politique, mais elles ont prouvé que cela marchait, c'est un mal nécessaire».

 

Le temps que cette proposition arrive en discussion au Parlement, Rachida Dati aura quitté Paris: exfiltrée au Parlement européen de Strasbourg. Pas sûr que la condition des femmes françaises souffrira de ce départ.

Commentaires

C'est n'importe quoi ces histoires de parité....
Il me manque quelqu'un dans mon équipe, on va m'obliger à prendre une femme peut être moins bien expérimenté au nom de la sacro saint Parité? Je prends la personne qui me semble la plus à même de prendre le poste épicétou (copyright lucas :p)!

Écrit par : sylvain | 06/03/2009

Que reste-t-il de "français" dans ce qui s'évalue par le CAC 40 ?... L'actionnariat étranger prédomine à la bourse de Paris, et c'est lui qui décide de la teneur des directions ! Par ailleurs de Laurence Parisot (La ravie du Medef) en Patricia Russo (Aux exploits mirifiques à la tête de Lucent et Alcatel), on se demande si un sexe est vraiment supérieur à l'autre pour oeuvrer au bien commun !...

Écrit par : CP | 06/03/2009

Comme si c'était si simple, Sylvain! Si je vous comprends bien, les femmes sont moins nombreuses que les hommes aux postes les plus élevés parce qu'elles sont moins compétentes?
Vous me rappelez ce que disait Françoise Giroud:
«La femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente.» (Le Monde - 11 Mars 1983)

Écrit par : Tania | 06/03/2009

Je connaissais la phrase de Giroud mais aujourd'hui, iln'y a pas de doute, la femme est VRAIMENT l'égale de l'homme, au moins là où je travaille.
On a toujours promu des incompétents pour diverses mauvaises raisons : (grande) école, loge, golf ou bridge, épouse complaisante (c'est pas la même chose qu'un époux complaisant, même si c'est le même couple), "pays", ...
Mais à tout cela s'ajoute maintenant d'autres passe-droit tels que le sexe ou le handicap.

Il ne manque pas de ministres aussi nuls que la belle Rachida mais si elle est ministre, c'est parce qu'elle est une jolie femme issue de l'immigration.

Écrit par : Parker Pyne | 06/03/2009

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