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29/05/2009

Une cohabitation

pistecyclable.jpgOn parlait mardi de Vélib’ et de l’incroyable succès qu’il connaît à Paris, depuis bientôt deux ans. L’extraordinaire engouement des Parisiens pour le vélo ne va pas, parfois, sans poser quelques problèmes de cohabitation sur la voie publique. C’est encore ce que l’on vient de constater, hier soir et avant-hier soir.

 

Hier, sortant de la station de métro ‘Porte dorée’, près du Bois de Vincennes, on a  vu une femme avec un bébé dans une poussette copieusement se faire insulter par un cycliste. Parce que, voulant passer du trottoir au passage piétons pour traverser la rue, elle s’était imprudemment et sans s’en rendre compte aventurée sur la piste cyclable, qui à cet endroit mange une partie du trottoir. Le cycliste avait dû piler en catastrophe pour l’éviter, elle et son enfant. Idem la veille au soir boulevard de Magenta cette fois, non loin de la place de la République. Là, le piéton était une ado, iPod sur les oreilles. A un moment, elle s’est légèrement écartée, rognant sur la piste cyclable ici aussi intégrée au trottoir. Deux cylistes arrivaient dans son dos, roulant à tombeau ouvert. Absorbée par sa musique, l’ado n’a pas entendu leurs coups de sonnette rageurs. Pour l’éviter,  les cyclistes ont dû dévier brutalement sur la chaussée, l’un d’eux manquant de se prendre un taxi. D’où, là aussi, jurons, insultes, etc.

 

Ce n’est pas la première fois, loin s’en faut, qu’on assiste à ce genre d’incidents à Paris. Avec le temps, d’ailleurs, on a appris à se méfier comme de la peste de ces trottoirs qui sont en même temps des pistes cyclables. Au demeurant, c’est probablement parce que la dangerosité de ce type d’aménagements est avérée que, tous les cinq mètres, ils arborent de grands marquages au sol disant «ATTENTION PIETONS». Mais manifestement, ce n’est pas suffisant. Ou, en tout cas, ces trottoirs partagés sont encore trop nouveaux dans la capitale pour que les Parisiens, cyclistes comme piétons, s’y soient habitués.

 

Il n’y a d’ailleurs pas qu’à Paris que le problème se pose. Et ces pistes cyclables pourraient bien, un jour, fortement embarrasser l’équipe du maire, Bertrand Delanoë.

 

pistecyclable2.jpgEn effet, à Marseille récemment, le tribunal administratif a interdit la circulation sur un tronçon de la piste cyclable de l’avenue du Prado: une bande aménagée sur le trottoir exactement comme au boulevard de Magenta. Jugeant la cohabitation entre cyclistes et piétons trop dangereuse pour ces derniers, et notamment pour les personnes âgées ou les mamans avec des poussettes, un particulier avait saisi le tribunal administratif. Qui lui a donné raison. Désormais, ladite piste cyclable peut uniquement être empruntée par «les enfants de moins de 8 ans à conservant une allure au pas et n'occasionnant pas de gêne aux piétons». Une signalisation ad hoc oblige dorénavant tous les autres cyclistes à se rabattre sur la chaussée car, sur le trottoir, l’on présume qu’ils rouleraient trop vite et donc mettraient en danger les autres usagers.

 

On imagine déjà le tumulte à Paris si une telle décision de justice venait à faire jurisprudence et si, à la suite de plaintes de piétons parisiens, elle devait être appliquée porte Dorée ou boulevard de Magenta. La mairie n’aurait n’autre choix que de refaire tous ces aménagements qui ont déjà coûté tant d’argent, de travaux et de désagréments. Théoriquement, il y aurait bien une alternative: forcer les cyclistes et vélibeurs à rouler au pas sur ces espaces partagés. Mais on peut d’ores et déjà oublier cela. On a pu le constater tant de fois, à l’heure de la sortie des bureaux par exemple: à Paris, les cyclistes sont d’abord et avant tout… des Parisiens. Donc, le plus souvent, ils roulent très vite. Tout Parisien digne de ce nom se devant évidemment d’être (ou de donner l’impression d’être) pressé. Ca c’est Paris. 

 

28/05/2009

Un recours

Début avril, on avait parlé dans ce blog (ici) de l’accès gratuit dont bénéficient désormais les jeunes aux collections permanentes des musées nationaux de France. A l’époque, on avait maugréé contre la limite de ce dispositif. En effet, cette gratuité bénéficie aux seuls jeunes français et ressortissants de l’Union européenne. On s’était demandé en vertu de quoi les jeunes de passage en France et en provenance des continents africain, asiatique ou américain étaient d’office supposés, par le ministère de la Culture, soit ne pas s’intéresser à la culture, soit avoir assez d’argent pour être en mesure de payer leur entrée au musée. Mais cette exclusion ne semblant déranger personne, on n’était plus revenu sur le sujet depuis. Hier, toutefois, près de deux mois plus tard donc, le dossier a rebondi.

 

L’association SOS Racisme, en effet, a annoncé avoir introduit un recours au Conseil d’Etat contre cette mesure de préférence communautaire, qu’il juge discriminatoire et donc pénalement répréhensible. Plainte va également être déposée contre tous les musées qui, comme le Louvre, appliquent les consignes du ministère de la Culture. Selon l’association anti-raciste, cette préférence communautaire européenne «n'existe en France dans aucun autre domaine». Et cette grande première n’est ni plus ni moins que «la traduction d'une idéologie d'extrême droite dans la politique gouvernementale». Pour mémoire, le Front national et ses dissidences successives ont toujours plaidé pour le régime de la «préférence nationale». Selon SOS Racisme, qui y a mené une action hier, le Louvre se serait engagé à ne plus pratiquer cette discrimination – mais le musée n’a pas communiqué sur le sujet.

 

La ministre de la Culture, elle, Christine Albanel, a pris la parole pour s’étonner de ce recours devant le Conseil d’Etat. Et pour répéter qu’elle ne souhaitait pas étendre cette mesure de gratuité à tous les jeunes de passage en France. Tous au plus envisage-t-elle d’en faire bénéficier les jeunes étrangers non-communautaires résidant à titre permanent dans l’Hexagone. Dans ce cas de figure, un jeune touriste non–Européen en vacances à Paris ne pourrait toujours pas aller admirer gratuitement les merveilles du Louvre. Sans parler, évidemment, du jeune étranger qui réside en permanence dans la capitale mais est dépourvu de papiers en règle: titre de séjour, carte d’étudiant, etc.

 

Dès lors, s’il faut appeler un chat un chat, ce sera toujours bel et bien un accès discriminatoire à la culture qui sera de mise pour les jeunes en France. Le concept lepéniste de la «préférence nationale» ayant jadis été condamné devant les tribunaux, on se réjouit de voir ce que la justice va penser de cela.

27/05/2009

Une sous-représentation (bis)

panneauxelectorauxparis.jpgDepuis lundi matin, ouverture de la campagne officielle oblige, les trottoirs de Paris (et du reste de la France) sont hérissés de panneaux électoraux. Et, petit à petit, ces panneaux se garnissent des portraits des candidats aux élections européennes du 7 juin prochain. Sans que cet affichage intéresse visiblement grand monde. On est loin des portraits de Nicolas Sarkozy, de Ségolène Royal ou d’Olivier Besancenot qui, aux élections présidentielles de 2007, n’étaient pas rarement lacérés par les partisans de leurs adversaires. Et encore plus loin des bagarres entre colleurs qu’on avait vues en France lors du référendum européen si passionné de 2005.

