30.04.2009
Une bonne idée
Puisqu’on parlait de culture hier, un peu d’art urbain aujourd’hui. En rue dans notre onzième arrondissement, fleurit en ce moment un pochoir étrange. Quand on est tombé dessus, l’autre soir, on y a vu un visage un peu menaçant: un guerrier teuton, un vicking, un Highlander ou quelque chose du genre. On avait tout faux. Renseignement pris, il s’agit du visage de l’artiste allemande Konny Steding, décrite par ses amateurs comme «une sorte de rebelle oubliée, enfermée dans une guérilla romantique lointaine, passionaria de causes perdues, radicalité nostalgique de BD sur le retour». Depuis des années, cette artiste multiplie les interventions et installations dans les rues de Paris. Elle s’y livre même à des performances passablement déjantées: ainsi, lorsque, sur fond de musique électro migraineuse à souhait, elle se fait filmer en train de... grimper dans une poubelle.
Les gens rétifs à l’art contemporain vont sans doute lever les yeux au ciel. Ces jours-ci à Paris, cela dit, l'art contemporain fait de gros efforts pour se rendre plus accessible. Témoin, la bonne idée qu’ont eue les organisateurs de la grande rétrospective «La force de l’art», qui a lieu en ce moment au Grand Palais.
Les visiteurs de cette expo peuvent y bénéficier des services de «médiateurs». Ces spécialistes de l’art contemporain sont mis à la disposition du public «pour lui donner des clés de compréhension, l’aider à appréhender les œuvres, leur mode de présentation ainsi que le travail des différents artistes associés à la manifestation». Ces guides spécialisés, historiens de l’art ou artistes eux-mêmes, répondent aux interrogations des visiteurs, dialoguent avec eux, contextualisent les œuvres présentées, les expliquent, attirent l’attention sur tel ou tel aspect intéressant ou novateur, etc. Bref, fournissent des clés de lecture au public pour que ces créations puissent être appréciées (ou pas) à leur juste valeur.
Cet effort de pédagogie, c’est vraiment une bonne idée. Autre bonne idée, le prix d’entrée modique de cette rétrospective: 6 euros, alors que le moindre ticket de cinéma à Paris dépasse largement les 9 euros. Et alors que le prix d’entrée des foires d’art contemporain est généralement prohibitif – 25 euros, se souvient-on d’avoir un jour payé.
Jamais deux sans trois, «La Force de l’art» a aussi eu l’excellente idée de ne pas se cantonner à la seule nef du Grand Palais, aussi beau soit cet endroit, mais d'investir également toute la ville. Ainsi, à l’occasion de cette rétrospective, plusieurs interventions ont lieu dans Paris même. Ces interventions urbaines «parfois surprenantes, toujours inattendues, réinventent le spectacle vivant de l'art et invitent badauds et amateurs à quitter les territoires communs des pratiques artistiques pour pénétrer en des contrées inexplorées».
Des exemples? Le plasticien Bertrand Lavier, ces jours-ci, «dérègle» le scintillement de la tour Eiffel. Et Pierre et Gilles ont carrément investi, avec l’accord des autorités religieuses bien sûr, l’église Saint-Eustache, près du Forum des Halles. Dans une des chapelles de cet édifice, le duo kitschissime, qui a toujours été inspiré par l’iconographie religieuse, a créé une installation de la Vierge à l’enfant.
Décoder les créations. Rendre leur découverte financièrement accessible. Les sortir des galeries et des musées. C’est la triple bonne nouvelle artistique de cette semaine, à Paris. Si l’art contemporain y avait songé auparavant, sans doute serait-il moins boudé par le grand public qu’à présent.
