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30/06/2009

Une victoire

saintevictoire_cezanne.jpgUn peu d’air frais de la campagne, un parfum de vacances et même des senteurs de Provence aujourd’hui dans ce blog. Voilà qui ne pourra pas faire de mal aux Parisiens alors que, ce mardi encore, comme c’est si souvent le cas ici en périodes de chaleur, on va suffoquer à cause de la pollution. Le gouvernement a enfin tranché hier dans le dossier si controversé du tracé de la future ligne ferroviaire à grande vitesse qui, à l’horizon 2025, mettra Paris à 3h50 seulement de Nice. Cela faisait des mois que, dans le Midi, l’on attendait cette décision. «Respectons la Provence de Cézanne!», s’étaient ainsi mobilisés les élus de la région d’Aix-en-Provence. En cause? Un des deux tracés envisagés traversait le Haut-Var et longeait la Sainte-Victoire, la montagne immortalisée par le grand peintre. Ce tracé semblait avoir les faveurs du gouvernement, car il était plus rapide et moins coûteux (en gros: 8 à 10 milliards au lieu de 15) que son alternative, passant par Marseille et Toulon. «Ne sacrifions pas les paysages de la montagne Sainte Victoire, promis à un classement au patrimoine mondial de l’Unesco, pour gagner 10 minutes en 2020!», insistaient ces opposants. Lundi soir, ils ont été entendus.

 

Le gouvernement, en effet, a fait part de sa préférence pour le tracé qui traverse les grandes métropoles méridionales plutôt que la campagne aixoise. Et a promis que ce futur TGV Paris-Nice «empruntera les lignes ou emprises existantes. A défaut, les solutions d'enfouissement seront massivement privilégiées pour protéger le riverains, la biodiversité, les espaces remarquables ainsi que les exploitations agricoles et viticoles».

 

Si le tracé choisi lundi constitue une victoire pour les admirateurs de Cézanne, s'il est présenté comme étant le moins destructeur de l’environnement et du patrimoine, les opposants à toute ligne à grande vitesse provençale ne désarment pas. Eux mettent en avant les atteintes qui seront causées à la Plaine des Maures, qui vient d’être classée Réserve Naturelle Nationale. Ou refusent que le Var et les Bouches du Rhône deviennent «la poubelle des Alpes maritimes», par l’afflux de déchets qui sera généré par les «milliers de touristes supplémentaires sur la région niçoise ainsi que des milliers de nouveaux résidents suite au développement inévitable des résidences secondaires dans les Alpes Maritimes».

 

tgv.jpgIls contestent même l’argumentation gouvernementale selon laquelle le développement du réseau ferroviaire est écologiquement correct. Et d’interroger: «Œuvrer pour le développement durable, est-ce détruire des paysages entiers avec des explosifs? Raboter des collines, trouer des montagnes? Dévier des cours d'eau, polluer et assécher des nappes phréatiques? Accélérer la disparition d'espèces végétales et animales protégées, menacer l'existence d'autres espèces? Sinistrer entièrement les territoires situés le long de la ligne, entraînant la désertification des régions concernées? Etre sources d'incendies? Consommer une énorme quantité d'énergie? Recouvrir la France entière de lignes à très haute tension?»

 

«Provença resistirà!!!», préviennent déjà ces anti-LGV Paca. On verra ces activistes à l’œuvre la semaine prochaine notamment, à l’occasion du passage du Tour de France dans la région. Cet été dans le Midi, on ne va sans doute parler que de ce dossier.

29/06/2009

Une “amitié” (suite)

L’autre jour, peu avant les élections européennes (relire ici), on disait notre ravissement d’avoir reçu à la maison un courrier d’une personnalité tête de liste pour ce scrutin: une candidate qu’on ne connaissait absolument pas, mais qui nous assurait néanmoins de toute son «amitié». Et on s'était dit que, décidément, les fichiers circulaient pas mal, en période électorale, dans les états-majors politiques. Manifestement, on n’a pas été le seul à penser cela.

 

Ainsi, la Commission informatique et libertés (CNIL) a-t-elle annoncé récemment avoir été «saisie par de nombreuses communes préoccupées par l’augmentation des demandes de communication des listes électorales informatisées». Confrontés à «des demandes récurrentes de certains particuliers ou de dirigeants de sociétés privées», ces élus, «au nom de la protection de la vie privée de leurs administrés», s’inquiétaient de l’utilisation qui pouvait être faite des informations personnelles contenues dans ces listes électorales.

 

La CNIL a donc effectué des contrôles auprès de divers «organismes identifiés comme utilisateurs des fichiers électoraux»: sociétés commerciales de généalogie, cabinets d’enquêtes ou de recouvrement de créances, associations, etc. Résultat? «Des bases de données de plusieurs millions de personnes sont constituées à partir des fichiers électoraux obtenus auprès de villes de la France entière». Or, pour le gendarme de l’informatique et des libertés publiques en France, ce pays se distingue par son «cadre juridique insatisfaisant» en la matière. En effet, le code électoral se borne à autoriser la communication des listes électorales à tout candidat, parti, groupement politique, ainsi qu’à tout électeur quel que soit le lieu où il est inscrit, à la seule condition qu’il s’engage à ne pas en faire un «usage purement commercial». Mais «cet engagement pris par le demandeur ne constitue pas une garantie suffisante, puisque aucune procédure de contrôle ni de sanction n’est prévue. Par ailleurs, la notion d'usage purement commercial est peu claire». La CNIL et la Commission d’accès aux documents administratifs ont donc prié les autorités de clarifier ce cadre juridique.

 

Le prochain scrutin en France aura lieu l’an prochain: ce sont les élections régionales. Des mesures auront-elles été prises? Ou, en 2010, recevra-t-on toujours des courriers de personnalités candidates nous assurant de leur «amitié»? Les paris sont ouverts.

26/06/2009

Un décalage

Ce vendredi en milieu de matinée, à moins que cela nous ait échappé, Nicolas Sarkoy, le «Roi de la pop de la politique française» n’avait toujours pas réagi au décès du «Roi de la pop», Michael Jackson. C’est un peu étonnant. Habituellement, en effet, le Président français est assez réactif aux événements d’actualité. Notamment lorsqu’il s’agit de rendre hommage à des disparus et a fortiori lorsque leur décès a un retentissement mondial. Un décalage dû à l’heure tardive de la disparition du chanteur? Même pas. En ce moment, Nicolas Sarkozy est en déplacement aux Antilles. Donc il faisait jour pour lui quand la disparition est survenue. Et vu l’armada de conseillers et de plumes qui l’entoure en permanence, vu aussi l’ampleur de l’infrastructure de communication qui ne le quitte jamais, y compris à l'autre bout du monde, il était parfaitement en mesure de se fendre d’un communiqué.

 

A cette heure, son parti, pour réagir à cette annonce, n’a trouvé que l’ex-ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres. Qui a pondu quatre lignes. «Michael Jackson restera un mythe vivant de la musique du 20ème siècle. Effervescent, toujours insatisfait et électrique, il a transmis à la jeunesse mondiale une énergie rare. Au-delà  de la complexité de sa vie, il est un artiste au souvenir immortel».

