30.06.2009
Une victoire
Un peu d’air frais de la campagne, un parfum de vacances et même des senteurs de Provence aujourd’hui dans ce blog. Voilà qui ne pourra pas faire de mal aux Parisiens alors que, ce mardi encore, comme c’est si souvent le cas ici en périodes de chaleur, on va suffoquer à cause de la pollution. Le gouvernement a enfin tranché hier dans le dossier si controversé du tracé de la future ligne ferroviaire à grande vitesse qui, à l’horizon 2025, mettra Paris à 3h50 seulement de Nice. Cela faisait des mois que, dans le Midi, l’on attendait cette décision. «Respectons la Provence de Cézanne!», s’étaient ainsi mobilisés les élus de la région d’Aix-en-Provence. En cause? Un des deux tracés envisagés traversait le Haut-Var et longeait la Sainte-Victoire, la montagne immortalisée par le grand peintre. Ce tracé semblait avoir les faveurs du gouvernement, car il était plus rapide et moins coûteux (en gros: 8 à 10 milliards au lieu de 15) que son alternative, passant par Marseille et Toulon. «Ne sacrifions pas les paysages de la montagne Sainte Victoire, promis à un classement au patrimoine mondial de l’Unesco, pour gagner 10 minutes en 2020!», insistaient ces opposants. Lundi soir, ils ont été entendus.
Le gouvernement, en effet, a fait part de sa préférence pour le tracé qui traverse les grandes métropoles méridionales plutôt que la campagne aixoise. Et a promis que ce futur TGV Paris-Nice «empruntera les lignes ou emprises existantes. A défaut, les solutions d'enfouissement seront massivement privilégiées pour protéger le riverains, la biodiversité, les espaces remarquables ainsi que les exploitations agricoles et viticoles».
Si le tracé choisi lundi constitue une victoire pour les admirateurs de Cézanne, s'il est présenté comme étant le moins destructeur de l’environnement et du patrimoine, les opposants à toute ligne à grande vitesse provençale ne désarment pas. Eux mettent en avant les atteintes qui seront causées à la Plaine des Maures, qui vient d’être classée Réserve Naturelle Nationale. Ou refusent que le Var et les Bouches du Rhône deviennent «la poubelle des Alpes maritimes», par l’afflux de déchets qui sera généré par les «milliers de touristes supplémentaires sur la région niçoise ainsi que des milliers de nouveaux résidents suite au développement inévitable des résidences secondaires dans les Alpes Maritimes».
Ils contestent même l’argumentation gouvernementale selon laquelle le développement du réseau ferroviaire est écologiquement correct. Et d’interroger: «Œuvrer pour le développement durable, est-ce détruire des paysages entiers avec des explosifs? Raboter des collines, trouer des montagnes? Dévier des cours d'eau, polluer et assécher des nappes phréatiques? Accélérer la disparition d'espèces végétales et animales protégées, menacer l'existence d'autres espèces? Sinistrer entièrement les territoires situés le long de la ligne, entraînant la désertification des régions concernées? Etre sources d'incendies? Consommer une énorme quantité d'énergie? Recouvrir la France entière de lignes à très haute tension?»
«Provença resistirà!!!», préviennent déjà ces anti-LGV Paca. On verra ces activistes à l’œuvre la semaine prochaine notamment, à l’occasion du passage du Tour de France dans la région. Cet été dans le Midi, on ne va sans doute parler que de ce dossier.
11:35 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : transports, culture, patrimoine, activisme
29.06.2009
Une “amitié” (suite)
L’autre jour, peu avant les élections européennes (relire ici), on disait notre ravissement d’avoir reçu à la maison un courrier d’une personnalité tête de liste pour ce scrutin: une candidate qu’on ne connaissait absolument pas, mais qui nous assurait néanmoins de toute son «amitié». Et on s'était dit que, décidément, les fichiers circulaient pas mal, en période électorale, dans les états-majors politiques. Manifestement, on n’a pas été le seul à penser cela.
