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30/04/2009

Une bonne idée

konny.jpgPuisqu’on parlait de culture hier, un peu d’art urbain aujourd’hui. En rue dans notre onzième arrondissement, fleurit en ce moment un pochoir étrange. Quand on est tombé dessus, l’autre soir, on y a vu un visage un peu menaçant: un guerrier teuton, un vicking, un Highlander ou quelque chose du genre. On avait tout faux. Renseignement pris, il s’agit du visage de l’artiste allemande Konny Steding, décrite par ses amateurs comme «une sorte de rebelle oubliée, enfermée dans une guérilla romantique lointaine, passionaria de causes perdues, radicalité nostalgique de BD sur le retour». Depuis des années, cette artiste multiplie les interventions et installations dans les rues de Paris. Elle s’y livre même à des performances passablement déjantées: ainsi, lorsque, sur fond de musique électro migraineuse à souhait, elle se fait filmer en train de... grimper dans une poubelle.

 

Les gens rétifs à l’art contemporain vont sans doute lever les yeux au ciel. Ces jours-ci à Paris, cela dit, l'art contemporain fait de gros efforts pour se rendre plus accessible. Témoin, la bonne idée qu’ont eue les organisateurs de la grande rétrospective «La force de l’art», qui a lieu en ce moment au Grand Palais.

 

Les visiteurs de cette expo peuvent y bénéficier des services de «médiateurs». Ces spécialistes de l’art contemporain sont mis à la disposition du public «pour lui donner des clés de  compréhension, l’aider à appréhender les œuvres, leur mode de présentation ainsi que le travail des différents artistes associés à la manifestation». Ces guides spécialisés, historiens de l’art ou artistes eux-mêmes, répondent aux interrogations des visiteurs, dialoguent avec eux, contextualisent les œuvres présentées, les expliquent, attirent l’attention sur tel ou tel aspect intéressant ou novateur, etc. Bref, fournissent des clés de lecture au public pour que ces créations puissent être appréciées (ou pas) à leur juste valeur.

 

Cet effort de pédagogie, c’est vraiment une bonne idée. Autre bonne idée, le prix d’entrée modique de cette rétrospective: 6 euros, alors que le moindre ticket de cinéma à Paris dépasse largement les 9 euros. Et alors que le prix d’entrée des foires d’art contemporain est généralement prohibitif – 25 euros, se souvient-on d’avoir un jour payé.

 

Jamais deux sans trois, «La Force de l’art»  a aussi eu l’excellente idée de ne pas se cantonner à la seule nef du Grand Palais, aussi beau soit cet endroit, mais d'investir également toute la ville. Ainsi, à l’occasion de cette rétrospective, plusieurs interventions ont lieu dans Paris même. Ces interventions urbaines «parfois surprenantes, toujours inattendues, réinventent le spectacle vivant de l'art et invitent badauds et amateurs à quitter les territoires communs des pratiques artistiques pour pénétrer en des contrées inexplorées».  

 

pierreetgilles.jpgDes exemples? Le plasticien Bertrand Lavier, ces jours-ci, «dérègle» le scintillement de la tour Eiffel. Et Pierre et Gilles ont carrément investi, avec l’accord des autorités religieuses bien sûr, l’église Saint-Eustache, près du Forum des Halles. Dans une des chapelles de cet édifice, le duo kitschissime, qui a toujours été inspiré par l’iconographie religieuse, a créé une installation de la Vierge à l’enfant.  

 

Décoder les créations. Rendre leur découverte financièrement accessible. Les sortir des galeries et des musées. C’est la triple bonne nouvelle artistique de cette semaine, à Paris. Si l’art contemporain y avait songé auparavant, sans doute serait-il moins boudé par le grand public qu’à présent.

10:23 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : paris, arts, culture

29/04/2009

Une guerre

Grande journée au Parlement, ce mercredi. C’est aujourd’hui, en effet, que revient à l’ordre du jour la fameuse Hadopi: la loi qui, en son volet le plus controversé, punit (par la coupure de l’accès à internet) le téléchargement illégal de contenus culturels. Ce dispositif fait, depuis des mois, l’objet d’une guerre acharnée entre partisans et opposants, notamment sur le net,  où elle alimente d’innombrables forums et blogs passionnés. La dernière escarmouche en date, aussi spectaculaire que surréaliste, s’est déroulée l’autre jour à l’Assemblée nationale. A quelques voix près et à la stupéfaction générale, cette loi a été rejetée: les rares députés UMP qui étaient présents au Parlement ce jour ont été surpris par l’afflux inopiné, dans l’hémicycle au moment du vote, de députés de gauche qui s’étaient auparavant… cachés dans les coulisses.

 

Cette guerre pour ou contre la répression des pirates du net oppose aussi les artistes, stars et autres people. Mais, sur ce champ de bataille-là, il n’y a pas photo. En effet, les partisans de Hadopi sont nettement plus nombreux que les opposants. Rapide passage en revue des forces en présence.

 

Aux côtés de la majorité UMP, on trouve bien sûr les grands amis people du Président Sarkozy (Johnny, Jean Reno, Liane Foly, etc.). Qui considèrent comme lui que «le créateur est propriétaire de sa création» et qu’«il n’est pas question de légaliser le vol au supermarché de la création». Mobilisé par les sociétés d’auteurs (ici, notamment), le gratin du show bizz figure dans ce camp pro-Hadopi . Les chanteurs Etienne Daho, Francis Cabrel, Raphaël, Jean-Jacques Goldman, Patrick Fiori, Eddy Mitchell, Françoise Hardy, Patrick Bruel, Yves Simon ou Michel Jonasz. Les acteurs Guillaume Canet ou Gérard Jugnot. Les cinéastes Jean-Jacques Beineix, Jean-Jacques Annaud ou Alain Corneau. Un beau casting, donc. Qui comprend aussi des artistes notoirement plutôt à gauche: les Bertrand Tavernier, Costa Gavras, Agnès Jaoui, Cédric Klapisch, Philippe Lioret ou Coline Serreau. Récemment d’ailleurs, ces artistes de sensibilité progressiste ont adressé une lettre ouverte à la patronne du PS, Martine Aubry. Pour lui dire combien ils étaient «atterrés» et «en colère» contre l’opposition de ce parti à Hadopi. Car, selon eux, «le développement de l’ère numérique ne peut se faire sans respect des droits de propriété littéraire et artistique».

 

Et puis, face à cette armada impressionnante de personnalités, il y a un petit bataillon d’artistes qui (ici, notamment) fait de la résistance. Leur force de frappe est infiniment plus petite que celle de leurs adversaires. Mais ce camp compte tout de même quelques noms connus. Les acteurs Catherine Deneuve, Louis Garrel, Chiara Mastroianni, Victoria Abril ou Jeanne Balibar. Les réalisateurs Chantal Akerman, Christophe Honoré ou Gaël Morel. Eux plaident «pour une alternative au tout répressif». Considèrent que la loi création et internet ne répond ni aux «défis du numérique», ni à la «crise des modèles traditionnels de diffusion et de production cuturels dans le monde de la culture». Cette loi, selon eux, ne répond en fait qu’à un seul objectif : «assurer le maintien des positions monopolistiques des acteurs les plus puissants de l'industrie culturelle, sans créer aucun nouveau soutien aux plus menacés». Ces opposants au gouvernement assurent ne «pas cautionner le piratage». Mais, «plutôt que de stigmatiser les consommateurs et d’envisager de couper des millions d’accès à internet», ils veulent que l’on réfléchisse à un système permettant «une diffusion des œuvres compatible avec les intérêts et les libertés de chacun, en assurant à la fois un accès à la culture pour le plus grand nombre et un financement équitable pour les artistes/créateurs».

 

Les deux camps sont sans doute, à ce stade en tout cas, irréconciliables. Tant le débat est passionnel. Et passionnant. Suite ce mercredi et ces prochains jours au Parlement.

