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31/03/2009

Une couleur

«Vert anis!», s’enthousiasmait un Parisien moyen, interrogé à la radio locale ce matin. «Argenté, ou mieux encore: doré!», suggérait une touriste un peu bling, interrogée l’autre jour, lors d’un «micro-trottoir», pour le 20 Heures de TF1. «Rose», proposait plutôt un garçon délicat. «Bleu électrique», corrigeait un amateur de couleurs flashy. Bon, et bien non: ce sera brun. Couleur bronze, en fait. «Brun tour Eiffel», très exactement et officiellement. On parle de la couleur de la peinture qui, à partir d’aujourd’hui, va être apposée sur les armatures de la tour Eiffel. Qui fête ses 120 ans ce mardi. Jour où débute aussi la dix-neuvième campagne de peinture du monument touristique le plus visité au monde (rien que 7 millions de visiteurs l’an dernier!).

 

Gustave Eiffel avait voulu une tour brun rouge. Lors de son inauguration en 1899, elle avait les pieds orange et la pointe jaune clair. Aujourd’hui, à supposer même qu’ils auraient préféré le doré ou le magenta, les responsables parisiens n’auraient eu d’autre choix que la couleur bronze. En effet, la teinte si particulière du revêtement de la célèbre tour est désormais déposée et dûment enregistrée aux Monuments historiques. Précisément, expliquent ses gestionnaires, la teinte de la tour «est une couleur spécifique de trois tonalités (la plus claire est au sommet) de couleur bronze. Elle a été adoptée en 1968. Ces trois nuances différentes assurent aujourd’hui l’homogénéité de la couleur dans le ciel de Paris». Ce dégradé plus foncé en bas qu’en haut souligne aussi la ligne de fuite sur la silhouette élancée de la dame de fer.

 

Vingt-cinq ouvriers se chargeront du renouvellement de la peinture de la tour, une opération qui a lieu tous les sept ans et qui prendra vingt mois. Soixante tonnes de couleur seront utilisées. Lors du lifting de 2001, pour la première fois, une nouvelle peinture sans plomb avait été appliquée. Cette fois, une étape écologique supplémentaire est franchie puisque c’est exclusivement de la peinture bio qui sera utilisée . Les travaux de peinture seront effectués non à l’aide de pistolets mais uniquement avec des pinceaux ronds, afin de limiter les éclaboussures.

 

D’ailleurs, les millions de touristes qui visiteront la tour d’ici à l’achèvement de ses travaux de remise en couleur peuvent être rassurés: deux hectares de filets de protection seront déployés sur l’armature du monument, pour veiller à ce que les vêtements des visiteurs ne soient pas tachés par la peinture fraîche. Dans la capitale mondiale de l’élégance, a fortiori alors que les petites robes d’été ne vont plus trop tarder à faire leur réapparition en terrasse, on n’est jamais trop prudent. 

 

30/03/2009

Une solution?

fnacmusique.jpgCe week-end, on est passé un peu par hasard devant la ‘FNAC Musique’, quelques semaines seulement après l’annnonce de la fermeture de ce grand magasin (ici) – une des enseignes les plus vieilles et les plus populaires de notre quartier Bastille. Du coup, on est entré. Non spécialement pour acheter, mais pour tâter le terrain, humer un peu l’ambiance, sentir comment les gens avaient l’air de vivre cette fermeture annoncée, qui est un petit séisme dans la vie du quartier.

 

Pas terrible l’ambiance, a-t-on trouvé. Beaucoup moins de monde que d’habitude dans les rayons, comme si les gens avaient déjà intégré dans leurs habitudes la disparition de ce commerce. Des vendeurs moins enjoués qu’usuellement, le regard un peu vague, toujours à la disposition des clients mais semblant désormais décompter le temps. Et des clients inquiets. Ainsi, visiblement, depuis l’annonce de la fermeture, les vigiles qui sont stationnés en haut de l’escalier d’entrée du disquaire sont assaillis à longueur de journées d’interrogations éberluées de voisins, de passants et de clients. Qui leur demandent comment est-ce possible. Quand les rideaux du magasin vont baisser. Ce qu’on peut faire. Comment on peut aider.

 

Plusieurs milliers de signatures ont déjà été apposées sur la pétition qui circule à la ‘FNAC Musique’, demandant au groupe PPR, propriétaire des lieux, de revenir sur sa décision de fermeture, qui entraînera le licenciement de 60 employés – des jeunes, en majorité. Du côté de la mairie du onzième arrondissement, on est manifestement catastrophé par la disparition annoncée du seul grand disquaire de cette partie de Paris et par l’impact de cette fermeture en termes d’accès à la culture.

 

fnacinterieur.jpgDu coup, une idée a germé à la mairie pour tenter d’éviter le pire. Le groupe PPR justifie la fermeture de la ‘FNAC Musique’ par le fait que, selon lui, ce magasin, à l’étroit dans les sous-sols de l’Opéra Bastille, est trop exigu pour être rentable. La mairie a donc saisi le ministère de la Culture et lui a demandé officiellement d’intercéder auprès de l’Opéra de Paris, qui est sous sa tutelle, pour qu’il libère des espaces inoccupés et les concède au magasin. Celui-ci pourrait donc accroître sa surface totale de vente.

 

Le géant public de la musique à Paris appelé au secours du temple du commerce populaire, lui-même propriété d’un richissime groupe de luxe. C’est sans doute un peu baroque comme montage, mais, qui sait, c’est peut-être la solution. 

27/03/2009

Un dén(o)uement

C’est assurément le chiffre-choc de la semaine, en France: 800.000. C’est le nombre de gens qui, cet hiver, ont franchi chaque jour les portes des Restos du Cœur, dont la campagne hivernale s’achève ce vendredi.

 

Selon ses responsables, «jamais depuis 20 ans» l’association caricative fondée par Coluche n’avait noté une telle hausse de fréquentation de ses structures. Au total cet hiver, les Restos du Cœur ont servi près de 100 millions de repas. Par rapport à l’an dernier, 90.000 personnes de plus ont été accueillies, soit une hausse de 12,5% en moyenne nationale. Cette hausse atteint voire dépasse les 15 ou 20% dans les départements fortement touchés par la crise et par le dénuement dans lequel elle plonge énormément de gens. C’est particulièrement le cas dans la banlieue nord de Paris: en Seine-St-Denis par exemple, qui hébergeait beaucoup d’emplois dans l’industrie automobile aujourd’hui laminée par la récession.

 

Moins déprimant: au mot dénuement, il suffit d’ajouter une lettre pour arriver à l’issue d’une longue crise, qui est survenue cette semaine à Paris. Ce dénouement, c’est celui de l’occupation depuis le mois de décembre, par 210 familles de mal-logés, de la rue de la Banque, à deux pas de l’Opéra Garnier, où avait été installé un campement. Plus de trois mois plus tard, l’Etat et ces mal-logés sont enfins parvenus cette semaine à un accord. L’ensemble des personnes concernées seront relogées «d’ici à janvier 2010». Tout ne semble pas encore totalement réglé, puisque quelques mal-logés «oubliés des pouvoirs publics» ont réinvesti la rue. Mais enfin, jamais tout au long de cet hiver on n’avait semblé aussi proche d’un règlement de cette crise.

 

Tiens, un autre campement, beaucoup moins médiatisé et situé dans le Haut Marais, reste lui visiblement plus proche du dénuement que du dénouement. Il s’agit de l’occupation de la Bourse du Travail, rue Charlot, par des travailleurs sans-papiers réclamant leur régularisation. Cette occupation a commencé en… mai 2008. Cela va donc bientôt faire un an. Les premiers mois de leur mouvement, les familles squattant là avaient pris l’habitude de garnir le mur de l’immeuble de petits dessins racontant leur mobilisation sous l’angle quotidien et affichant un décompte journalier du nombre de jours passés à espérer une solution. «Bonne année et papiers à tous», lit-on ainsi sur ces murs au jour 245, correspondant au 31 décembre 2008. «Le goûter des enfants», est illustré au jour 255.