 

Côté socialiste, il était comique de constater ce matin, en écoutant la radio, que l’ineffable Jack Lang était évidemment parvenu à dribbler tous les hiérarques de son parti en étant le premier à réagir. Sans doute cela ne l’a-t-il pas embarrassé: il a même réussi à brûler la politesse au nouveau ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. Alors pourtant que celui-ci, au saut du lit, avait sauté sur son scooter pour rejoindre le plus vite possible les studios d’une grande radio.

 

Sinon, ce matin, une personnalité politique française était visiblement un peu en décalage par rapport à la tonalité ambiante, si larmoyante et catastrophée. Invitée de la télé LCI, Christine Lagarde se voyait demander si elle avait été «touchée» lorsqu’elle avait appris cette nuit la mort du chanteur. «Non», a répondu très calmement la ministre de l’Economie et des Finances de Nicolas Sarkozy. Qui a dit comprendre et s’associer bien sûr à la douleur ressentie par les proches et les fans de cet artiste «médiatisé et mondialisé», mais sans pour autant être personnellement «touchée» par son décès.

 

On ne sait encore si Christine Lagarde se verra reprocher cette réaction à chaud. Si l’establishment l’apparentera à une gaffe ou à une faute de goût. Si cela sera mis sur le compte d’un manque d’humanité présumé. Mais ce matin nous en tout cas, devant la télé, on a trouvé la désarmante franchise de cet aveu ministériel plutôt rafraîchissante. Dans un monde politique et médiatique si souvent régi par la langue de bois, le registre émotif et les élans compassionnels collectifs,  a fortiori à l’heure de grandes disparitions.

25/06/2009

Une invasion

Operagarnier.jpgAvis aux “shopping addicts”: les soldes ont commencé hier à Paris. Avis aux agoraphobes: l’affluence est telle, depuis hier matin dès la première heure de l’opération, qu’il paraît que, dans les grands magasins, c’est vraiment l’horreur. C’est le moment que choisit un de ces fameux commerces parisiens, les “Galeries Lafayette” pour communiquer sur une initiative qui, c’est le moins que l’on puisse dire, pose question.

 

D’ici à la fin juillet, les “Galeries” ouvriront une boutique de 300m² au cœur même d’un des temples de la culture de la capitale: le Palais Garnier. Dans les rayons, on trouvera des livres, des disques, de la hi-fi, de l’électronique, de la mode, des soins de beauté, des bijoux, de l’art de la table, des souvenirs pour touristes, des articles pour enfants, etc. etc. L’habillage marketing de ce «concept commercial unique» est évidemment culturel. Il s’agit, assure-t-on, de «proposer des produits novateurs, symbolisant l’excellence française, autour des arts lyriques et chorégraphiques». Ainsi, le rayon mode tournera autour du thème de la danse; on y trouvera «des accessoires, des soins de beauté pour les danseuses, mais aussi des bijoux de scène, tutus, accessoires et objets d’artistes». Idem pour le rayon enfants: les “Galeries” assurent que les « jeux éducatifs, livres et disques, costumes, jouets et cahiers de dessins (qui) seront proposés aux enfants et à leurs parents» fréquentant le Palais Garnier constitueront «avant tout une sélection de divertissement dédiée en partie à l’apprentissage et à la découverte, une sorte de premier pas vers les Arts». L’objectif premier de l'opération n’en est pas moins commercial. Le Palais Garnier est un emplacement en or puisque, se réjouissent les “Galeries”, il accueille chaque année 300.000 spectateurs et 500.000 visiteurs.

 

Gros soupir de lassitude. Car, bon, sans revenir avec les marchands du temple, n’y a-t-il donc pas déjà suffisamment de magasins, de camelots, d’étals de bibelots et de boutiques de souvenirs à Paris? Ne pourrait-on pas concevoir que des lieux culturels aussi exceptionnels comme l’Opéra Garnier soient juste artistiques et pas également marchands? Est-ce parce que les “Galeries Lafayette” possèdent déjà une boutique similaire au cœur du Musée des Arts décoratifs, rue de Rivoli, qu’il faut les autoriser à envahir tous les grands lieux culturels de la capitale? A-t-on le droit, dans cette ville, d’adorer faire du shopping mais de souhaiter aussi que certains lieux soient préservés de toute dimension mercantile? Afin qu’ils soient des respirations salutaires et bienvenues dans une des capitales mondiales du commerce.

 

fnacbastille.jpgAccessoirement, notons que l’Opéra de Paris, au moment où, à Garnier, il concède – à prix d'or, sans doute – 300m² au grand commerce, assure qu’il lui est impossible de trouver, à Bastille, le moindre m² à refiler à la FNAC. Pour qu’elle puisse s’étendre dans les sous-sols de l’opéra et donc ne pas fermer ses portes comme annoncé – avec les conséquences que cela suppose pour l’accès à la culture du grand public de l'Est parisien.

 

Mais Frédéric Mitterrand, le nouveau ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, va certainement arranger cela. 

24/06/2009

Un blanc

Cela s’est passé hier à la télé, en plein milieu de la soirée. Sur une chaîne de service public, France 3 en l’occurrence. Pendant un long moment – une bonne minute, ce qui, à l’échelle télévisuelle, est une éternité – , il y eut un blanc à l’antenne. Un noir plutôt, tel qu’il apparaissait sur le petit écran. En fin du «Soir 3», après le décrochage régional. Ce long blanc terminé, le spectacteur éberlué a pu constater que la désannonce par Carole Gaessler de son JT avait carrément été zappée et qu’on avait enchaîné sur le mini-programme sportif quotidien. Cela fait des semaines que la régie finale du «Soir 3» cafouille complètement avec ces décrochages régionaux en queue de JT national, ce qui produit des conséquences visibles à l’antenne. Avec, soit dit en passant, jamais le moindre mot d'excuses au téléspectateur pour ces couacs à répétition. Une telle interruption de programme sur le service public en pleine soirée est toutefois assez rare.

 

Cette semaine, la chaîne régionale de France Télévisions a aussi eu droit à l’annonce du départ prochain de la talentueuse et populaire présentatrice de son «19-20», Audrey Pulvar. Cette journaliste se distinguait notamment par ses interviews tout sauf complaisantes de personnalités politiques – Nicolas Sarkozy en personne, un soir, en fit l’expérience. Dans le même registre, est venue hier la confirmation que la justice poursuivait son enquête sur les conditions dans lesquelles les images, sons et confidences en «off» du chef de l’Etat avant sa mémorable intervention sur France 3, fin juin 2008, avaient fuité sur la place publique. Et, vu l'image pas trop flatteuse que la séquence donnait de l'intéressé, avait aussitôt fait du buzz sur internet. Confirmation, donc: après des collègues déjà entendus sur ce dossier au printemps, un des responsables de France 3 est convoqué début juillet à la police judiciaire de Paris, à la demande du parquet.

 

Du coup, dans la profession journalistique, d’aucuns dénoncent un «harcèlement» judiciaire de la presse, sur instruction du pouvoir politique. Plus sobrement, on se permettra de poser une question: dans ce pays, la justice et la police n’ont-elles donc que cela à faire que de continuer à enquêter, un an après les faits, sur un incident télévisuel qui, tout de même, n’a pas entraîné mort d’homme?

 

Sinon, depuis hier soir, c’est donc un ancien journaliste, Frédéric Mitterrand, qui est désormais ministre de la Culture et de la Communication. Son passé professionnel ne lui sera sans doute pas de trop pour tenter d’apaiser les relations entre la presse et la présidence de la République. 