Ainsi, la Commission informatique et libertés (CNIL) a-t-elle annoncé récemment avoir été «saisie par de nombreuses communes préoccupées par l’augmentation des demandes de communication des listes électorales informatisées». Confrontés à «des demandes récurrentes de certains particuliers ou de dirigeants de sociétés privées», ces élus, «au nom de la protection de la vie privée de leurs administrés», s’inquiétaient de l’utilisation qui pouvait être faite des informations personnelles contenues dans ces listes électorales.
La CNIL a donc effectué des contrôles auprès de divers «organismes identifiés comme utilisateurs des fichiers électoraux»: sociétés commerciales de généalogie, cabinets d’enquêtes ou de recouvrement de créances, associations, etc. Résultat? «Des bases de données de plusieurs millions de personnes sont constituées à partir des fichiers électoraux obtenus auprès de villes de la France entière». Or, pour le gendarme de l’informatique et des libertés publiques en France, ce pays se distingue par son «cadre juridique insatisfaisant» en la matière. En effet, le code électoral se borne à autoriser la communication des listes électorales à tout candidat, parti, groupement politique, ainsi qu’à tout électeur quel que soit le lieu où il est inscrit, à la seule condition qu’il s’engage à ne pas en faire un «usage purement commercial». Mais «cet engagement pris par le demandeur ne constitue pas une garantie suffisante, puisque aucune procédure de contrôle ni de sanction n’est prévue. Par ailleurs, la notion d'usage purement commercial est peu claire». La CNIL et la Commission d’accès aux documents administratifs ont donc prié les autorités de clarifier ce cadre juridique.
Le prochain scrutin en France aura lieu l’an prochain: ce sont les élections régionales. Des mesures auront-elles été prises? Ou, en 2010, recevra-t-on toujours des courriers de personnalités candidates nous assurant de leur «amitié»? Les paris sont ouverts.
14:38 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vie privée, communication, informatique
26.06.2009
Un décalage
Ce vendredi en milieu de matinée, à moins que cela nous ait échappé, Nicolas Sarkoy, le «Roi de la pop de la politique française» n’avait toujours pas réagi au décès du «Roi de la pop», Michael Jackson. C’est un peu étonnant. Habituellement, en effet, le Président français est assez réactif aux événements d’actualité. Notamment lorsqu’il s’agit de rendre hommage à des disparus et a fortiori lorsque leur décès a un retentissement mondial. Un décalage dû à l’heure tardive de la disparition du chanteur? Même pas. En ce moment, Nicolas Sarkozy est en déplacement aux Antilles. Donc il faisait jour pour lui quand la disparition est survenue. Et vu l’armada de conseillers et de plumes qui l’entoure en permanence, vu aussi l’ampleur de l’infrastructure de communication qui ne le quitte jamais, y compris à l'autre bout du monde, il était parfaitement en mesure de se fendre d’un communiqué.
A cette heure, son parti, pour réagir à cette annonce, n’a trouvé que l’ex-ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres. Qui a pondu quatre lignes. «Michael Jackson restera un mythe vivant de la musique du 20ème siècle. Effervescent, toujours insatisfait et électrique, il a transmis à la jeunesse mondiale une énergie rare. Au-delà de la complexité de sa vie, il est un artiste au souvenir immortel».
Côté socialiste, il était comique de constater ce matin, en écoutant la radio, que l’ineffable Jack Lang était évidemment parvenu à dribbler tous les hiérarques de son parti en étant le premier à réagir. Sans doute cela ne l’a-t-il pas embarrassé: il a même réussi à brûler la politesse au nouveau ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. Alors pourtant que celui-ci, au saut du lit, avait sauté sur son scooter pour rejoindre le plus vite possible les studios d’une grande radio.