 

On l’a constaté l’autre soir encore en passant devant la Bourse: les jours continuent de passer, mais plus aucun dessin n’est désormais ajouté sur les murs. Et pour cause : il y en a déjà tellement placardés sur la façade qu’il y a plus la moindre place libre sur l’édifice à une hauteur raisonnable. De toute manière, cette chronologie dessinée du dénuement fait tellement partie des murs dorénavant qu’aucun passant ne semble plus ralentir le pas pour y jeter un coup d'œil.

26/03/2009

Un air

montrevilles20.jpgQuand on écrivait dans ce blog avant-hier, un peu intuitivement, qu’à Paris «s’accumulent les alertes aux pollutions de l’air», on n’avait pas tort. Ainsi, a-t-il été confirmé depuis, en région parisienne, pas moins de six alertes à la pollution ont déjà été déclenchées depuis le début de l’année, alertes dues à un niveau trop élevé de particules fines dans l’air. Ces micro-poussières en suspension sont causées par le chauffage urbain, la combustion industrielle et la pollution automobile. C’est d’autant plus préoccupant que dans un récent avis (ici), l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) a encore tiré la sonnette d’alarme sur les «effets indésirables des particules dans l’air ambiant sur la santé de l’homme, qu’il s’agisse d’exposition de court terme ou d’exposition chronique».

 

A Paris, ce problème est important. Le gendarme de la qualité de l’air dans la capitale française (Airparif) le reconnaît lui-même: «la qualité de l'air quotidienne reste toujours insatisfaisante, et plus particulièrement au coeur de l'agglomération parisienne à proximité du trafic. Quatre polluants sont toujours problématiques: le dioxyde d'azote, les particules, et l'ozone, qui ne respectent pas les valeurs limites, ainsi que le benzène». Cette question de la pollution par les particules fines préoccupe d’ailleurs la RATP puisque, sur ce point précis, la qualité de l’air respiré par les usagers du métro est souvent mauvaise. Ce n’est pas pour rien si une campagne de test de la qualité de l’air a eu lieu dernièrement dans une station comme ‘Faidherbe-Chaligny’, pas loin de notre quartier Bastille.

 

Très bientôt, du reste, en mai ou au plus tard en juin, on verra en rue des Parisiens affublés d’un drôle de truc au poignet. Une montre-bracelet du troisième type. Une «citypulse» dit-on exactement.

 

Ce prototype a été imaginé dans le cadre du programme «Villes 2.0», qui planche sur l’avenir du mode de vie urbain. L’objectif est, via ce joujou qui a un petit air de «Star Trek»,  de «multiplier par 1000 le nombre de capteurs environnementaux dans la ville et, en faisant participer les citoyens à la mesure environnementale, de les associer d'une manière directe à la construction d'une ville durable». Le côté participatif du projet est d'autant plus intéressant dans une ville comme Paris qu'elle ne compte que dix capteurs publics de qualité de l'air. Chaque «citypulse» sera équipée de deux capteurs environnementaux (CO2 et bruit,) ainsi que d’une puce GPS. Les données sur les pollutions, qu’elle captera et enverra en temps réel, seront évidemment totalement anonymisées, afin qu’on ne puisse tracer les déplacements et donc attenter à la vie privée des particuliers participant à ce programme. Quelque 200 exemplaires de ces montres vertes seront prochainement distribués à des Parisiens.

 

Qui sait, dans cette ville qui a le chic pour intégrer, digérer puis recréer en permanence les tendances, cette «citypulse», dont le look se veut design et branché, deviendra-t-elle bientôt aussi un accessoire de mode prisé par les Parisiens.

25/03/2009

Un prix

Avec la crise, les Français changent leurs habitudes alimentaires. Même la grande presse internationale basée à Paris en parle (par exemple ici, dans le blog d’un confrère et ami britannique): la traditionnelle et sacrosainte pause-déjeuner au resto du coin entre collègues de bureau est de plus en plus concurrencée par le sandwich grignoté en vitesse et moins cher. Du coup, jamais le mythique «jambon-beurre» ne s’est autant vendu dans l’Hexagone.

 

Raison de plus pour saluer le lauréat du prix que vient de décerner la ville de Paris à la meilleure baguette de la capitale. Ce prix est attribué chaque année par des professionnels de la boulangerie. Il prend en compte des critères comme l’aspect, la cuisson, l’alvéolage, l’odeur ou le goût de la baguette. Le gagnant du millésime 2009 est «Le Grenier de Félix», qui officie dans le quinzième arrondissement. Et bonne nouvelle en ces temps de disette: la «meilleure baguette 2009 de Paris» se vend au prix correct d’1€10 l’unité.

 

Tiens, à propos de prix de denrées de base, selon une enquête qui vient d’être réalisée par le ministère de l’Economie auprès de 2.470 restaurants situés dans 100 départements, le prix moyen d’un café dans ce pays est de 1€73. Le problème est que, pour les gens qui habitent dans les régions les plus chères du pays, l’intérêt de ce genre d’enquête nationale est très relatif. Car, comme le notait l’autre jour un responsable d’un syndicat de la restauration, en termes de prix, il y a vraiment de la marge entre ceux pratiqués dans un petit resto du fin fond du Cantal et ceux en vigueur au «George V», le célèbre hôtel parisien.

 

Cela dit, quand on vit à Paris, il ne faut pas spécialement passer ses journées dans les palaces pour être estomaqué par le niveau des prix. On en a encore fait l’expérience dimanche après-midi, dans un lieu aussi cheap que le centre commercial du Forum des Halles. Avec un copain, on s’apprêtait à entrer dans une salle du multiplexe cinéma de l’UGC. On eut soudain une soif inextinguible. Direction le comptoir où on vend le pop-corn, les glaces, et tout cela. Un Coca Light. 2€40. 2€40! Cela fait, si l’on compte bien et dans les anciennes monnaies, plus de 15 francs français ou 100 francs belges! Et même pas un gobelet grand format, pour ce prix: medium. Et même pas bon, le coca: mal dosé, plus trop pétillant, goût cartonné, à oublier au plus vite.

 

Vivre à Paris décidément, parfois, cela n’a pas de prix.

24/03/2009

Un label

squaredutemple.jpgAujourd’hui, faisons dans le local. Dans le micro-local, même. Au risque – on prévient tout de suite – de faire bâiller d’ennui tous les lecteurs de ce blog qui n’habitent pas dans le Marais. Mais nous, en tout cas, très égoïstement, on a été ravi en apprenant cela: une raison de plus nous est donnée, depuis quelques jours, de fréquenter un de nos espaces verts favoris à Paris.

 

Posons le décor, d’abord. Nous sommes dans le troisième arrondissement. Au square du Temple. Un endroit que, depuis qu’on habite Paris, on adore. C’est bien simple : dès qu’il fait beau, il fait partie des endroits où on se précipite. Pour bouquiner, converser,  rêvasser, flâner, mater, s’affaler sur les pelouses, s’amuser des facéties des canards qui barbotent dans la mare, etc. Bref, pour profiter de la vie.