 

Comme à chaque campagne électorale, en voyant ces panneaux, on n’a pas pu s’empêcher de faire la même constatation. On va donc à nouveau y consacrer une note quitte, comme chaque fois, à se prendre des commentaires agacés de lecteurs pour qui le simple fait de souligner ce constat revient à prôner l’instauration de quotas. Donc, c’est frappant dès le premier coup d’œil jeté sur ces panneaux électoraux: en matière de représentation (politique, cette fois) de ces «minorités visibles» dont on parlait dans ce blog lundi, la situation en France ne semble pas avoir évolué d’un iota. Dans notre quartier, c’est bien simple, à l’une ou l’autre exception (alibi?) près – comme le socialiste Harlem Désir (*) ou bien sûr l’UMP Rachida Dati  –,  la majorité des visages affichés sont blancs.

 

La France occupe toujours la «position de lanterne rouge des pays développés pour la représentation des minorités visibles en politique», vient d’ailleurs de déplorer le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), après avoir épluché les listes déposées dans l’Hexagone pour ce scrutin européen. Les Noirs de France considèrent qu’au point où on en est, «seules des mesures fortes sont de nature à lever les conservatismes en matière de diversité dans le champ politique». Entre autres dispositions, ils réclament «le conditionnement des remboursements des dépenses électorales aux partis politiques à des exigences minimales en matière de diversité».

 

Sûr que, si une telle mesure était prise, elle gênerait pas mal de partis.

 

 

 

(*) Harlem Désir qui, il y a quelques mois, était vendu par certains communicants du Parti socialiste comme étant «le Barack Obama français». Depuis, cependant, il semble que le PS la ramène un peu moins avec cette comparaison – il est vrai d’une prétention sans nom.

26/05/2009

Une façon de voir

Voilà vraiment de la communication dans toute sa splendeur. Hier, la mairie de Paris et le groupe Decaux, qui opèrent le service Vélib’ dans la capitale, ont poussé de mémorables cocoricos. Non seulement ce désormais fameux dispositif de location de vélos en libre service fait un carton: plus de 50 millions de locations depuis son inauguration, il y aura deux ans en juillet. Mais, en plus, Vélib «fait l’unanimité». Pour preuve, un sondage TNS Sofres réalisé (en ligne: hum, bonjour la fiabilité)  fin mars auprès de 853 usagers (hum, échantillon un peu court), sondage selon lequel 94% des utilisateurs de Vélib sont satisfaits de ce service. Cocorico, donc.

 

Il y a juste un petit problème. La majorité (54%) des sondés déplore le mauvais état général, et avéré, du parc de vélos. Mais les fiers communicants de Vélib’ passent rapidement sur cette réserve, pourtant essentielle, en la réduisant à «une ombre au tableau».

 

Deux ans après, donc, les Parisiens et les touristes adorent Vélib’, ils y ont recours très souvent, ils trouvent que ces vélos sont majoritairement pourris (*), mais bon, … tout va bien.

 

C’est vraiment une façon de voir les choses. Finalement, c’est un peu comme si le fabricant d’un nouveau produit alimentaire lancé sur le marché s’extasiait des résultats d’une enquête dans laquelle les consommateurs déclareraient cet aliment pratique, pas cher, joliment emballé mais… pas trop appétissant. Comme si les utilisateurs d’une voiture se réjouissaient qu’elle soit bien dessinée, plutôt économe en carburant et munie d’un grand coffre à bagages, jusqu’à en oublier… qu’elle ne roule pas trop bien. Comme si les spectateurs interrogés à la sortie d’une salle de cinéma se satisfaisaient que le pop-corn ait été bon et que les fauteuils aient été confortables, même si le film qu’ils viennent de se taper était... une vraie daube.

 

C’est donc, pour le coup, un modèle de novlangue magnifiquement lénifiante.

 

 

 

(*) Pourris, au point que, dès le lancement du dispositif, les "vélibeurs" ont inventé un code pour s’alerter mutuellement lorsque des vélos sont dans un état tellement défectueux qu’ils en deviennent potentiellement dangereux. Dans ce cas, l'usage veut que l'on signale ces vélos aux utilisateurs suivants en retournant leurs selles vers l’arrière.

25/05/2009

Une sous-représentation

pubblackbastille.jpgPlace de la Bastille en ce moment, une campagne publicitaire pour une grande marque de sportswear met en scène des sportifs, parmi lesquels des personnes issues des «minorités visibles», comme on dit. A ce propos, ces minorités restent très peu représentées dans la pub en France. Une enquête des professionnels du secteur vient encore de le confirmer. Six mois de publicités diffusées entre juillet et décembre 2008 ont été analysées. Il s’agissait aussi bien d’annonces dans la presse que de spots télé ou de campagnes d’affichage. Conclusion? Quantitativement, les minorités visibles ne sont apparues que dans … 7% de cet espace publicitaire global, contre 3% en 2005.

 

Pour appréhender cette présence qualitativement cette fois, il faut mesurer le degré dit d’«indifférenciation» des pubs. A savoir, lorsque ces «personnages ‘non-blancs’ (y) assument des rôles sans signification identitaire particulière, rôles qui auraient donc pu être confiés à des personnages ‘blancs’». Cette indifférenciation a pu être constatée dans 29 % des publicités analysées, «ce qui représente un progrès de quasiment 10 points depuis 2005». Et l’étude de se féliciter: «Cette évolution permet d’atténuer progressivement les images qui sont souvent associées aux personnages ‘non-blancs’ dans la publicité, images souvent liées à la représentation de rôles sociaux limités, voire typés (publicités pour les secteurs du sport et de la musique par exemple) ou à la construction d’un imaginaire géographique autour du produit ou service présenté». En d’autres termes, cette évolution traduit une «banalisation» de l’apparition des minorités visibles dans la pub en France, et spécifiquement la levée progressive «d’un obstacle souvent invoqué, à savoir qu’il ne serait pas toujours possible d’insérer des personnages ‘non-blancs’ dans un casting car ceux-ci seraient porteurs d’une signification risquant de parasiter le sens global du message».

 

Cela dit, plusieurs aspects ternissent encore un peu plus ce bilan déjà très pâle. Ainsi, toutes les minorités visibles ne sont pas logées à la même enseigne publicitaire: les 3/4 des personnages ‘non-blancs’ représentés dans les campagnes sont noirs, «loin devant les personnages de type asiatique ou de type arabe-maghrébin». Surtout, on déplore un «taux encore faible de rôles sociaux valorisants (cadres supérieurs ou dirigeants, professions intellectuelles ou libérales supérieures, étudiants du supérieur) attribués dans la publicité aux personnages ‘non-blancs’(6%)». Cela montre donc bien «les limites de l’intégration des personnages ‘non-blancs’ dans la publicité française». Pour en revenir à notre exemple de départ, quand verrons-nous à Bastille des panneaux publicitaires montrant non plus seulement des joueurs de foot ou des champions d’athlé blacks ou beurs, mais des ingénieurs, des banquiers, des médecins voire des énarques appartenant à ces communautés?