28/04/2009

Une interdiction

pontdesarts.jpgTrois soirs. Il ne reste que trois soirs aux Parisiens et aux touristes étrangers qui aiment trinquer en admirant le coucher de soleil sur le plus beau pont de Paris. Le si gracieux Pont des Arts. Qui, dès les beaux jours, se transforme en aire de pique-nique géante, où l’on festoie dans toutes les langues avec vue extasiée sur le panorama. Et quel panorama! En aval, le célèbre Pont Neuf et la perspective sublime de la Seine qui écarte ses bras comme pour embrasser l’île de la Cité. En amont, le fleuve qui câline le jardin des Tuileries. De part et d’autre, le Louvre, le plus grand musée du monde, et la coupole si harmonieuse de l’Institut de France, sous laquelle siégèrent tant d’«Immortels» de l’Académie. Dans trois soirs, c’est fini. On remballe. Les pique-niqueurs qui aiment arroser leur repas avec autre chose que de l’eau minérale sont priés de dégager fissa.

 

C’est le premier jour de mai, en effet, qu’entre normalement en vigueur un arrêté de la préfecture de police de Paris interdisant toute consommation d’alcool sur le Pont des Arts entre 16 heures et 7 heures du matin. Pour justifier cette mesure «bonnet de nuit» (pas la première à Paris: relire ici), la préfecture et la mairie (UMP) du sixième arrondissement invoquent des raisons de sécurité et d'ordre public. L’été, au milieu de la nuit, le Pont des Arts deviendrait «une zone de non-droit». Peuplée de «personnes ivres (qui) jettent des bouteilles, se battent ou se mettent à uriner». Voire sont tellement alcoolisées qu’elles en viennent à tomber dans la Seine. Aux petites heures, l’ambiance n’y serait même pas rarement «agressive» à l'égard des passants. Et, au petit jour, le plus beau pont de Paris déserté par les fêtards partis se coucher ressemblerait à «un vrai dépotoir».

 

Curieusement, on ne trouve nulle trace de cette interdiction, édictée il y a plusieurs mois, dans la communication récente de la préfecture. Pas sûr donc qu’elle ait été maintenue. Si elle entre en vigueur, en tout cas, elle va vraiment changer les habitudes. C’est ce qu’on se disait l’autre soir encore, enjambant le Pont des Arts pour rentrer à la maison, venant de Saint-Germain des Prés. En effet, il y avait là un monde fou, qui arrosait joyeusement le coucher de soleil.

 

Il y avait des jeunes qui, affalés avec des réserves de canettes de Kro à leurs côtés, refaisaient le monde. Il y avait des touristes asiatiques qui, chacun à leur tour, se faisaient photographier en couples d’amoureux en train de trinquer au champagne. Il y avait des familles qui avaient déplié la nappe blanche et pique-niquaient sagement: salades, saucisson, rillettes, camembert, le papa sirotant une bière, la maman une demi-bouteille de blanc. Il y avait même deux jolies petites vieilles en goguette, la soixantaine, aux anges de faire la fête comme des ados: en mangeant des chips à même le paquet et en buvant au goulot une bouteille de vin rouge qu’elles venaient manifestement d’acheter à l’épicerie du coin. Au total, à cette heure-là en tout cas, l’ambiance était vraiment délicieuse sur le Pont des Arts: légère, rieuse, détendue, conviviale, amoureuse. Tout le monde semblait sous le charme unique de ces lieux aussi beaux.

 

«Si, par hasard/ Sur l'Pont des Arts/ Tu croises le vent, le vent fripon/ Prudenc', prends garde à ton jupon/ Si, par hasard/ Sur l'Pont des Arts/ Tu croises le vent, le vent maraud/ Prudent, prends garde à ton chapeau», chantait autrefois Brassens. Au fond, que penserait-il de cette mesure d'interdiction prise par la préfecture?

27/04/2009

Une «crise renforcée»

Décidément, les services de Météo France se trompent souvent, en ce moment. Ils avaient annoncé un week-end complètement pourri à Paris. Or, s’il y a fait un peu frais, il n’y a pas plu tant que cela. Le Parisien moyen s’en est réjoui. En revanche, des fonctionnaires ont dû faire grise mine: ceux qui, au ministère de l’Equipement et de l’Agriculture, veillent sur l’état des nappes phréatiques aux environs de la capitale – et qui commencent à sérieusement s’inquiéter.

 

Depuis la fin des années 40, paraît, on n’avait jamais vu cela en Seine et Marne, le grand département à l’Est de Paris, dont les nappes phréatiques alimentent en eau une bonne partie de la capitale. Certaines de ces nappes, comme à Champigny, sont en si mauvais état que la préfecture a dû les déclarer en état de «crise renforcée». Un arrêté préfectoral anti-sécheresse limite d’ores et déjà la consommation en eau dans cette région. Ainsi, le lavage des véhicules y est interdit, tout comme l’arrosage des pelouses et des espaces verts, l'alimentation des fontaines publiques en circuit ouvert, le remplissage des piscines privées et («sauf impératifs sanitaires») le lavage des voiries et des trottoirs. Des mesures d’interdiction similaires pourraient être bientôt prises en Essonne, le département de la banlieue Sud de Paris.

 

La situation paraît à ce point sérieuse que le préfet de Seine et Marne a invité les Parisiens eux-mêmes «à utiliser l’eau au plus juste des besoins, à éviter tout gaspillage et à réserver cette ressource rare aux usages prioritaires». La capitale française ne risque tout de même pas encore la pénurie. En attendant, très prosaïquement et au-delà de toute considération environnementale, elle a financièrement intérêt à ce que la sécheresse ne s’aggrave pas chez ses voisins de la proche banlieue. En effet, tant que la nappe de Champigny est mal en point et donc tant que le volume d’eau prélevé à destination des Parisiens continue à être réduit (de 35%), Paris, pour s’alimenter en eau, n’a d’autre ressource que de la puiser… dans la Seine. Or, les eaux de ce fleuve étant - malgré toutes les grandes promesses que fit naguère l'ex-maire Jacques Chirac - plus polluées que celles des nappes,  leur traitement est beaucoup plus coûteux.

 

Donc, à tous points de vue et pour bien faire, il faudrait qu’il pleuve vite et beaucoup ces prochaines semaines sur Paris et sa région. Après déjà trois étés consécutifs complètement pourris dans la capitale, voilà une bien morose  perspective.

24/04/2009

Une bénédiction

toursaintjacques.jpgUn peu de culture, et en l’occurrence un peu de patrimoine, pour bien terminer la semaine. Et deux bonnes nouvelles même, tombées récemment et concernant deux des plus gros chantiers de restauration architecturale menés depuis tant et tant d’années à Paris. Des chantiers si vieux d’ailleurs qu’on a beau fouiller dans notre mémoire de Parisien, on ne se souvient  pas d’avoir vu un jour ces deux fleurons du patrimoine autrement que dans leurs habits de fantôme: hideusement recouverts d’échaufaudages et de bâches de protection, tels de sinistres revenants traînant leurs draps blancs.

 

La tour Saint-Jacques d’abord: un joyau de style gothique flamboyant qui, sur 62 mètres, s’élève au cœur de Paris, rue de Rivoli. Et, pour l'anecdote, un des points de départ du célèbre pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Depuis 2001, ce monument était dissimulé sous les échafaudages et son square attenant était envahi par les baraquements de chantier. Désormais, l’un et l’autre ont retrouvé leurs atours. L’édifice et ses 925 éléments sculptés ont été entièrement nettoyés et restaurés. Et le square a été revu et replanté selon ses plans d’origine.

 

Ensuite, rive gauche cette fois, sur la si belle place du même nom, l’église Saint-Sulpice: la plus vaste église de Paris après Notre-Dame. Ici, la défiguration par les échaufaudages remonte carrément à… 1999: dix longues années donc. Mais, depuis quelques jours, on compte un peu moins de bâches sur les hauteurs de Saint-Sulpice. En effet, plus de 70 mètres au-dessus du sol, une de ses deux tours est désormais décorée des répliques exactes de deux énormes statues d’évangélistes d’origine, pesant chacune 60 tonnes et  représentatives de la statuaire de la fin du dix-septième siècle. Du coup, niveau après niveau, la restauration de cette église, qui depuis tant d’années avait l’air de tant traîner, donne dorénavant l’impression d’avancer.