Sinon, ce matin, une personnalité politique française était visiblement un peu en décalage par rapport à la tonalité ambiante, si larmoyante et catastrophée. Invitée de la télé LCI, Christine Lagarde se voyait demander si elle avait été «touchée» lorsqu’elle avait appris cette nuit la mort du chanteur. «Non», a répondu très calmement la ministre de l’Economie et des Finances de Nicolas Sarkozy. Qui a dit comprendre et s’associer bien sûr à la douleur ressentie par les proches et les fans de cet artiste «médiatisé et mondialisé», mais sans pour autant être personnellement «touchée» par son décès.
On ne sait encore si Christine Lagarde se verra reprocher cette réaction à chaud. Si l’establishment l’apparentera à une gaffe ou à une faute de goût. Si cela sera mis sur le compte d’un manque d’humanité présumé. Mais ce matin nous en tout cas, devant la télé, on a trouvé la désarmante franchise de cet aveu ministériel plutôt rafraîchissante. Dans un monde politique et médiatique si souvent régi par la langue de bois, le registre émotif et les élans compassionnels collectifs, a fortiori à l’heure de grandes disparitions.
11:09 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, musique, gouvernement
25.06.2009
Une invasion
Avis aux “shopping addicts”: les soldes ont commencé hier à Paris. Avis aux agoraphobes: l’affluence est telle, depuis hier matin dès la première heure de l’opération, qu’il paraît que, dans les grands magasins, c’est vraiment l’horreur. C’est le moment que choisit un de ces fameux commerces parisiens, les “Galeries Lafayette” pour communiquer sur une initiative qui, c’est le moins que l’on puisse dire, pose question.
D’ici à la fin juillet, les “Galeries” ouvriront une boutique de 300m² au cœur même d’un des temples de la culture de la capitale: le Palais Garnier. Dans les rayons, on trouvera des livres, des disques, de la hi-fi, de l’électronique, de la mode, des soins de beauté, des bijoux, de l’art de la table, des souvenirs pour touristes, des articles pour enfants, etc. etc. L’habillage marketing de ce «concept commercial unique» est évidemment culturel. Il s’agit, assure-t-on, de «proposer des produits novateurs, symbolisant l’excellence française, autour des arts lyriques et chorégraphiques». Ainsi, le rayon mode tournera autour du thème de la danse; on y trouvera «des accessoires, des soins de beauté pour les danseuses, mais aussi des bijoux de scène, tutus, accessoires et objets d’artistes». Idem pour le rayon enfants: les “Galeries” assurent que les « jeux éducatifs, livres et disques, costumes, jouets et cahiers de dessins (qui) seront proposés aux enfants et à leurs parents» fréquentant le Palais Garnier constitueront «avant tout une sélection de divertissement dédiée en partie à l’apprentissage et à la découverte, une sorte de premier pas vers les Arts». L’objectif premier de l'opération n’en est pas moins commercial. Le Palais Garnier est un emplacement en or puisque, se réjouissent les “Galeries”, il accueille chaque année 300.000 spectateurs et 500.000 visiteurs.
Gros soupir de lassitude. Car, bon, sans revenir avec les marchands du temple, n’y a-t-il donc pas déjà suffisamment de magasins, de camelots, d’étals de bibelots et de boutiques de souvenirs à Paris? Ne pourrait-on pas concevoir que des lieux culturels aussi exceptionnels comme l’Opéra Garnier soient juste artistiques et pas également marchands? Est-ce parce que les “Galeries Lafayette” possèdent déjà une boutique similaire au cœur du Musée des Arts décoratifs, rue de Rivoli, qu’il faut les autoriser à envahir tous les grands lieux culturels de la capitale? A-t-on le droit, dans cette ville, d’adorer faire du shopping mais de souhaiter aussi que certains lieux soient préservés de toute dimension mercantile? Afin qu’ils soient des respirations salutaires et bienvenues dans une des capitales mondiales du commerce.
Accessoirement, notons que l’Opéra de Paris, au moment où, à Garnier, il concède – à prix d'or, sans doute – 300m² au grand commerce, assure qu’il lui est impossible de trouver, à Bastille, le moindre m² à refiler à la FNAC. Pour qu’elle puisse s’étendre dans les sous-sols de l’opéra et donc ne pas fermer ses portes comme annoncé – avec les conséquences que cela suppose pour l’accès à la culture du grand public de l'Est parisien.
