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27/03/2009

Un dén(o)uement

C’est assurément le chiffre-choc de la semaine, en France: 800.000. C’est le nombre de gens qui, cet hiver, ont franchi chaque jour les portes des Restos du Cœur, dont la campagne hivernale s’achève ce vendredi.

 

Selon ses responsables, «jamais depuis 20 ans» l’association caricative fondée par Coluche n’avait noté une telle hausse de fréquentation de ses structures. Au total cet hiver, les Restos du Cœur ont servi près de 100 millions de repas. Par rapport à l’an dernier, 90.000 personnes de plus ont été accueillies, soit une hausse de 12,5% en moyenne nationale. Cette hausse atteint voire dépasse les 15 ou 20% dans les départements fortement touchés par la crise et par le dénuement dans lequel elle plonge énormément de gens. C’est particulièrement le cas dans la banlieue nord de Paris: en Seine-St-Denis par exemple, qui hébergeait beaucoup d’emplois dans l’industrie automobile aujourd’hui laminée par la récession.

 

Moins déprimant: au mot dénuement, il suffit d’ajouter une lettre pour arriver à l’issue d’une longue crise, qui est survenue cette semaine à Paris. Ce dénouement, c’est celui de l’occupation depuis le mois de décembre, par 210 familles de mal-logés, de la rue de la Banque, à deux pas de l’Opéra Garnier, où avait été installé un campement. Plus de trois mois plus tard, l’Etat et ces mal-logés sont enfins parvenus cette semaine à un accord. L’ensemble des personnes concernées seront relogées «d’ici à janvier 2010». Tout ne semble pas encore totalement réglé, puisque quelques mal-logés «oubliés des pouvoirs publics» ont réinvesti la rue. Mais enfin, jamais tout au long de cet hiver on n’avait semblé aussi proche d’un règlement de cette crise.

 

Tiens, un autre campement, beaucoup moins médiatisé et situé dans le Haut Marais, reste lui visiblement plus proche du dénuement que du dénouement. Il s’agit de l’occupation de la Bourse du Travail, rue Charlot, par des travailleurs sans-papiers réclamant leur régularisation. Cette occupation a commencé en… mai 2008. Cela va donc bientôt faire un an. Les premiers mois de leur mouvement, les familles squattant là avaient pris l’habitude de garnir le mur de l’immeuble de petits dessins racontant leur mobilisation sous l’angle quotidien et affichant un décompte journalier du nombre de jours passés à espérer une solution. «Bonne année et papiers à tous», lit-on ainsi sur ces murs au jour 245, correspondant au 31 décembre 2008. «Le goûter des enfants», est illustré au jour 255.

 

On l’a constaté l’autre soir encore en passant devant la Bourse: les jours continuent de passer, mais plus aucun dessin n’est désormais ajouté sur les murs. Et pour cause : il y en a déjà tellement placardés sur la façade qu’il y a plus la moindre place libre sur l’édifice à une hauteur raisonnable. De toute manière, cette chronologie dessinée du dénuement fait tellement partie des murs dorénavant qu’aucun passant ne semble plus ralentir le pas pour y jeter un coup d'œil.

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