 

saintsulpice.jpgL’avancement de ces deux chantiers de restauration colossaux n’est pas seulement une excellente nouvelle pour le patrimoine de la capitale. C’est aussi une bénédiction – c’est le cas de le dire, s’agissant d’édifices religieux – pour le promeneur parisien moyen.

 

Faites l’expérience à votre prochain passage dans les environs de la place du Châtelet, lorsque l’apoplexie vous menace à cause des gaz d’échappement: une pause sur un banc à l’ombre du magniolia du square Saint-Jacques est un ravissement. Puis, traversez la Seine et poussez la porte de Saint-Sulpice. Dans la première chapelle de droite après l’entrée, vous attendent deux grandes fresques peintes par Delacroix en personne. Héliodore chassé du temple et Jacob luttant avec l’ange. Elles sont si belles, si puissantes, si fougueusement romantiques que, dès que l’on pose les yeux sur elles, on oublie tout le reste.

 

 

PS : Tiens, un tuyau, parce que les touristes de passage ici ne le savent pas toujours: pour sortir ces peintures murales de la pénombre et donc mieux pouvoir les admirer, il suffit d’allumer la lumière de la chapelle, à l’aide de l’interrupteur situé sur le mur de droite en entrant.

23/04/2009

Un impact

Incroyable comme en France en ce moment, dès que l’on parle de bouffe dans les médias, revient fréquemment le sujet... des pizzas. En effet, il semble qu'à Paris comme en province, la crise a un impact direct sur la fréquentation des pizzerias – qui sont au nombre de 13.000 en France. Ces établissements ne désemplissent plus car ils sont très fréquentés par les consommateurs désireux, en ces temps d’incertitude économique, de réduire leur budget resto. Et qui, dès lors, se rabattent sur ces établissements italiens ou assimilés, souvent familiaux et meilleur marché que leurs confrères servant de la cuisine française.

 

Cet impact conjoncturel de la crise vient s’ajouter à une vieille tradition culinaire. Car, et les Français eux-mêmes l’ignorent généralement, l’Hexagone est le deuxième pays plus grand consommateur au monde de pizzas, avant même l’Italie et juste derrière les Etats-Unis. C’est bien simple: 80% des plats cuisinés livrés à domicile en France sont des pizzas.

 

D’année en année, d’ailleurs, ce secteur de la restauration semble de mieux en mieux se porter. Ainsi, ‘Pizza Hut’ table sur l’ouverture dès l’an prochain de 25 restaurants par an en France et a pour objectif d’y doubler son réseau d’ici à 2012. Récemment, son principal concurrent, ‘Domino’s Pizza’, après un exercice 2008 «exceptionnel», lors duquel son chiffre d’affaires a crû de 31% en France, a annoncé qu’il comptait cette année y ouvrir au moins trente nouveaux points de vente. Et encore ne s’agit-il là que des deux géants du secteur dans l’Hexagone. Parmi les pizzaïolos également actifs dans ce pays, figurent des noms comme ‘Speed Rabbit’ ou ‘La Boîte à Pizzas’. Ainsi que, bien sûr, 4500 vendeurs ambulants: ces ineffables camionnettes à pizzas qui, chaque été, constituent un des incontournables du paysage du Midi méditerranéen singulièrement.

 

A propos et pour info, puisqu’il est encore loin le temps de partir à la plage, si vous avez envie de vous faire une pizza prochainement à Paris, nos confrères du «Figaroscope», qui a une excellente (dans les deux sens du terme) chronique gastronomique, établissent chaque année un classement des meilleurs pizzerias de la capitale française. Ce palmarès est basé sur des critères comme la présentation de la pizza, la fraîcheur des ingrédients, le croustillant de la pâte ou le rapport qualité/prix. Les lauréats de la dernière édition sont Le Bistrot Napolitain’ (pas loin des Champs) et Pizza Chic’ (près de Saint-Sulpice). Et, dans notre cher quartier, Amici Miei’, une fois de plus, est bien classé.

 

Du coup, cette pizzeria ne désemplit plus. Il est impossible, quel que soit le jour, d’y aller sans avoir au préalable réservé. Et, même quand on a réservé, il faut souvent poireauter. Ca c’est Paris. 

22/04/2009

Un test

taxisparisiens.jpgA1. Cette autoroute, les touristes belges qui débarquent à Paris en voiture la connaissent bien. Et surtout son ultime tronçon avant d’arriver dans la Ville lumière par la porte de la Chapelle, qui est chroniquement embouteillé. Dès ce matin, cette partie de l’A1 fait l’objet d’un test de circulation. Son but est d’accroître le nombre de taxis à Paris. Mais les autres automobilistes risquent d'en baver.

 

Il s’agit en effet, le matin entre 7h et 10h sur le tronçon de 5 km de cette autoroute proche de l’entrée dans la capitale, de réserver une voie de circulation (celle de gauche) aux seuls taxis (et cars). L’objectif principal de cette voie dédiée est de faciliter l’accès de la capitale aux taxis transportant les voyageurs provenant de l’aéroport de Roissy. Ce n’est pas du luxe: seuls 23 kms séparent Charles de Gaulle de Paris, mais, vu le trafic sur l’A1 à cet endroit, l’entrée dans la capitale ne prend pas rarement jusqu'à une heure. La fluidification de cet axe de transit pour les taximen est censée inciter davantage ceux-ci à ne pas craindre les embouteillages et donc à redescendre à Paris après leurs courses à CDG. Selon les autorités, si ce dispositif marche, les Parisiens pourraient bénéficier chaque matin d’une offre supplémentaire «d’environ 500 à 600 taxis», ce qui n’est pas rien vu la pénurie de ce moyen de transport ici.

 

Reste que, évidemment, tous les véhicules chassés de cette voie de l’A1 désormais réservée aux taxis seront refoulés sur les autres voies. Qui, du coup, risquent d’être encore plus embouteillées que d’habitude. Ce matin, au premier jour de l’expérimentation, cela allait encore paraît-il, a-t-on entendu à la radio. Mais, pour la semaine prochaine, lorsque les vacanciers de Pâques seront rentrés, les spécialistes craignent le pire. D’autant que la préparation de ce test avait déjà été difficile. C’était en février et mars derniers. Une expérimentation de circulation similaire avait concerné cette fois le périphérique. Une de ses quatre voies y avait été neutralisée sur 500 mètres à la porte de la Chapelle, de façon à permettre aux véhicules arrivant de l’A1 de s’insérer plus facilement sur la rocade. Du coup, à l’heure de pointe jusqu’en milieu de matinée, un «effet entonnoir» avait engendré plusieurs kilomètres de bouchon sur le périph’ extérieur.

 

autorouteA1.jpgDès lundi matin donc, des dizaines de milliers de banlieusards estimant souvent n'avoir d'autre choix que leur voiture pour aller bosser à Paris risquent de pester. Eux qui, dans la configuration actuelle de l’autoroute A1 déjà, se tapent si fréquemment le matin d’interminables moments d'attente dans leurs véhicules ralentis voire carrément stoppés par les bouchons.

21/04/2009

Un ancêtre

La France se met aux nouvelles technologies, écrivait-on ici hier. Pour évoquer un autre paradoxe, dans ce pays, les technologies les plus vieilles et les plus typiquement hexagonales n'en continuent pas moins leur petit bonhomme de chemin. C’est spectaculairement le cas d’un des symboles de la France techno des années 70 et 80, dont on annonce la mort depuis plus de dix ans mais qui, bon an mal an, même si son heure de gloire est désormais passée, existe toujours. On veut bien sûr parler du bon vieux Minitel (*), qui, a déjà bien un quart de siècle d’existence.

