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20/03/2009

Un décalage

Il y avait une curieuse ambiance décidément, hier après-midi dans le quartier, qui était donc traversé par l’immense manifestation parisienne en faveur de l’emploi, des salaires et du pouvoir d’achat – si immense que, dès le début de l’après-midi, l’itinéraire de délestage prévu par la police, dont on parlait dans ce blog hier, a dû être emprunté.  Il y avait comme, disons, un décalage. Entre l’atmosphère et le discours. Entre les mots et les visages. Entre la saison et le fond.

 

La saison? Un superbe printemps parisien décidément, avec un soleil au zénith et une température de mois de mai. Le fond? Très lourd évidemment: cette crise mondiale sans précédent et, en France, ce cortège, semaine après semaine, de plans de restructuration et d’annonces de licenciements. Le décalage venait du hiatus entre l’atmosphère, infiniment légère, qui entourait le fleuve humain et le caractère, si délétère, de la situation qu’il dénonçait.

 

«Ni pauvres, ni soumis», aborait ainsi, en guise de slogan, une délégation de malades chroniques et de handicapés, condamnés pendant toute l’année à vivre avec une allocation de misère mais hier souriants comme jamais sous le divin soleil. «On veut vivre, plus survivre!», entendait-on plus loin, alors que la foule se pressait gaiement aux terrasses des bistrots des grands boulevards. «Chômage, année noire», lisait-on ensuite sur des parapluies sombres, sous lesquels des manifestants devisaient gaiement. «On n’est ni de droite, ni de gauche: on est dans la merde!», apercevait-on sur une pancarte tenue par une maman. Puis on voyait une ribambelle de gamins aux anges à la vue d’un marchand de glaces. «Ca ne peut plus durer. Ca va casser cette société! Les jeunes dans la galère. Les vieux dans la misère!», hurlait la sono. Mais les gens défilaient avec le sourire, trop heureux de la météo.

 

En fin de soirée dans le métro bondé, à la hauteur de Saint-Germain des Prés, il y avait ce même petit décalage un peu bizarre. Autour d’une canette de bière, des jeunes revenus de la manif refaisaient le monde avec insouciance. «Yen a assez, assez de cette société: on est tous au chômage, dans la précarité!», avaient-ils pourtant tous scandé, probablement, quelques heures auparavant. Surgissait alors un poivrot hilare qui, dans ce train jonché de tracts si alamants, entonnait à tue-tête des chansons d’avant-guerre. En temps normal, les Parisiens stressés du métro l’auraient flingué. Là, hier soir, ils riaient, l’applaudissaient, voire l’encourageaient. Curieuse ambiance, décidément.

 

En levant les yeux, on apercevait alors une petite pub de la RATP pour son opération «Printemps des Poètes». Un extrait du Journal de Jules Renard : «–Vous dites ça en riant! – Je dis ça en riant parce que c’est très sérieux!»  Cela convenait plutôt bien. 

Commentaires

Il se peut que les gens soient tout simplement heureux d'être ensemble.

Écrit par : ShereKhan | 20/03/2009

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