23/06/2009

Une digression

mayalabeille.jpgC’était complètement en décalage par rapport à l’actualité brûlante du moment, mais on a trouvé ce télescopage délicieusement léger et rafraîchissant. C’était hier après-midi, au moment précis où le Président Sarkozy était en train de discourir sur l’Etat de la nation, de l’Europe et de la planète devant le Congrès solennellement réuni pour lui sous les ors de Versailles. En plein milieu de ce discours, l’auguste château communiquait une nouvelle bucolique et donc charmante aux médias. Bientôt, les Parisiens pourront se pourlécher les babines avec… du miel en provenance directe du célèbre château.

 

Avec à l’esprit l’image de Maya l’Abeille qui se superposait sur celle du visage du chef de l’Etat, on n’a pas résisté au plaisir de se pencher un peu et illico sur cette digression informative si délicieuse. Tout en continuant bien sûr à suivre d’une oreille et à surveiller d'un oeil l’exposé présidentiel ô combien plus austère sur les ravages de «l’assistanat» et de «l’égalitarisme» en France, les nécessités d’y lancer bientôt un grand emprunt d’Etat pour financer les «priorités stratégiques nationales», ou l’obligation de réformer le système des retraites à l’horizon 2010.

 

Il apparaît donc que, début juillet, pas moins de 100 kilos de miel seront tirés des six ruches qui, l’automne dernier, ont été installées au cœur des jardins de Versailles, au lieu-dit le «Hameau de la Reine», dans le cadre d’«Abeille, sentinelle de l’environnement»: un «programme national de sensibilisation et d’information sur la sauvegarde de la biodiversité végétale à travers la protection des abeilles». Ce programme a été lancé par l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), selon qui «les analyses effectuées sur les pollens ramenés par les abeilles versaillaises constitueront un excellent baromètre de la variété de plantes butinées et de leur état phytosanitaire». Les Parisiens, indécrottablement urbains, l’ignorent sans doute, mais «les abeilles, non contentes de nous offrir du miel, sont indispensables à la pollinisation, donc à la reproduction de 80% des végétaux, soit environ 200 000 espèces différentes. Or, elles connaissent aujourd’hui un taux de mortalité anormalement élevé de 30% par an».

 

Le miel, décidément, est très tendance en ce moment dans les lieux les plus prestigieux de Paris. Ainsi, on trouve des ruches sur le toit de l’Opéra Garnier. Et, avant Versailles, c’est  le Grand Palais qui, il y a quelques semaines, avait annoncé pour juillet la première récolte du "Miel du Grand Palais", issu des ruches qui sont pareillement installées sur le toit de l’édifice. Ici également, l’opération n’a pas été lancée seulement pour «le plaisir du miel», mais surtout «pour contribuer à la défense de la biodiversité et à la connaissance de la vie des abeilles en ville». D’ailleurs, selon l’apiculteur ayant installé ces ruches au sommet du Grand Palais, «les abeilles vivent mieux en ville qu’à la campagne, à cause de la biodiversité. Il y a des milliers de petites fleurs en ville, même de la lavande, alors que la campagne est polluée par les pesticides. La pollution de la ville n’est rien comparée à celle occasionnée par les pesticides».

 

C’est assurément la bonne nouvelle de la semaine pour les quelque 2 millions de Parisiens qui, à longueur d’années, toussent à cause de leur pauvres petits poumons pollués par les particules fines et la circulation automobile.

22/06/2009

Un achèvement

Jour J dans le Quartier Latin. Ce lundi, en effet, s’y achève officiellement un énorme chantier, qui dura des années et nourrit d’innombrables polémiques: la rénovation de Jussieu. Du nom du campus de l’université Paris VI, dont la tour particulièrement hideuse, avec ses 24 étages et 88 mètres de haut, défigure depuis 1970 les environs immédiats du Jardin des Plantes.

 

Dans cette tour comme dans une dizaine d’autres bâtiments de la fac, s’est déroulé depuis 1996 un chantier colossal par son ampleur et sa complexité: «le plus gros chantier de désamiantage en Europe». Un chantier qui a nécessité le déménagement de milliers d’étudiants, a été parsemé d’incidents et a occasionné d’énormes dépassements budgétaires. On peut d’ailleurs rappeler qu’un des principaux responsables des retards de ce chantier fut, à la fin des années 90, un chercheur renommé de Jussieu qui était en même temps ministre de l’Education, Claude Allègre – dont le nom est cité pour entrer au gouvernement à la faveur du remaniement attendu cette semaine. Claude Allègre, en effet, n’est pas seulement un révisionniste du réchauffement climatique. Dans le cas de Jussieu, il a aussi, et constamment, mis en doute la dangerosité de ce que les spécialistes qualifiaient pourtant de «mine d’amiante en plein Paris». Et n’au eu de cesse de dénoncer la «psychose collective» de ses collègues scientifiques à propos de ce matériau.

Dès lors, son entrée au gouvernement désespérerait sans doute, outre les défenseurs de l’environnement, les malades de ce fléau sanitaire oublié qu’est l’amiante en France – pays qui, par rapport à ses voisins, tarda très longtemps avant d’interdire ce matériau. Ce week-end, justement, une «marche nationale des veuves de salariés de l'industrie victimes de l'amiante» a eu lieu à Dunkerque. Venues de toute la France mais aussi d'Italie et de Belgique, quelque 2000 personnes ont défilé derrière une banderole clamant: «Nos empoisonneurs doivent être jugés sans délai». «Les premières plaintes ont été déposées en 1996, et toujours pas de procès», a déploré un des organisateurs. «Et on nous dit aujourd'hui que l'instruction devrait se prolonger jusqu'en 2014: près de vingt ans après les premières plaintes». Les associations considèrent que, depuis la première «Marche des veuves» de l’amiante, fin 2004, «il y a eu 17.000 morts empoisonnés par l'amiante en France». Et des projections pour les années à venir tablent sur 100.000 décès dus à l’amiante dans ce pays.

19/06/2009

Un ticket (virtuel)

métroquai.jpgC’est le jour où jamais pour parler technologie, puisque, ce vendredi, débarque en France l’iPhone 3GS, le dernier smartphone d’Apple. Dans les transports parisiens bientôt, a-t-il été annoncé au début de cette semaine, un (petit) stress sera épargné aux usagers. Celui de se rendre compte, au dernier moment avant de franchir le tourniquet du métro, qu’on n’a plus de ticket en poche ou dans le portefeuille et qu’il faut donc rebrousser chemin, direction les guichets, en se coltinant au passage les récriminations de la foule qui piétine dans votre dos pour accéder au plus vite au métro. Ou le (petit) stress, quand on n’a pas une minute à perdre voire qu’on est déjà en retard, de devoir, pour acheter un titre de transport, faire la queue devant des automates invariablement bondés, si lents et/ou hors service. D’ici à 2010 à Paris, ces opérations seront beaucoup plus simples puisque, pour les effectuer, il suffira de dégainer son téléphone portable.

 

En effet, le ticket de métro (voire à terme l’abonnement) pourra devenir virtuel et être intégré au téléphone. Pour accéder aux quais, il suffira donc d’approcher son portable d’un lecteur magnétique afin de valider ce ticket virtuel qui, via le téléphone, aura été acheté n’importe où, de chez soi par exemple. Sur son téléphone toujours, on pourra dénicher les itinéraires les plus pratiques, contrôler l’état du réseau (pannes, grève, etc.), se renseigner sur les tarifs les moins chers, télécharger son abonnement, donner un ticket à quelqu’un d’autre ou, pour les touristes par exemple, tenter de s’y retrouver dans les correspondances entre métros, bus, RER ou tramways. Autant d’opérations que l’on pourra donc bientôt faire dans le calme à partir de son portable, plutôt que dans l’agitation bruyante et bousculée des stations du métro parisien.