 

pubblackbastille2.jpgQuand donc la pub en France reflètera-t-elle la composition de la population et celle du marché des consommateurs? Les professionnels semblent confiants: «Plusieurs accélérateurs sont enclenchés, qui devraient conjuguer leurs effets pour favoriser une amélioration de la publicité sur ces questions dans les années à venir et, notamment, un ‘effet d’époque’, dans une société elle-même en mouvement accéléré sur le terrain de la diversité». En attendant, se réjouissent les enquêteurs, «il n’a été relevé aucun stéréotype dénigrant, discrimination ou dévalorisation» à l’encontre des minorités visibles dans les milliers de pubs analysées.

 

C’est vraiment se consoler à bon compte. En 2009, cette absence de dénigrement constitue tout de même le minimum minimorum – n’est-ce pas l’inverse qui aurait été un comble?

22/05/2009

Une «expérience»

La scène s’est déroulée il y a peu, au pied du Sacré-Cœur. Et sans doute les passants ainsi que les touristes étrangers, toujours si nombreux à Montmartre, n’en sont-ils toujours pas revenus. Au même moment, une soixantaine de jeunes âgés de 20 à 30 ans, qui s’étaient discrètement rassemblés à cet endroit, ont commencé à s’y livrer à des facéties d’enfants. A jouer ensemble à «Un-deux-trois soleil!» A se lancer dans une ronde endiablée. A saluer les passants comme s’ils étaient de bons amis. A se figer comme s’ils étaient frigorifiés, etc. C’était la première «expérience MP3» tenue à Paris.

 

MP3? Car, avant de se rendre à Montmartre, tous ces jeunes avaient téléchargé un fichier de ce type sur internet. Ensuite, à l’heure précise du «happening urbain», ils ont appuyé sur la touche ‘play’ de leur iPod ou de leur téléphone portable. Casque sur les oreilles, ils ont alors scrupuleusement et simultément suivi les instructions du maître de cérémonies. En l’occurrence, un «laboratoire de happenings urbains» baptisé «Improvisons!». Qui, à Paris, avait déjà conçu «Pielib», une parodie pédestre assez farce de «Vélib».

Ces animateurs de scénographies ludiques en plein air conçoivent le happening comme «une intervention artistique, une performance, un événement ou une situation qui peut être considéré comme un art». Carrément régressives, ces chorégraphies collectives se veulent «un moment d’émotion positive». Leur but premier est «de voir des sourires sur les visages des participants et du public»: «Nous jouons, comme de grands enfants, à surprendre positivement les gens».

Une prochaine «expérience MP3» est d’ores et déjà prévue. Elle est programmée pour le dimanche 21 juin, jour à la fois du début de l’été et de la Fête de la Musique. Le lieu de Paris où se déroulera cette expérience est encore tenu secret, mais son scénario est déjà connu. Il s’agira d’un «évènement bête, inutile et décalé», dont il sera fait «un happening festif et coloré». En clair? «Une chenille géante!» Vu le buzz suscité par la première de Montmartre, combien seront-ils, cette fois, à tenter l'expérience?

20/05/2009

Un vacarme

périphérique.jpgCe matin, dans le fin fond du réveil-radio, la voix sublime d’une «fipette»  – comme on appelle les animatrices de FIP, la station de radio FM réputée notamment pour la voix classieuse et apaisante de ses animatrices. Avec donc une douceur et une compassion infinies, ladite voix énumérait… les innombrables embouteillages qui, au même moment, étaient en train de pourrir la vie de milliers d’automobilistes dans Paris et sa région. Et, ce matin à nouveau, dans la liste des bouchons sur le périphérique, les portes de Bagnolet et de la Chapelle avaient l'air de décrocher le pompon..

 

En effet, depuis le test circulation dont on parlé il y a peu dans ce blog (ici), cela bouchonne plus que jamais sur le périph’ extérieur, entre ces deux portes. Selon les services parisiens de la voirie, la neutralisation le matin d’une des quatre voies de circulation de ce boulevard (pour pouvoir mieux accueillir les véhicules prioritaires de la «voie royale» expérimentée sur l’autoroute A1) a des conséquences néfastes sur le périph’. Le temps de parcours entre les portes de Bagnolet et de la Chapelle est passé de 20 à 30 minutes, et la vitesse moyenne de circulation y a chuté de 21 à 14km/h. La ville de Paris presse donc la préfecture de police de ne pas prolonger trop longtemps ce test.

 

Car ces embarras de circulation n’empoisonnement pas seulement la vie des automobilistes. Ils accroissent aussi les nuisances sonores subies par les quelques 100.000 habitants vivant le long de la rocade parisienne. Or, en temps normal déjà, cet axe circulaire de 35 kms – une des voies routières les plus fréquentées d’Europe: 1,2 million de véhicules l’empruntent chaque jour – est particulièrement bruyant. Les sirènes de véhicules de secours ou les coups de klaxon de poids lourds qui y retentissent à longueur de journées et de soirées (voire de nuits) imposent aux riverains un vacarme pouvant atteindre 90 décibels, soit un niveau sonore supérieur au seuil de danger de risque.

 

Depuis peu, d’ailleurs, une grande campagne de mesure du bruit est en cours sur le périph’. Huit stations fixes ainsi qu’une voiture laboratoire enregistrent les décibels produits par la circulation aux abords des habitations. L’objectif de cette étude est de dresser des cartes dynamiques (et non plus statiques) du bruit, de manière à savoir quel voisinage de ce boulevard reçoit quelle quantité de bruit, à quelle heure, et en fonction de quelle condition de circulation. Ces cartes guideront le choix des lieux d’installation des futurs murs anti-bruits.

 

silence.jpgEn ce moment, au demeurant, les protections phoniques de ce type semblent être à la mode en région parisienne. Ainsi, dernièrement, a débuté le programme d’installation de murs anti-bruits sur les autoroutes A4 et A86, à hauteur de villes comme Créteil ou Maisons-Alfort, dont les riverains souffrent particulièrement des nuisances sonores dues au trafic automobile. Ces travaux d’isolation s’étaleront jusqu’à la fin 2011.

 

Les riverains les plus mal lotis de ces environs ont donc encore deux longues années de vacarme à se coltiner. Sûr que, aux heures de pointe le matin, les mots doux des «fipettes » ne suffisent pas à les apaiser, eux.

 

 

PS: Au passage, pour celles et ceux que la ville et son univers sonore fascinent, une suggestion de lecture: «Tokyo Décibels» de l’écrivain japonais (vivant à Paris) Hitonari Tsuji, paru aux éditions Naïve.

19/05/2009

Un «excès»

Audrey Tautou dont le dernier film est interdit de publicité dans le métro parisien car, sur l’affiche, on la voyait en Coco Chanel tenant une cigarette à la main. Jacques Tati déambulant sur son petit vélosolex mais, avec à la bouche, sa célèbre pipe retouchée en petit moulin à vent pour enfant. Même si vous n’habitez pas Paris et/ou que vous n’y prenez jamais le métro, vous avez dû entendre parler de ces deux controverses publicitaires qui, récemment, agitèrent tant la capitale. Dernier élément en date venant nourrir le débat: l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité vient de prendre enfin position (ici) sur ce dossier. Et c’est pour condamner l’«excès» qu’a constitué, selon elle, l’application aussi restrictive, à ces deux campagnes d'affichage, de la loi Evin interdisant la pub pour le tabac.

