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18/05/2009

Une évacuation

augustin legrand.jpgCela n’a pas tardé. Comme on pouvait s’y attendre. Le campement de tentes installé vendredi soir par «Les Enfants de don Quichotte» sur le quai des Tuileries, pour dénoncer le mal-logement, n’y a été toléré que quelques heures à peine. Il avait été monté en fin d’après-midi par les militants. Il a été évacué manu militari par les forces de l’ordre en milieu de soirée. Dans un climat de grande agitation mais sans heurts, l’escadron de gendarmes mobiles chargé de l’opération a confisqué la centaine de tentes de camping de l’association puis a prié leurs occupants d’aller voir ailleurs. Vers minuit, les derniers activistes quittaient le quai des Tuileries. Les berges de la Seine, bien nettoyées de ces hôtes indésirables, offraient à nouveau leur visage apaisé, net et propre aux innombrables touristes qui s’y promènent ou les contemplent depuis leur croisière en bateau-mouche.

Entonnant une partition réglée au millimètre, Augustin Legrand et ses «Enfants» ont dénoncé l’immobilisme gouvernemental en matière de politique de logement pour les plus pauvres. Le ministère a répliqué que son objectif n’était pas de mettre des gens sous les tentes, mais de leur offrir des solutions d’hébergement durables.

Le syndicat des journalistes a protesté contre l’attitude des forces de l’ordre, qui, avant l’évacuation des SDF, ont dégagé sans ménagement les reporters présents sur les quais. Selon le syndicat, «depuis le début de l'année, on ne compte plus les différents incidents qui ont vu des policiers s'interposer entre des événements et les journalistes chargés d'en rendre compte». Le ministère de l’Intérieur a donc été prié de «donner des directives claires aux fonctionnaires de police afin qu'ils respectent le droit des journalistes à informer les citoyens».

Journalistes évacués ou pas, pendant quelques heures, les «Don Quichotte» ont réussi leur coup médiatique. Allant jusqu’à utiliser Twitter pour informer, minute après minute,  leurs sympathisants de l’évolution de l’action en cours. Quelques heures plus tard, toutefois, les choses rentraient médiatiquement dans l’ordre. Dès samedi midi et pour le reste du week-end, les SDF étaient renvoyés à leur invisibilité: la montée des marches à Cannes monopolisait à nouveau toute l’actualité.

Passer comme cela, aussi facilement et sans crier gare, des sacs de couchage poisseux aux rivières de diamants; il y a des jours où la versatilité des médias a décidément quelque chose de désarmant.

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