 

C’est ce qu’on appelle la «billettique» électronique. Elle sera permise par le recours à la technologie NFC (Near Field Communication, connexion radio à courte distance), qui permet déjà aux détenteurs du pass «Navigo» de valider celui-ci en l’approchant de la borne au passage des tourniquets.

 

metrocouloirsencore.jpgA propos, depuis pas mal de temps, le débat fait rage à Paris au sujet du respect de la vie privée des usagers des transports publics et des dangers que représenterait une traçabilité de leurs déplacements, rendue possible par ces nouvelles technologies (relire ici ou ). Voulant sans doute désamorcer la controverse, l'organisme qui gère les transports en région parisienne a, dès l’annonce du lancement de cette «billettique» électronique, promis qu’il serait «particulièrement vigilant à conserver l’anonymat des déplacements» de ses clients. Autre engagement: le recours à cette nouvelle technologie n’entraînera «aucun surcoût pour le voyageur».

 

Deuxième innovation annoncée dernièrement en France, relative aux téléphones portables: le ministère de l’Ecologie a confirmé qu’il réfléchissait à la mise en place d’un système de consigne pour ces appareils, similaire à la consigne frappant depuis des lustres certains récipients en verre. Ce ne serait pas un luxe. Les Français, en effet, changent en moyenne tous les 18 mois de téléphone portable. Logique: depuis la fameuse époque des portables à 1 franc, ce produit de consommation a toujours été moins cher à l'achat (mais pas forcément à l'utilisation) en France que dans les pays voisins. Bientôt, les utilisateurs de mobile dans l'Hexagone auront la possibilité de rapporter leur ancien modèle dans les points de vente. En échange de quoi, leur serait remboursée la légère augmentation (de 2 à 5€) de l’«écoparticipation» demandée lors de l’achat.

 

Un petit geste donc a priori indolore pour le portefeuille, mais pas inutile pour l’environnement. Même s’il ne changera fondamentalement rien aux conséquences écologiques désatreuses de cette course consumériste un peu hystérique, qui rend tout appareil électronique invariablement dépassé, six mois après son lancement, par le modèle suivant lancé sur le marché à grand renfort de publicité. Ce qui, chaque année, fait aboutir dans les poubelles et décharges de France des tonnes de matériel électronique souvent en parfait état de marche mais prématurément délaissé par l’utilisateur soucieux d'être toujours au goût du jour, y compris technologiquement.

18/06/2009

Un épilogue

C’est l’épilogue d’une controverse d’une vivacité que le patrimoine parisien n’avait plus connue depuis des années. C’est aussi le sort d’un des plus beaux lieux de Paris qui vient d’être scellé, presque en catimini: l’Hôtel Lambert (si vous ne situez pas, des photos ici). Cet édifice du bord de Seine, à la silhouette si familière aux Parisiens, qui occupe toute la proue Est de l’île Saint-Louis. Un joyau de l’architecture du dix-septième siècle, que l’on doit à l’architecte Louis Le Vau et au décorateur Charles Le Brun, le duo qui s’illustra au château de Versailles. On n’avait pas encore eu l’occasion de traiter le dossier ici, donc il est plus que temps de lui consacrer quelques lignes aujourd’hui.

 

Tout commença en 2007, lorsque l’Hôtel Lambert fut vendu (pour un prix astronomique) par son propriétaire, le baron Guy de Rothschild, au frère de l’émir du Qatar. Avant de s’y installer, la famille princière avait prévu d’y mener des travaux pharaoniques: un parking souterrain dont la sortie donnerait sur le quai d’Anjou, une vingtaine de salles de bains, plusieurs ascenseurs intérieurs, etc. L’édifice (où vécut notamment Voltaire) étant entièrement classé, les amoureux du patrimoine avaient blêmi. Une pétition contre le projet avait été lancée, qui recueillit plusieurs milliers de signatures dont celles d’académiciens (Françoise Chandernagor, Jean Clair, Dominique Fernandez, Marc Fumaroli, etc.), de grands noms de l’architecture (Bruno et Henri Gaudin, Yves Lion, Bruno Fortier etc.), ou d’historiens (Emmanuel Le Roy Ladurie). Le propre adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, Christophe Girard, avait signé le texte. L’Hôtel de Ville s’apprêtant à rejeter le projet, le ministère de la Culture (sur injonction du quai d’Orsay?) s’était auto-saisi du dossier. Nouveau tollé. A l’époque, même le très docile «Figaro» n’avait pas semblé ravi. «On n'ose croire que les liens personnels entre Nicolas Sarkozy et l'émir du Qatar ou que les intérêts diplomatiques entre les deux pays puissent être suffisants pour passer outre les réserves unanimes» des opposants au saccage de ce fleuron du patrimoine parisien, écrivait à l’époque un de ses éditorialistes.

 

Finalement, mardi, la ministre de la Culture a donné son accord au projet. Entre-temps, celui-ci a, au fil de mois d’âpres débats, été revu à la baisse. Au total, selon le ministère, les travaux que réalisera l’émir dans l’Hôtel Lambert permettront d’«assurer la sauvegarde et redonner vie à un ensemble architectural et décoratif de premier plan». Mais la mairie de Paris a assez séchement pris acte de cet aval. Car à l’instar des défenseurs du patrimoine (ici, par exemple), elle considère que le projet final est encore très imparfait.

 

Et la controverse sur la politique culturelle, et patrimoniale singulièrement, de l’équipe Sarkozy n’est probablement pas close. Témoin, cette tribune vengeresse publiée l’autre jour encore dans «Le Monde», titrée «Alerte à la non-assistance à chefs-d'oeuvre en danger» et signée notamment par un professeur à la prestigieuse université de la Sorbonne, Alexandre Gady. «Dans l'affaire de l'hôtel Lambert, dossier particulièrement sensible, ses positions (de la ministre de la Culture) ont été très en deçà de ce qu'on pouvait attendre face à un tel enjeu, et il a fallu une large polémique pour que le projet médiocre de l'architecte en chef soit un peu amélioré. Une question se pose: y a-t-il encore une volonté de défendre le patrimoine, bien commun de tous les Français? Un Président de la République indifférent à la Culture, prêt à sacrifier toutes les règles d'urbanisme qui protègent nos villes et nos paysages de l'avidité des promoteurs, et un ministre sans poids politique, qui ne s'oppose à rien: le bilan est accablant. L'Etat dispose pourtant de tous les moyens légaux pour protéger le patrimoine. Il en est le premier destructeur, quand il devrait en être le premier garant».

17/06/2009

Une crise

Camping.jpgCet été en France, on va sentir jusque sur les plages et dans les allées des campings les effets de la crise. Il y a quelques semaines déjà, une étude avait fait grand bruit. Elle avait indiqué, en effet, une hausse significative du nombre de Français qui ne partiraient pas en vacances. D’habitude, 4 Français sur 10 en moyenne ne partent pas l’été. Cette année, ils seraient carrément 51% à rester chez eux. Hier, une nouvelle étude a confirmé l’impact qu’aura la crise économique internationale, ces prochaines semaines estivales, sur le comportement des Français en vacances.