Mais Frédéric Mitterrand, le nouveau ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, va certainement arranger cela.
11:30 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, culture, paris
24.06.2009
Un blanc
Cela s’est passé hier à la télé, en plein milieu de la soirée. Sur une chaîne de service public, France 3 en l’occurrence. Pendant un long moment – une bonne minute, ce qui, à l’échelle télévisuelle, est une éternité – , il y eut un blanc à l’antenne. Un noir plutôt, tel qu’il apparaissait sur le petit écran. En fin du «Soir 3», après le décrochage régional. Ce long blanc terminé, le spectacteur éberlué a pu constater que la désannonce par Carole Gaessler de son JT avait carrément été zappée et qu’on avait enchaîné sur le mini-programme sportif quotidien. Cela fait des semaines que la régie finale du «Soir 3» cafouille complètement avec ces décrochages régionaux en queue de JT national, ce qui produit des conséquences visibles à l’antenne. Avec, soit dit en passant, jamais le moindre mot d'excuses au téléspectateur pour ces couacs à répétition. Une telle interruption de programme sur le service public en pleine soirée est toutefois assez rare.
Cette semaine, la chaîne régionale de France Télévisions a aussi eu droit à l’annonce du départ prochain de la talentueuse et populaire présentatrice de son «19-20», Audrey Pulvar. Cette journaliste se distinguait notamment par ses interviews tout sauf complaisantes de personnalités politiques – Nicolas Sarkozy en personne, un soir, en fit l’expérience. Dans le même registre, est venue hier la confirmation que la justice poursuivait son enquête sur les conditions dans lesquelles les images, sons et confidences en «off» du chef de l’Etat avant sa mémorable intervention sur France 3, fin juin 2008, avaient fuité sur la place publique. Et, vu l'image pas trop flatteuse que la séquence donnait de l'intéressé, avait aussitôt fait du buzz sur internet. Confirmation, donc: après des collègues déjà entendus sur ce dossier au printemps, un des responsables de France 3 est convoqué début juillet à la police judiciaire de Paris, à la demande du parquet.
Du coup, dans la profession journalistique, d’aucuns dénoncent un «harcèlement» judiciaire de la presse, sur instruction du pouvoir politique. Plus sobrement, on se permettra de poser une question: dans ce pays, la justice et la police n’ont-elles donc que cela à faire que de continuer à enquêter, un an après les faits, sur un incident télévisuel qui, tout de même, n’a pas entraîné mort d’homme?
Sinon, depuis hier soir, c’est donc un ancien journaliste, Frédéric Mitterrand, qui est désormais ministre de la Culture et de la Communication. Son passé professionnel ne lui sera sans doute pas de trop pour tenter d’apaiser les relations entre la presse et la présidence de la République.
11:14 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : télévision, journalisme, justice, sarkozy, mitterrand
23.06.2009
Une digression
C’était complètement en décalage par rapport à l’actualité brûlante du moment, mais on a trouvé ce télescopage délicieusement léger et rafraîchissant. C’était hier après-midi, au moment précis où le Président Sarkozy était en train de discourir sur l’Etat de la nation, de l’Europe et de la planète devant le Congrès solennellement réuni pour lui sous les ors de Versailles. En plein milieu de ce discours, l’auguste château communiquait une nouvelle bucolique et donc charmante aux médias. Bientôt, les Parisiens pourront se pourlécher les babines avec… du miel en provenance directe du célèbre château.
Avec à l’esprit l’image de Maya l’Abeille qui se superposait sur celle du visage du chef de l’Etat, on n’a pas résisté au plaisir de se pencher un peu et illico sur cette digression informative si délicieuse. Tout en continuant bien sûr à suivre d’une oreille et à surveiller d'un oeil l’exposé présidentiel ô combien plus austère sur les ravages de «l’assistanat» et de «l’égalitarisme» en France, les nécessités d’y lancer bientôt un grand emprunt d’Etat pour financer les «priorités stratégiques nationales», ou l’obligation de réformer le système des retraites à l’horizon 2010.