 

En effet, pour le «gendarme» de la pub en France, tout comme d’ailleurs pour le Conseil de l’éthique publicitaire, dans certains cas, il y a lieu de tolérer la présence de cigarettes, de pipes ou de cigares sur les affiches publicitaires. Lorsque, par exemple, les campagnes émanent d’«annonceurs qui n’ont aucun lien avec l’industrie ou la distribution du tabac». Lorsque ces pubs ont «une finalité culturelle ou artistique». Ou lorsque les produits liés au tabac qui y apparaissent sont «inséparables de l’image et de la personnalité» représentée dans la pub, comme c’est le cas pour Jacques Tati ou Coco Chanel..

 

Pour les professionnels de la pub, une «interprétation plus souple de la loi» Evin est conforme à la fois à l’esprit de cette réglementation et «au légitime combat des autorités sanitaires contre le tabagisme et ses méfaits». Ils espèrent donc que les tribunaux et les pouvoirs publics se rangeront à cet avis. C’est plus que probable. «Ah non! Moi, je ne suis pas pour enlever la pipe à Jacques Tati!», avait déclaré, estomaquée, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot lorsqu'elle avait appris la censure anti-tabac de la régie publicitaire de la RATP. Qui, elle, assurait pourtant (ici) n’avoir que classiquement respecté la loi. «Lutter pour la santé publique, ce n'est pas tomber dans le ridicule», avait maugréé l’ancien ministre Claude Evin lui-même, qui a donné son nom à la réglementation anti-tabac.

 

Va donc pour la bouffarde de Georges Brassens ou de José Bové (et du Pr Mortimer, du duo Blake & Mortimer?). Va donc aussi pour la clope d’André Malraux, de Jean-Paul Sartre ou de Serge Gainsbourg (et de Lucky Luke?).

18/05/2009

Une évacuation

augustin legrand.jpgCela n’a pas tardé. Comme on pouvait s’y attendre. Le campement de tentes installé vendredi soir par «Les Enfants de don Quichotte» sur le quai des Tuileries, pour dénoncer le mal-logement, n’y a été toléré que quelques heures à peine. Il avait été monté en fin d’après-midi par les militants. Il a été évacué manu militari par les forces de l’ordre en milieu de soirée. Dans un climat de grande agitation mais sans heurts, l’escadron de gendarmes mobiles chargé de l’opération a confisqué la centaine de tentes de camping de l’association puis a prié leurs occupants d’aller voir ailleurs. Vers minuit, les derniers activistes quittaient le quai des Tuileries. Les berges de la Seine, bien nettoyées de ces hôtes indésirables, offraient à nouveau leur visage apaisé, net et propre aux innombrables touristes qui s’y promènent ou les contemplent depuis leur croisière en bateau-mouche.

Entonnant une partition réglée au millimètre, Augustin Legrand et ses «Enfants» ont dénoncé l’immobilisme gouvernemental en matière de politique de logement pour les plus pauvres. Le ministère a répliqué que son objectif n’était pas de mettre des gens sous les tentes, mais de leur offrir des solutions d’hébergement durables.

Le syndicat des journalistes a protesté contre l’attitude des forces de l’ordre, qui, avant l’évacuation des SDF, ont dégagé sans ménagement les reporters présents sur les quais. Selon le syndicat, «depuis le début de l'année, on ne compte plus les différents incidents qui ont vu des policiers s'interposer entre des événements et les journalistes chargés d'en rendre compte». Le ministère de l’Intérieur a donc été prié de «donner des directives claires aux fonctionnaires de police afin qu'ils respectent le droit des journalistes à informer les citoyens».

Journalistes évacués ou pas, pendant quelques heures, les «Don Quichotte» ont réussi leur coup médiatique. Allant jusqu’à utiliser Twitter pour informer, minute après minute,  leurs sympathisants de l’évolution de l’action en cours. Quelques heures plus tard, toutefois, les choses rentraient médiatiquement dans l’ordre. Dès samedi midi et pour le reste du week-end, les SDF étaient renvoyés à leur invisibilité: la montée des marches à Cannes monopolisait à nouveau toute l’actualité.

Passer comme cela, aussi facilement et sans crier gare, des sacs de couchage poisseux aux rivières de diamants; il y a des jours où la versatilité des médias a décidément quelque chose de désarmant.

15/05/2009

Une «pagaille»

Les Français et les touristes étrangers qui, ce soir, pour partir en week-end, comptent prendre des trains grande ligne en France ont tout intérêt à prendre leurs précautions. Et, en l’occurrence, s’ils ne veulent pas risquer de tomber d’inanition avant leur arrivée à destination, ont intérêt à se munir d’un casse-croûte. En effet, depuis le début de la semaine, les voitures-bar de la plupart des TGV (hormis les TGV Est), trains Corail ou autres Téoz sont fermées. Ou, en tout cas, voient leur fonctionnement grandement perturbé.

 

La dernière fois qu’on avait évoqué dans ce blog les voitures-bar des chemins de fer français – lieux décidément éternels de dépaysement: nous en tout cas, on a toujours adoré ces endroits – , c’était à la fin de l’année dernière (ici). Lorsque la SNCF avait attribué le contrat 2009-2012 de restauration à bord de ses trains à la société italienne Cremonini. Exit donc l’opérateur historique des voitures-bar: la Compagnie des Wagons-Lits. A l’époque, cela avait l’air d’être plutôt une bonne nouvelle pour le consommateur. En effet, les tarifs des consommations étaient annoncés en baisse  moyenne de 20 à 30%. 2€ la petite bouteille d’eau au lieu de 2€50, 3€40 le solda contre 3€60: cela restait des tarifs exagérément élevés, mais c’était tout de même bon à prendre.

 

Mais depuis, finalement, si l’on en croit en tout cas leur personnel, la situation n’a cessé de se dégrader dans ces voitures-bar. Raison pour laquelle la majorité de leurs 1300 salariés ont décidé de se croiser les bras. «On n’a pas les produits qu’il faut pour faire correctement notre travail!», se plaignait l’autre jour, à la télé, un de ces employés. «Les trains sont désormais chargés pour neuf ou dix voyages. Cela entraîne régulièrement des ruptures de stock à bord». Ce jeune homme se souvenait particulièrement d’un jour d’été torride où, assurant le service sur un TGV Méditerranée, son bar était tombé à court de bouteilles d’eau après seulement… une heure de voyage. Du coup, il avait dû se taper pendant des heures les récriminations voire la colère des voyageurs. «C’est la pagaille! C’est vraiment du grand n’importe quoi!», nous confirmait hier soir un copain qui travaille dans ces voitures-bar. Lui se plaignait de la gamme à ses yeux très insatisfaisante de produits proposés aux clients, ce qui entraîne énormément d’invendus. «Cela m’arrive quasiment chaque fois, à la fin de ma journée de travail: je suis obligé de jeter à la poubelle des tas de plats qui n'ont pas été consommés mais qui ne seront plus bons le lendemain».

