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23/03/2009

Une langue

Alors que «La Semaine de la Langue française» s’achève ces jours-ci, le sujet favori des journalistes, en ce moment, semble être d’épingler les nombreuses fautes de français commises par le Président Sarkozy, à l’occasion de des si innombrables improvisations («J’écoute mais je tiens pas compte», «Si y en a que ça les démange d’augmenter les impôts, …», «On se demande c’est à quoi ça leur a servi», etc.).

 

On se gardera bien de verser dans le même procès. Pour trois raisons au moins. D’abord, épingler le français d’autrui alors qu’on est soi-même usager quotidien et chroniquement pressé de mots est extrêmement périlleux. Ainsi, on se permettrait d’ironiser dans cette note sur le degré imparfait de connaissance de la langue française de l’hôte de l’Elysée qu’illico, des lecteurs sarkophiles s’amuseraient, en commentaire, à copier-coller les fautes d’orthographe, de grammaire ou de syntaxe qui, dans «Paris Libre», doivent probablement exister. Ensuite, il y a parfois, dans cette attaque à la mode contre Nicolas Sarkozy, des relents douteux. En substance, «Regardez ce descendant d'immigré et/ou ce nouveau riche qui ne sait même pas parler notre langue». Enfin, on aurait tort de présumer d’office que cette imperfection française sarkozyste est totalement fortuite et ne relève pas d’une énième stratégie savante de com’. Certains experts en sarkologie assurent d'ailleurs que c’est volontairement que le Président malmène si fréquemment la langue de Voltaire: parce que cela fait peuple et donc parce que cela le rend plus proche des gens…

 

En termes de langue et de culture, on se bornera donc à mettre au crédit du chef de l’Etat un très beau succès de librairie dont il est à l’origine. En 2006, en effet, Nicolas Sarkozy avait fustigé le fait que «La Princesse de Clèves» figurait au programme d’attaché d’administration. «Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de «La Princesse de Clèves».. Imaginez le spectacle!», avait-il raillé. Or, depuis cette petite phrase sarkozyste, jugée méprisante et inculte par ses détracteurs, on n’a jamais autant vendu de «Princesse de Clèves» dans les librairies de France! Régulièrement, à la Sorbonne notamment, des manifestants anti-Sarko font des lectures publiques de ce grand classique de la littérature française. Dans les travées du dernier Salon du Livre de Paris, d’ailleurs, un petit badge bleu a fait fureur: «Je lis la Princesse de Clèves», proclamait-il…

 

Sinon, toujours au rayon langue française, on a entendu, pas plus tard que ce matin à la radio locale, qu’un changement allait intervenir en la matière dans les taxis parisiens. Désormais, seront renforcés les examens de français imposés aux candidats à une licence de chauffeur de taxi dans la capitale française. L’objectif est de s’assurer que les usagers de taxis à Paris soient servis par des conducteurs ayant une connaissance usuelle de la langue du pays. Concrètement, c’est notamment le grand retour de la dictée dans les examens de cette profession: les candidats-taximen ne recevront leur licence que s’ils réussissent une dictée du niveau du collège.

 

En même temps, cela ne devrait pas être trop difficile pour nombre de chauffeurs de taxis parisiens. Puisque, entendait-on également ce matin, cette profession devient de plus en plus «un métier de reconversion». Vu la crise économique, on trouve de plus en plus souvent, au volant des quelque 16.000 taxis officiant dans Paris et sa région, des diplômés voire des universitaires (bac+3 et davantage), qui exercent ce métier faute d’avoir trouvé un emploi dans leur secteur d’origine.

 

Au fond, que pensent tous ces taximen parisiens lettrés quand, tout en conduisant leurs clients et en se jouant des embouteillages, ils entendent à la radio leur Président massacrer allègrement la syntaxe?

Commentaires

La coquille a la première ligne m'a bien fait sourire.
Vive le français, qu'on en parle et qu'on le parle (et l'écrive), c'est l'essentiel !

(Note BDL: Lange au lieu de langue française!?! Oh la laaaaaa... Aurait-on besoin de vacances? Comme quoi, on a bien fait ce matin de ne pas donner de leçons... C'est corrigé. Et c'était totalement involontaire - mais ravi néanmoins de vous avoir fait sourire;-) Et, au passage, merci pour votre fidélité)

Écrit par : Tania (+ note BDL) | 23/03/2009

"descendant d'immigré et/ou ce nouveau riche"
Eh, oh, faut pas exagérer, rappelons que son père serait un aristocrate hongrois et que, par sa mère, il descend d'une très riche et très cosmopolite famille : maman avocate et pépé médecin, c'est pas vraiment le profil d'un p'tit gars d'la banlieue.

Écrit par : Parker Pyne | 23/03/2009

Les mots proposés sur le portail de la semaine de la langue française,
voilà un sujet de conversation
ou comment le scientisme et la technologie polluent totalement les espaces qui se voudraient poétiques.
...
qu'en pensez vous de ces mots là ? (clique, génome, compatible ...)

(Réponse BDL: En effet, c'est très techno tout cela. On aurait été ministre de la Culture, on aurait mis sur ce portail des mots comme (pris au hasard en feuilletant le dictionnaire): cyclamen, carabistouille, gambader, lapis-lazuli, mazourka, quadrige, soupirant ou troubadour. Mais on n'est pas ministre.)

Écrit par : le bateleur (+ réponse BDL) | 24/03/2009

Le lien "http://www.semainelf.culture.fr/" ne fonctionne pas. Est ce aussi une erreur ou le ministère de la culture ferme les portes dès la fin de la semaine trucmuche ? Ce ministère est de "peer en peer"...

Réponse BDL: La semaine de la Langue française a pris fin le 23 mars. Du coup, vient-on de constater, la page web qu'on avait liée a été supprimée par le ministère, où visiblement on ne rigole pas. On se consolera avec cela: http://www.premier-ministre.gouv.fr/chantiers/culture_851/semaine_langue_francaise_16_62925.html

Écrit par : sylvain (+ réponse BDL) | 24/03/2009

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