 

C’est pourtant un espace vert qui, a priori, ne paie pas de mine. On est loin des beaux et grands jardins de l’ouest parisien: c’est même un tout petit square, enserré dans un tissu urbain très dense. Mais on l’a toujours trouvé ravissant. Et extrêmement varié et vivant: on y croise des tas de gens différents, qui habitent le quartier. Des ribambelles d’enfants asiatiques venues du Marais chinois, des familles du Marais juif, des jeunes gens du Marais gay, des bobos branchouilles du Haut Marais, ou des petits vieux du Marais populaire avant que ce quartier devienne si friqué. C’est en plus, un haut lieu de l’Histoire de France. A cet endroit, au douzième siècle, régnait le fameux Ordre des Templiers. Et, à la Révolution de 1789, dans l’enclos du Temple que ce square a remplacé, ont été emprisonnés Louis XVI, Marie-Antoinette et le dauphin Louis XVII. Enfin, dans le quartier environnant ce square, on trouve des tas de choses formidables: le Marché des Enfants rouges, où il est si agréable de bruncher le dimanche, des magasins d’alimentation fabuleux, des fleuristes magnifiques (même un magasin de cactus unique), une librairie vraiment bien, des bistrots sympas, des placettes adorables, etc. Bref, chaque fois qu’on va au square du Temple, on se dit que, pour rien au monde décidément, on habiterait dans un autre quartier de Paris.

 

fleursdutemple.jpgVoilà pour le décor. La nouvelle, c’est que ce square vient de recevoir le «label espace vert écologique». Les jardiniers y travaillent sans pesticide. Ils ne pratiquent pas le désherbage chimique, ce qui permet au trèfle ou aux pâquerettes d’envahir bucoliquement les pelouses. Grâce à une attention constante portée à la diversité, des oiseaux comme les roitelets, les martin-pécheurs ou les bergeronnettes y ont élu domicile. Parmi les plantations, la priorité a été donnée à des espèces végétales prisées des oiseaux: aubépines, pruneliers, noisetiers, ronces, etc. Des enclos avec des friches naturelles ont été aménagés pour permettre aux animaux de s'y installer. Les déchets verts (résidus des tontes d’herbe, etc.) sont broyés et répandus dans les massifs. Les jardiniers apprennent à recycler l'eau de la mare pour limiter la consommation lors des arrosages. Ceux-ci se font de nuit pour limiter l'évaporation. Etc, etc.

 

Ouh… alors, on entend d’ici là les récriminations. C’est bien gentil tout cela, mais, écologiquement, c’est peanuts dans une ville où, par ailleurs, s’accumulent les alertes aux pollutions de l’air. Et c’est limite tartouille en ces temps où des milliers de Français, et donc sans doute aussi d’innombrables Parisiens, sont plongés dans une galère pas possible par la crise. D’accord. Cela ne règle rien du tout, globalement. Mais cela ne peut pas non plus faire de mal, fondamentalement, se disait-on ce matin encore en passant devant le suare du Temple.

 

 

 

carreaudutemple.jpgPS: On parlait l’autre jour, dans ce blog, de l’anniversaire de la démolition des Halles de Paris. Le quartier du Temple a lui aussi sa petite Halle: le Carreau du Temple. Là, on a décidé de préserver le patrimoine. Et une réflexion est en cours pour sa réhabilitation au bénéfice de la population locale (espaces de réunion, salles de sport, lieux de convivialité, etc…). Ce quartier du Marais est décidément bien. Et vivre dans cette ville est définitivement formidable.

23/03/2009

Une langue

Alors que «La Semaine de la Langue française» s’achève ces jours-ci, le sujet favori des journalistes, en ce moment, semble être d’épingler les nombreuses fautes de français commises par le Président Sarkozy, à l’occasion de des si innombrables improvisations («J’écoute mais je tiens pas compte», «Si y en a que ça les démange d’augmenter les impôts, …», «On se demande c’est à quoi ça leur a servi», etc.).

 

On se gardera bien de verser dans le même procès. Pour trois raisons au moins. D’abord, épingler le français d’autrui alors qu’on est soi-même usager quotidien et chroniquement pressé de mots est extrêmement périlleux. Ainsi, on se permettrait d’ironiser dans cette note sur le degré imparfait de connaissance de la langue française de l’hôte de l’Elysée qu’illico, des lecteurs sarkophiles s’amuseraient, en commentaire, à copier-coller les fautes d’orthographe, de grammaire ou de syntaxe qui, dans «Paris Libre», doivent probablement exister. Ensuite, il y a parfois, dans cette attaque à la mode contre Nicolas Sarkozy, des relents douteux. En substance, «Regardez ce descendant d'immigré et/ou ce nouveau riche qui ne sait même pas parler notre langue». Enfin, on aurait tort de présumer d’office que cette imperfection française sarkozyste est totalement fortuite et ne relève pas d’une énième stratégie savante de com’. Certains experts en sarkologie assurent d'ailleurs que c’est volontairement que le Président malmène si fréquemment la langue de Voltaire: parce que cela fait peuple et donc parce que cela le rend plus proche des gens…

 

En termes de langue et de culture, on se bornera donc à mettre au crédit du chef de l’Etat un très beau succès de librairie dont il est à l’origine. En 2006, en effet, Nicolas Sarkozy avait fustigé le fait que «La Princesse de Clèves» figurait au programme d’attaché d’administration. «Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de «La Princesse de Clèves».. Imaginez le spectacle!», avait-il raillé. Or, depuis cette petite phrase sarkozyste, jugée méprisante et inculte par ses détracteurs, on n’a jamais autant vendu de «Princesse de Clèves» dans les librairies de France! Régulièrement, à la Sorbonne notamment, des manifestants anti-Sarko font des lectures publiques de ce grand classique de la littérature française. Dans les travées du dernier Salon du Livre de Paris, d’ailleurs, un petit badge bleu a fait fureur: «Je lis la Princesse de Clèves», proclamait-il…

 

Sinon, toujours au rayon langue française, on a entendu, pas plus tard que ce matin à la radio locale, qu’un changement allait intervenir en la matière dans les taxis parisiens. Désormais, seront renforcés les examens de français imposés aux candidats à une licence de chauffeur de taxi dans la capitale française. L’objectif est de s’assurer que les usagers de taxis à Paris soient servis par des conducteurs ayant une connaissance usuelle de la langue du pays. Concrètement, c’est notamment le grand retour de la dictée dans les examens de cette profession: les candidats-taximen ne recevront leur licence que s’ils réussissent une dictée du niveau du collège.

 

En même temps, cela ne devrait pas être trop difficile pour nombre de chauffeurs de taxis parisiens. Puisque, entendait-on également ce matin, cette profession devient de plus en plus «un métier de reconversion». Vu la crise économique, on trouve de plus en plus souvent, au volant des quelque 16.000 taxis officiant dans Paris et sa région, des diplômés voire des universitaires (bac+3 et davantage), qui exercent ce métier faute d’avoir trouvé un emploi dans leur secteur d’origine.

 

Au fond, que pensent tous ces taximen parisiens lettrés quand, tout en conduisant leurs clients et en se jouant des embouteillages, ils entendent à la radio leur Président massacrer allègrement la syntaxe?

20/03/2009

Un décalage

Il y avait une curieuse ambiance décidément, hier après-midi dans le quartier, qui était donc traversé par l’immense manifestation parisienne en faveur de l’emploi, des salaires et du pouvoir d’achat – si immense que, dès le début de l’après-midi, l’itinéraire de délestage prévu par la police, dont on parlait dans ce blog hier, a dû être emprunté.  Il y avait comme, disons, un décalage. Entre l’atmosphère et le discours. Entre les mots et les visages. Entre la saison et le fond.

 

La saison? Un superbe printemps parisien décidément, avec un soleil au zénith et une température de mois de mai. Le fond? Très lourd évidemment: cette crise mondiale sans précédent et, en France, ce cortège, semaine après semaine, de plans de restructuration et d’annonces de licenciements. Le décalage venait du hiatus entre l’atmosphère, infiniment légère, qui entourait le fleuve humain et le caractère, si délétère, de la situation qu’il dénonçait.