 

Oui mais, au final, le pouvoir d'achat? «En moyenne, les consos sont moins chères, c’est vrai. Au passage, pour nous, vendeurs, c'est très mauvais». En effet, une partie de leur salaire (déjà pas mirobolant) varie selon le chiffre d'affaires réalisé. Si on vend moins cher, il y a moins dans la caisse à la fin du voyage, et donc la commission sur la fiche de paie à la fin du mois est moins élevée. Et pour les voyageurs? «En fait, seuls s’y retrouvent financièrement ceux qui débarquent rapidement en voiture-bar après le départ du train. Si tu tardes trop, comme les stocks sont mal gérés, tu tombes très vite sur des produits qui ne sont plus disponibles. Et donc tu n’as pas le choix: tu dois te rabattre sur ce qui reste, qui est souvent plus cher». Au final, dès lors, il n’est pas sûr que, malgré la baisse des tarifs dans les voitures-bar, le client consommateur soit toujours gagnant. Bravo.

14/05/2009

Une «exigence fondamentale»

videosurveillance.jpgDans notre onzième arrondissement en ce moment, sur les murs, les façades, les panneaux d’affichage, les potelets ou dans le métro, on peut voir des yeux menaçants, qui semblent épier le passant. Ces stickers en forme de regards inquisiteurs doivent faire partie de la campagne lancée par le «Collectif démocratie et libertés». Ce regroupement d’associations milite «pour un Paris sans caméras de surveillance». Et s’oppose au projet d’installallation de plus de 1000 caméras supplémentaires sur la voie publique dans la capitale. Selon lui, «avec la multiplication des caméras, nous assistons à la mise en place d’un contrôle généralisé des individus, sans avoir aucune garantie sur l’utilisation des images enregistrées». Ce qui ferait peser «de réelles menaces» sur «les libertés des personnes».

 

Mais, visiblement, on ne se bouscule pas au portillon pour signer la pétition lancée par ce collectif. Ce matin, elle n'avait recueilli que... 370 signatures, sur les quelque 2 millions d’habitants que comptent les vingt arrondissements. Le peu de succès remporté par cette initiative, cela dit, n’est pas trop surprenant: plus de sept Français sur dix (71%) approuvent la présence de caméras de vidéosurveillance dans les lieux publics.

 

On retrouve ce chiffre dans un sondage qu’a rappelé hier la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Cet organe officiel est chargé de «veiller à ce que l’informatique soit au service du citoyen et qu’elle ne porte atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques». Mercredi, à l’occasion de la présentation de son rapport annuel, la CNIL a insisté sur la nécessité de mieux encadrer légalement les systèmes de vidéosurveillance en France. A ses yeux, en effet, «le contrôle des surveillants constitue, dans les sociétés démocratiques modernes, une exigence fondamentale, nécessaire pour asseoir la légitimité du développement de ces systèmes, offrant les meilleures garanties de prise en compte des droits et libertés des personnes».

 

Concrètement, la CNIL plaide par exemple pour que les sites vidéosurveillés, à Paris comme ailleurs, soient mieux notifiés au grand public. Comment? Grâce à leur «signalisation effective sur la voie publique». Grâce à la «la mise en ligne de cartes indiquant les zones de la voie publique placées sous vidéosurveillance». Via aussi «la présentation chaque année d’un rapport d’activité de l’ensemble des systèmes de vidéosurveillance au conseil municipal ou au conseil communautaire». Ou par le biais de «la mention de la durée de conservation des images sur les panneaux signalant un système de vidéosurveillance».

 

cammetro.jpgDans ce cas de figure, on serait évidemment très loin des panneaux que l’on voit habituellement aujourd’hui dans les sites vidéosurveillés à Paris: ces avis qui se contentent généralement d’invitations anodines, dans le genre: «Souriez, vous êtes filmés» Si le gouvernement suivait la CNIL, ces avis rappelleraient aussi que chaque citoyen de ce pays dispose du «droit, souvent mal connu, d’accéder aux enregistrements visuels le concernant». Cette idée n'est pas neuve. Les autorités, toutefois, ne l'ont jamais mise en oeuvre. Craindraient-elles donc d'être submergées de demandes de gens voulant vérifier les images qui ont été prises d’eux et l’usage qui en est fait?

13/05/2009

Un campement

Hier soir, dans notre métro, un SDF faisait la quête. Comme toujours, il faut bien le dire, dans une indifférence assez générale: elles sont si fréquentes, les sollicitations de ce genre dans les transports publics parisiens. La fin de l’hiver ne signifie pas que les SDF n’ont plus de problèmes, expliquait notre homme à la cantonade. En effet, à Paris comme ailleurs, un grand nombre des centres d’hébergement qui avaient été ouverts en urgence pour la période des grands froids ont à présent fermé leurs portes. «On nous a jetés à la rue!», s’insurgeait le SDF. «Comme des chiens!», ajoutait-il. Puis, il s’en alla.

 

Dans la capitale et sa banlieue, le nombre de SDF a été multiplié par trois en douze ans: on y compterait dorénavant 16.500 SDF au moins. Ce chiffre a été cité au Conseil régional, il y a deux jours. Tandis que, dans deux jours, vendredi donc, les «Enfants de Don Quichotte» vont réinstaller un «campement citoyen» à Paris. Durant l’hiver 2006-2007 déjà, la plus remuante des associations de lutte contre le mal-logement avait installé un tel campement de tentes, mémorable, le long du canal Saint-Martin. Le campement de cette année est annoncé «pour une durée indéterminée», à supposer que les forces de l’ordre ne le délogent pas rapidement. Son emplacement précis est encore tenu secret; l’on sait juste qu’il se déploiera «au coeur de Paris». Sont attendues «des centaines de campeurs solidaires»: des citoyens qui, pour manifester leur solidarité avec les SDF, passeront symboliquement une nuit, ou un moment, dehors avec eux. L’objectif est d’interpeller une énième fois les pouvoirs publics. Pour les «Don Quichotte», en effet, «force est de constater que ces années passées à attendre l’application des engagements pris suite au mouvement de mobilisation national qu'avait suscité notre action n’ont pas servi à grand-chose».

 

Du côté du gouvernement, cependant, par la voix de la ministre du Logement Christine Boutin, on assure (ici) que «près de 100.000 places pour les sans-abri sont désormais disponibles en France, avec une augmentation de 28% des places pérennes depuis 2004». En outre, «d’ici un mois», promet-on, de nouvelles propositions viendront renforcer la prévention des situations conduisant les gens à la rue et améliorer l’accompagnement individualisé des SDF.

 

La ministre Boutin éprouverait-elle la satisfaction du devoir accompli? Toujours est-il que, vendredi, elle ne participera pas à la journée de «mobilisation nationale» associative et citoyenne contre le mal-logement. Elle ne sera même pas à Paris ce jour-là. Si l’on en croit son agenda officiel, elle sera… à Prague. Où elle participera… à un «colloque européen». Intitulé... «Chrétiens: de l’audace pour la politique!»

12/05/2009

Un raid

produitskasher.jpgDans les rayons des supermarchés de notre onzième arrondissement, on trouve des tas de produits ostensiblement labellisés kasher. C’est d’ailleurs le cas aussi dans les quartiers de Paris moins proches du Marais. Tout comme, dans la capitale française, des snacks de kebab servent de la viande exclusivement hallal. Et comme, en banlieue parisienne, des fast-food proposent uniquement des burgers certifiés par les autorités religieuses musulmanes. En région parisienne donc, cette diversité alimentaire est entrée dans les mœurs. Mais elle ne plaît visiblement pas à tout le monde.