 

Au milieu des années 90, lorsque l’Hexagone à son tour succomba à la révolution mondiale d'internet, France Telecom revendiquait un parc de 9 millions de terminaux Minitel et de près de 25 millions d'utilisateurs de cette technologie. Plus de dix ans plus tard, le Minitel dégage encore un chiffre d’affaires annuel de plus de 100 millions d’euros. Et l’on dénombre encore plus d’1 million de terminaux en circulation. Les utilisateurs principaux des 3615 et autres 3614 sont les personnes âgées (séduites par sa simplicité d’utilisation), les PME (fans notamment de ces terminaux si robustes qu’ils peuvent sans crainte être laissés dans les ateliers, contrairement aux PC et Mac si fragiles), ou les bas revenus (absence d’abonnement payant, etc.). Et, globalement, tous les gens qui raffolent de ces terminaux familiers, sans chichi, qui ne tombent jamais en panne, ignorent les virus, les retards à l’allumage comme les problèmes de réseau, et assurent une confidentialité totale. Résultat des courses, selon la direction des Pages Jaunes, «en 2008, le 3611 a encore enregistré plus de 19 millions de connexions».

 

Et si, du coup, ce vénérable ancêtre qu’est le Minitel devenait «vintage» et donc si tendance?

 

 

 

(*) Minitel dont on parle, avouons-le platement, sans en avoir la moindre expertise ni d’ailleurs la moindre expérience, vu qu’on n’a... jamais eu l’occasion d’utiliser cette technologie. En effet, à notre arrivée à Paris, au début des années 2000, elle était déjà devenue très très confidentielle. Finalement, le seul souvenir que l’on en garde sont des spots publicitaires qu’en Belgique, alors qu’on était gamin, on entendait sur les radios commerciales françaises du type RTL, écoutées sur les longues ondes. Ces spots qu’on trouvait (un peu) troublants, vantant les services de messageries roses genre 3615 ULLA  –  Madame Ulla: un grand nom des années 70 et 80 devenu depuis, paraît-il, mythique.

20/04/2009

Un contraste

matrix.jpgNotre bonne vieille France, si fière d’incarner la «vieille Europe», va-t-elle un jour ressembler à «Matrix»? Non pas que l’on y croise en rue des héros de cinéma high-tech aussi mémorables que Neo-Keanu Reeves ou Trinity-Carrie Anne Moss. Mais, ces derniers temps, les nouvelles technologies y font spectaculairement irruption dans la vie quotidienne.

 

A Paris, dans le réseau du métro, il y avait déjà les panneaux publicitaires du troisième type, très contestés par les associations anti-pub. Ils sont si perfectionnés que leurs capteurs sont en mesure de comptabiliser le nombre de passages, devant eux, d’usagers du métro et donc de consommateurs potentiels. Ils peuvent aussi enregistrer les zones précises du visuel de l’annonce qui ont été regardées par les passants. Autre innovation techno, à Nice cette fois. Désormais, les passagers de l’aéroport de cette ville et à destination de Paris-Orly peuvent accomplir toutes les formalités d’enregistrement à l’aide de leur téléphone portable. Une petite puce collée à l’arrière de l’appareil ou insérée dans celui-ci permet à ces voyageurs, après avoir passé leur téléphone devant une bornée dédiée, d’accéder à la salle puis à la porte d’embarquement. Dans le même registre, à Metz cette fois et bientôt à Issy-les-Moulineaux (ville techno-branchée de la banlieue parisienne) pour se garer, les automobilistes n’auront bientôt qu’à décrocher leur portable: pour régler leur dû lorsqu’ils stationneront à des emplacements payants, il leur suffira de composer un numéro de téléphone affiché près de l’horodateur.

 

La France en pince donc, en ce moment, pour les technologies nouvelles. C’est l’occasion ou jamais de rappeler un fameux contraste: selon le dernier décompte d’une délégation interministérielle dite «à l’aménagement et à la compétitivité des territoires», décompte datant d’avril 2008, l’Hexagone comprend encore sur son territoire 364 communes... totalement privées de téléphonie mobile.

 

Ce sont les fameuses «zones blanches»: sorte de no man’s land technologique que l’on essaie de résorber depuis 2003 – dont coût global 600 millions d’euros, partagé par les opérateurs de téléphonie mobile, l’Etat et les collectivités locales. Les habitants de ces localités devront attendre 2011 avant d’avoir accès au réseau mobile. Et encore à cette date ne bénéficieront-ils que de la technologie 2G (voix et SMS, si on a bien compris). Pour l’envoi d’images et pour l’internet mobile, il leur faudra patienter quelques années supplémentaires.

 

Pour le coup, ici, on serait peut-être moins dans «Matrix» que dans ce bon vieux La Fontaine, genre «Le rat des villes et le rat des champs».

17/04/2009

Une sauvagerie

C’est décidément un grand classique en France: à chaque période pré-électorale, les autorités et les médias redécouvrent comme par magie le thème de l’insécurité. Quitte à évoquer le sujet, il faut citer un chiffre qui est tombé à Paris cette semaine et y a fait grand bruit. Il est la conséquence des méfaits non de casseurs, braqueurs, jeunes encagoulés ou autres sauvageons, mais des agissements d’inciviques le plus souvent très ordinaires, menant une vie sociale parfaitement rangée. Ce chiffre, c’est 29. Selon les dernières données de la préfecture de police de Paris, c’est le nombre de piétons qui, en 2008, ont été tués par l’insécurité routière dans la capitale française. Une insécurité qui, ici l’an dernier, a fait près de 40% de victimes de plus que l’année précédente.

 

29 piétons tués dans des accidents de la circulation en 2008 à Paris, donc. C’est 70% de plus qu’en 2007. Et 1964 piétons blessés. Le refus par les automobilistes de la priorité sur les passages protégés est la première cause de décès des piétons à Paris. Dans la moitié des cas, ces piétons tués étaient des personnes âgées.

 

L’autre jour encore, on a été témoin de cela dans le quartier. Arrivé au boulevard Voltaire, une des grandes artères de notre onzième arrondissement, on est soudain tombé sur un énorme attroupement. Les regards de dizaines de badauds convergaient vers un forme inerte allongée au sol. Un petit vieux venait de se faire mortellement faucher par un chauffard. Comme s’il s’était agi d’une performance sportive, les badauds commentait «le vol plané» spectaculaire qu’il avait fait lorsque la voiture l’avait heurté.

 

Les passages piétons posent vraiment deux problèmes à Paris. On en est d’autant plus frappé lorsque, de retour d’une escapade à Bruxelles, on foule à nouveau le bitume parisien et on arrive à un carrefour. Là, en effet, sautent aux yeux deux grandes différences de comportement entre les automobilistes bruxellois et leurs confrères parisiens. Différences qui, d’ailleurs, a-t-on pu constater à diverses reprises, sautent généralement aux yeux de nos visiteurs belges de passage ici.

 

D’une part, quand le passage est protégé par des feux de signalisation, d’innombrables automobilistes parisiens ont encore le réflexe d’accélérer lorsqu’ils s’aperçoivent que le feu passe à l’orange. D’autre part, quand les piétons en sont réduits à essayer de traverser sans l’aide de feux de signalisation – on le vit quasi quotidiennement place de la République ou boulevard Beaumarchais –, il ne semble pas y avoir à Paris cet usage existant en Belgique, selon lequel l’automobiliste cède automatiquement – ou le plus souvent, en tout cas – le passage aux piétons.

 

«Les comportements civiques se dégradent», a fustigé cette semaine la mairie, en commentant ces chiffres de l'insécurité routière. Et la préfecture a annoncé pour 2009 une intensification de la verbalisation des automobilistes forçant les passages protégés. Vu la sauvagerie régnant souvent dans les rues de Paris, ce ne serait pas du luxe, en effet.

16/04/2009

Une tribu (suite)

ruedesidentitaires.jpgDébut avril (ici), on avait parlé dans ce blog du «Projet Apache», sur lequel on était tombé par hasard en déambulant à Bastille. Par cette action menée dans Paris en ce moment, un groupuscule d’extrême droite, à l’aide notamment de pochoirs apposés sur le macadam, fait l'analogie entre cette tribu indienne disparue et les habitants de Paris, qui seraient menacés dans leur identité culturelle par des envahisseurs étrangers. On disait que ces militants dits «identitaires» étaient peu nombreux. S’est-on trompé? Ou compensent-ils leur faiblesse numérique par un activisme très énergique et/ou très bien organisé?

