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06/05/2009

Une pugnacité

Décidément, ils ne passent pas, ces nouveaux panneaux publicitaires animés, dits «NumériFlash», que la RATP veut généraliser dans le réseau du métro parisien. Ils sont si contestés par les associations anti-pub que c’est la justice désormais qui est saisie du dossier.

 

On a déjà parlé dans ce blog (ici, par exemple) de ces panneaux sonores et à cristaux liquides. Ils sont équipées de capteurs qui détectent les formes des visages des voyageurs orientés vers les messages publicitaires. Qui comptabilisent le nombre de gens (et donc de consommateurs) passant devant eux. Ainsi que le temps d’exposition de chacun à l’annonce publicitaire. Fin du fin, leur fonction Bluetooth, lorsqu’elle est activée, permet l’envoi de messages publicitaires sur le téléphone portable des passants – uniquement des passants consentants, promet la RATP. 

 

Pour les militants anti-pub, c’en est trop. A la base, ils jugent que l’usager moyen de métro parisien est déjà submergé par un matraquage publicitaire incessant et infernal. En plus, dans le cas d’espèce, ils soupçonnent cette nouvelle technologie de «relever de la vidéosurveillance et du recueil de données biométriques» sans autorisation et à des fins mercantiles. Et trouvent qu’au moment même où, ce mercredi, débutent vraiment les travaux de la grande table ronde lancée par le gouvernement sur les dangers éventuels des ondes (antennes-relais, etc.), il est assez léger de présumer d’emblée de l’innocuité de ces radiofréquences et donc de transformer les couloirs et quais du métro de Paris en gigantesque autoroute à Bluetooth.

 

Cinq associations anti-pub avaient dès lors saisi en référé le Tribunal de grande instance de Paris, lui demandant d’ordonner que ces panneaux publicitaires «high tech» soient soumis à une expertise professionnelle et indépendante. Pour mieux savoir de quoi ils sont faits, comment ils fonctionnent, et quels sont les risques qu’ils font éventuellement courir à la santé et au respect de la vie privée des quelque 10 millions d’usagers quotidiens des transports publics parisiens. La RATP, sa régie publicitaire et les concepteurs du «NumériFlash» ne semblaient pas opposés à cette expertise. Normal: ils ont tout intérêt à désamorcer au plus vite cette controverse: tant qu’elle dure, tant que ces mystérieux «panneaux publicitaires espions» (dixit les activistes) alimentent la suspicion, leur généralisation dans le métro est assez délicate. Dernièrement, cependant, le tribunal a jugé que, pour des questions de forme, les associations plaignantes étaient «irrecevables à agir». Leur requête n’a donc même pas été examinée sur le fond.

 

Les associations jugent «regrettable que des intérêts privés d’ordre purement financier soient ainsi privilégiés, au détriment du droit des citoyens à aller et venir sans servir de cobayes publicitaires dans les transports en commun». Du coup, et elles viennent de le confirmer cette semaine, plus pugnaces que jamais, elles ont décidé de ne pas en rester là et de faire appel de ce jugement. A Paris, on n’a donc pas fini d’entendre parler de ce dossier.

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