 

Ainsi ce week-end, un hypermarché ‘Carrefour’ du Val d’Oise (banlieue parisienne) a été la cible d’un raid de militants d’associations et de partis pro-palestiniens, anti-capitalistes et écologistes, certains arborant un tee-shirt où était indiqué «Palestine vivra». Aux cris de «Boycott Israël!» et «Carrefour complice!», la soixantaine d’activistes participant à cette opération coup de poing ont vidé les rayons du supermarché de tous les produits en provenance d’Israël. Et exigé que ces produits n’y soient désormais plus mis en vente.

 

On est resté assez pantois en apprenant cela. On peut évidemment avoir été horrifié par les victimes civiles et la boucherie de la guerre de Gaza. On peut être catastrophé par le résultat des dernières élections législatives israéliennes. Et choqué par le fait que le chef de la diplomatie de ce pays, récemment reçu avec embarras à l’Elysée, est un leader de l’extrême droite habitué aux discours populistes et haineux. Mais en quoi retirer des tomates cerises ou des pomelos israéliens des rayons des ‘Franprix’ ou ‘Shopi’ de Paris va-t-il arranger cela? En quoi compliquer (un peu) l’achat, dans les magasins de proximité, de bougies pour Hanouka par la communauté juive du Marais et d’autres quartiers parisiens apaisera-t-il les souffrances des enfants de Gaza? En quoi ce boycott fera-t-il progresser le processus de paix israélo-palestinien? A moins qu’il s’agisse surtout de stigmatiser des consommateurs qui, en France, n’y peuvent rien? A moins qu’il s’agisse de jeter l’opprobre sur une communauté juive supposée être, de par le monde, d’office solidaire et complice des horreurs commises au Proche-Orient?

 

franprix.jpgCes activistes de supermarché justifient le boycott des produits israéliens en rappelant le précédent historique de l’embargo ayant jadis frappé l’Afrique du Sud de l’apartheid et ayant abouti à la chute de ce régime (qu'ils comparent à Israël). Mais il est aussi dans l'Histoire des sanctions commerciales qui ont spectaculairement échoué: l’embargo frappant Cuba depuis plus de 50 ans, singulièrement. Cela devrait donc inciter à la prudence dans le maniement de cette arme. A fortiori que, dans le cas d’Israël, une dimension communautaire vient clairement s’ajouter à la dimension politique. Dimension qui n'est pas anodine dans un pays comme la France, cycliquement en proie à des flambées d’antisémitisme.

 

Pour finir, les partisans français du boycott des produits israéliens invoquent également «la suspension et le gel des relations commerciales entre l’Union européenne et Israël», votée par le Parlement européen en 2002. Une disposition qui, dénoncent-ils, n’a été appliquée par «aucun pays». Rappeler ainsi, en pleine campagne électorale, que des décisions de Strasbourg restent toujours lettre morte sept ans après leur adoption, ce n’est pas forcément le meilleur argument pour inciter les Français à aller voter aux élections européennes du 7 juin.

 

 

 

PS : Remarquez la différence de traitement, médiatique notamment. Il y a quelques années, le gérant d’un ‘Franprix’ situé en banlieue parisienne avait fait scandale en annonçant qu’il allait vider ses rayons de tous les produits qui n’étaient pas hallal. A l’époque, la classe politique et les médias avaient tempêté contre cette initiative communautariste et excluante. Et l’intéressé avait dû reculer. Cette fois, ce sont tous les produits kasher qui ont été retirés des rayons d’un ‘Carrefour’. L’un dans l’autre, c’est donc assez voisin comme démarche. Mais, ici, à peine quelques mots dans l’un ou l’autre média et pas le moindre commentaire de leader politique.

11/05/2009

Une dégringolade

Les étrangers de passage ici ne s'en rendent pas toujours compte: le tourisme, c’est capital pour Paris. Grâce aux 27 millions de visiteurs accueillis chaque année par cette ville, ce secteur économique procure aux Parisiens 140.000 emplois directs et autant d’emplois induits. A l’échelle de l’ensemble de la région parisienne – première destination touristique au monde, avec 44 millions de visiteurs – , le tourisme génère 700.000 emplois directs et indirects. C’est énorme. Si on évoque ce sujet aujourd’hui, c’est parce que, quand la crise survient, perdure et/ou s’aggrave, le tourisme est traditionnellement un des premiers secteurs à trinquer. Logique: pour un particulier, un ménage ou une famille qui a du mal à nouer les deux bouts, il est évidemment moins difficile de rogner sur le budget vacances que sur ceux du logement, des déplacements ou de l’alimentation. Or précisément, en ce moment à Paris, c’est avec consternation que, mois après mois, les responsables du tourisme sont en train de constater la dégringolade des chiffres du tourisme.

 

Début avril déjà, les prévisions du Comité régional ad hoc avaient été catastrophiques. En termes de fréquentation hôtelière, par exemple, Paris s’attendait à son «plus mauvais mois de mars depuis cinq ans». Tout récemment, l’Institut national de statistiques (Insee) vient de confirmer cette dégringolade. Qui concerne l’ensemble du pays et a commencé dès la fin de l’an dernier. Ainsi, le nombre de visiteurs étrangers en France a chuté de 6% en janvier et de 20% en février. La fréquentation hôtelière des visiteurs européens est en baisse pour le quatrième mois consécutif. Cette chute concerne les touristes de toutes nationalités: aussi bien les Britanniques (-24,3%) que les Espagnols (-27,5%), les Allemands (-18,5%), les Belges (-15,7%) ou les Italiens (-14,6%). Mêmes le nombre de touristes russes ou chinois diminue.

 

Là où Paris a encore un peu de chance, c’est dans le fait que la clientèle étrangère privilégie généralement les hôtels haut de gamme. Si l’on en croit les chiffres de l’Insee, «les hôtels 3 et 4 étoiles recueillent 53% des nuitées étrangères, alors que les hôtels 0 et 1 étoile n'en comptabilisent que 20%». Les touristes venant du Proche et du Moyen-Orient ainsi que d’Amérique latine choisissent même carrément les établissements très haut de gamme (4 étoiles et 4 étoiles luxe). C’est tout bénéfice pour Paris, dont le nombre de palaces (*), d’année en année, croît lentement mais sûrement.

 

En revanche, à l’Hôtel de ville en ce moment, on doit se mordre les doigts de l’exiguïté de la capitale et du manque d’espaces verts disponibles. En effet, cela interdit à la ville de profiter d’un des rares types d’hébergement touristique qui résiste bien face à la crise, voire progresse grâce à elle. On veut parler… du camping, qui a représenté 99 millions de nuitées en France en 2008, en hausse de 1,2% par rapport à 2007 (avec notamment des nuitées belges qui, ici, sont en progression). Or, Paris ne compte qu’un seul et unique camping sur son territoire (ici), dans le fin fond du bois de Boulogne. Preuve d’ailleurs du manque d’infrastructures touristiques bon marché dans la capitale française: ce camping ne désemplit pas à longueur d’années, comme c’est aussi le cas pour la plupart des auberges de jeunesse, foyers et autres résidences étudiantes de Paris.