 

Toujours est-il que, depuis qu’on a écrit cette note, notre onzième arrondissement a été littéralement envahi par les signatures picturales de ces individus. Au point qu’aux entrées des stations de métro situées sur les grands boulevards, par exemple, il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir ces pochoirs apaches, qui ont été tagués un peu partout. Dernière initiative en date de ces militants d’extrême droite: les potelets des rues du quartier ont été couverts de stickers à l’effigie d’Indiens à plumes, accompagnées d’un slogan en lettres capitales : «Pour ne pas finir comme eux».

 

Quand on n’est pas obsédé par les questions d’identité, et certainement pas par l’«identité nationale», cela fait vraiment bizarre de constater au saut du lit de grand matin, que, dans le courant de la nuit, la rue que l’on prend chaque jour pour aller au boulot a été, comme d’autres dans le quartier, rebaptisée «Rue des identitaires parisiens» par une nuée d’autocollants apposés sur les potelets.

 

Sinon – on n’écrirait pas «A propos», parce que ce serait potentiellement diffamant et parce que c’est à la justice, et non à nous, d’établir d’éventuels liens  – , une annexe du Mémorial de la Shoah située dans le Marais vient d’être profanée par une croix gammée, taguée en pleine nuit. Samedi déjà, avait subi le même sort un wagon du Mémorial de Drancy, ville de banlieue parisienne d’où des milliers de Juifs furent envoyés vers les camps d’extermination.

 

Il y a décidément des mauvaises ondes en ce moment, la nuit dans Paris et sa région.

15/04/2009

Un oubli

Les médias français, d’habitude si férus d’anniversaires, de célébrations et de commémorations, n’en ont généralement pas parlé, ce matin. Pas un mot à la radio, pas une image à la télé, à peine quelques lignes peut-être dans les journaux. Pourtant, cela s’est passé il y a quatre ans, jour pour jour. Le 15 avril 2005. Cela s’est déroulé en plein cœur de Paris: à deux pas de l’Opéra Garnier. Et on ne peut pas dire que c’était un fait divers banal, puisque, en quelques minutes, il coûta la vie à 25 personnes, dont 11 enfants.

 

C’était l’incendie de l’hôtel ‘Paris Opéra’, un de ces hôtels miteux où, faute de mieux, les services sociaux parquent les familles déshéritées. Quatre ans après le drame, les proches des victimes attendent toujours un procès. Ce week-end, avec à la main des roses blanches, elles se sont rassemblées devant le ‘Paris Opéra’ pour rappeler à l’opinion et aux dirigeants l’épée de Damoclès qui, dans l’indifférence générale, continue de peser sur d’innombrables familles «que les services sociaux continuent d’envoyer dans des hôtels-taudis». Selon les associations de défense de mal-logés, quatre ans après le 15 avril 2005, pas moins de 114 des 780 hôtels meublés de ce type recensés à Paris ne respectent toujours pas les normes incendie. Interrogés l’autre jour, les services du logement de la ville de Paris ont confirmé implicitement la chose. «Dans quelques semaines», ils vont lancer des déclarations d’utilité publique pour exproprier «une dizaine d’hôtels particulièrement dégradés» situés notamment dans le nord et l’est de Paris, dans notre onzième arrondissement particulièrement. Cette initiative est censée constituer «un message fort pour tous les autres hôteliers» qui continuent d’héberger des familles en jouant avec leur sécurité.

 

Dans la série noire d’incendies d’hôtels miteux qui avait endeuillé la capitale française à la mi-2005, coûtant la vie à des dizaines d’habitants – essentiellement des étrangers, s’il est besoin de le rappeler – , l’un s’était déroulé dans notre quartier. Rue du Roi doré précisément, à deux pas des boutiques, des bistrots et des restos bobo-chics du Haut Marais. Il avait coûté la vie à sept personnes ivoiriennes, dont quatre enfants. Ces habitants n’avaient pas pu éteindre eux-mêmes l’incendie même à ses débuts parce que, dans leur immeuble vétuste, il n’y avait évidemment pas d’extincteur. Il n’y avait même pas… d’eau courante.

 

Ce matin, tant d’années après le drame, on est repassé rue du Roi doré. Pour voir. Pour constater ce qui avait changé, ou pas. On n’y est pas resté des heures, et pour cause: il n’y a strictement rien à voir. L’immeuble noirci est toujours entièrement vide. Toutes ses fenêtres sont encore murées. Pas le moindre chantier de rénovation ne semble avoir débuté. Et aucun signe ne rappelle le supplice de ces pauvres gens calcinés dans leur sommeil. Pas une fleur, pas une plaque, pas le moindre hommage. Rien. 

14/04/2009

Une horreur

lemetroarrivant.jpgLes Parisiens qui, aujourd’hui, prennent le métro vont-ils en parler? Vont-ils, même très furtivement, y penser? Vont-ils aller jusqu’à scruter les usagers qui, comme eux, patientent sur le quai? Vont-ils prendre garde au moment où le train entre en gare? A cet instant, vont-ils imperceptiblement jeter un regard furtif derrière eux ? Voire reculer instinctivement de quelques pas? Ce week-end dans les couloirs et sur les quais du métro, en tout cas, on n’a pensé qu’à cela. A cet accident horrifique qui, vendredi, a failli coûter la vie à un usager et, ce faisant, pourrait bien faire resurgir tous les vieux fantasmes, faire renaître toutes les méfiances. La hantise du «pousseur du métro». Non pas cet employé de gare chargé de compresser les voyageurs trop nombreux dans les trains pour que leurs portes puissent se refermer. Mais cet illuminé qui, sans raison apparente, au moment où le train entre en gare, pousse sur les voies un usager qui ne lui a rien fait.

 

Cela s’est donc passé vendredi en milieu de journée, à la station ‘La Défense’. A ce moment-là, on était à la station ‘République’ et on s’était dit que quelque chose n’allait pas. Dans les couloirs, en effet, les écrans d’information annonçaient que le trafic était interrompu sur la ligne 1 à cause d’«un incident grave voyageur». Or, la RATP s’était engagée (relire ici) à ne plus avoir recours, dans sa communication,  à cette expression si pudique en cas de tentatives de suicide. Mais, cette fois, ce qu’on ne savait alors pas, elle pouvait difficilement faire autrement. Difficile, en effet, d’annoncer abruptement... une tentative de meurtre sur les écrans.

 

C’est pourtant ce qui s’était produit quelques instants plus tôt, à la station la ‘Grande Arche’. Un honnête père de famille de 41 ans attendait sagement son métro. Sur le même quai, comme dans tant de stations à Paris, se trouvaient des SDF. L’un d’eux, visiblement dérangé, se sentit «insulté» par le quidam, qui, d’après lui, mettait «une mauvaise ambiance» dans la station. Lorsque le métro arriva, il se précipita vers le voyageur et le poussa violemment sur les rails. Très grièvement blessée, la victime dut être amputée d’une jambe, mais ses jours à présent ne sont plus en danger. Le «pousseur» a été mis en examen pour tentative de meurtre et a été incarcéré.

 

metro.jpgLa RATP n’a pas communiqué sur cet accident. Sans doute se dit-elle que tout bruit fait autour de cette affaire ne fera qu’affoler inutilement les voyageurs. Il faut dire que, ces dernières années, plusieurs cas de «pousseurs de métro» ont horrifié les usagers. A la station ‘Rambuteau’ en 2005, un jeune de 29 ans avait trouvé la mort un soir de semaine à l’heure de pointe, après avoir été précipité par un malade sur les voies de la ligne 11 au moment où le métro entrait en gare. En 2003, c’était une vieille dame qui, à la station ‘Saint-Lazare’, avait été grièvement blessée à la suite d’un accident semblable. Deux ans plus tôt à la station ‘Auber’, une jeune femme de 22 ans fumait une cigarette sur le quai en attendant son RER. Le tabac avait incommodé un autre voyageur, qui, pour lui faire payer cette clope nauséabonde, l’avait grièvement blessée en la précipitant sur les voies. En 2000, à Boulogne, un SDF avait péri après avoir été poussé sur les rails par un de ses congénères, avec lequel il s’était disputé.

