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06/04/2009

Une innovation

Alors, évidemment, par rapport au G20, par rapport aux scènes de guérilla urbaine qu’on a déplorées ce week-end à Strasbourg ou à Bastia, par rapport même à une certaine actualité parisienne si violente (les heurts à la Foire du Trône ou la mort d’un sans-papier afghan dans un square près du canal Saint-Martin où tous les membres de cette communauté ont élu domicile), c’est vraiment voir l’actu par le petit bout de la lorgnette. C’est jouer la contre-programmation, comme on dit en télé. Mais enfin, c’est une grande première en matière d’environnement et de propreté en France. Cette innovation fera donc l’événement à Paris cette semaine. Et c’est même aujourd’hui que les élus parisiens, à l’Hôtel de ville, se penchent sur ce projet révolutionnaire. Donc, parlons-en.

 

De quoi s’agit-il? Rien moins que de tirer un trait sur le système traditionnel de collecte des immondices. Cela concernera le quartier Clichy-Batignolles, situé dans le nord de Paris: une des dernières friches à urbaniser dans la capitale. C’est un projet expérimental, mais il n'est pas si lointain puisque le premier coup de pioche sera donné en 2010 et il sera opérationnel en 2012-2013, autant dire demain. Dans ce quartier de Paris, on collectera les déchets non plus via les grandes poubelles qui encombrent les trottoirs et les bennes à ordures sillonnant la ville, mais via un système de tri souterrain et pneumatique comme cela se fait déjà dans certains quartiers de Barcelone, Séville ou Stockholm. Les habitants jetteront leurs déchets dans des bornes installées dans leurs immeubles et disponibles 24 heures sur 24. Puis ces ordures seront aspirées électriquement par des canalisations allant dans le sol, où elles seront compactées, envoyées vers une plate-forme ferroviaire, mises dans des containers et évacuées par trains.

 

Si ce projet-pilote se concrétise, si ensuite il est étendu à toute la ville, s’il en vient à concerner le million de tonnes de déchets collectés chaque année dans une cité comme Paris, voilà qui va fondamentalement changer la physionomie de la capitale. En effet, finis les ballets quotidiens des entrées et sorties de poubelles des immeubles par des armadas de concierges. Finis les embouteillages causés par les bennes à ordures récoltant ces détritus. Fini aussi le vacarme causé par ces collectes. Finie également la crasse qui subsiste souvent sur les trottoirs après le passage des éboueurs, visiblement soumis à des cadences infernales. Le système de tuyauteries et d’aspirateurs à déchets étant en grande partie automatisé, finis encore les mouvements de grève des éboueurs – pas rares à Paris: il y en eut encore un dernièrement, revendiquant notamment des revalorisations salariales.

 

Cela dit, on promet bien du plaisir aux responsables de l’Hôtel de ville, vu l’éternelle indiscipline des Parisiens. Depuis des années, en effet, la mairie s’arrache les cheveux pour que les habitants respectent un peu mieux les consignes en matière de tri des déchets. Consignes qui ne sont vraiment pas compliquées, mais que les Parisiens ont longtemps prises par-dessus la jambe, continuant à jeter à peu près n’importe quelle ordure dans à peu près n’importe quelle poubelle. Ce je-m’en foutisme populaire a été tel que la mairie a dû aller jusqu’à faire physiquement pression sur ces inciviques, en imposant aux éboueurs de ne plus collecter les bacs dont les déchets n’avaient pas été suffisamment triés. Du coup, ces bacs refusés s’accumulaient sur les trottoirs et dans les cours, ce qui posait de réels problèmes. Il semble que, grâce à ces mesures un peu autoritaires, les Parisiens, depuis quelques mois, fassent un peu plus attention au tri sélectif de leurs ordures et donc que les choses globalement s’améliorent. Mais il y a sans doute encore beaucoup de progrès à faire en la matière. Et il reste à espérer que le problème sera réglé quand le projet-pilote sera opérationnel. Car autant à présent il n’est pas trop difficile de trier à nouveau le contenu d’une poubelle lorsque celle-ci est parquée dans une cour ou sur un trottoir après avoir été refusée par les éboueurs, autant cela risque d’être beaucoup moins simple à faire avec des containers stockés dix pieds sous terre...

Commentaires

Dans les années 60/70, les immeubles à appartements étaient équipés de "vide ordures", des colonnes creuses qui permettaient de charger directement les poubelles à partir du hall de son appartement

Dans beaucoup de cas, ces vides ordures ont été MURÉS : outre qu'ils constituaient un redoutable vecteur à microbes, ils permettaient de réveiller les voisins du dessous en y balançant des bouteilles, une prime étant obtenue quand le conduit était bouché : dans un immeuble de 15 étages, quand le bouchon était au niveau du 3ème étage, la colonne de détritus montait très vite ; par contre, c'était plus lent quand le bouchon était au niveau de 12ème mais imaginez le bruit et la poussière quand on faisait sauter le bouchon.
Et puis, quand la poubelle en bas était pleine que se passait-il ?

Une fausse bonne idée de plus donc.

Écrit par : Parker Pyne | 17/04/2009

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