 

 

(*) Palaces parisiens qui, cela dit, crise mondiale ou pas, n’ont visiblement pas revu à la baisse leurs tarifs. Aux dernières nouvelles, la chambre la moins chère était toujours à 395 € la nuit au Meurice, 550 € au Crillon, voire carrément 730 € au George V. Des prix qui, décidément, susciteront toujours notre effarement. 

07/05/2009

Une grève de la faim

tamoulsgreve.jpg29 jours. Le panneau trônant au centre de la place de la République, actualisé chaque jour, l’annonçait en grand, hier soir. Cela fait 29 jours que, sur cette place au coeur de Paris après s’être déroulée au Trocadéro, a lieu une grève de la faim. Ils sont quatre à l’observer: quatre jeunes âgés de 23 à 26 ans. Ils sont allongés sur un matelas installé sous une grande tente, à quelques mètres de la circulation automobile. Et refusent de s’alimenter, alors qu’à deux pas, le populaire marchand de gaufres et de confiseries installé sur la place continue à goinfrer à longueur de journées les gourmands et les enfants. Les quatre jeunes, eux, n’avalent plus rien. Ils se sont engagés à ne plus s’alimenter jusqu’à l’obtention d’un cessez-le-feu et l’envoi d’une force d’interposition internationale dans leur île natale de Sri Lanka, en proie depuis des décennies à une guerre civile meurtrière.

 

A 'Répu' nuit et jour désormais, les slogans retentissent. «Sri Lanka, stop the war!», «Battez pas nos enfants!» ou «Président Sarkozy, peuple français: aidez nous!» De grandes photos de dirigeants européens (Sarkozy, Merkel, Berlusconi, Barroso, etc.) ont été apposées un peu partout, sous lesquelles est dénoncé un «génocide» tamoul. Sur un des flancs de la place, une longue liste a été affichée. Noms, prénoms, âges, adresses, professions: ce sont  les identités de certaines des innombrables victimes civiles de ce conflit. Des drapeaux félins à l’effigie des Tigres tamouls flottent dans le vent. Les portraits du leader de ce mouvement sont omniprésents. Ici, évidemment, il n’est pas trop bienvenu de rappeler les accusations traditionnellement proférées contre les combattants tamouls par leurs opposants: le fait qu’ils se serviraient de populations civiles comme de boucliers humains, que leur armée enrôlerait de force des enfants-soldats, etc. En revanche, place de la République, les jeunes manifestants sont intarissables sur les «armes chimiques tuant des milliers de civils» qui seraient employées contre leurs frères, sur l’emploi de «bombes au phoshore», etc.

 

Quelque 50.000 personnes composent la communauté tamoule installée en région parisienne. La plupart sont ou descendent des réfugiés politiques arrivés dans l’Hexagone dans les années 80 et 90. A Paris, c’est une communauté qui a toujours été assez discrète, loin de la «Little India» si voyante avec ses innombrables commerces et restaurants des alentours de la gare du Nord ou de Strasbourg-St Denis. Mais face aux horreurs qui se déroulent dans leur pays, les tamouls de Paris, les jeunes particulièrement, sentent la colère monter. L’autre soir, un sit-in qu’ils avaient organisé place de la Chapelle a dégénéré en heurts avec les CRS ayant entraîné près de 200 interpellations.

 

tamoulspancartes.jpgL’occupation de la place de la République par les tamouls tout comme la grève de la faim qui s’y déroule font assez peu parler d’elles. «Personne ne s’intéresse au sort de notre peuple», se plaignait hier soir une manifestante devant une banderole où l’on lisait: «Nous les tamouls, nous ne sommes pas des terroristes. Nous voulons notre patrie». Du coup, vu ce désintérêt assez général, l’idée fait son chemin de passer à un autre mode d’action. Ainsi, les tamouls, qui à Paris sont nombreux à travailler dans les cuisines des restaurants, pourraient y observer une grève du zèle. «30 minutes pour faire un plat, au lieu de 3. Et là, croyez-moi, on va vite parler de nous!», espèrent-ils.

 

Perturber un pilier de l’activité économique et touristique. Plutôt que risquer sa vie en jeûnant, plutôt que perdre la voix à scander à tue-tête des slogans, plutôt que dépenser son énergie en essayant de sensibiliser des passants qui, pour la plupart place de la République désormais, a-t-on constaté hier, passent leur chemin sans même s’arrêter. Qui sait, en effet, serait-ce plus visible et efficace comme mouvement. Dans une ville comme Paris, qui compte tant et tant de restaurants, où la foule à longueur de journées et de soirées ne cesse de s’agglutiner.

06/05/2009

Une pugnacité

Décidément, ils ne passent pas, ces nouveaux panneaux publicitaires animés, dits «NumériFlash», que la RATP veut généraliser dans le réseau du métro parisien. Ils sont si contestés par les associations anti-pub que c’est la justice désormais qui est saisie du dossier.

 

On a déjà parlé dans ce blog (ici, par exemple) de ces panneaux sonores et à cristaux liquides. Ils sont équipées de capteurs qui détectent les formes des visages des voyageurs orientés vers les messages publicitaires. Qui comptabilisent le nombre de gens (et donc de consommateurs) passant devant eux. Ainsi que le temps d’exposition de chacun à l’annonce publicitaire. Fin du fin, leur fonction Bluetooth, lorsqu’elle est activée, permet l’envoi de messages publicitaires sur le téléphone portable des passants – uniquement des passants consentants, promet la RATP. 

 

Pour les militants anti-pub, c’en est trop. A la base, ils jugent que l’usager moyen de métro parisien est déjà submergé par un matraquage publicitaire incessant et infernal. En plus, dans le cas d’espèce, ils soupçonnent cette nouvelle technologie de «relever de la vidéosurveillance et du recueil de données biométriques» sans autorisation et à des fins mercantiles. Et trouvent qu’au moment même où, ce mercredi, débutent vraiment les travaux de la grande table ronde lancée par le gouvernement sur les dangers éventuels des ondes (antennes-relais, etc.), il est assez léger de présumer d’emblée de l’innocuité de ces radiofréquences et donc de transformer les couloirs et quais du métro de Paris en gigantesque autoroute à Bluetooth.

 

Cinq associations anti-pub avaient dès lors saisi en référé le Tribunal de grande instance de Paris, lui demandant d’ordonner que ces panneaux publicitaires «high tech» soient soumis à une expertise professionnelle et indépendante. Pour mieux savoir de quoi ils sont faits, comment ils fonctionnent, et quels sont les risques qu’ils font éventuellement courir à la santé et au respect de la vie privée des quelque 10 millions d’usagers quotidiens des transports publics parisiens. La RATP, sa régie publicitaire et les concepteurs du «NumériFlash» ne semblaient pas opposés à cette expertise. Normal: ils ont tout intérêt à désamorcer au plus vite cette controverse: tant qu’elle dure, tant que ces mystérieux «panneaux publicitaires espions» (dixit les activistes) alimentent la suspicion, leur généralisation dans le métro est assez délicate. Dernièrement, cependant, le tribunal a jugé que, pour des questions de forme, les associations plaignantes étaient «irrecevables à agir». Leur requête n’a donc même pas été examinée sur le fond.