 

«Ni pauvres, ni soumis», aborait ainsi, en guise de slogan, une délégation de malades chroniques et de handicapés, condamnés pendant toute l’année à vivre avec une allocation de misère mais hier souriants comme jamais sous le divin soleil. «On veut vivre, plus survivre!», entendait-on plus loin, alors que la foule se pressait gaiement aux terrasses des bistrots des grands boulevards. «Chômage, année noire», lisait-on ensuite sur des parapluies sombres, sous lesquels des manifestants devisaient gaiement. «On n’est ni de droite, ni de gauche: on est dans la merde!», apercevait-on sur une pancarte tenue par une maman. Puis on voyait une ribambelle de gamins aux anges à la vue d’un marchand de glaces. «Ca ne peut plus durer. Ca va casser cette société! Les jeunes dans la galère. Les vieux dans la misère!», hurlait la sono. Mais les gens défilaient avec le sourire, trop heureux de la météo.

 

En fin de soirée dans le métro bondé, à la hauteur de Saint-Germain des Prés, il y avait ce même petit décalage un peu bizarre. Autour d’une canette de bière, des jeunes revenus de la manif refaisaient le monde avec insouciance. «Yen a assez, assez de cette société: on est tous au chômage, dans la précarité!», avaient-ils pourtant tous scandé, probablement, quelques heures auparavant. Surgissait alors un poivrot hilare qui, dans ce train jonché de tracts si alamants, entonnait à tue-tête des chansons d’avant-guerre. En temps normal, les Parisiens stressés du métro l’auraient flingué. Là, hier soir, ils riaient, l’applaudissaient, voire l’encourageaient. Curieuse ambiance, décidément.

 

En levant les yeux, on apercevait alors une petite pub de la RATP pour son opération «Printemps des Poètes». Un extrait du Journal de Jules Renard : «–Vous dites ça en riant! – Je dis ça en riant parce que c’est très sérieux!»  Cela convenait plutôt bien. 

19/03/2009

Une chaleur

marx.jpgChaud, chaud, dans notre quartier Bastille ce matin. Chaud, au propre: déjà 15 degrés, un soleil sublime et un indéniable air de printemps à Paris aujourd’hui encore. Chaud, au figuré surtout. Parce que ce quartier va à nouveau vivre une journée enfiévrée, en ce jeudi de grève générale et de manifestations. «Ca arrive», espérait d’ailleurs un pochoir aperçu sur la chaussée ce matin. Le «ça» dont question devant être le grand soir révolutionnaire, le visage représenté devant être celui de Karl Marx (si on l’a bien reconnu), la famille politique des auteurs de ce graffiti anonyme ne fait guère de doutes: à l’extrême gauche toutes. Rien d’étonnant dans ce onzième arrondissement jadis très populaire puis devenu très bobo et où, à chaque élection, les camarades du facteur trotskiste Olivier Besancenot ne font pas de mauvais résultats.

 

Pour couvrir journalistiquement les manifs parisiennes du jour, en tout cas, on n’aura aucune difficulté de transports. En effet, le bureau parisien de «La Libre» (boulevard Richard Lenoir) est impeccablement situé le long de l’axe Bastille-République: depuis des lustres le lieu de prédilection des manifestants parisiens. Ce jeudi, au demeurant, on aura l’embarras du choix puisque, devant l’affluence attendue, la préfecture de police a prévu un itinéraire-bis de manifestation qui empruntera notre bon vieux boulevard Voltaire, lui aussi tout proche.

 

Cela dit, le fait que les autorités envisagent pour les manifestants un itinénaire de délestage (oui, comme Bison Futé avec les bouchons estivaux) est très rare. Et dit bien l’effervescence régnant dans le quartier. Ainsi, la dernière fois que cette formule du double itinéraire de manif avait été appliquée dans le coin par les autorités, c’était en mai 2002: pour les manifestations historiquement énormes contre Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle.

 

Dès 10 heures ce matin déjà, sur les boulevards de notre quartier Bastille, les manifestants s’accumulaient, préparant leurs caliquots, achevant leurs banderoles, répétant leurs slogans. Dès 20h30 hier soir, sur les mêmes boulevards, on a vu les petites mains de la préfecture de police appliquer sans ménagement les interdictions de stationnement, verbaliser allègrement automobilistes et scooters mal garés.

 

taganarchieensarkozie.jpgLa foule attendue cet après-midi dans le quartier est telle que les derniers manifestants ne devraient pas arriver avant 21 heures à la place de la Nation, autre point névralgique du onzière arrondissement. Probablement y aura-t-il à cet endroit, comme chaque fois, des incidents et de la casse. Le quartier, d’ailleurs, est habitué aux manifestations houleuses. En mai 2007 déjà, après l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, Bastille et ses environs avaient connu plusieurs nuits assez chaudes (relire ici ou ). Puisqu’on parlait de graffiti, à l’époque, un tag avait été beaucoup vu à Bastille et dans ses environs: «Anarchie en Sarkozie». Deux ans plus tard, a fortiori si cela tourne mal ce soir, on serait à peine étonné de voir refleurir demain des messages du même acabit sur les murs de notre quartier.

18/03/2009

Un imbroglio

Pas simple de s’y retrouver, sur les Champs-Elysées. Et plus spécifiquement sur la question si délicate de l’autorisation ou non du travail du dimanche en France. La célèbre avenue parisienne, en son édifice portant le n°101, illustre bien toutes les cacophonies actuelles sur le sujet, exacerbées par la décision de la majorité UMP, vu ses divisions, de reporter aux calendes grecques tout débat clair et franc au Parlement sur cette question.

 

Au 101 Champs-Elysées, la confusion a probablement atteint son comble dimanche dernier, et ce sera sans doute à nouveau le cas ce dimanche. A ce numéro de la célèbre allée, on  trouve le plus grand magasin au monde de la marque de luxe française Louis Vuitton. Cette enseigne bénéficiait depuis plusieurs années d’une autorisation préfectorale d’ouverture le dimanche. Mais, il y a quelques jours, tranchant un imbroglio juridique de plusieurs années, le Conseil d’Etat annula cette autorisation d’ouverture. Pour autant, dimanche sur les Champs, la boutique Vuitton était… bel et bien ouverte. En effet, cette enseigne estime être dans son bon droit puisque, d’après elle, l’autorisation préfectorale annulée n’était plus en vigueur et puisque, depuis, elle a été remplacée par une autre, lui permettant d'ouvrir le dimanche pendant trois ans et elle «pas concernée par ce jugement». Vuitton a donc ouvert ses portes.

 

Résultat des courses, le syndicat CFTC crie à «la mauvaise foi» et somme le préfet de retirer son autorisation à Vuitton. A l’UMP locale, en revanche, on estime «dommage d’obliger une enseigne qui porte le savoir-faire français à fermer le dimanche». Mais, à l’Assemblée, ce même parti peut difficilement confirmer légalement cela, tiraillé qu’il est, en son sein, entre libéraux en faveur de l’ouverture des magasins le dimanche et opposants réclamant le respect de la pause dominicale. Et, pendant ce temps, la préfecture et le ministère des Affaires sociales, qui ont vraisemblablement d’autres chats à fouetter en cette veille de grande journée de grève générale, se taisent dans toutes les langues.

 

Résultat, sur les Champs, plus grand monde ne comprend grand-chose. Seuls les touristes étrangers fortunés, grands consommateurs des célèbres sacs griffés français, trouvent peut-être cocasse cette confusion administrative si courtelinienne, et donc à cet égard si hexagonale. Les autres passent leur chemin, plutôt indifférents. Se disant probablement que, de toute manière, vu la crise actuelle, ce genre d’achats leur est hors de portée.

 

 

 

PS : Quand on écrivait hier, dans ce blog, que le climat de convivialité en ce moment à Paris, et dans le reste de la France, n’était pas terrible: cette nuit encore, dans le quartier Montmartre, des heurts ont opposé des CRS en tenue anti-émeute à des jeunes, en marge d’une manifestation étudiante. Actes de vandalisme, bris de verre, bombes lacrymo, vitrines brisées, insultes: un avant-goût de la grande journée de mobilisation de demain?