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29.04.2009
Une guerre
Grande journée au Parlement, ce mercredi. C’est aujourd’hui, en effet, que revient à l’ordre du jour la fameuse Hadopi: la loi qui, en son volet le plus controversé, punit (par la coupure de l’accès à internet) le téléchargement illégal de contenus culturels. Ce dispositif fait, depuis des mois, l’objet d’une guerre acharnée entre partisans et opposants, notamment sur le net, où elle alimente d’innombrables forums et blogs passionnés. La dernière escarmouche en date, aussi spectaculaire que surréaliste, s’est déroulée l’autre jour à l’Assemblée nationale. A quelques voix près et à la stupéfaction générale, cette loi a été rejetée: les rares députés UMP qui étaient présents au Parlement ce jour ont été surpris par l’afflux inopiné, dans l’hémicycle au moment du vote, de députés de gauche qui s’étaient auparavant… cachés dans les coulisses.
Cette guerre pour ou contre la répression des pirates du net oppose aussi les artistes, stars et autres people. Mais, sur ce champ de bataille-là, il n’y a pas photo. En effet, les partisans de Hadopi sont nettement plus nombreux que les opposants. Rapide passage en revue des forces en présence.
Aux côtés de la majorité UMP, on trouve bien sûr les grands amis people du Président Sarkozy (Johnny, Jean Reno, Liane Foly, etc.). Qui considèrent comme lui que «le créateur est propriétaire de sa création» et qu’«il n’est pas question de légaliser le vol au supermarché de la création». Mobilisé par les sociétés d’auteurs (ici, notamment), le gratin du show bizz figure dans ce camp pro-Hadopi . Les chanteurs Etienne Daho, Francis Cabrel, Raphaël, Jean-Jacques Goldman, Patrick Fiori, Eddy Mitchell, Françoise Hardy, Patrick Bruel, Yves Simon ou Michel Jonasz. Les acteurs Guillaume Canet ou Gérard Jugnot. Les cinéastes Jean-Jacques Beineix, Jean-Jacques Annaud ou Alain Corneau. Un beau casting, donc. Qui comprend aussi des artistes notoirement plutôt à gauche: les Bertrand Tavernier, Costa Gavras, Agnès Jaoui, Cédric Klapisch, Philippe Lioret ou Coline Serreau. Récemment d’ailleurs, ces artistes de sensibilité progressiste ont adressé une lettre ouverte à la patronne du PS, Martine Aubry. Pour lui dire combien ils étaient «atterrés» et «en colère» contre l’opposition de ce parti à Hadopi. Car, selon eux, «le développement de l’ère numérique ne peut se faire sans respect des droits de propriété littéraire et artistique».
Et puis, face à cette armada impressionnante de personnalités, il y a un petit bataillon d’artistes qui (ici, notamment) fait de la résistance. Leur force de frappe est infiniment plus petite que celle de leurs adversaires. Mais ce camp compte tout de même quelques noms connus. Les acteurs Catherine Deneuve, Louis Garrel, Chiara Mastroianni, Victoria Abril ou Jeanne Balibar. Les réalisateurs Chantal Akerman, Christophe Honoré ou Gaël Morel. Eux plaident «pour une alternative au tout répressif». Considèrent que la loi création et internet ne répond ni aux «défis du numérique», ni à la «crise des modèles traditionnels de diffusion et de production cuturels dans le monde de la culture». Cette loi, selon eux, ne répond en fait qu’à un seul objectif : «assurer le maintien des positions monopolistiques des acteurs les plus puissants de l'industrie culturelle, sans créer aucun nouveau soutien aux plus menacés». Ces opposants au gouvernement assurent ne «pas cautionner le piratage». Mais, «plutôt que de stigmatiser les consommateurs et d’envisager de couper des millions d’accès à internet», ils veulent que l’on réfléchisse à un système permettant «une diffusion des œuvres compatible avec les intérêts et les libertés de chacun, en assurant à la fois un accès à la culture pour le plus grand nombre et un financement équitable pour les artistes/créateurs».
Les deux camps sont sans doute, à ce stade en tout cas, irréconciliables. Tant le débat est passionnel. Et passionnant. Suite ce mercredi et ces prochains jours au Parlement.
