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05/06/2009

Une langue

esperanto.jpgOn a au moins appris une chose, au cours de cette campagne pour les élections européennes de ce dimanche. Appris qu’en 2009, il se trouve encore en France des gens pour militer en faveur… de l’espéranto, cette langue à vocation universelle inventée vers 1890 par le Dr Zamenhof. Pour preuve, sur la plupart des panneaux électoraux de Paris en ce moment, sont placardées les affiches du parti «Europe Démocratie Espéranto» (EDE), une liste qui prône l’instauration de cette «langue commune indépendante, riche, et équitable comme ciment de la citoyenneté européenne et comme clé de voûte d’un multilinguisme équilibré».

 

L’espéranto, selon ce parti, devrait être enseigné dans toutes les écoles européennes. Car, s’agissant du plus «équitable et accessible» des langages internationaux, cet idiome constituerait «la solution la plus adaptée pour rendre effectif l’accès à la communication internationale, qui est un droit pour tous les citoyens européens».

 

Aux élections européennes de 2004, la liste EDE avait recueilli très exactement 25.067 voix dans toute la France, soit un maigre 0,15% des suffrages. Cinq ans plus tard, a-t-on pu constater dans le quartier, les affiches d’EDE ne sont pas rarement la cible de graffitis hostiles. Ainsi, à l’endroit de l’affiche invitant les électeurs à favoriser, par leur vote dimanche, «une langue équitable, qui respecte nos langues et nos cultures», des opposants à l’espéranto ont pris l’habitude de rageusement griffonner: «le français».

 

Au passage, rappelons tout de même qu’en France, il n’y a pas que le français. On y compte aussi près de 80 langues régionales, dites «minoritaires» (l’alsacien, l’occitan, le breton, le corse, etc.). A l’école, elles sont étudiées (le plus souvent dans le cadre de cours à option) par près d’un demi-million d’élèves. Pourtant, le gouvernement Fillon tarde à respecter sa promesse d’inscrire d’une façon ou d’une autre ces langues dans la Constitution, ne serait-ce que pour reconnaître leur indéniable valeur patrimoniale. Ainsi, la ministre de la Culture, Christine Albanel, avait-elle jadis promis, mordicus, de faire procéder à cette inscription en 2009. Et s’était engagée à prendre des mesures pour promouvoir l’enseignement de ces langues, leur utilisation dans la création artistique, dans les médias, etc. Finalement, a-t-il été annoncé récemment, le tout vient d’être reporté à 2010 au plus tôt, officiellement pour cause d’«encombrement parlementaire».

 

Si déjà le picard ou le flamand passent si mal à Paris, c’est peut-être un brin utopique d’espérer y lancer l’espéranto.

Commentaires

Au contraire des idées reçues et entretenues, les états, c'est à dire les divisions arbitraires, superficielles et territoriales inventés par les hommes primitifs, sont les premiers et pires maux du monde.

Ces entités morales aussi psychopathes, corrompues et malfaisantes que les corporations, sont les première causes d'affrontement et de destruction cyclique de l'humanité par leur tendance hégémonique, nombriliste (quoi qu'ils disent) et aliénante sui generis.

La langue est leur premier ciment visible qualifiant, c'est pourquoi les gouvernements font tout pour imposer leur langue dite nationale (et tentent vainement de la fixer par ailleurs) au détriment des autres qu'ils persécutent ouvertement ou font disparaître en catimini.

L'esperanto par sa neutralité politiquement incorrecte, devrait pouvoir faire communiquer les hommes sans intérêts ni arrière-pensées.

Il est banni et interdit, comme la langue des signes, car trop universel, subversif et dangereux pour les profiteurs et propriétaires du système actuel, hypocrite et rétrograde.

Internet est un peu du même acabit et serait paradisiaque et redoutablement puissant et accélérateur de changements, si monolingue et neutre (comme la musique ou les maths pour certains) : faute d'un langage commun et diversifié (1 esperanto, 2 national, 3 regional) obligatoire, les divisions et les communautarismes demeurent et vont mêmes s'exacerber jusqu'aux conflits latents ou directs. L'outil de connection idéal devient un outil de division sur un plan galvaudé.

Quand un état meurt, même tout seul, il veut faire mourir tous ses constituants et les autres autour.

D'ailleurs, la dissolution d'un état, n'est jamais prévue dans sa propre constitution, a contrario d'une association ou d'un individu évolué qui sait qu'il va mourir et peut acter et optimiser sa vie en fonction.

Pour en revenir aux langues, et dans la logique et la situation présente, l'anglais, donc la civilisation occidentale, tient, par défaut, attraction ou fourberie maligne, plus que la corde, ce qui n'ira pas sans poser de plus en plus de problèmes conflictuels avec les autres sphères d'influence (grâce à Hadopi, les jeunes francophones même formatés, vont irrémédiablement se tourner et s'abreuver dans le monde libre international mais anglo-saxon de fait) ... Cette vampirisation des autres langues impérialistes, peut paradoxalement profiter et laisser de l'air aux langues dites minoritaires. Quand les gros s'étripent, certains tombent ou s'affaiblissent, laissant au vivaces et jeunes pousses, de la place qu'elle n'auraient pas eu pour développer toutes leurs potentialités.

L'incommunication est un déterminant fondamental du progrès et de la pérennité.

L'esperanto en tant que plateforme et patrimoine commun, ne conduit pas à un monde uniforme et sclérosé, mais au contraire à un biotope darwinien extraordinairement riche et porteur de réel avenir, débarrassé de ses éternelles concurrences et divisions taboues, entretenues par les escrocs prédateurs qui soignent leurs apparences et savent noyer le poisson.

Écrit par : Kenavo | 07/06/2009

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