 

L’horreur de ces agressions a évidemment de quoi choquer les usagers. Un chiffre,  toutefois, doit les inciter à raison garder. On peut compter sur les doigts d'une seule main les attaques de «pousseurs du métro» survenues ces dix dernières années dans les transports à Paris. Or, dans cette même ville, plus de 10,5 millions de voyageurs empruntent  chaque jour et sans le moindre problème grave les lignes de la RATP.

10/04/2009

Un préféré

A la veille de ce week-end de Pâques, c’est le moment où jamais d’évoquer le sujet: le chocolat. Et le chocolat belge, en prime! Ces derniers temps, en effet, les chroniqueurs gastronomico-mondains français en ont beaucoup parlé: l’ouverture d’une nouvelle boutique de Pierre Marcolini à Paris.

 

Depuis plusieurs années déjà, ce chocolatier belge est présent rive gauche, à Saint-Germain des Prés: rue de Seine plus précisément. Cette fois, il vient de franchir le fleuve et d’ouvrir un magasin rive droite: rue Scribe (facile à trouver: c’est celle qui jouxte l’Opéra Garnier). D’après les échos qu’on en a eus, ce nouvel endroit est «superbe». Dans son «design minimaliste, les chocolats sont mis en scène comme des bijoux». Particulièrement remarquée en ce moment est la création de Marcolini intitulée «L’Oeuf et les Oreilles». Il s’agit d’œufs de Pâques assez rigolos car surmontés de grandes oreilles également en chocolat, conçues pour pointer dans l’herbe de manière à ce que ces œufs soient plus aisément trouvables par les enfants qui, à cette époque, partent à la chasse au chocolat dans les jardins.

 

On doit bien l’avouer, au risque de consterner les lecteurs belges: on n’a jamais, au grand jamais, mangé de chocolats Marcolini. Quand on vivait à Bruxelles (cela commence à faire un certain nombre d’années), on n’a pas le souvenir que ce chocolatier y avait déjà percé. Et depuis qu’on habite Paris, on ne cesse d’entendre parler de ce créateur belge paraît-il si doué, mais on n’a jamais eu l’occasion d’y goûter.

 

Peut-être profitera-t-on de ce long week-end pour faire un saut rue Scribe. Ne serait-ce que pour vérifier si notre préféré de toujours, parmi les chocolats belges dispos à Paris, demeure indétrôné: le ‘Dolfin’ noir aux baies roses.

 

Ce chocolat-là, à notre humble avis, est une merveille. Mais il n’est pas si facile que cela à trouver à Paris. Un des rares endroits de la capitale où on est toujours sûr de pouvoir l’acheter, c’est la légendaire «Grande épicerie» du «Bon Marché», rue de Sèvres: dans le septième arrondissement, entre le jardin du Luxembourg et les Invalides. Un quartier très snob et un grand magasin affreusement cher, mais aussi et surtout, et depuis des décennies, un temple parisien de l’épicerie fine et du bon goût. Chaque fois qu’on y va, malgré toutes nos bonnes résolutions, on ne résiste pas et on en revient les bras chargés de paquets remplis de tas de choses merveilleusement appétissantes.

 

Beaucoup plus modestement, et pour conclure sur le chocolat belge, un ‘Côte d’or’ labellisé ‘NOUVEAU’ en grandes lettres capitales sur son emballage a fait son apparition, ces derniers temps, dans les supermarchés de quartier à Paris. Il existe peut-être depuis des lustres à Bruxelles, mais, ici en tout cas, il vient de débarquer dans les rayons. Noir, citron & gingembre. Cela ne vaut pas notre préféré noir et rose, mais ce n’est pas mal du tout.

 

 

 

PS: A l’attention des mauvaises langues toujours promptes à casser du journaliste: cette note n’est pas du publireportage mais du rédactionnel 100% informatif et désintéressé. Elle a été rédigée par pur souci de coller à l’actualité pascale et parisienne, et non parce que son auteur aurait préalablement été gavé à l’œil de kilos de chocolats offerts par les services de com’ des marques citées dans cet articulet ;-)

09/04/2009

Un bras de fer

samaritaine.jpgJour J ce jeudi, peut-être, pour un fleuron du patrimoine parisien. Le fameux paquebot Art déco de «La Samaritaine»: l’ex et célèbre grand magasin de la rue de Rivoli, vide depuis qu’en juin 2005, pour des raisons de sécurité, il a définitivement baissé ses rideaux métalliques. Les propriétaires du site rencontrent aujourd’hui, une fois encore, les élus parisiens afin de tenter de les convaincre du bien-fondé de leur projet de réaffectation.

 

Il y a six mois déjà (relire ici), l’on pouvait espérer un déclocage de ce dossier qui a déjà tant traîné. Mais il s’était de nouveau enlisé. L’avenir de ce site prestigieux, en effet, divise même ses propriétaires. L’actionnaire majoritaire de «La Sama» (le groupe de luxe LVMH) s’est opposé à son actionnaire minoritaire (la fondation Cognac-Jay, propriétaire historique du magasin). Ce dernier préférait un projet 100% grand magasin plutôt que le projet mixte (hôtel de luxe, centre d’affaires, commerces, bureaux, logements sociaux) concocté par LVMH. A ce bras de fer, a succédé un deuxième, opposant cette fois les propriétaires du site à la Ville de Paris. C’est ce deuxième affrontement qui, ce jeudi, pourrait être scellé par une trêve.

 

Le groupe de grand luxe, en effet, va vraisemblablement accepter les conditions posées par la mairie, et donc donner un accent plus social à son projet de réaffectation. Il y aurait toujours un hôtel haut de gamme, qui serait situé dans la partie historique du bâtiment: celle située à front de Seine, qui jouit en son sommet d’un belvédère avec une vue splendide sur Paris. Il y aurait toujours des commerces ainsi que des bureaux. Mais le nombre de logements sociaux prévus sur le site, côté rue de Rivoli, pourrait tripler et atteindre 10% de la superficie totale du futur édifice. Et un équipement public (une crèche d’une cinquantaine de berceaux, un gymnase et/ou une école) pourrait être ajouté au programme.

 

Si plus aucune anicroche ne retarde ce méga-projet urbanistique (450 millions d’euros de budget), les premières inaugrations pourraient avoir lieu dès 2012-2013. Ce serait tout bénéfice pour le patrimoine – il est toujours triste de voir laissé vide un édifice si remarquable. En outre, en ces temps de crise, cela ne pourrait être que bénéfique pour l’emploi, qui en ce moment souffre à Paris aussi. Pour mémoire, en 2005, la fermeture du grand magasin avait occasionné le reclassement de 725 salariés.

08/04/2009

Un remplacement (encore)

On parlait hier des rues et boulevards de Paris qui, bientôt, seront embellis par le remplacement, actuellement en cours, des sanisettes version vieux modèle, qui défigurent le paysage urbain depuis un quart de siècle. Le projet d’une autre amélioration esthétique est lancé cette semaine dans la capitale française. Cette fois, ne sont plus concernés ces blocs massifs de béton (9 tonnes l’unité!) qui abritent les toilettes publiques mais une pièce particulièrement légère et fragile, et néanmoins si utile, du mobilier urbain. Dans le jargon administratif  de l’Hôtel de ville, on appelle cela les «réceptacles de propreté». Les poubelles donc, selon le terme laissé par le créateur de cette si pratique invention (*).