 

Selon ces données, à l’échelle de l’Europe, la France se distingue comme étant le seul pays dans lequel les intentions de départ sont en net recul (66%, -8 points). La baisse de budget à laquelle vont se contraindre les vacanciers européens cet été touchera y compris les citoyens de pays comme la France ou l’Espagne, qui «avaient déjà l’habitude de dépenser moins que leurs homologues européens». En moyenne, un foyer français dépensera 1.717 € pendant ses vacances, contre 1.934 € en 2008. Plus de la moitié des vacanciers français (55%) vont diminuer leurs dépenses de tous les jours pendant leurs vacances d’été. «Les loisirs et les sorties seront les premières victimes de ces arbitrages (53%), devant l’habillement (29%). Les transports (6%) et l’alimentation (5%) apparaissent, en revanche, comme plutôt préservés».

 

En ce qui concerne le mode d’hébergement, la location (d’une maison, d’une chambre d’hôtel ou d’une chambre d’hôte) attirera, comme l’année dernière, les préférences des Européens: 71% (+3 points) choisiront cette option, 22% (stable) se rendront dans une résidence secondaire ou chez des amis, et 12% (-1 point) opteront pour le camping-caravaning.

 

dubosc-camping.jpgCe dernier type d’hébergement, pourtant si typiquement français – en a bien témoigné le succès phénoménal remporté par le film «Camping» –,  voit aussi les habitudes de ses adeptes évoluer. Les Français demeurent les vacanciers d’Europe les plus partisans de ce mode d’hébergement. Cet été, toutefois, ils seront moins enclins à faire du camping-caravaning qu’en 2008 (17%, -5 points) et devraient opter davantage pour la location (58%, +8 points).

 

Des plages et des campings moins surpeuplés?! Si tel était effectivement le cas, les vacances en France, cet été, seraient vraiment très différentes.

16/06/2009

Une limite?

Jusqu’où va le droit de propriété? Et jusqu’où va le droit de se révolter contre l’indignité de ses conditions de vie, quitte à ce que la désobéissance civile dans laquelle on se lance attente à ce droit de propriété? Dans le cadre de ces deux droits, une limite claire peut-elle et doit-elle être fixée par la justice? Si oui, où? Ce sont les questions de fond qui sont désormais posées à la justice française.

 

Hier, en effet, au tribunal de grande instance de Paris, étaient entendus huit jeunes mal-logés, activistes de la remuante association «Jeudi noir». Précédemment, ils avaient été condamnés à payer 80.000 euros d’indemnisation à la propriétaire d’un immeuble inoccupé depuis des années: un édifice situé dans les beaux quartiers de Paris, que ces jeunes avaient squatté faute de places disponibles dans le logement social. Lundi, ces huit «galériens du logement» demandaient la révision de «cette condamnation invraisemblable». Une condamnation critiquée dans les associations et les partis de gauche. Selon le collectif «Sauvons les Riches», elle est même carrément «emblématique d'une société malade, où les propriétaires millionnaires ont tous les droits et où la Justice, clémente avec les puissants, se montre implacable avec les plus faibles».

 

Il sera intéressant de voir dans quel sens le tribunal va trancher. Dans un autre dossier parisien controversé, en tout cas, la justice a montré, dernièrement, qu’elle savait s’amender.

 

C’est la fameuse affaire de «Droit au Logement» (DAL), l’association qui avait été condamnée par le tribunal de police après avoir installé un campement de mal-logés sur la voie publique, en plein cœur de Paris (relire ici). Elle avait été sanctionnée d’une amende de 12.000 euros pour avoir «embarrassé la voie publique en y laissant des objets». Ce qui mettait sur le même pied des êtres humains contraints de dormir sous tente faute d'un logement décent et des déchets jetés en rue. Le DAL avait également vu confisquées les tentes de camping qu’il avait utilisées dans cette opération coup de poing.

 

Dernièrement, cependant, la cour d’appel de Paris a inversé ce jugement, a annulé l’amende et a ordonné la restitution des tentes. En effet, elle a jugé que l’article de loi punissant le dépôt d’immondices sur la voie publique ne pouvait être invoqué pour «réprimer les manifestations telles que celle organisée par l’association pour lutter en faveur du droit au logement». Et, surtout, a reconnu «l’état de nécessité» des familles qui avaient campé sur le trottoir. Dans ce dossier-ci donc, en tout cas, le juge a établi, dans l’application de la loi, une limite au profit des plus déshérités.

15/06/2009

Une gifle

redbull.jpgOn parlait vendredi des fêtards. A Paris comme ailleurs en France, n’a pas dû leur échapper le dernier rebondissement intervenu récemment à propos d’un dossier de santé publique qui avait jadis suscité de gros débats (relire ici ou ): le Red Bull. Du nom de cette boisson énergisante si prisée des noctambules, mais que la France (à l’inverse de nombreux pays, comme la Belgique) a longtemps persisté à interdire sur son territoire. Car, outre de fortes doses de caféine, elle contient de la taurine, un dérivé d'acide aminé dont les effets sont encore mal connus. Or, l’ultime rebondissement intervenu dans cette saga n’est pas vraiment à l’avantage de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot.

 

Pour preuve, l’Institut de veille sanitaire (qui avait été chargée de surveiller les problèmes de santé éventuels causés par cette taurine) a remis il y a peu un rapport très dédramatisant sur la question. Ainsi, en dépit de la surveillance qu’ils ont exercée sur cette boisson pendant les six premiers mois de sa commercialisation, ces experts n’ont relevé «qu’un faible nombre de cas d’intoxication aiguë par Red Bull». Et encore, «dans la majorité des cas», ces intoxications étaient vraisemblablement dues non à la taurine proprement dite, mais «à la présence de caféine ou à la consommation concomitante d’alcool». L’Institut note encore qu’il n’a pas réussi à établir «un lien de causalité» entre «consommation de Red Bull et différentes pathologies graves». Il remarque aussi qu’«aucun signalement de ce type n’est parvenu des centres antipoison des autres pays européens sollicités». Et conclut: «Les associations rapportées au système français de toxico-vigilance autres que celles imputables à la présence de caféine dans les boissons énergisantes et/ou à la consommation concomitante d’autres produits n’ont pas permis à ce jour de mettre en évidence une toxicité propre et immédiate des autres composants de Red Bull».

 

C’est, pour le moins, une gifle assénée à la ministre de la Santé.  Pour rappel, l’été dernier, Roselyne Bachelot avait présenté le Red Bull comme une boisson qui  –  outre le fait qu’elle n’a aucun intérêt énergétique ou nutritionnel, ce qui est probablement toujours vrai  –  «a des dangers importants». La ministre faisait même état d’un «faisceau d'indices en faveur de l'existence d'un risque»: notamment «des suspicions de décès» en Suède et en Irlande et des «cas de neurotoxicités». Elle déconseillait donc fortement la consommation de ce produit.

 

Un été plus tard donc, il apparaît que, dans l’état actuel des constatations des experts scientifiques français en tout cas, Roselyne Bachelot a raconté... à peu près n’importe quoi. Ce qui, venant d’un ministre de la Santé, n’est tout de même pas trop rassurant.