11:20 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : internet, personnalités, people, culture, gouvernement, cinéma, musique
28.04.2009
Une interdiction
Trois soirs. Il ne reste que trois soirs aux Parisiens et aux touristes étrangers qui aiment trinquer en admirant le coucher de soleil sur le plus beau pont de Paris. Le si gracieux Pont des Arts. Qui, dès les beaux jours, se transforme en aire de pique-nique géante, où l’on festoie dans toutes les langues avec vue extasiée sur le panorama. Et quel panorama! En aval, le célèbre Pont Neuf et la perspective sublime de la Seine qui écarte ses bras comme pour embrasser l’île de la Cité. En amont, le fleuve qui câline le jardin des Tuileries. De part et d’autre, le Louvre, le plus grand musée du monde, et la coupole si harmonieuse de l’Institut de France, sous laquelle siégèrent tant d’«Immortels» de l’Académie. Dans trois soirs, c’est fini. On remballe. Les pique-niqueurs qui aiment arroser leur repas avec autre chose que de l’eau minérale sont priés de dégager fissa.
C’est le premier jour de mai, en effet, qu’entre normalement en vigueur un arrêté de la préfecture de police de Paris interdisant toute consommation d’alcool sur le Pont des Arts entre 16 heures et 7 heures du matin. Pour justifier cette mesure «bonnet de nuit» (pas la première à Paris: relire ici), la préfecture et la mairie (UMP) du sixième arrondissement invoquent des raisons de sécurité et d'ordre public. L’été, au milieu de la nuit, le Pont des Arts deviendrait «une zone de non-droit». Peuplée de «personnes ivres (qui) jettent des bouteilles, se battent ou se mettent à uriner». Voire sont tellement alcoolisées qu’elles en viennent à tomber dans la Seine. Aux petites heures, l’ambiance n’y serait même pas rarement «agressive» à l'égard des passants. Et, au petit jour, le plus beau pont de Paris déserté par les fêtards partis se coucher ressemblerait à «un vrai dépotoir».
Curieusement, on ne trouve nulle trace de cette interdiction, édictée il y a plusieurs mois, dans la communication récente de la préfecture. Pas sûr donc qu’elle ait été maintenue. Si elle entre en vigueur, en tout cas, elle va vraiment changer les habitudes. C’est ce qu’on se disait l’autre soir encore, enjambant le Pont des Arts pour rentrer à la maison, venant de Saint-Germain des Prés. En effet, il y avait là un monde fou, qui arrosait joyeusement le coucher de soleil.
Il y avait des jeunes qui, affalés avec des réserves de canettes de Kro à leurs côtés, refaisaient le monde. Il y avait des touristes asiatiques qui, chacun à leur tour, se faisaient photographier en couples d’amoureux en train de trinquer au champagne. Il y avait des familles qui avaient déplié la nappe blanche et pique-niquaient sagement: salades, saucisson, rillettes, camembert, le papa sirotant une bière, la maman une demi-bouteille de blanc. Il y avait même deux jolies petites vieilles en goguette, la soixantaine, aux anges de faire la fête comme des ados: en mangeant des chips à même le paquet et en buvant au goulot une bouteille de vin rouge qu’elles venaient manifestement d’acheter à l’épicerie du coin. Au total, à cette heure-là en tout cas, l’ambiance était vraiment délicieuse sur le Pont des Arts: légère, rieuse, détendue, conviviale, amoureuse. Tout le monde semblait sous le charme unique de ces lieux aussi beaux.
«Si, par hasard/ Sur l'Pont des Arts/ Tu croises le vent, le vent fripon/ Prudenc', prends garde à ton jupon/ Si, par hasard/ Sur l'Pont des Arts/ Tu croises le vent, le vent maraud/ Prudent, prends garde à ton chapeau», chantait autrefois Brassens. Au fond, que penserait-il de cette mesure d'interdiction prise par la préfecture?