17/03/2009

Un emballement

Des semaines qu’on ne voit qu’elle à Paris: sur la plupart des panneaux publicitaires qui ornent les colonnes Morris ou les kiosques à journaux, dans les rues, ainsi que sur les affiches dans le réseau des transports en commun de la capitale. Elle? Emilie Dequenne, la comédienne belge. Qui marche dans la ville, sur fond d’un RER passant derrière elle, perché sur un viaduc. Dans le dernier film d’André Téchiné, qui sort demain en France (en Belgique aussi), elle incarne «La fille du RER». Avant de poursuivre plus bas la lecture de cette note, la bande de lancement de ce film.

 

Il s’agit d’une histoire vraie. Celle de «la fausse agression du RER D», comme on l’a appelée à l’époque. L’histoire de Marie L., une fille de banlieue un peu paumée, un peu mytho. Qui, en juillet 2004, inventa de toutes pièces une agression à caractère antisémite dont elle disait avoir été victime dans son train de banlieue, en compagnie de son bébé en poussette. Un récit assorti de détails particulièrement abjects. Ainsi, ces croix gammées qui, avait-elle dit, avaient été gravées sur son ventre par ses agresseurs. Ainsi encore, la passivité des nombreux usagers du RER qui, selon elle, n’avaient pas réagi à son calvaire.

Cette affaire fut à l’origine d’un des plus spectaculaires emballements médiatiques et politiques de ces dernières années en France. Les médias et les politiques réagirent au quart de tour à ce fait divers, prirent pour argent comptant les déclarations de la jeune femme. On était alors deux ans après la campagne présidentielle de 2002, qui s’était focalisée sur l’insécurité, et un an avant la flambée des banlieues. Problème? Les dirigeants eurent beau dire tout l’«effroi» que leur inspirait cet acte «ignoble», ce dernier s’avéra rapidement être… une affabulation. Quelques mois plus tard, la jeune femme fut jugée pour dénonciation de délit imaginaire. Elle encourait six mois d'emprisonnement et 7 500 euros d'amende. Finalement, elle fut punie de quatre mois avec sursis et de deux ans de mise à l'épreuve avec obligation de soins. «Je voulais qu'on s'occupe de moi», s’excusa l’affabulatrice. «J'avais conscience du mensonge, mais je ne pensais pas que ça allait aller aussi loin». Commentant plus tard l’affaire, qu’il jugea «regrettable», le Président Chirac estima qu’elle était « une «séquelle du «mauvais climat en France».

Cinq ans plus tard, donc, André Téchiné consacre un film à «la fausse agression du RER D». Y risque même un casting totalement à contre-emploi: ainsi, Catherine Deneuve en mère de famille banlieusarde habitant un petit pavillon modeste. On est curieux de voir comment le cinéaste, qu’on aime généralement plutôt bien, va s’en sortir dans l’adaptation cinématographique de cette affaire déjà en soi si rocambolesque. On n’est pas sûr qu’entre-temps, le climat en France – en termes de de rapports humains et de respect mutuel, notamment  – se soit fondamentalement amélioré.

16/03/2009

Une pyramide

Depuis ce matin, à 6 heures, a pris fin la période annuelle dite de la «trêve hivernale», au cours de laquelle les locataires qui ne paient pas leur loyer sont protégés contre toute mesure d’expulsion de leur logement. Pour commémorer cette reprise des expulsions, l’association Emmaüs a érigé ce matin, sur le parvis central de la place de la République, une spectaculaire pyramide de plusieurs dizaines de matelas.

 

Les compagnons de l’abbé Pierre réclament, vu la crise qui endette d’innombrables gens, l’instauration d’un moratoire sur les expulsions locatives. Selon eux, seule cette «mesure de sauvegarde publique» est à même d’éviter l’expulsion de 100.000 à 200.000 familles de leurs logements. Le gouvernement, lui, s’y refuse catégoriquement. Pour la ministre du Logement, Christine Boutin, qui était sur toutes les radios ce matin, un tel moratoire est exclu, car il entretiendrait «la mauvaise foi» de mauvais locataires prétextant de difficultés financières pour ne pas payer leur dû à leurs propriétaires. En gros et en clair, donc: cette mesure servirait avant tout non les vrais pauvres mais les profiteurs de la crise. Le gouvernement se refuse aussi à toute réquisition des logements vides. En lieu et place (ici), il promet que plus aucune expulsion ne sera effectuée sans qu’au préalable une solution de relogement ait été proposée. Mais, pour les associations, il ne s’agit que d’un faux-nez hypocrite : ce n’est pas en hébergeant quelques jours les familles à la rue dans un réseau déhébergement d’urgence déjà sursaturé que l’on règlera le problème de l’impact de la crise sur le mal-logement.

 

Devant ce véritable dialogue de sourds, la préfecture de police de Paris, ce matin, s’est attachée avant tout à veiller à l’essentiel: à s’assurer que l’opération coup de poing d’Emmaüs sur la place de la République n’embarrasse pas trop le trafic automobile dans la capitale, dans ce nœud de circulation que cette place constitue pour tout l’Est parisien. On a les priorités que l’on veut/peut.

13/03/2009

Un baiser

lebaiserhoteldeville.jpgTiens, à propos d’amour, dont on parlait hier: le 14 février dernier à Paris, pour la Saint-Valentin donc, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, une association baptisée «Vive Paris» a rendu hommage à sa façon à une des plus célèbres photos jamais prises devant la mairie de la capitale française: «Le baiser de l’Hôtel de ville», le légendaire cliché fait par Robert Doisneau pour «Life» en 1950. Photo qui, pour rappel, avait notamment défrayé la chronique en 2005. En effet, un de ses très rares tirages originaux avait été vendu aux enchères, et cela avait été la folie: lancées à 10.000 euros, les enchères avaient, en moins de trois minutes, atteint le montant record de 155.000 euros (184.960 euros avec les frais).

 

Le 14 février dernier donc, «Vive Paris» a voulu «valoriser le travail des associations et des artistes parisiens, et ainsi participer au rayonnement de la capitale de l'Amour dans le monde». Rappeler aussi que, oui madame, «l’Amour reste une valeur universelle et éternelle». Les photographes amateurs de l’association ont donc proposé aux couples passant devant la mairie d’être immortalisés en train de reproduire à leur façon le fameux cliché. Et ce, à l’endroit précis où Doisneau avait fait poser ses jeunes modèles. Une centaine de couples se sont prêtés au jeu. Cela a donné notamment ceci.

 

Ce “Baiser” fait d’ailleurs l’actu en ce moment, à Paris. En effet, c’est une des pièces centrales de «Controverses»: la grande exposition que la Bibliothèque nationale consacre aux photos qui, dans l’histoire de cette discipline artistique, ont été au centre de polémiques et de procès retentissants. Expo très intéressante, d’après les échos. Qui, en plus, a l’avantage de se dérouler à l’extension Richelieu de la BNF, située dans le magnifique quartier du Palais Royal. Vivement le week-end donc. 

12/03/2009

Une déclaration

Les transports en commun parisiens ont beau être, pour beaucoup de gens, une horreur quotidienne, ils peuvent aussi être le théâtre de moments merveilleux. C’est ce qu’on s’est dit ce matin en se promenant sur une rubrique d’un des innombrables weblogs ou forums (ici, ou ) dans lesquels les usagers des transports à Paris racontent leur galère.