 

Les associations jugent «regrettable que des intérêts privés d’ordre purement financier soient ainsi privilégiés, au détriment du droit des citoyens à aller et venir sans servir de cobayes publicitaires dans les transports en commun». Du coup, et elles viennent de le confirmer cette semaine, plus pugnaces que jamais, elles ont décidé de ne pas en rester là et de faire appel de ce jugement. A Paris, on n’a donc pas fini d’entendre parler de ce dossier.

05/05/2009

Un concept

mercilesfleurs.jpgCette boutique a ouvert ses portes il y a quelques semaines déjà, boulevard Beaumarchais, la grande artère du quartier. Mais on n’avait pas encore eu l’occasion d’y aller. Ce week-end, ayant besoin et envie d’un beau bouquet de fleurs, on s’y est enfin rendu. Au monde qu’on y a croisé, on a pu constater que ce magasin ouvert si récemment au cœur de «Boboland» était déjà devenu un temple de la branchitude bobo.

 

Il a été baptisé «Merci». C’est ce que, dans les pays anglosaxons, l’on appelle un «charity shop». Le concept est simple: appâter le client sensible en lui promettant qu’une partie du montant de ses achats sera reversée à des œuvres caritatives. Lui assurer donc qu’en faisant du shopping ici, il joindra l’utile à l’agréable. Fera une bonne action tout en se faisant plaisir. En l’occurrence, ce «Merci» s’est engagé à venir en aide à une fondation oeuvrant pour le bien-être des enfants déshérités de Madagascar. Les profits réalisés, après déduction des charges et des salaires du personnel, leur sont envoyés. Les créateurs dont les produits sont vendus ici, comme les fournisseurs, peuvent abandonner leurs marges au profit de l’organisation caritative.

 

Voilà pour le concept/le marketing. En ce qui concerne le lieu, il est assez réussi. Derrière une petite devanture occupée par un fleuriste, s’ouvre une gigantesque surface de trois étages, aussi efficacement qu’élégamment agencée avec ses grandes baies vitrées, ses coursives, ses alcôves et ses mezzanines se distribuant autour d’une cour calme et ensoleillée. C’est bien simple: l’endroit est si vaste et on y trouve tant d’articles que, si on n’avait que cela à faire, on pourrait y passer des heures.

 

mercilafacade.jpgIl y a là des fleurs donc: choix réduit mais bien pensé et conseil avisé. Des objets de déco: bougies, bibelots, vases, etc. Des fringues hype: des marques comme Barbara Bui, Isabel Marant, Stella Mc Cartney ou Paul et Joe. Du petit mobilier. Des parfums. De la vaisselle. Une cantine qui sert des petits plats déliquats et semblant très appétissants. Et une librairie-café où l’on peut prendre un verre en bouquinant des livres neufs ou d’occasion. En évidence parmi les quelque 10.000 ouvrages disponibles, figure évidemment «Merci», le livre de de Daniel Pennac: l’écrivain qui, avec sa célèbre saga des Benjamin Malaussène, a rendu le quartier voisin, Belleville, si recherché par les branchés aisés.

 

Alors évidemment, même si en cherchant bien on peut trouver quelques articles à des prix sacrifiés, tout cela n’est pas précisément bon marché. Mais la fourchette moyenne des prix n’est pas franchement plus élevée que celle des boutiques du Marais. Alors évidemment, on trouve dans ce magasin des tas de choses complètement futiles et donc largement inutiles. Mais c’est le cas aussi dans la plupart des boutiques à la mode à Paris. Alors évidemment,  «Merci» – le lieu, l’ambiance qu’il dégage, et la faune qui le fréquente – hérissera au plus haut point les bobophobes. Mais cela aussi c’est Paris, et de plus en plus même au fil des années: une capitale bobo.

 

mercilacour.jpgCe jour-là, en tout cas, au vu de la longueur de la queue s’étirant devant les caisses de «Merci», le concept avait l’air de cartonner. En ces temps de crise internationale et de misère mondiale croissante, les «shopping addicts» cherchent-ils à se déculpabiliser? En se disant par exemple que, quitte à claquer leur fric quelque part, autant le faire dans ce genre de magasin afin qu’au moins, il profite un peu à ceux qui en ont moins?

04/05/2009

Une collision

La justice française se prononce aujourd’hui sur le maintien en détention, dans un centre de rétention, d’un enfant de sans-papiers âgé de…4 mois. Tiens, parlant des immigrés clandestins, parfois, décidément, la loi entre violemment en collision avec la vie privée et avec l’intimité. C’est ce qu’on se disait l’autre jour encore, en entendant un témoignage à la radio.

 

Il s’agissait d’une Française qui avait été séparée de son compagnon quelques semaines à peine avant leur mariage. Cet homme, de nationalité marocaine, était devenu immigré clandestin en France depuis le jour où, dans ce pays où il était arrivé avec un visa de touriste, il avait rencontré cette femme, en était tombé amoureux , et avait décidé d’y vivre avec elle malgré l’arrivée à expiration de son visa. Ils ont été dénoncés. Les policiers ont débarqué. Pour prouver la réalité de leur union amoureuse, elle a dû répondre aux questions les plus indiscrètes: le type de sous-vêtement que portait son ami, la fréquence de leurs rapports sexuels, etc. Ses réponses n’ont pas convaincu. Du coup, il a été arrêté. Et expulsé. Depuis, elle est inconsolable et en colère.

 

Le cas de cette jeune femme est défendu par «Les amoureux au ban public». Cette association se bat pour les couples mixtes dont la vie amoureuse entre en collision frontale avec les lois sur l’immigration. Et considère qu’en France «aujourd’hui, la liberté d’aimer la personne de son choix est en péril»: menacée par les nombreux obstacles et tracasseries légaux ou administratifs que subissent les conjoint(e)s étranger(ère)s sans-papiers de Français(es).

 

Collision de l’actualité: au moment même où «Les Amoureux» présentaient leur dernière campage aux médias, le ministre de l’Immigration, lui, annonçait… un renforcement de la répression des mariages de complaisance, contractés aux seules fins d’obtenir la nationalité ou un titre de séjour pour le conjoint clandestin. «Les Amoureux» mettent en avant des cas concrets de vies de couples mixtes brisées par l’administration? Le ministre Eric Besson, lui, rappelle que «80% des annulations de mariage prononcées en France concernent des mariages mixtes». S’émeut «des témoignages de femmes dans une grande détresse juridique et morale, ayant été abusées par des hommes dont le seul but était d’obtenir un titre de séjour». Et assure que, contrairement à ce qu’affirment les associations, cette France si soucieuse de son «identité nationale» ne cherche nullement à bannir par la bande les mariages mixtes: «La délivrance de titres de séjour à des conjoints de Français représente chaque année 70% des titres de séjours délivrés à des étrangers».

 

Le dialogue de sourds, donc. La collision des arguments. Reste une évidence que même un ministre, qui probablement reste un être humain, doit bien percevoir. Quand on aime quelqu’un, quand on vit avec cette personne, qu’on veut l’épouser, fonder une famille avec elle, etc., il est sans doute impossible de renoncer à tout cela par souci de rester dans le droit. A supposer même que la tête veuille à tout prix respecter la loi, elle doit peser de façon insignifiante face au cœur, au ventre, aux désirs, aux émois: face aux tripes, quoi. Probablement ne trouve-t-on pas plus difficilement conciliable que la chaleur de la relation amoureuse, si intime, et la froideur glacée de la loi, par définition si publique et si impersonnelle.