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28/05/2009

Un recours

Début avril, on avait parlé dans ce blog (ici) de l’accès gratuit dont bénéficient désormais les jeunes aux collections permanentes des musées nationaux de France. A l’époque, on avait maugréé contre la limite de ce dispositif. En effet, cette gratuité bénéficie aux seuls jeunes français et ressortissants de l’Union européenne. On s’était demandé en vertu de quoi les jeunes de passage en France et en provenance des continents africain, asiatique ou américain étaient d’office supposés, par le ministère de la Culture, soit ne pas s’intéresser à la culture, soit avoir assez d’argent pour être en mesure de payer leur entrée au musée. Mais cette exclusion ne semblant déranger personne, on n’était plus revenu sur le sujet depuis. Hier, toutefois, près de deux mois plus tard donc, le dossier a rebondi.

 

L’association SOS Racisme, en effet, a annoncé avoir introduit un recours au Conseil d’Etat contre cette mesure de préférence communautaire, qu’il juge discriminatoire et donc pénalement répréhensible. Plainte va également être déposée contre tous les musées qui, comme le Louvre, appliquent les consignes du ministère de la Culture. Selon l’association anti-raciste, cette préférence communautaire européenne «n'existe en France dans aucun autre domaine». Et cette grande première n’est ni plus ni moins que «la traduction d'une idéologie d'extrême droite dans la politique gouvernementale». Pour mémoire, le Front national et ses dissidences successives ont toujours plaidé pour le régime de la «préférence nationale». Selon SOS Racisme, qui y a mené une action hier, le Louvre se serait engagé à ne plus pratiquer cette discrimination – mais le musée n’a pas communiqué sur le sujet.

 

La ministre de la Culture, elle, Christine Albanel, a pris la parole pour s’étonner de ce recours devant le Conseil d’Etat. Et pour répéter qu’elle ne souhaitait pas étendre cette mesure de gratuité à tous les jeunes de passage en France. Tous au plus envisage-t-elle d’en faire bénéficier les jeunes étrangers non-communautaires résidant à titre permanent dans l’Hexagone. Dans ce cas de figure, un jeune touriste non–Européen en vacances à Paris ne pourrait toujours pas aller admirer gratuitement les merveilles du Louvre. Sans parler, évidemment, du jeune étranger qui réside en permanence dans la capitale mais est dépourvu de papiers en règle: titre de séjour, carte d’étudiant, etc.

 

Dès lors, s’il faut appeler un chat un chat, ce sera toujours bel et bien un accès discriminatoire à la culture qui sera de mise pour les jeunes en France. Le concept lepéniste de la «préférence nationale» ayant jadis été condamné devant les tribunaux, on se réjouit de voir ce que la justice va penser de cela.

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