Il apparaît donc que, début juillet, pas moins de 100 kilos de miel seront tirés des six ruches qui, l’automne dernier, ont été installées au cœur des jardins de Versailles, au lieu-dit le «Hameau de la Reine», dans le cadre d’«Abeille, sentinelle de l’environnement»: un «programme national de sensibilisation et d’information sur la sauvegarde de la biodiversité végétale à travers la protection des abeilles». Ce programme a été lancé par l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), selon qui «les analyses effectuées sur les pollens ramenés par les abeilles versaillaises constitueront un excellent baromètre de la variété de plantes butinées et de leur état phytosanitaire». Les Parisiens, indécrottablement urbains, l’ignorent sans doute, mais «les abeilles, non contentes de nous offrir du miel, sont indispensables à la pollinisation, donc à la reproduction de 80% des végétaux, soit environ 200 000 espèces différentes. Or, elles connaissent aujourd’hui un taux de mortalité anormalement élevé de 30% par an».
Le miel, décidément, est très tendance en ce moment dans les lieux les plus prestigieux de Paris. Ainsi, on trouve des ruches sur le toit de l’Opéra Garnier. Et, avant Versailles, c’est le Grand Palais qui, il y a quelques semaines, avait annoncé pour juillet la première récolte du "Miel du Grand Palais", issu des ruches qui sont pareillement installées sur le toit de l’édifice. Ici également, l’opération n’a pas été lancée seulement pour «le plaisir du miel», mais surtout «pour contribuer à la défense de la biodiversité et à la connaissance de la vie des abeilles en ville». D’ailleurs, selon l’apiculteur ayant installé ces ruches au sommet du Grand Palais, «les abeilles vivent mieux en ville qu’à la campagne, à cause de la biodiversité. Il y a des milliers de petites fleurs en ville, même de la lavande, alors que la campagne est polluée par les pesticides. La pollution de la ville n’est rien comparée à celle occasionnée par les pesticides».
C’est assurément la bonne nouvelle de la semaine pour les quelque 2 millions de Parisiens qui, à longueur d’années, toussent à cause de leur pauvres petits poumons pollués par les particules fines et la circulation automobile.
11:21 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : environnement, patrimoine, santé, art de vivre, paris
22.06.2009
Un achèvement
Jour J dans le Quartier Latin. Ce lundi, en effet, s’y achève officiellement un énorme chantier, qui dura des années et nourrit d’innombrables polémiques: la rénovation de Jussieu. Du nom du campus de l’université Paris VI, dont la tour particulièrement hideuse, avec ses 24 étages et 88 mètres de haut, défigure depuis 1970 les environs immédiats du Jardin des Plantes.
Dans cette tour comme dans une dizaine d’autres bâtiments de la fac, s’est déroulé depuis 1996 un chantier colossal par son ampleur et sa complexité: «le plus gros chantier de désamiantage en Europe». Un chantier qui a nécessité le déménagement de milliers d’étudiants, a été parsemé d’incidents et a occasionné d’énormes dépassements budgétaires. On peut d’ailleurs rappeler qu’un des principaux responsables des retards de ce chantier fut, à la fin des années 90, un chercheur renommé de Jussieu qui était en même temps ministre de l’Education, Claude Allègre – dont le nom est cité pour entrer au gouvernement à la faveur du remaniement attendu cette semaine. Claude Allègre, en effet, n’est pas seulement un révisionniste du réchauffement climatique. Dans le cas de Jussieu, il a aussi, et constamment, mis en doute la dangerosité de ce que les spécialistes qualifiaient pourtant de «mine d’amiante en plein Paris». Et n’au eu de cesse de dénoncer la «psychose collective» de ses collègues scientifiques à propos de ce matériau.