12/06/2009

Une dégringolade

A Paris, en ces jours d’été, le temps n’est pas rarement à l’orage. Au propre comme au figuré. C’est particulièrement le cas le soir et la nuit, lorsque les riverains des quelque 15.000 débits de boisson que compte la capitale française se plaignent du vacarme des fêtards. Chaque été, notamment dans les arrondissements noctambules comme notre onzième, on déplore des incidents voire des altercations liés à ce problème de cohabitation. La préfecture de police et la mairie viennent donc de lancer une campagne pour sensibiliser les sorteurs au tapage nocturne. Quelque 10.000 affiches et 50 000 cartes postales sont en train d’être distribuées dans les bistrots de la Ville lumière, afin d’inviter leurs clients à respecter davantage le voisinage.

 

La loi punit les bruits troublant la tranquillité d’une amende de 150 à 450€. L’année dernière à Paris, un millier de rappels à l’ordre pour tapage nocturne ont été adressés aux restaurateurs. Combien cet été? Il ne serait pas étonnant que les forces de l’ordre veillent à ne pas exagérément ruiner les cafetiers par des amendes. Ce secteur, en effet, connaît en ce moment une crise profonde.

 

Depuis la dernière fois où on avait évoqué ce marasme dans ce blog (ici), les chiffres officiels sont tombés. Et c’est du jamais vu. En 2008, plus de 2000 bistrots ont mis la clé sous la porte en France, un pays qui ne compte plus que 38.600 cafés, bars et brasseries. Certes, cela fait encore un bistrot en moyenne par municipalité – l’Hexagone comptant 36.000 communes. Mais c’est la confirmation d’une dégringolade historique. Il y a deux ans, la France comptait 50.000 bistrots. Ils étaient quatre fois plus nombreux en 1960. Et il y en eut jusqu’à 500.000 en 1900. Selon le patron de la Fédération française des cafés, brasseries et discothèques, cité l'autre jour dans «Le Figaro Economie», «les bistrots sont en grande partie responsables de ce qui leur arrive: ils sont trop restés dans une optique fumeurs-buveurs, sans se moderniser. Beaucoup sont devenus ringards. Dans trop d’établissements encore, le café et le sandwich sont mauvais. Les toilettes sont sales!» Les cafetiers sont donc invités à repenser leur offre, à revoir leurs prix à la baisse et à donner à leurs établissements une image plus branchée: en y lançant de nouveaux produits, en y organisant des animations, etc.

 

Dès juillet, le secteur de la restauration bénéficiera d’une TVA réduite de 19,6 à 5,5%. Voilà qui mettra un peu de baume au cœur des cafetiers. Ceux-ci n’en sont pas moins confrontés à une tendance lourde qui leur est défavorable. Hier encore, un sondage TNS Sofres est venu le rappeler. Selon cette étude, seuls 4 Français sur 10 ont l’habitude de fréquenter assez souvent les cafés, contre 8 sur 10 en 1997. Et 16% des Français envisagent de moins se rendre dans ces lieux à l’avenir.

 

L’interdiction du tabac dans les lieux publics, et donc dans les bistrots, est fréquemment citée par ce secteur comme étant une des causes de la désaffection du public. Mais force est de constater que, depuis l’entrée en vigueur de la loi de janvier 2008, les fumeurs se sont organisés. Ainsi, a été créé en France un site web qui recense les établissements, de Paris comme de province, qui disposent d’un espace fumeur ou d’une terrasse à l’air libre. Les adeptes vraiment accros de l’herbe à Nicot sont donc invités à venir s’y adonner à leur addiction sans gêner les non-fumeurs. Et, au passage, à y expérimenter le «smirting» (*), ce néologisme qu’on utilise désormais de plus en plus à Paris y compris.

 

 

(*) Mot-valise issu de la contraction des termes anglais «smoking» et «flirting».

11/06/2009

Un soupir

sanisette2.jpgIl y a décidément des Parisiens qui n’hésitent pas à entretenir l’image qui est souvent véhiculée (à l’étranger singulièrement) des habitants de la capitale française. L’image, si caricaturale, de gens râleurs, jamais contents, voire volontiers teigneux. Le «Parisien, tête de chien» donc, selon la fameuse expression consacrée. C’est ce qu’on se disait l’autre jour encore en déambulant avenue de la République, la grande artère non loin de la place du même nom. En effet, on y est tombé par hasard sur les signes d’une protestation du voisinage, à la vue desquels on n’a pu s'empêcher de pousser un soupir. Entre agacement et effarement.

 

Il s’agit donc… des sanisettes publiques. Malgré leur nouveau look moins pire qu’avant (ici), les édicules sont refusés par ces habitants du onzième arrondissement. Ils sont inquiets des nuisances qu’engendreraient ces toilettes publiques et redoutent une dévalorisation de l’image de leur quartier ainsi qu’une perte d’attrait pour leurs commerces. Après avoir lancé une pétition pour l’installation de ces toilettes uniquement loin des commerces et des habitations, ils ont suspendu des calicots devant leurs maisons («Non aux WC – Un trottoir oui, un crottoir non!», etc.) et ont réussi à faire fuir les ouvriers qui étaient en train d’installer là ces WC. Du coup, depuis, le chantier est interrompu.

 

Ce n’est pas clairement dit par les protestataires, mais il est probable qu’une catégorie particulière de la population parisienne soit visée par leur croisade anti-sanisettes: les SDF. Qui utilisent forcément beaucoup ces lieux, a fortiori depuis qu’ils sont gratuits.

 

Soupir, donc. On ne voit pas trop comment, dans une ville si densément peuplée et compacte comme Paris, il serait possible de reléguer 400 sanisettes loin de tout. A moins, évidemment, de les rendre moins visibles et accessibles. Et donc d’amener les SDF – et le passant ayant un besoin pressant –  à utiliser les squares, les murs ou les caniveaux comme lieux d’aisance.  

 

Auquel cas, au-delà même de toute considération de dignité humaine, on ne voit pas trop ce que l’image de la ville et l’hygiène publique auraient à y gagner.

10/06/2009

Un compte à rebours

Après cette longue séquence consacrée aux élections européennes, on reprend aujourd’hui dans ce blog la chronique quotidienne de la vie parisienne. Avec, malheureusement, une mauvaise nouvelle qui semble se confirmer pour l’économie et la culture de notre quartier Bastille et, au-delà, de tout l’Est parisien. En effet, la fermeture de la FNAC-Musique, dont on a déjà parlé ces derniers mois (ici ou ), pourrait bien désormais être imminente. Certains, ces derniers jours, ont même parlé de début juillet! Ce qui, à coup sûr, ferait date dans la vie du quartier. Où ce grand magasin faisait vraiment partie des meubles: il avait ouvert ses portes en 1990 dans les sous-sols de l’Opéra.

 

Le compte à rebours, en tout cas, paraît dorénavant enclenché sérieusement. Hier, dans ce qui ressemble à un baroud d’honneur, les élus du comité central d’entreprise de l’enseigne ont assigné la direction en référé devant la justice, pour demander l’annulation de ce plan social prévoyant la fermeture de la FNAC-Musique de Bastille et le reclassement de sa soixantaine d’employés. Une fermeture qui leur semble injustifiée vu la situation florissante de la maison-mère de la FNAC: le groupe de luxe PPR, qui a réalisé 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2008.