 

Depuis que les attentats new-yorkais du 11 septembre 2001 ont haussé le degré d'alerte du plan français de vigilance antiterroriste (‘Vigipirate’), les poubelles à Paris sont une véritable misère. En effet, les anciennes poubelles en métal ont dû être abandonnées, les consignes de sécurité imposant un modèle de récipient ouvert et transparent – afin qu’on puisse y détecter la présence éventuelle d’engins explosifs. Cela fait donc des années maintenant qu’en guise de poubelles, sur les trottoirs et dans les parcs et jardins de Paris, on ne voit que de misérables cercles de métal auxquels pendouillent lamentablement des sacs en plastique – lorsque ces sacs fragiles n’ont pas été déchirés en répandant leur contenu sur la chaussée. Ce modèle enlaidit d’autant plus la capitale française qu’on y trouve des poubelles un peu partout: on en dénombre 30.000 sur son territoire.

 

Bientôt, cependant, c’en sera fini de ce coup de poing visuel permanent. En effet, à partir de l’an prochain et d’ici à 2014, un nouveau modèle de «réceptacle de propreté» va faire son apparition. Plusieurs prototypes (dont un ici, par exemple) ont déjà été dessinés en 2007, dans le cadre d’un concours d’idées lancé un an plus tôt par la mairie. Deux ans plus tard, celle-ci vient donc de décider de passer à l’étape supérieure: une grande consultation des habitants afin de sonder leurs préférences.

 

Car cela a l’air tout bête de changer de poubelle, mais, en fait, ce n’est pas si simple que cela, a fortiori dans une ville comme Paris. D’abord, dans les quartiers architecturalement protégés (et ils sont nombreux ici), les préconisations esthétiques des Bâtiments de France doivent intégralement être respectées. Ensuite, le modèle de poubelle choisi doit non seulement être esthétique mais également pratique, afin de ne pas compliquer ni ralentir le travail des éboueurs. Enfin, même si les récipients à déchets sont transparents et ouverts, avant de pouvoir être installés sur la chaussée, ils doivent avoir passé avec succès les tests de sécurité de la préfecture de police. Ainsi, lors du concours de 2007, des charges explosives ont été placées dans chaque prototype afin de vérifier qu’en cas d’explosion, le matériel brisé ne blessait pas le public.

 

Cerise sur le gâteau, si l’on ose dire s'agissant d'ordures, chaque future nouvelle poubelle parisienne sera assortie d’un cendrier de rue. Afin d’essayer de réduire un peu le nombre de mégots jetés par terre: une véritable plaie qui, depuis que le tabac a été interdit dans les lieux publics, a transformé les rues de Paris en gigantesque cendrier.

 

 

 

(*) Pour rappel et pour la petite histoire, le terme ‘poubelle’ vient du patronyme d’Eugène Poubelle: le préfet de Paris qui, en 1884, imposa pour la première fois aux habitants de la capitale de déposer leurs ordures ménagères dans des récipients communs, qui étaient alors en bois et en fer blanc.

07/04/2009

Un remplacement

sanisette.jpgToujours non au ras des pâquerettes, plutôt rares ici, mais au ras du macadam, Paris en ce moment s’occupe de… ses lieux d’aisance. Comme d’ailleurs la Ville de Bruxelles, qui, lisait-on l’autre jour dans «La Libre», va installer de nouvelles toilettes publiques sur son territoire. Dans la Ville lumière, l’on est en train de procéder au programme de remplacement des 400 sanisettes qui, depuis le début des années 80, parsèment la cité.

 

A titre perso, on l'avoue, ces toilettes publiques sont bien un des rares endroits de la capitale où, pendant toutes ces années de Parisien, on n’a jamais trop osé s’aventurer. Appréhension de se retrouver dans des lieux aussi clos. Idée sans doute totalement reçue d’y être confronté à une propreté douteuse et à des odeurs nauséabondes. Vague crainte que la porte de ces toilettes, à cause d’un dysfonctionnement technique quelconque, s’ouvre avec impudeur alors qu’on est en pleine occupation. Hantise carrément que cette porte ne s’ouvre pas quand on a terminé et qu’on reste donc enfermé là pendant des heures dans l’attente d’hypothétiques sauveteurs. Une hantise qui, cela dit, a l’air d'être assez répandue dans l’imaginaire populaire parisien puisque c’est expressément pour éviter que les gens craignent d’y rester enfermés que les nouveaux modèles de sanisettes en cours d’installation prévoient, outre une porte automatique, «une ouverture de secours manuelle».

 

Le diable se niche dans le moindre détail, dit l‘adage. Mais l’ingéniosité et la créativité aussi, comme l’illustrent bien ces nouvelles sanisettes parisiennes.

 

Ainsi, l’eau de pluie sera récupérée au niveau du toit de l’édicule et servira au lavage de son plancher, permettant ainsi des économies d’eau. Un puits de lumière aménagé dans le toit  des toilettes offrira un éclairage naturel qui complètera l’éclairage arttificiel, lui-même de faible consommation. Un détecteur de présence permettra de n’éclairer les lieux que lorsqu’ils sont occupés. On nous annonce aussi «un espace intérieur agrandi», une accessibilité conçue à 100% pour les handicapés (instructions sonores, en braille, etc.) ainsi qu’«une sonorisation d’ambiance» mais là, on craint un peu le pire: genre atroce «musak» d’ascenseur, qu’ils seraient bien capables d'assortir, en plus, de publicités commerciales.

 

sanisetteenrue.jpgQuant à son design, cette sanisette high-tech présentera «une ligne inspirée de l’arbre, avec une base qui soutient la structure comme un tronc soutient les branches».  Le tout, assure la mairie, «s’intègre parfaitement à l’environnement urbain parisien». On verra cela. En la matière, de toute manière, on peut difficilement faire pire que les édicules actuels, qu’on a toujours trouvés particulièrement hideux.

06/04/2009

Une innovation

Alors, évidemment, par rapport au G20, par rapport aux scènes de guérilla urbaine qu’on a déplorées ce week-end à Strasbourg ou à Bastia, par rapport même à une certaine actualité parisienne si violente (les heurts à la Foire du Trône ou la mort d’un sans-papier afghan dans un square près du canal Saint-Martin où tous les membres de cette communauté ont élu domicile), c’est vraiment voir l’actu par le petit bout de la lorgnette. C’est jouer la contre-programmation, comme on dit en télé. Mais enfin, c’est une grande première en matière d’environnement et de propreté en France. Cette innovation fera donc l’événement à Paris cette semaine. Et c’est même aujourd’hui que les élus parisiens, à l’Hôtel de ville, se penchent sur ce projet révolutionnaire. Donc, parlons-en.

 

De quoi s’agit-il? Rien moins que de tirer un trait sur le système traditionnel de collecte des immondices. Cela concernera le quartier Clichy-Batignolles, situé dans le nord de Paris: une des dernières friches à urbaniser dans la capitale. C’est un projet expérimental, mais il n'est pas si lointain puisque le premier coup de pioche sera donné en 2010 et il sera opérationnel en 2012-2013, autant dire demain. Dans ce quartier de Paris, on collectera les déchets non plus via les grandes poubelles qui encombrent les trottoirs et les bennes à ordures sillonnant la ville, mais via un système de tri souterrain et pneumatique comme cela se fait déjà dans certains quartiers de Barcelone, Séville ou Stockholm. Les habitants jetteront leurs déchets dans des bornes installées dans leurs immeubles et disponibles 24 heures sur 24. Puis ces ordures seront aspirées électriquement par des canalisations allant dans le sol, où elles seront compactées, envoyées vers une plate-forme ferroviaire, mises dans des containers et évacuées par trains.

 

Si ce projet-pilote se concrétise, si ensuite il est étendu à toute la ville, s’il en vient à concerner le million de tonnes de déchets collectés chaque année dans une cité comme Paris, voilà qui va fondamentalement changer la physionomie de la capitale. En effet, finis les ballets quotidiens des entrées et sorties de poubelles des immeubles par des armadas de concierges. Finis les embouteillages causés par les bennes à ordures récoltant ces détritus. Fini aussi le vacarme causé par ces collectes. Finie également la crasse qui subsiste souvent sur les trottoirs après le passage des éboueurs, visiblement soumis à des cadences infernales. Le système de tuyauteries et d’aspirateurs à déchets étant en grande partie automatisé, finis encore les mouvements de grève des éboueurs – pas rares à Paris: il y en eut encore un dernièrement, revendiquant notamment des revalorisations salariales.