11:33 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, police, sécurité, santé, jeunes, art de vivre
27.04.2009
Une «crise renforcée»
Décidément, les services de Météo France se trompent souvent, en ce moment. Ils avaient annoncé un week-end complètement pourri à Paris. Or, s’il y a fait un peu frais, il n’y a pas plu tant que cela. Le Parisien moyen s’en est réjoui. En revanche, des fonctionnaires ont dû faire grise mine: ceux qui, au ministère de l’Equipement et de l’Agriculture, veillent sur l’état des nappes phréatiques aux environs de la capitale – et qui commencent à sérieusement s’inquiéter.
Depuis la fin des années 40, paraît, on n’avait jamais vu cela en Seine et Marne, le grand département à l’Est de Paris, dont les nappes phréatiques alimentent en eau une bonne partie de la capitale. Certaines de ces nappes, comme à Champigny, sont en si mauvais état que la préfecture a dû les déclarer en état de «crise renforcée». Un arrêté préfectoral anti-sécheresse limite d’ores et déjà la consommation en eau dans cette région. Ainsi, le lavage des véhicules y est interdit, tout comme l’arrosage des pelouses et des espaces verts, l'alimentation des fontaines publiques en circuit ouvert, le remplissage des piscines privées et («sauf impératifs sanitaires») le lavage des voiries et des trottoirs. Des mesures d’interdiction similaires pourraient être bientôt prises en Essonne, le département de la banlieue Sud de Paris.
La situation paraît à ce point sérieuse que le préfet de Seine et Marne a invité les Parisiens eux-mêmes «à utiliser l’eau au plus juste des besoins, à éviter tout gaspillage et à réserver cette ressource rare aux usages prioritaires». La capitale française ne risque tout de même pas encore la pénurie. En attendant, très prosaïquement et au-delà de toute considération environnementale, elle a financièrement intérêt à ce que la sécheresse ne s’aggrave pas chez ses voisins de la proche banlieue. En effet, tant que la nappe de Champigny est mal en point et donc tant que le volume d’eau prélevé à destination des Parisiens continue à être réduit (de 35%), Paris, pour s’alimenter en eau, n’a d’autre ressource que de la puiser… dans la Seine. Or, les eaux de ce fleuve étant - malgré toutes les grandes promesses que fit naguère l'ex-maire Jacques Chirac - plus polluées que celles des nappes, leur traitement est beaucoup plus coûteux.
Donc, à tous points de vue et pour bien faire, il faudrait qu’il pleuve vite et beaucoup ces prochaines semaines sur Paris et sa région. Après déjà trois étés consécutifs complètement pourris dans la capitale, voilà une bien morose perspective.
10:57 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, environnement, economie
24.04.2009
Une bénédiction
Un peu de culture, et en l’occurrence un peu de patrimoine, pour bien terminer la semaine. Et deux bonnes nouvelles même, tombées récemment et concernant deux des plus gros chantiers de restauration architecturale menés depuis tant et tant d’années à Paris. Des chantiers si vieux d’ailleurs qu’on a beau fouiller dans notre mémoire de Parisien, on ne se souvient pas d’avoir vu un jour ces deux fleurons du patrimoine autrement que dans leurs habits de fantôme: hideusement recouverts d’échaufaudages et de bâches de protection, tels de sinistres revenants traînant leurs draps blancs.
La tour Saint-Jacques d’abord: un joyau de style gothique flamboyant qui, sur 62 mètres, s’élève au cœur de Paris, rue de Rivoli. Et, pour l'anecdote, un des points de départ du célèbre pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Depuis 2001, ce monument était dissimulé sous les échafaudages et son square attenant était envahi par les baraquements de chantier. Désormais, l’un et l’autre ont retrouvé leurs atours. L’édifice et ses 925 éléments sculptés ont été entièrement nettoyés et restaurés. Et le square a été revu et replanté selon ses plans d’origine.
Ensuite, rive gauche cette fois, sur la si belle place du même nom, l’église Saint-Sulpice: la plus vaste église de Paris après Notre-Dame. Ici, la défiguration par les échaufaudages remonte carrément à… 1999: dix longues années donc. Mais, depuis quelques jours, on compte un peu moins de bâches sur les hauteurs de Saint-Sulpice. En effet, plus de 70 mètres au-dessus du sol, une de ses deux tours est désormais décorée des répliques exactes de deux énormes statues d’évangélistes d’origine, pesant chacune 60 tonnes et représentatives de la statuaire de la fin du dix-septième siècle. Du coup, niveau après niveau, la restauration de cette église, qui depuis tant d’années avait l’air de tant traîner, donne dorénavant l’impression d’avancer.