 

Sinon, les démarches effectuées, par les maires de Paris et du onzième arrondissement notamment, pour que l’Opéra Bastille cède au grand magasin les locaux supplémentaires dont il a besoin pour s’étendre n’ont pas abouti. L’opéra aurait trop besoin des espaces qui pourraient intéresser le disquaire. La ministre de la Culture, Christine Albanel, avait été houspillée pour qu’elle se bouge un peu afin d’éviter la fermeture annoncée de ce grand pôle culturel de l’Est parisien, elle qui s’est tant targuée, avec sa fameuse loi Hadopi sur internet, de vouloir défendre la création artistique. Mais elle a très mal pris la chose (ici), et rien ne semble avoir évolué non plus de ce côté-là.

 

En attendant, en tant qu’habitant du quartier passant donc régulièrement devant le magasin, on assiste jour après jour aux (ultimes?) soubresauts de la mobilisation contre sa condamnation. Dès le début du mois de mars, une pétition contre la fermeture a circulé: elle approcherait désormais les 20.000 signatures. Les samedis en fin d’après-midi, un des moments où le quartier est le plus bondé, on a aperçu des syndicalistes déployer des banderoles et des caliquots devant le magasin, pour stigmatiser la politique sociale «brutale» de PPR. Des médias nationaux  (ici, par exemple) commencent à s’intéresser aux conditions de travail des disquaires de la FNAC et à l’évolution de sa politique commerciale et culturelle. L’accès au magasin a été ponctuellement bloqué lors d'opérations de sensibilisation de la clientèle. Tout comme des employés de la FNAC-Musique ont, l’autre jour, interrompu le trafic automobile, si dense, de la place de la Bastille. Le sommet ayant été atteint par l’action ayant visé François Pinault lui-même, le PDG de PPR, qui fut bloqué de longues minutes dans sa voiture par un cortège d’employés de la FNAC en colère.

 

Mais jusqu’à présent, cette mobilisation n’a donné aucun résultat. Aucun résultat visible, en tout cas.

09/06/2009

Un raz de marée

tournesol.jpgOn savait déjà que, sociologiquement, en habitant dans le onzième arrondissement à la frontière du troisième (côté Haut Marais), on vivait au cœur parisien de «Boboland»: la capitale des bobos. Dimanche soir, cela s’est confirmé politiquement également. Dans ces deux quartiers parisiens, le résultat des élections européennes est même saisissant. Et constitue un camouflet retentissant pour le maire de Paris, le socialiste Bertrand Delanoë.

 

En effet, les Verts sont désormais - et de loin - la première force politique dans ces deux arrondissements. Les Parisiens de notre quartier ont même voté massivement pour la liste de Daniel Cohn-Bendit: 34,8% dans le onzième et 36,7% dans le troisième. Ce sont les plus beaux scores réalisés par les Verts dans la capitale française. Sensation supplémentaire: avec respectivement 17,9% et 17,1% des voix seulement, le PS y est désormais historiquement rélégué à la troisième position, derrière l’UMP. Ajoutons que, dans notre quartier, la gauche radicale (la liste anticapitaliste d’Olivier Besancenot + celle du Front de gauche) a totalisé 10% des suffrages. Dimanche donc, à «Boboland», il restait décidément peu de progressistes pour voter socialiste.

 

C’est une triple gifle pour Bertrand Delanoë. D’abord, parce que c’était un de ses proches qui menait la liste socialiste en région parisienne: l’eurodéputé sortant (et réélu, tout de même…) Harlem Désir. A cet égard, peut-être le résultat socialiste aurait-il été moins mauvais dans la capitale si le casting avait été différent: si ce parti y avait investi à la tête de sa liste son porte-parole Benoît Hamon, qui la réclamait et est identifié comme étant plus à gauche qu’Harlem Désir. Ensuite, parce que les mairies d’arrondissement du onzième et du troisième sont aux mains de socialistes. Enfin, parce qu’aux dernières élections municipales à Paris, les Verts avaient lourdement régressé par rapport aux socialistes.

 

Comme quoi, en politique, rien n’est jamais définitivement acquis. Y compris dans les bastions, fiefs et autres baronnies.

08/06/2009

Un désert

On n’a pas du tout été étonné en apprenant hier soir le taux d’abstention record qui a caractérisé les élections européennes en France – et à Paris y compris. En milieu de journée, en effet, dans notre bureau de vote du onzième arrondissement, c’était… le désert. Dans la cour de la petite école réquisitionnée pour l’occasion, il y avait à peine un couple de petits vieux qui prenait paisiblement le soleil sur un banc. Tandis qu’à l’intérieur, à côté des isoloirs et derrière les grandes tables sur lesquelles s’alignaient sagement les piles de bulletins de vote, les préposés bâillaient aux corneilles.

 

Il faut dire que, pour le Parisien de la rue, ce week-end, l’événement était moins ce scrutin que… la visite si médiatisée de la famille Obama. En tant qu’habitant du centre ville, d’ailleurs, on a pu suivre l’évolution, heure par heure, de ce séjour présidentiel sans même devoir se brancher sur les infos à la radio: il suffisait d’écouter le vacarme plus ou moins important fait dans le ciel par les hélicoptères qui supervisaient la sécurité des déplacements de la famille présidentielle américaine.

 

Des hôtes de marque qui, pour des raisons de sécurité, ont eu droit à ce à quoi n’importe quel Parisien n’oserait jamais rêver. Visiter Notre-Dame, vidée de ses cohortes de touristes bruyants, dans un silence… de cathédrale. Et admirer les merveilles du Musée d’art moderne de Beaubourg puis du Louvre alors que ceux-ci, évacués également de leur foule habituelle, devaient ressembler à un désert de calme et de sérénité.

 

Pour cette famille, jouir de ces lieux magnifiques dans de telles conditions dut être vraiment formidable. Mais, pour le coup,  vu la quiétude qui y régnait, leur atmosphère n’était pas le moins du monde typiquement parisienne. Quelque part, cela doit être (un peu) frustrant.

05/06/2009

Une langue

esperanto.jpgOn a au moins appris une chose, au cours de cette campagne pour les élections européennes de ce dimanche. Appris qu’en 2009, il se trouve encore en France des gens pour militer en faveur… de l’espéranto, cette langue à vocation universelle inventée vers 1890 par le Dr Zamenhof. Pour preuve, sur la plupart des panneaux électoraux de Paris en ce moment, sont placardées les affiches du parti «Europe Démocratie Espéranto» (EDE), une liste qui prône l’instauration de cette «langue commune indépendante, riche, et équitable comme ciment de la citoyenneté européenne et comme clé de voûte d’un multilinguisme équilibré».

 

L’espéranto, selon ce parti, devrait être enseigné dans toutes les écoles européennes. Car, s’agissant du plus «équitable et accessible» des langages internationaux, cet idiome constituerait «la solution la plus adaptée pour rendre effectif l’accès à la communication internationale, qui est un droit pour tous les citoyens européens».

 

Aux élections européennes de 2004, la liste EDE avait recueilli très exactement 25.067 voix dans toute la France, soit un maigre 0,15% des suffrages. Cinq ans plus tard, a-t-on pu constater dans le quartier, les affiches d’EDE ne sont pas rarement la cible de graffitis hostiles. Ainsi, à l’endroit de l’affiche invitant les électeurs à favoriser, par leur vote dimanche, «une langue équitable, qui respecte nos langues et nos cultures», des opposants à l’espéranto ont pris l’habitude de rageusement griffonner: «le français».

