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12/06/2009

Une dégringolade

A Paris, en ces jours d’été, le temps n’est pas rarement à l’orage. Au propre comme au figuré. C’est particulièrement le cas le soir et la nuit, lorsque les riverains des quelque 15.000 débits de boisson que compte la capitale française se plaignent du vacarme des fêtards. Chaque été, notamment dans les arrondissements noctambules comme notre onzième, on déplore des incidents voire des altercations liés à ce problème de cohabitation. La préfecture de police et la mairie viennent donc de lancer une campagne pour sensibiliser les sorteurs au tapage nocturne. Quelque 10.000 affiches et 50 000 cartes postales sont en train d’être distribuées dans les bistrots de la Ville lumière, afin d’inviter leurs clients à respecter davantage le voisinage.

 

La loi punit les bruits troublant la tranquillité d’une amende de 150 à 450€. L’année dernière à Paris, un millier de rappels à l’ordre pour tapage nocturne ont été adressés aux restaurateurs. Combien cet été? Il ne serait pas étonnant que les forces de l’ordre veillent à ne pas exagérément ruiner les cafetiers par des amendes. Ce secteur, en effet, connaît en ce moment une crise profonde.

 

Depuis la dernière fois où on avait évoqué ce marasme dans ce blog (ici), les chiffres officiels sont tombés. Et c’est du jamais vu. En 2008, plus de 2000 bistrots ont mis la clé sous la porte en France, un pays qui ne compte plus que 38.600 cafés, bars et brasseries. Certes, cela fait encore un bistrot en moyenne par municipalité – l’Hexagone comptant 36.000 communes. Mais c’est la confirmation d’une dégringolade historique. Il y a deux ans, la France comptait 50.000 bistrots. Ils étaient quatre fois plus nombreux en 1960. Et il y en eut jusqu’à 500.000 en 1900. Selon le patron de la Fédération française des cafés, brasseries et discothèques, cité l'autre jour dans «Le Figaro Economie», «les bistrots sont en grande partie responsables de ce qui leur arrive: ils sont trop restés dans une optique fumeurs-buveurs, sans se moderniser. Beaucoup sont devenus ringards. Dans trop d’établissements encore, le café et le sandwich sont mauvais. Les toilettes sont sales!» Les cafetiers sont donc invités à repenser leur offre, à revoir leurs prix à la baisse et à donner à leurs établissements une image plus branchée: en y lançant de nouveaux produits, en y organisant des animations, etc.

 

Dès juillet, le secteur de la restauration bénéficiera d’une TVA réduite de 19,6 à 5,5%. Voilà qui mettra un peu de baume au cœur des cafetiers. Ceux-ci n’en sont pas moins confrontés à une tendance lourde qui leur est défavorable. Hier encore, un sondage TNS Sofres est venu le rappeler. Selon cette étude, seuls 4 Français sur 10 ont l’habitude de fréquenter assez souvent les cafés, contre 8 sur 10 en 1997. Et 16% des Français envisagent de moins se rendre dans ces lieux à l’avenir.

 

L’interdiction du tabac dans les lieux publics, et donc dans les bistrots, est fréquemment citée par ce secteur comme étant une des causes de la désaffection du public. Mais force est de constater que, depuis l’entrée en vigueur de la loi de janvier 2008, les fumeurs se sont organisés. Ainsi, a été créé en France un site web qui recense les établissements, de Paris comme de province, qui disposent d’un espace fumeur ou d’une terrasse à l’air libre. Les adeptes vraiment accros de l’herbe à Nicot sont donc invités à venir s’y adonner à leur addiction sans gêner les non-fumeurs. Et, au passage, à y expérimenter le «smirting» (*), ce néologisme qu’on utilise désormais de plus en plus à Paris y compris.

 

 

(*) Mot-valise issu de la contraction des termes anglais «smoking» et «flirting».

Commentaires

Je vais régulièrement en France et, lorsque j'y suis, j'aime me rendre dans un bistrot afin d'y déguster un verre. Je dois dire que par rapport à la Belgique, l'offre en cafés en France est franchement décevante. Accueil froid, salle de café pas agréable, voire glauque, choix restreint, ...

La France n'a pas la même culture du café que chez nous. On va au bistrot pour boire un café ou juste un verre. Moins pour le plaisir de déguster une bonne bière ou un bon cocktail, pour passer du bon temps...

Écrit par : Thierry | 16/06/2009

Houla Thierry vous ne devez pas connaître les bons bistrots, car SI il y a une culture du bistrot en France, surtout à Paris, et moi justement à Bruxelles c'est le zinc qui me manque :-)
Mais c'est un autre débat. (je vous donnerais des titres de bouquins plus tard, pas le temps là)
Le Figaro a raison lorsqu'il parle des bistrots qui n'ont pas voulu se moderniser (on peut se moderniser sans perdre son âme) et lorsqu'il parle de ces cafés mochedingues et déprimants (un peu comme les "tavernes" graisseuses en Belgique, avec des petits vieux alcoolo qui sifflent leur bière en regardant la télé suspendue au dessus du bar, dans la glauquitude des néons, bref le genre d'établissement qu'on aimerait voir disparaitre, tout comme les cafés d'une certaine époque parisienne (la sciure par terre, le flipper, les toilettes sales, le carrelage pisseux terre etc)
Mais sur le tapage nocturne : les campagnes n'y feront rien, et les tenanciers de bistots n'y peuvent pas grand chose : c'est toute une éducation qui est à refaire. Les gens crient, rient très fort, s'interpellent, font les andouilles dans la rue et sur les terrasses, quelle que soit l'heure : leur maman ne leur a sans doute jamais inculqué quelques principes de base de savoir-vivre. Triste que ce soit l'Etat qui s'en charge par le biais de "campagnes de communication".

Écrit par : thalyssette | 16/06/2009

Bien observé Thierry ! et en plus on s'y ennuie ferme !

Écrit par : stef | 16/06/2009

Les commentaires sont fermés.