 

Ainsi, cette délicieuse déclaration d’amour: «Recherche charmant conducteur. Cela fait plus d’un an que je te vois occasionnellement au volant de la ligne 206-207. Je n’ai pas souvent la possibilité de te croiser ou de monter dans ton bus mais lorsque j’ai enfin cette chance, je ne te quitte pas des yeux». Ou celle-ci: «Gare Montparnasse vendredi 27 au soir. Il était 23h30 environ quand nous nous sommes croisés. Tu téléphonais en marchant en sens inverse. Tu m’as alors lancé un regard avec des yeux d’émeraude dont je me souviendrai». Ou encore: «Il était 20h45 dimanche 1 mars, nous étions sur la ligne 4, direction porte de Clignancourt. J’avais un blouson noir de moto, je suis brun, yeux marron, mal rasé …Tu étais châtain claire et ravissante!!» Sans oublier «Moi, écouteurs sur les oreilles, la tête dans la lune. Toi devant. Je t’ai marché dessus. Tu en as perdu ton talon aiguille. Oups!»

 

Tiens, à propos de déclarations d’amour: la RATP récompense ce soir, dans le cadre du Salon du Livre qui se tient en ce moment à Paris, les lauréats de son grand concours « Un regard – Un sms». Il s’agissait, pour les voyageurs, de décrire par texto (en 160 signes maximum) «les regards amusés, amicaux, séducteurs, échangés lors de leurs trajets dans le métro». 9.000 personnes ont participé à ce concours.

 

La déclaration d’amour lauréate est écrite dans un style on ne peut plus «d’jeuns». Cela donne «Acte 1: Matuvu? Tépavu...Tumavu ? Panonplu Acte 2: Jetévu ! Tumaplu, Tulasu, Jetéplu, Oncévu, Oncérevu, çataplu? Acte 3 : Cétouvu, Onskitplu... ». Le deuxième prix est plus classique, limite poncife romantique: «Et si s'aimer ce n'était pas regarder dans la même direction, mais fermer les yeux et voir la même chose... ?» Le troisième prix, on l’adore: «Deux vitres nous séparaient lorsque nos yeux se sont croisés. Dans le métro, comme foudroyées, nous nous sommes regardées, choquées...Nous avions la même robe!» Si typiquement futile, si délicieusement parisien.

11/03/2009

Un oubli

Dernièrement, on a beaucoup parlé dans ce blog des problèmes, de propreté notamment, qui se posent dans les gares à Paris – à Saint-Lazare singulièrement. Depuis hier, c’est officiel: en région parisienne, «les gares sont dans un état médiocre». La situation y est même «catastrophique». C’est ce qu’on lit textuellement dans un gros rapport sénatorial qui a été remis hier au Premier ministre François Fillon.

 

Ce document reconnaît que le réseau de transports en commun en région parisienne est «au bord de l’asphyxie». Il énumère sans ménagement les «dysfonctionnements» du RER A: «saturation des lignes, attente de 20 à 25 minutes dans les gares dans le vent et le froid, suppression régulière de trains, etc.». Sans oublier, dans tout le réseau: «escaliers mécaniques en panne, sonorisation défaillante, portes bloquées, couloirs orphelins, éclairages défectueux», et on en passe. Le rapport s’alarme du fait qu’en région parisienne, «la qualité de l’exploitation ferroviaire se dégrade régulièrement, du fait d’une infrastructure saturée et de l’augmentation régulière des voyageurs». «Le paradoxe est grand: «les stations et gares de l’Île-de-France accueillent une forte proportion de la population, mais dans des conditions médiocres: les abris des quais sont courts, les passerelles globalement mal tenues et rarement couvertes, les gares petites et peu utilisées pour l’attente, car situées en dehors des flux. La visite de ces gares est éclairante sur les conditions de traitement qui sont quotidiennement infligées aux voyageurs». Le chef du gouvernement est donc invité à combler «les retards d’investissement, (qui) sont aujourd’hui considérables», via un programme de grands travaux.

 

Le constat de l’état déplorable des gares parisiennes étant désormais officialisé, on peut toutefois s’étonner d’un grand oubli dans ce rapport. D’une absence flagrante. Sauf erreur – le document est tellement volumineux qu’on n’a eu le temps que de le survoler –, pas une fois, dans les 298 pages de ce rapport, est-il fait allusion à des usagers pourtant très réguliers et si visibles des gares à Paris et dans sa région: les SDF.

 

Pourtant, cette présence a déjà valu à la SNCF de se faire copieusement admonester par l’Etat. C’était il y a quelques semaines. En visite à la gare de Paris-Nord, le préfet délégué aux mal-logés avait vertement critiqué la compagnie de chemins de fer. Ce jour-là, en effet, devant la gare, cinq SDF campaient sur des cartons. «Ils ne doivent pas être là!», avait explosé le préfet. «C’est une des plus grandes gares d’Europe. Quand les gens voient (ces SDF sur) le parvis, ils se demandent ce que fait  la SNCF. On ne peut pas accepter ça! On sait qu’il y aura toujours des personnes en difficulté dans les gares, mais il faut qu’il y en ait moins !» Très embarrassés par cette engueulade publique, les responsables de la SNCF avaient bredouillé que «dans toutes les gares de Paris, le nombre de sans-abri et d’errants a diminué». Des mesures, en effet, ont été prises: des cheminots ont été formés pour orienter les personnes en errance dans les gares, des points d’accueil ont été créés à leur intention, les maraudes ont été renforcées, etc. Pendant les grands froids, la SNCF a même aménagé des places d’accueil spéciales pour les SDF dans un train stationné en gare de Paris-Bercy. «On cherche en permanence un équilibre entre empathie et fermeté», avait expliqué à l’époque un directeur des gares parisiennes. «On n’est pas là pour évacuer les SDF des gares, mais pour empêcher leur fixation dans des endroits où ils ne peuvent pas bien vivre».

 

Le préfet délégué, démonté, avait néanmoins réclamé à la SNCF «des objectifs plus volontaristes» en la matière. «Mais pour trouver des solutions pérennes, il faut que l’Etat s’engage», avait rétorqué, en «off» un dirigeant de l’entreprise. Le passage complètement sous silence de cette question dans le rapport sur les gares remis hier à François Fillon montre qu’on en est encore loin.

10/03/2009

Une nuisance

pigeonparis.jpgNourrir les pigeons, à Paris et dans sa région, c’est formellement interdit. Une habitante de Saint-Cloud (banlieue parisienne) vient d’en faire l’expérience. A la fin de la semaine dernière, cette vieille dame, âgée de 74 ans, a vu la cour d’appel de Versailles valider la mesure d’expulsion de son logement social prise à son encontre. L’intéressée a  été reconnue coupable de «manquement de l’obligation d’un locataire à l’usage paisible des lieux». Lui était reprochée son… «obstination à nourrir les pigeons dans la résidence» qu’elle occupe. La direction de la société immobilière gérant ce HLM, soutenue par les occupants de l’immeuble, avait saisi la justice car elle jugeait que l’intéressée posait des problèmes d’hygiène dans le voisinage. En effet, les pigeons qu’elle attirait avec sa nourriture avaient tendance à s’agglutiner dans la propriété et donc à largement la souiller.

 

L’avocate de la mamie a dénoncé une «décision disproportionnée». Il n’en demeure pas moins qu’à Paris, comme dans nombre de capitales, les pigeons sont une véritable nuisance. Le règlement sanitaire de la mairie inflige d’ailleurs une amende de 183€ à 450€ (en cas de récidive) à l’encontre des personnes nourrissant ces volatiles. Ceux-ci seraient au nombre de 80.à 100.000 dans la Ville lumière.

 

Depuis 2003, la mairie a dégagé de gros crédits pour installer, dans chacun des 20 arrondissements, au moins un «pigeonnier contraceptif stérilisateur». Ces pigeonniers, dans lesquels on dispose de la nourriture, servent à attirer les oiseaux. Ceux-ci s’y trouvent tellement bien qu’ils finissent par s’y ébattre et à pondre des œufs. Les pontes sont ensuite neutralisées. Chacun de ces «pigeonniers contraceptifs» coûte la bagatelle de 20.000 euros, mais ce système est jugé le moins cher et le plus efficace de tous.