 

Au passage, rappelons tout de même qu’en France, il n’y a pas que le français. On y compte aussi près de 80 langues régionales, dites «minoritaires» (l’alsacien, l’occitan, le breton, le corse, etc.). A l’école, elles sont étudiées (le plus souvent dans le cadre de cours à option) par près d’un demi-million d’élèves. Pourtant, le gouvernement Fillon tarde à respecter sa promesse d’inscrire d’une façon ou d’une autre ces langues dans la Constitution, ne serait-ce que pour reconnaître leur indéniable valeur patrimoniale. Ainsi, la ministre de la Culture, Christine Albanel, avait-elle jadis promis, mordicus, de faire procéder à cette inscription en 2009. Et s’était engagée à prendre des mesures pour promouvoir l’enseignement de ces langues, leur utilisation dans la création artistique, dans les médias, etc. Finalement, a-t-il été annoncé récemment, le tout vient d’être reporté à 2010 au plus tôt, officiellement pour cause d’«encombrement parlementaire».

 

Si déjà le picard ou le flamand passent si mal à Paris, c’est peut-être un brin utopique d’espérer y lancer l’espéranto.

04/06/2009

Un aperçu

Il n’y a pas que les affiches des partis politiques traditionnels que l’on voit en ce moment sur les panneaux électoraux de Paris, en prévision du scrutin européen de dimanche. L’un ou l’autre petit parti sollicite également les suffrages des électeurs. D’ailleurs, ces petites formations folkloriques disons originales, pour ne pas être dénigrant, sont très visibles sur les panneaux. Et pour cause: il s’agit souvent pour elles de la seule façon de se faire connaître. En effet, leur manque de moyens les empêche pour la plupart d’imprimer les tracts que l’administration, ces jours-ci, envoie aux électeurs. Vite fait, un petit aperçu de ces micro-listes s'affichant sur les panneaux de notre quartier.

 

La liste la plus visible, d’abord: on voit un peu partout le grand globe terrestre qui figure sur ses affiches. “La terre sinon rien” est son nom. «Ni de droite, ni de gauche: de la terre», est son slogan. Le programme? «D’avant-garde». Il a été conçu pour… les «amoureux de la vie». Et se place sous le patronage spirituel de rien moins que Léonard de Vinci, Einstein, Gandhi, Gorbatchev, Pythagore, Marguerite Yourcenar, Cioran ou Boris Cyrulnik. “La terre sinon rien” préconise l’établissement en Europe d’un «nouvel indicateur de croissance» en lieu et place du Produit intérieur bruit (PIB): «le Bonheur intérieur brut». A l’en croire, le remplacement d’un PIB «devenu obsolète sinon mortifère» par ce BIB «permettra de déclencher un cercle vertueux dans l’économie des 27 Etats membres». Car, «pour apaiser nos sociétés», il faut, outre créer des emplois, «créer du sens dans nos économies» et «reconsidérer la richesse».

 

Voisine idéologiquement, et tout aussi détonnante, est la liste du PPLD: le “Parti pour la Décroissance”. Cette liste – qui a choisi le sympathique animal qu’est l’escargot comme symbole – affirme vouloir «placer l'économie au service de l'homme et non pas l'inverse». Elle soutient qu’«une croissance infinie n’est pas possible dans un monde fini!» Et propose notamment aux électeurs d’opter pour «une société de la sobriété». En clair? «Il appartient à l’Europe,  dont la surconsommation nuit gravement à l’ensemble de l’humanité, de rétablir un équilibre qui commence par la sobriété de nos modes de vie: programmes d’économie d’énergie, relocalisation de l’ensemble de nos activités pour limiter les transports, réforme de l’agriculture, privilégier le durable au jetable, réduction des limites autorisées de pollution», etc.

 

Encore plus fumant: un «nouveau parti alternatif» baptisé “Cannabis sans frontières (alternative écologique) ”. Il milite «pour une nouvelle politique des drogues audacieuse et innovante». Et s’indigne: «Comme des milliards d’autres personnes pour des milliers d’autres raisons, les usagers de cannabis sont stigmatisés, marginalisés, discriminés, en étant désignés comme des criminels. Imaginerait-on qu’il faille se cacher pour déguster un verre de bon vin rouge? Que, l’alcool étant interdit, les gens se remettent à acheter sous le manteau de la gnôle frelatée, sans être capables de savoir de quoi elle est faite?» Ce parti  demande aux pouvoirs publics de «reconnaître ce que la culture du chanvre peut apporter comme alternative écologique dans le domaine de la construction, du textile, des soins médicaux, ou en termes d’impôts, de création d’emploi ou d’apaisement social».

 

Dans notre onzième arrondissement si bobo, et donc supposément libertaire, on est curieux de voir combien d’électeurs vont voter dimanche pour un tel programme.

03/06/2009

Un guignol

lalannedrevet.jpgUn visage connu ce matin au coin de la rue, émergeant de la grisaille des panneaux électoraux. Celui de Patrice Drevet, encore tout récemment Monsieur Météo sur France 2, dont il est désormais retraité. A ses côtés, un autre visage encore plus connu: celui du chanteur Francis Lalanne. Ces deux «people» s’affichent sur les panneaux électoraux de Paris en vue des élections européennes de dimanche, pour la liste de l’Alliance écologiste indépendante, un agglomérat de trois petits partis écologistes de droite. Mais ils sont candidats dans le Grand Sud-Ouest et dans le Grand Sud-Est. Aucun électeur parisien ne pourra donc voter pour eux dimanche. Dès lors, l’apparition de leurs visages sur les panneaux dans la capitale relève de la pure campagne de notoriété – et d’un gaspillage vraiment peu écologique de papier?

 

A propos, Francis Lalanne a publié dernièrement un petit livre-programme politique à mourir de rire. Ou à pleurer, c’est selon. Il s’agit d’une «Mise en demeure à Monsieur le Président de la République française», dont il critique la dérive «monarchique». Au fil d’une soixantaine de pages écrites, excusez du peu, entièrement en vers, le «poète engagé» adjure l’hôte de l’Elysée de n’être pas sourd. «Ecoutez-moi! Je vous en prie! Ecoutez la voix du poète! Entendez quand le peuple crie! Et ne détournez plus la tête!»

 

Se comparant  au «poète décapité par la fureur d’un Robespierre», le preux Lalanne somme le grand Sarkozy de mettre un genou en terre: «Prince dénommé Président! Dressant un constat de carence, Le citoyen indépendant Vous somme de rendre à la France Les pouvoirs qui, se confondant, sont d’un monarque entre vos mains!» Signant son adresse sous le nom de plume un rien ronflant d’Archilogue Magistophore, le barde le plus célèbre de France lance un avertissement solennel aux peuples probablement extatiques ainsi qu'au tyran certainement apeuré: «Je me battrai comme il se doit. Au nom de la Constitution. Car c’est mon devoir De résister à l’oppression». Et, que les choses soient claires, l’intéressé ne craint «ni Catilina, Ni les intérêts praticiens, Ni les proconsuls de l’ENA, Ni Antoine et ses miliciens!»

 

220 ans après 1789 et la prise de la Bastille, les murs du quartier parisien du même nom affichent donc Francis Lalanne comme candidat prêt à «monter la garde nationale Et mener la lutte finale». Il n’y a pas à dire, elle est vraiment en de belles mains, la Révolution.