 

Cela dit, on promet bien du plaisir aux responsables de l’Hôtel de ville, vu l’éternelle indiscipline des Parisiens. Depuis des années, en effet, la mairie s’arrache les cheveux pour que les habitants respectent un peu mieux les consignes en matière de tri des déchets. Consignes qui ne sont vraiment pas compliquées, mais que les Parisiens ont longtemps prises par-dessus la jambe, continuant à jeter à peu près n’importe quelle ordure dans à peu près n’importe quelle poubelle. Ce je-m’en foutisme populaire a été tel que la mairie a dû aller jusqu’à faire physiquement pression sur ces inciviques, en imposant aux éboueurs de ne plus collecter les bacs dont les déchets n’avaient pas été suffisamment triés. Du coup, ces bacs refusés s’accumulaient sur les trottoirs et dans les cours, ce qui posait de réels problèmes. Il semble que, grâce à ces mesures un peu autoritaires, les Parisiens, depuis quelques mois, fassent un peu plus attention au tri sélectif de leurs ordures et donc que les choses globalement s’améliorent. Mais il y a sans doute encore beaucoup de progrès à faire en la matière. Et il reste à espérer que le problème sera réglé quand le projet-pilote sera opérationnel. Car autant à présent il n’est pas trop difficile de trier à nouveau le contenu d’une poubelle lorsque celle-ci est parquée dans une cour ou sur un trottoir après avoir été refusée par les éboueurs, autant cela risque d’être beaucoup moins simple à faire avec des containers stockés dix pieds sous terre...

03/04/2009

Une gratuité

courdulouvre.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et c'est même une bonne nouvelle. Dès demain à Paris comme dans toute la France, les jeunes entreront gratuitement au musée. C’était une des promesses électorales de Nicolas Sarkozy. La formule a été expérimentée avec succès pendant six mois l’an dernier dans plusieurs grands musées parisiens: le Louvre, Orsay, Pompidou ou Branly. C’est donc enfin l’application concrète de ce que le chef de l'Etat avait annoncé en janvier.

 

Cela dit, dans le laps de temps pris pour concrétiser cette vieille annonce, la grande crise mondiale est survenue. Du coup, cette formule de gratuité a été réduite, parce que la crise rogne les moyens budgétaires de l’Etat – or, c’est lui qui remboursera aux musées le manque à gagner entraîné par ces entrées gratuites. En clair, trois restrictions de taille limitent ce régime de gratuité.

 

Un: n’en bénéficieront que les 18-25 ans. A 26 ans donc en France, on est supposé avoir de l’argent. Deux: seuls jouiront de cette gratuité les jeunes Français et ressortissants de l’Union européenne. Un jeune Malien étudiant à Paris, un jeune Malgache effectuant un stage dans une entreprise à La Défense, ou un jeune Japonais en goguette dans la Ville lumière, qu'ils aient 19, 21 ou 23 ans, s’ils veulent visiter le musée du Louvre, devront payer l’entrée cash – on ne comprendra décidément jamais trop les frontières de ce genre. Trois: seuls sont concernés les musées nationaux (pas les musées privés, municipaux, etc.) ainsi que leurs collections permanentes. Si donc un jeune veut entrer gratuitement au musée, il aura intérêt à bien se renseigner auparavant (sur cette carte, par exemple). Et il ne sera pas question pour lui de visiter gratuitement toutes les grandes expositions temporaires dont on parle tant: par exemple à Paris en ce moment les expos Warhol, de Chirico, Sonia Rykiel ou David LaChapelle.

 

Cela dit, en France les musées nationaux sont si nombreux et leurs collections permanentes si riches que les jeunes ne sont pas au bout de leurs plaisirs et de leurs découvertes artistiques: ils ont même quelques années de visites passionnantes devant eux. Ils bouderont d’autant moins leur plaisir qu’il y avait une demande de leur part. Selon une enquête de Sciences-Po Paris et du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), la gratuité muséale est «une mesure très bien perçue par les jeunes», qui sont 41% à considérer que les grands musées sont chers.

 

La gratuité n’aura cependant qu’«un impact limité sur la démocratisation de la fréquentation» des grandes institutions culturelles. En effet, elle «ne parvient pas à elle seule à compenser le déficit de démocratisation dans l’accès à la culture». Les études montrent que «pour les jeunes qui vont rarement au musée, le manque d’intérêt est un obstacle plus difficile à surmonter que le prix». Dès lors, si les musées français se contentent de ce régime de gratuité, ils ne parviendront pas à renouveler et à élargir leur jeune public. Il leur faudra aussi, comme en Angleterre par exemple, développer «des offres muséales plus pédagogiques, plus vivantes et au contenu plus accessible». Voilà un beau défi.  

02/04/2009

Un leurre

Les rues seront très calmes à Paris ce jeudi en comparaison avec celles de Londres, cité tranformée en camp retranché pour le G20. Et avant sans doute d’autres manifestations en fin de semaine à Strasbourg, une des deux villes qui accueilleront le sommet anniversaire de l’Otan.

 

Ces derniers jours, en guise de mobilisation, les altermondialistes, écologistes, syndicalistes, trotskistes et autres anticapitalistes français ont gratifié Paris d’un petit happening lundique. C’était samedi dans le deuxième arrondissement, près de la place de la Bourse. Quelques centaines de militants d’une trentaine d’associations y ont procédé au «démantèlement symbolique d'un paradis fiscal» (voir, en vidéo notamment, ici). Ledit paradis était symbolisé par une minuscule plage de sable fin installée à même le macadam, par deux palmiers en pot et deux transats occupés par des estivants en tongs et en chemises à fleurs. Pour montrer «combien il est facile d'en finir avec un paradis fiscal», quand on a la volonté politique de ce faire, le duo de plagistes a démantelé ce repaire fictif de grandes fortunes peu civiques en ramassant le sable avec quelques pelles. Et en scandant les noms des sociétés françaises du CAC 40 qui, tout en ayant pignon sur rue, conservent en toute impunité quantité de filiales off-shore dans des terres fiscalement paradisiaques.

 

Puis, les militants ont jeté en l’air des liasses entières de billets de banque. Si, malgré ces temps de crise, tous les Parisiens paupérisés n’ont pas afflué samedi place de la Bourse pour s’emparer du magot, c’est parce qu’il ne s’agissait que d’un leurre: ces billets de banque, barrés de la mention «net d’impôts», étaient factices. Ils étaient d’ailleurs censés avoir une valeur de 5000€, or des billets d’un tel montant n’existent pas dans la monnaie européenne.

 

Notez que, de toute manière, si ces billets de 5000 € avaient réellement existé, les Parisiens n’auraient probablement pas pu les utiliser aisément, dans leur petite vie consumériste quotidienne. En effet, dans la capitale française, des années pourtant après l’introduction de la monnaie européenne, la plupart des commerces arborent toujours des avis aux caisses, prévenant les clients que, de peur des contrefaçons, ne sont pas acceptés les paiements avec des billets de 500 € (voire de 200€). En France décidément, l’Europe a encore des progrès à faire y compris dans les aspects de la vie les plus anodins.

 

Au fond, le terme ‘anodin’ n’est peut-être pas le plus adéquat, à propos de billets de 500€. S’agissant donc de coupures valant chacune, à l’échelle française, la bagatelle… d’un demi-salaire minimum! Soit dit en passant, dans quel monde vivent donc les technocrates qui ont imaginé ces billets de 500€? Qui donc dispose habituellement de billets d’un tel montant dans son portefeuille? Qui donc va régulièrement retirer des sommes pareilles au distributeur du coin? Nous, c’est bien simple, on serait bien incapable de reconnaître un billet de 500€: on n’en a jamais vu la couleur.

 

Finalement, a fortiori en ces temps de crise et de dégringolade du pouvoir d’achat, un tel billet doit lui aussi, quelque part, relever du leurre.