 

En effet, les pics métalliques souvent apposés sur les monuments historiques, pour éviter leur dégradation par les fientes, ne sont pas forcément efficaces, a fortiori lorsqu’ils sont installés de manière artisanale par les particuliers. Pis, lorsqu’ils sont mal posés, les pigeons parviennent à se servir de ces pics comme de supports pour leurs nids. Les filets, alors? On en voit pas mal dans Paris, tendus entre deux immeubles pour protéger des cours intérieures par exemple. Mais s’ils sont plus efficaces que les pics, ils sont très peu esthétiques. Les dispositifs d’électrorépulsion? Ils envoient des ondes dérangeant les volatiles. Mais ils sont coûteux et nécessitent des changements fréquents de batterie, ce qui est peu pratique quand ces dispositifs sont perchés au sommet de monuments, comme c’est le cas par exemple à la porte Saint-Denis.

 

fauconsnotredame.jpgLe moyen sans doute le plus écolo pour limiter le nombre de pigeons serait d’avoir recours à leurs prédateurs naturels: les rapaces.  En utilisant par exemple les faucons crécerelles qui nichent dans les hauteurs de nombreux édifices parisiens comme la cathédrale Notre-Dame, la Grande bibliothèque, la tour Eiffel, Saint-Sulpice, l’Arc de triomphe ou le Panthéon. Le problème? A ce jour, on ne recense au total qu’une cinquantaine de couples de rapaces de ce type à Paris. En termes de biodiversité, ce nombre n’est pas négligeable, mais il est largement insuffisant pour lutter contre les quelque 100.000 pigeons parisiens.

 

Pas trop populaires, cela dit, ces oiseaux. On a même trouvé un blog de Parisiens prônant carrément… l’élimination des pigeons «pour une ville plus saine». Mais ce blog est si peu alimenté qu’il pourrait bien s’agir d’un gag.

09/03/2009

Une beauferie

Toujours dans le cadre de la Journée de la Femme, dont on parlait vendredi, la section parisienne des «Chiennes de garde-La Meute» a décerné son prix annuel des publicités les plus sexistes. Même s’il est de bon ton – avez-vous remarqué: chez les hommes, surtout – de railler le manque d’humour dont serait affligée cette association féministe, ce palmarès met bien en lumière un certain beaufisme ordinaire subsistant dans le milieu de la pub et, plus globalement, dans le monde consumériste.

 

Une fois de plus, c’est la marque de sous-vêtements Sloggi qui est épinglée, pour une pub «qui met en valeur les fesses d’une femme moulées dans un slip avec le commentaire ‘EN PROMO’». L’association considère que «dans un pays où 10% des femmes déclarent avoir subi des violences sexuelles graves, où tant de femmes subissent des harcèlements ou des gestes dégradants, notamment dans les transports en commun, cette publicité renforce le sexisme et esthétise la violence contre les femmes». Le prix de la publicité «présentant une nudité sans rapport avec le produit» est décerné à la marque de café Lavazza, pour une espèce de déclinaison féminine porno-chic cheap, esthétiquement hideuse, de la légende de la louve, de Romulus et de Rémus. «La Meute» ne supporte pas cette femme «ravalée à l’animalité d’une louve» et fustige cette «image (qui) combine le cliché de la maman et celui de la putain, car la femme sauvage, au regard animal, est à la fois femelle nourricière et actrice de porno donnée en spectacle aux voyeurs». Enfin, le prix du cliché sexiste, qui donc récompense la pub entretenant le mieux une vision stéréotypée des genres, a été remporté par une pub pour la Clio. Elle montre un couple allongé sur son lit, chacun lisant un magazine. Sous le slogan «Un bonheur n’arrive jamais seul», l’homme lit un catalogue sur les bagnoles Renault et la femme un magazine sur les bébés. Motivation du prix décerné: «Le bonheur selon Renault, ce serait un enfant pour l’une, et une voiture pour l’autre.Ce double modèle sexué est aussi réducteur pour l'un que pour l'autre. Les femmes ne sont pas seulement un ventre, les hommes ne sont pas tous obsédés par leur voiture».

 

Toutes nos félicitations aux camelots primés.

06/03/2009

Un mensonge

Journée internationale de la femme en France et dans le monde, dimanche. A l’approche de cette échéance, le gouvernement pouvait difficilement ne pas évoquer le sujet. Mercredi, donc, le Conseil des ministres a fait le point sur la question, et précisément sur la place des femmes dans l’entreprise. A la lecture du compte-rendu officiel de la réunion, on est tombé de notre chaise. Y figure, en effet, un gros mensonge. Textuellement: «La France est l’un des pays les mieux placés dans ce domaine. Cette situation tient en particulier à plus de 40 ans de politique publique volontariste en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes».

 

Alors, cela, c’est vraiment n’importe quoi. Si l’on prend les 40 plus grandes entreprises de France – celles du CAC 40, l’indice de référence de la Bourse de Paris –, 46% d’entre elles ne comptent toujours aucune femme dans leurs organes dirigeants. Au total, dans ces comités exécutifs, on dénombre en tout et pour tout… 6,3% de femmes. Parmi les cadres de ces 40 sociétés, on ne compte que 31% de femmes: c’est encore moins que l’an dernier (34%). Autres spécificités de ce top 40 si macho: 20% seulement de ces sociétés ont des objectifs en termes de recrutement pour pallier ce retard féminin et 13% ont réussi à réduire les écarts salariaux entre hommes et femmes. Or, ici aussi, il y a du pain sur la planche. Selon le ministère du Travail, la rémunération brute totale moyenne des femmes est inférieure de 27% à celle des hommes. Au vu de tous ces chiffres, rien d’étonnant que, selon un sondage de la Haute autorité de lutte contre les discriminations, une femme active ou retraitée sur trois (34%) a le sentiment d’être ou d’avoir été victime de discriminations au travail en raison de son genre.

 

Tiens, au fond, il y a quelques mois, au Parlement, un spectaculaire incident a eu lieu sur cette question. Une femme, la députée UMP Marie-Jo Zimmermann, présentait un amendement visant à inscrire la parité professionnelle hommes-femmes dans la Constitution. Celle-ci, en effet, ne parle pour l’instant que de «l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et sociales», accès qu’il convient tout au plus de «favoriser». L’amendement, lorsqu’il avait été préparé et adopté par la délégation parlementaire aux droits des femmes, avait recueilli un large consensus gauche-droite. Le gouvernement, néanmoins, s’y est opposé. Lors de cette séance, l’équipe Fillon était représentée à l’Assemblée par… Rachida Dati, par une femme donc. Qui n’a pas voulu en démordre et a réclamé le report du vote. Mal lui en prit. Le président UMP de l’Assemblée, Bernard Accoyer, l’envoya sur les roses. Comme Rachida Dati tentait de faire traîner les débats en longueur, il l'admonesta: «Non, madame la ministre, tout le monde suit ce texte depuis le début: on ne va pas reprendre dix fois les mêmes explications!» Folle de rage, Rachida Dati alla se rasseoir en bougonnant, après avoir rabattu nerveusement son micro. Puis, sous son regard glacial, l’amendement Zimmermann fut adopté à une très large majorité.

 

A l’approche de ce 8 mars, la même députée présente cette fois une proposition de loi instaurant un quota de femmes aux conseils d'administration des entreprises. Cette proposition stipule que le nombre de représentants de chacun des deux sexes «ne peut être inférieur à 40%» dans les conseils d'administration, et ce d'ici trois ans. «Ce n'est pas une revendication de féministes», a assuré la parlementaire UMP: «Nous voulons seulement la juste place pour les femmes. On avait hésité pour les lois sur la parité en politique, mais elles ont prouvé que cela marchait, c'est un mal nécessaire».