L’avancement de ces deux chantiers de restauration colossaux n’est pas seulement une excellente nouvelle pour le patrimoine de la capitale. C’est aussi une bénédiction – c’est le cas de le dire, s’agissant d’édifices religieux – pour le promeneur parisien moyen.
Faites l’expérience à votre prochain passage dans les environs de la place du Châtelet, lorsque l’apoplexie vous menace à cause des gaz d’échappement: une pause sur un banc à l’ombre du magniolia du square Saint-Jacques est un ravissement. Puis, traversez la Seine et poussez la porte de Saint-Sulpice. Dans la première chapelle de droite après l’entrée, vous attendent deux grandes fresques peintes par Delacroix en personne. Héliodore chassé du temple et Jacob luttant avec l’ange. Elles sont si belles, si puissantes, si fougueusement romantiques que, dès que l’on pose les yeux sur elles, on oublie tout le reste.
PS : Tiens, un tuyau, parce que les touristes de passage ici ne le savent pas toujours: pour sortir ces peintures murales de la pénombre et donc mieux pouvoir les admirer, il suffit d’allumer la lumière de la chapelle, à l’aide de l’interrupteur situé sur le mur de droite en entrant.
10:35 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, patrimoine, culture, arts
23.04.2009
Un impact
Incroyable comme en France en ce moment, dès que l’on parle de bouffe dans les médias, revient fréquemment le sujet... des pizzas. En effet, il semble qu'à Paris comme en province, la crise a un impact direct sur la fréquentation des pizzerias – qui sont au nombre de 13.000 en France. Ces établissements ne désemplissent plus car ils sont très fréquentés par les consommateurs désireux, en ces temps d’incertitude économique, de réduire leur budget resto. Et qui, dès lors, se rabattent sur ces établissements italiens ou assimilés, souvent familiaux et meilleur marché que leurs confrères servant de la cuisine française.
Cet impact conjoncturel de la crise vient s’ajouter à une vieille tradition culinaire. Car, et les Français eux-mêmes l’ignorent généralement, l’Hexagone est le deuxième pays plus grand consommateur au monde de pizzas, avant même l’Italie et juste derrière les Etats-Unis. C’est bien simple: 80% des plats cuisinés livrés à domicile en France sont des pizzas.
D’année en année, d’ailleurs, ce secteur de la restauration semble de mieux en mieux se porter. Ainsi, ‘Pizza Hut’ table sur l’ouverture dès l’an prochain de 25 restaurants par an en France et a pour objectif d’y doubler son réseau d’ici à 2012. Récemment, son principal concurrent, ‘Domino’s Pizza’, après un exercice 2008 «exceptionnel», lors duquel son chiffre d’affaires a crû de 31% en France, a annoncé qu’il comptait cette année y ouvrir au moins trente nouveaux points de vente. Et encore ne s’agit-il là que des deux géants du secteur dans l’Hexagone. Parmi les pizzaïolos également actifs dans ce pays, figurent des noms comme ‘Speed Rabbit’ ou ‘La Boîte à Pizzas’. Ainsi que, bien sûr, 4500 vendeurs ambulants: ces ineffables camionnettes à pizzas qui, chaque été, constituent un des incontournables du paysage du Midi méditerranéen singulièrement.
A propos et pour info, puisqu’il est encore loin le temps de partir à la plage, si vous avez envie de vous faire une pizza prochainement à Paris, nos confrères du «Figaroscope», qui a une excellente (dans les deux sens du terme) chronique gastronomique, établissent chaque année un classement des meilleurs pizzerias de la capitale française. Ce palmarès est basé sur des critères comme la présentation de la pizza, la fraîcheur des ingrédients, le croustillant de la pâte ou le rapport qualité/prix. Les lauréats de la dernière édition sont ‘Le Bistrot Napolitain’ (pas loin des Champs) et ‘Pizza Chic’ (près de Saint-Sulpice). Et, dans notre cher quartier, ‘Amici Miei’, une fois de plus, est bien classé.
