25.06.2009
Une invasion
Avis aux “shopping addicts”: les soldes ont commencé hier à Paris. Avis aux agoraphobes: l’affluence est telle, depuis hier matin dès la première heure de l’opération, qu’il paraît que, dans les grands magasins, c’est vraiment l’horreur. C’est le moment que choisit un de ces fameux commerces parisiens, les “Galeries Lafayette” pour communiquer sur une initiative qui, c’est le moins que l’on puisse dire, pose question.
D’ici à la fin juillet, les “Galeries” ouvriront une boutique de 300m² au cœur même d’un des temples de la culture de la capitale: le Palais Garnier. Dans les rayons, on trouvera des livres, des disques, de la hi-fi, de l’électronique, de la mode, des soins de beauté, des bijoux, de l’art de la table, des souvenirs pour touristes, des articles pour enfants, etc. etc. L’habillage marketing de ce «concept commercial unique» est évidemment culturel. Il s’agit, assure-t-on, de «proposer des produits novateurs, symbolisant l’excellence française, autour des arts lyriques et chorégraphiques». Ainsi, le rayon mode tournera autour du thème de la danse; on y trouvera «des accessoires, des soins de beauté pour les danseuses, mais aussi des bijoux de scène, tutus, accessoires et objets d’artistes». Idem pour le rayon enfants: les “Galeries” assurent que les « jeux éducatifs, livres et disques, costumes, jouets et cahiers de dessins (qui) seront proposés aux enfants et à leurs parents» fréquentant le Palais Garnier constitueront «avant tout une sélection de divertissement dédiée en partie à l’apprentissage et à la découverte, une sorte de premier pas vers les Arts». L’objectif premier de l'opération n’en est pas moins commercial. Le Palais Garnier est un emplacement en or puisque, se réjouissent les “Galeries”, il accueille chaque année 300.000 spectateurs et 500.000 visiteurs.
Gros soupir de lassitude. Car, bon, sans revenir avec les marchands du temple, n’y a-t-il donc pas déjà suffisamment de magasins, de camelots, d’étals de bibelots et de boutiques de souvenirs à Paris? Ne pourrait-on pas concevoir que des lieux culturels aussi exceptionnels comme l’Opéra Garnier soient juste artistiques et pas également marchands? Est-ce parce que les “Galeries Lafayette” possèdent déjà une boutique similaire au cœur du Musée des Arts décoratifs, rue de Rivoli, qu’il faut les autoriser à envahir tous les grands lieux culturels de la capitale? A-t-on le droit, dans cette ville, d’adorer faire du shopping mais de souhaiter aussi que certains lieux soient préservés de toute dimension mercantile? Afin qu’ils soient des respirations salutaires et bienvenues dans une des capitales mondiales du commerce.
Accessoirement, notons que l’Opéra de Paris, au moment où, à Garnier, il concède – à prix d'or, sans doute – 300m² au grand commerce, assure qu’il lui est impossible de trouver, à Bastille, le moindre m² à refiler à la FNAC. Pour qu’elle puisse s’étendre dans les sous-sols de l’opéra et donc ne pas fermer ses portes comme annoncé – avec les conséquences que cela suppose pour l’accès à la culture du grand public de l'Est parisien.
Mais Frédéric Mitterrand, le nouveau ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, va certainement arranger cela.
11:30 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, culture, paris




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