 

Le temps que cette proposition arrive en discussion au Parlement, Rachida Dati aura quitté Paris: exfiltrée au Parlement européen de Strasbourg. Pas sûr que la condition des femmes françaises souffrira de ce départ.

05/03/2009

Un séisme

fnacbastille.jpgOn a appris la nouvelle ce matin, au saut du lit. On est tombé des nues. Et, pour tout dire, on n’en est pas encore revenu. Alors, bien sûr, dans la litanie quotidienne et déprimante des ravages de la crise économique mondiale, ce n’est qu’une anecdote. Un goutte d’eau dans un océan de malheurs sociaux. Une péripétie de plus. Une fermeture supplémentaire parmi tant d’autres. Une poignée de chômeurs certes, mais on en dénombre déjà tant et tant, et cela ne fait vraisemblablement que commencer. Une mauvaise nouvelle mais qui, assurément, sera vite chassée par d’autres mauvaises nouvelles, sans doute encore plus terribles. Il n’empêche, à la petite échelle de notre petit quartier, c’est vraiment énorme. C’est le ciel qui tombe sur la tête. C'est presque un séisme.

 

La FNAC Bastille ferme. D’ici à l’été, cette grande surface spécialisée dans la musique et les DVD aura définitivement baissé ses rideaux métalliques. Vu la crise mondiale en général et vu la crise frappant le secteur de la musique en particulier, le groupe de luxe PPR a décidé que cette enseigne n’était plus rentable.

 

Le grand magasin avait ouvert ses portes en 1990, dans les sous-sols de l’Opéra Bastille. Dix-neuf ans plus tard, ses quelque 60 salariés vont être remerciés. Ainsi le prévoit le plan social de la FNAC pour la capitale, qui entraîne la suppression de 168 postes dans les magasins parisiens de cette enseigne. «Aucune autre fermeture de magasin n’est prévue en France», a assuré hier la direction de PPR. La FNAC Bastille sera donc la seule à fermer ses portes.

 

La FNAC Musique, c’était vraiment une institution du quartier Bastille. Bien sûr, c’était un magasin très très grand public, et donc on y trouvait beaucoup de daubes ultra-commerciales, loin des choix plus pointus et plus intéressants des petits disquaires du quartier. Mais enfin, si qualitativement on trouvait souvent n’importe quoi dans les rayons de la FNAC Bastille, on y trouvait aussi un peu de tout. Donc, c’était finalement assez pratique et parfois même on y faisait d’agréables découvertes. Bien sûr, ce magasin très populaire était le plus souvent insupportablement bondé – jusqu’à l’horreur le samedi après-midi. Mais, certains jours à certaines plages horaires, on pouvait y déambuler  encore relativement tranquillement. Bien sûr, avec la foule qu’elle draînait en permanence, la FNAC Bastille ne causait pas rarement des nuisances à ses riverains. En fin de journée le samedi, par exemple, la crasse à ses alentours était impressionnante.

 

Mais, malgré tout, ce commerce assurait à lui tout seul une bonne partie de l’animation du quartier. Sur la place de la Bastille, avec les foules de clients qui s’y pressaient, avec les cohortes de jeunes, de touristes et de paumés qui ont toujours squatté les marches de l’Opéra, avec le flux incessant des voitures tournant autour de la grande colonne de 1830, avec les magasins de meubles, les cinémas et les petits passages de la rue du Faubourg St-Antoine, avec les attractions foraines du bout du boulevard Richard Lenoir, avec le grand marché du jeudi et du dimanche, avec ces snacks à kebabs remplis en permanence de banlieusards, la FNAC faisait assurément partie de l’ambiance locale. Plus pour longtemps, donc. Cela va être un fameux changement pour cette partie du onzième arrondissement.

 

Ce matin, on pensait à tous ces employés qu’on a croisés à la FNAC Bastille pendant toutes ces années. A ces caissières, ces vigiles, ces responsables de rayons – en majorité très jeunes   à qui on a parlé. Hop: au chômage.

 

Du coup ce matin, cette crise économique mondiale jusqu’à présent géographiquement assez lointaine faisait violemment irruption dans le quartier. S’immiscait jusqu’aux portes de la vie quotidienne. Devenait donc extrêmement tangible, concrète. Se rapprochait, physiquement. Cela commençait à devenir un peu flippant.

04/03/2009

Une expo

marinetiennedaho.jpgAmbiance modeuse  –  modasse, diront ceux qui trouvent cela insupportablement futile, a fortiori vu la crise actuelle et tout cela  –  ce mercredi à Paris. Aujourd'hui, en effet, est donné le coup d'envoi de la semaine des défilés parisiens des collections automne-hiver pour le prêt-à-porter. C’est donc le moment ou jamais de faire un saut à une expo sympa qui a été inaugurée récemment au palais de Chaillot, au Musée national de la marine précisément. Assez glamoureusement sous-titrée «Sailor chic in Paris», en français «Les marins font la mode», cette rétrospective revisite très agréablement un grand classique de la mode française et internationale: le style marin.

 

Dès la fin du dix-neuvième siècle, en effet, les uniformes de la Marine essaimèrent dans la garde-robe de la société civile parisienne d’abord, hexagonale dans son ensemble ensuite. Ce furent les canotiers des bords de Seine et de Marne, immortalisés par tant de peintres impressionnistes dans des tableaux mémorables. Les pantalons larges et les chapeaux à rubans flottants qui, à la belle époque, firent fureur dans les bals travestis et masqués sur les Grands boulevards. Les cols marins et les bérets qui déferlèrent en bord de mer, à Deauville et Trouville. Les marinières portées sur les plages de la Côte d’azur par les élégantes des années 30. Gabrielle Chanel qui, en recourant au style marin notamment, bouleversa la mode en ouvrant aux femmes les tenues androgynes très déroutantes pour la bonne société de l’époque. La mode marine était lancée, et n’allait plus s’arrêter. Aujourd’hui encore, elle est une référence récurrente dans nombre de disciplines artistiques.

 

C’est ce que, de tous côtés, l’on peut constater au Musée de la marine. Tendez l’oreille, et vous réaliserez que la thématique marine est un incontournable de la chanson – mention spéciale pour, dans le fond sonore de l’expo, cette sublime reprise du «Port d’Amsterdam» par Bowie. Ouvrez les yeux, et sur les écrans géants, se succéderont des scènes mythiques du septième art se déroulant dans l’univers marin. L’inoubliable «Dédée d’Anvers» d’Allégret, la divine Anouk Aimée-«Lola» de Jacques Demy, le fascinant Brad Davis-«Querelle de Brest» de Fassbinder, le Frank Sinatra jeune matelot virevoltant dans les vieilles comédies musicales hollywoodiennes.

 

marinpierretgilles.jpgPlus loin, sur papier glacé, en couverture des magazines «Vogue» ou «Elle», des mannequins et des stars rendent elles aussi hommage au style marin. Sans oublier le plus célèbre gars de la marine dans le neuvième art: Corto Maltese évidemment. Et des marins encore, toujours et partout. Dans le look d’Etienne Daho jeune, époque «Week-end à Rome» et «La notte, la notte». Dans les clips de Duran Duran, tellement années 80. Dans les tableaux kitschissimes de Pierre & Gilles. Dans la vogue actuelle pour les tatouages. Ou dans les pubs sexys pour les parfums de Jean Paul Gaultier. Décidément, la mer n’a pas fini d’inspirer et de faire fantasmer.

 

Le clou de l’expo est l’immense podium sur lequel sont alignées les créations de grands couturiers rendant hommage au monde de la marine. Robes de cocktail de Thierry Mugler, créations éblouissantes de Yohji Yamamoto, cabans de Martin Margiela ou d’Yves Saint Laurent, cirés jaunes de Castelbajac, tricots rayés d’Agnès b., délires de John Galiano. Attention les yeux: ici, il n’y a rien que du beau.