Du coup, cette pizzeria ne désemplit plus. Il est impossible, quel que soit le jour, d’y aller sans avoir au préalable réservé. Et, même quand on a réservé, il faut souvent poireauter. Ca c’est Paris.
10:44 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, gastronomie, art de vivre, economie
22.04.2009
Un test
A1. Cette autoroute, les touristes belges qui débarquent à Paris en voiture la connaissent bien. Et surtout son ultime tronçon avant d’arriver dans la Ville lumière par la porte de la Chapelle, qui est chroniquement embouteillé. Dès ce matin, cette partie de l’A1 fait l’objet d’un test de circulation. Son but est d’accroître le nombre de taxis à Paris. Mais les autres automobilistes risquent d'en baver.
Il s’agit en effet, le matin entre 7h et 10h sur le tronçon de 5 km de cette autoroute proche de l’entrée dans la capitale, de réserver une voie de circulation (celle de gauche) aux seuls taxis (et cars). L’objectif principal de cette voie dédiée est de faciliter l’accès de la capitale aux taxis transportant les voyageurs provenant de l’aéroport de Roissy. Ce n’est pas du luxe: seuls 23 kms séparent Charles de Gaulle de Paris, mais, vu le trafic sur l’A1 à cet endroit, l’entrée dans la capitale ne prend pas rarement jusqu'à une heure. La fluidification de cet axe de transit pour les taximen est censée inciter davantage ceux-ci à ne pas craindre les embouteillages et donc à redescendre à Paris après leurs courses à CDG. Selon les autorités, si ce dispositif marche, les Parisiens pourraient bénéficier chaque matin d’une offre supplémentaire «d’environ 500 à 600 taxis», ce qui n’est pas rien vu la pénurie de ce moyen de transport ici.
Reste que, évidemment, tous les véhicules chassés de cette voie de l’A1 désormais réservée aux taxis seront refoulés sur les autres voies. Qui, du coup, risquent d’être encore plus embouteillées que d’habitude. Ce matin, au premier jour de l’expérimentation, cela allait encore paraît-il, a-t-on entendu à la radio. Mais, pour la semaine prochaine, lorsque les vacanciers de Pâques seront rentrés, les spécialistes craignent le pire. D’autant que la préparation de ce test avait déjà été difficile. C’était en février et mars derniers. Une expérimentation de circulation similaire avait concerné cette fois le périphérique. Une de ses quatre voies y avait été neutralisée sur 500 mètres à la porte de la Chapelle, de façon à permettre aux véhicules arrivant de l’A1 de s’insérer plus facilement sur la rocade. Du coup, à l’heure de pointe jusqu’en milieu de matinée, un «effet entonnoir» avait engendré plusieurs kilomètres de bouchon sur le périph’ extérieur.
Dès lundi matin donc, des dizaines de milliers de banlieusards estimant souvent n'avoir d'autre choix que leur voiture pour aller bosser à Paris risquent de pester. Eux qui, dans la configuration actuelle de l’autoroute A1 déjà, se tapent si fréquemment le matin d’interminables moments d'attente dans leurs véhicules ralentis voire carrément stoppés par les bouchons.
10:56 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : paris, voitures, transports
21.04.2009
Un ancêtre
La France se met aux nouvelles technologies, écrivait-on ici hier. Pour évoquer un autre paradoxe, dans ce pays, les technologies les plus vieilles et les plus typiquement hexagonales n'en continuent pas moins leur petit bonhomme de chemin. C’est spectaculairement le cas d’un des symboles de la France techno des années 70 et 80, dont on annonce la mort depuis plus de dix ans mais qui, bon an mal an, même si son heure de gloire est désormais passée, existe toujours. On veut bien sûr parler du bon vieux Minitel (*), qui, a déjà bien un quart de siècle d’existence.
