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28/04/2009

Une interdiction

pontdesarts.jpgTrois soirs. Il ne reste que trois soirs aux Parisiens et aux touristes étrangers qui aiment trinquer en admirant le coucher de soleil sur le plus beau pont de Paris. Le si gracieux Pont des Arts. Qui, dès les beaux jours, se transforme en aire de pique-nique géante, où l’on festoie dans toutes les langues avec vue extasiée sur le panorama. Et quel panorama! En aval, le célèbre Pont Neuf et la perspective sublime de la Seine qui écarte ses bras comme pour embrasser l’île de la Cité. En amont, le fleuve qui câline le jardin des Tuileries. De part et d’autre, le Louvre, le plus grand musée du monde, et la coupole si harmonieuse de l’Institut de France, sous laquelle siégèrent tant d’«Immortels» de l’Académie. Dans trois soirs, c’est fini. On remballe. Les pique-niqueurs qui aiment arroser leur repas avec autre chose que de l’eau minérale sont priés de dégager fissa.

 

C’est le premier jour de mai, en effet, qu’entre normalement en vigueur un arrêté de la préfecture de police de Paris interdisant toute consommation d’alcool sur le Pont des Arts entre 16 heures et 7 heures du matin. Pour justifier cette mesure «bonnet de nuit» (pas la première à Paris: relire ici), la préfecture et la mairie (UMP) du sixième arrondissement invoquent des raisons de sécurité et d'ordre public. L’été, au milieu de la nuit, le Pont des Arts deviendrait «une zone de non-droit». Peuplée de «personnes ivres (qui) jettent des bouteilles, se battent ou se mettent à uriner». Voire sont tellement alcoolisées qu’elles en viennent à tomber dans la Seine. Aux petites heures, l’ambiance n’y serait même pas rarement «agressive» à l'égard des passants. Et, au petit jour, le plus beau pont de Paris déserté par les fêtards partis se coucher ressemblerait à «un vrai dépotoir».

 

Curieusement, on ne trouve nulle trace de cette interdiction, édictée il y a plusieurs mois, dans la communication récente de la préfecture. Pas sûr donc qu’elle ait été maintenue. Si elle entre en vigueur, en tout cas, elle va vraiment changer les habitudes. C’est ce qu’on se disait l’autre soir encore, enjambant le Pont des Arts pour rentrer à la maison, venant de Saint-Germain des Prés. En effet, il y avait là un monde fou, qui arrosait joyeusement le coucher de soleil.

 

Il y avait des jeunes qui, affalés avec des réserves de canettes de Kro à leurs côtés, refaisaient le monde. Il y avait des touristes asiatiques qui, chacun à leur tour, se faisaient photographier en couples d’amoureux en train de trinquer au champagne. Il y avait des familles qui avaient déplié la nappe blanche et pique-niquaient sagement: salades, saucisson, rillettes, camembert, le papa sirotant une bière, la maman une demi-bouteille de blanc. Il y avait même deux jolies petites vieilles en goguette, la soixantaine, aux anges de faire la fête comme des ados: en mangeant des chips à même le paquet et en buvant au goulot une bouteille de vin rouge qu’elles venaient manifestement d’acheter à l’épicerie du coin. Au total, à cette heure-là en tout cas, l’ambiance était vraiment délicieuse sur le Pont des Arts: légère, rieuse, détendue, conviviale, amoureuse. Tout le monde semblait sous le charme unique de ces lieux aussi beaux.

 

«Si, par hasard/ Sur l'Pont des Arts/ Tu croises le vent, le vent fripon/ Prudenc', prends garde à ton jupon/ Si, par hasard/ Sur l'Pont des Arts/ Tu croises le vent, le vent maraud/ Prudent, prends garde à ton chapeau», chantait autrefois Brassens. Au fond, que penserait-il de cette mesure d'interdiction prise par la préfecture?

Commentaires

Brassens serait content, n'en déplaise aux bobos bien-pensants.

Écrit par : Brassens's biggest fan | 28/04/2009

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