Au milieu des années 90, lorsque l’Hexagone à son tour succomba à la révolution mondiale d'internet, France Telecom revendiquait un parc de 9 millions de terminaux Minitel et de près de 25 millions d'utilisateurs de cette technologie. Plus de dix ans plus tard, le Minitel dégage encore un chiffre d’affaires annuel de plus de 100 millions d’euros. Et l’on dénombre encore plus d’1 million de terminaux en circulation. Les utilisateurs principaux des 3615 et autres 3614 sont les personnes âgées (séduites par sa simplicité d’utilisation), les PME (fans notamment de ces terminaux si robustes qu’ils peuvent sans crainte être laissés dans les ateliers, contrairement aux PC et Mac si fragiles), ou les bas revenus (absence d’abonnement payant, etc.). Et, globalement, tous les gens qui raffolent de ces terminaux familiers, sans chichi, qui ne tombent jamais en panne, ignorent les virus, les retards à l’allumage comme les problèmes de réseau, et assurent une confidentialité totale. Résultat des courses, selon la direction des Pages Jaunes, «en 2008, le 3611 a encore enregistré plus de 19 millions de connexions».
Et si, du coup, ce vénérable ancêtre qu’est le Minitel devenait «vintage» et donc si tendance?
(*) Minitel dont on parle, avouons-le platement, sans en avoir la moindre expertise ni d’ailleurs la moindre expérience, vu qu’on n’a... jamais eu l’occasion d’utiliser cette technologie. En effet, à notre arrivée à Paris, au début des années 2000, elle était déjà devenue très très confidentielle. Finalement, le seul souvenir que l’on en garde sont des spots publicitaires qu’en Belgique, alors qu’on était gamin, on entendait sur les radios commerciales françaises du type RTL, écoutées sur les longues ondes. Ces spots qu’on trouvait (un peu) troublants, vantant les services de messageries roses genre 3615 ULLA – Madame Ulla: un grand nom des années 70 et 80 devenu depuis, paraît-il, mythique.
11:23 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : communication, economie, médias, informatique
20.04.2009
Un contraste
Notre bonne vieille France, si fière d’incarner la «vieille Europe», va-t-elle un jour ressembler à «Matrix»? Non pas que l’on y croise en rue des héros de cinéma high-tech aussi mémorables que Neo-Keanu Reeves ou Trinity-Carrie Anne Moss. Mais, ces derniers temps, les nouvelles technologies y font spectaculairement irruption dans la vie quotidienne.
A Paris, dans le réseau du métro, il y avait déjà les panneaux publicitaires du troisième type, très contestés par les associations anti-pub. Ils sont si perfectionnés que leurs capteurs sont en mesure de comptabiliser le nombre de passages, devant eux, d’usagers du métro et donc de consommateurs potentiels. Ils peuvent aussi enregistrer les zones précises du visuel de l’annonce qui ont été regardées par les passants. Autre innovation techno, à Nice cette fois. Désormais, les passagers de l’aéroport de cette ville et à destination de Paris-Orly peuvent accomplir toutes les formalités d’enregistrement à l’aide de leur téléphone portable. Une petite puce collée à l’arrière de l’appareil ou insérée dans celui-ci permet à ces voyageurs, après avoir passé leur téléphone devant une bornée dédiée, d’accéder à la salle puis à la porte d’embarquement. Dans le même registre, à Metz cette fois et bientôt à Issy-les-Moulineaux (ville techno-branchée de la banlieue parisienne) pour se garer, les automobilistes n’auront bientôt qu’à décrocher leur portable: pour régler leur dû lorsqu’ils stationneront à des emplacements payants, il leur suffira de composer un numéro de téléphone affiché près de l’horodateur.
La France en pince donc, en ce moment, pour les technologies nouvelles. C’est l’occasion ou jamais de rappeler un fameux contraste: selon le dernier décompte d’une délégation interministérielle dite «à l’aménagement et à la compétitivité des territoires», décompte datant d’avril 2008, l’Hexagone comprend encore sur son territoire 364 communes... totalement privées de téléphonie mobile.
Ce sont les fameuses «zones blanches»: sorte de no man’s land technologique que l’on essaie de résorber depuis 2003 – dont coût global 600 millions d’euros, partagé par les opérateurs de téléphonie mobile, l’Etat et les collectivités locales. Les habitants de ces localités devront attendre 2011 avant d’avoir accès au réseau mobile. Et encore à cette date ne bénéficieront-ils que de la technologie 2G (voix et SMS, si on a bien compris). Pour l’envoi d’images et pour l’internet mobile, il leur faudra patienter quelques années supplémentaires.
Pour le coup, ici, on serait peut-être moins dans «Matrix» que dans ce bon vieux La Fontaine, genre «Le rat des villes et le rat des champs».
11:11 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : communication, economie, médias, cinéma, littérature
17.04.2009
Une sauvagerie
C’est décidément un grand classique en France: à chaque période pré-électorale, les autorités et les médias redécouvrent comme par magie le thème de l’insécurité. Quitte à évoquer le sujet, il faut citer un chiffre qui est tombé à Paris cette semaine et y a fait grand bruit. Il est la conséquence des méfaits non de casseurs, braqueurs, jeunes encagoulés ou autres sauvageons, mais des agissements d’inciviques le plus souvent très ordinaires, menant une vie sociale parfaitement rangée. Ce chiffre, c’est 29. Selon les dernières données de la préfecture de police de Paris, c’est le nombre de piétons qui, en 2008, ont été tués par l’insécurité routière dans la capitale française. Une insécurité qui, ici l’an dernier, a fait près de 40% de victimes de plus que l’année précédente.
29 piétons tués dans des accidents de la circulation en 2008 à Paris, donc. C’est 70% de plus qu’en 2007. Et 1964 piétons blessés. Le refus par les automobilistes de la priorité sur les passages protégés est la première cause de décès des piétons à Paris. Dans la moitié des cas, ces piétons tués étaient des personnes âgées.
L’autre jour encore, on a été témoin de cela dans le quartier. Arrivé au boulevard Voltaire, une des grandes artères de notre onzième arrondissement, on est soudain tombé sur un énorme attroupement. Les regards de dizaines de badauds convergaient vers un forme inerte allongée au sol. Un petit vieux venait de se faire mortellement faucher par un chauffard. Comme s’il s’était agi d’une performance sportive, les badauds commentait «le vol plané» spectaculaire qu’il avait fait lorsque la voiture l’avait heurté.
Les passages piétons posent vraiment deux problèmes à Paris. On en est d’autant plus frappé lorsque, de retour d’une escapade à Bruxelles, on foule à nouveau le bitume parisien et on arrive à un carrefour. Là, en effet, sautent aux yeux deux grandes différences de comportement entre les automobilistes bruxellois et leurs confrères parisiens. Différences qui, d’ailleurs, a-t-on pu constater à diverses reprises, sautent généralement aux yeux de nos visiteurs belges de passage ici.
D’une part, quand le passage est protégé par des feux de signalisation, d’innombrables automobilistes parisiens ont encore le réflexe d’accélérer lorsqu’ils s’aperçoivent que le feu passe à l’orange. D’autre part, quand les piétons en sont réduits à essayer de traverser sans l’aide de feux de signalisation – on le vit quasi quotidiennement place de la République ou boulevard Beaumarchais –, il ne semble pas y avoir à Paris cet usage existant en Belgique, selon lequel l’automobiliste cède automatiquement – ou le plus souvent, en tout cas – le passage aux piétons.
«Les comportements civiques se dégradent», a fustigé cette semaine la mairie, en commentant ces chiffres de l'insécurité routière. Et la préfecture a annoncé pour 2009 une intensification de la verbalisation des automobilistes forçant les passages protégés. Vu la sauvagerie régnant souvent dans les rues de Paris, ce ne serait pas du luxe, en effet.
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