Dès lors, son entrée au gouvernement désespérerait sans doute, outre les défenseurs de l’environnement, les malades de ce fléau sanitaire oublié qu’est l’amiante en France – pays qui, par rapport à ses voisins, tarda très longtemps avant d’interdire ce matériau. Ce week-end, justement, une «marche nationale des veuves de salariés de l'industrie victimes de l'amiante» a eu lieu à Dunkerque. Venues de toute la France mais aussi d'Italie et de Belgique, quelque 2000 personnes ont défilé derrière une banderole clamant: «Nos empoisonneurs doivent être jugés sans délai». «Les premières plaintes ont été déposées en 1996, et toujours pas de procès», a déploré un des organisateurs. «Et on nous dit aujourd'hui que l'instruction devrait se prolonger jusqu'en 2014: près de vingt ans après les premières plaintes». Les associations considèrent que, depuis la première «Marche des veuves» de l’amiante, fin 2004, «il y a eu 17.000 morts empoisonnés par l'amiante en France». Et des projections pour les années à venir tablent sur 100.000 décès dus à l’amiante dans ce pays.
11:35 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : santé, gouvernement, paris, justice, education
19.06.2009
Un ticket (virtuel)
C’est le jour où jamais pour parler technologie, puisque, ce vendredi, débarque en France l’iPhone 3GS, le dernier smartphone d’Apple. Dans les transports parisiens bientôt, a-t-il été annoncé au début de cette semaine, un (petit) stress sera épargné aux usagers. Celui de se rendre compte, au dernier moment avant de franchir le tourniquet du métro, qu’on n’a plus de ticket en poche ou dans le portefeuille et qu’il faut donc rebrousser chemin, direction les guichets, en se coltinant au passage les récriminations de la foule qui piétine dans votre dos pour accéder au plus vite au métro. Ou le (petit) stress, quand on n’a pas une minute à perdre voire qu’on est déjà en retard, de devoir, pour acheter un titre de transport, faire la queue devant des automates invariablement bondés, si lents et/ou hors service. D’ici à 2010 à Paris, ces opérations seront beaucoup plus simples puisque, pour les effectuer, il suffira de dégainer son téléphone portable.
En effet, le ticket de métro (voire à terme l’abonnement) pourra devenir virtuel et être intégré au téléphone. Pour accéder aux quais, il suffira donc d’approcher son portable d’un lecteur magnétique afin de valider ce ticket virtuel qui, via le téléphone, aura été acheté n’importe où, de chez soi par exemple. Sur son téléphone toujours, on pourra dénicher les itinéraires les plus pratiques, contrôler l’état du réseau (pannes, grève, etc.), se renseigner sur les tarifs les moins chers, télécharger son abonnement, donner un ticket à quelqu’un d’autre ou, pour les touristes par exemple, tenter de s’y retrouver dans les correspondances entre métros, bus, RER ou tramways. Autant d’opérations que l’on pourra donc bientôt faire dans le calme à partir de son portable, plutôt que dans l’agitation bruyante et bousculée des stations du métro parisien.
C’est ce qu’on appelle la «billettique» électronique. Elle sera permise par le recours à la technologie NFC (Near Field Communication, connexion radio à courte distance), qui permet déjà aux détenteurs du pass «Navigo» de valider celui-ci en l’approchant de la borne au passage des tourniquets.
A propos, depuis pas mal de temps, le débat fait rage à Paris au sujet du respect de la vie privée des usagers des transports publics et des dangers que représenterait une traçabilité de leurs déplacements, rendue possible par ces nouvelles technologies (relire ici ou là). Voulant sans doute désamorcer la controverse, l'organisme qui gère les transports en région parisienne a, dès l’annonce du lancement de cette «billettique» électronique, promis qu’il serait «particulièrement vigilant à conserver l’anonymat des déplacements» de ses clients. Autre engagement: le recours à cette nouvelle technologie n’entraînera «aucun surcoût pour le voyageur».
Deuxième innovation annoncée dernièrement en France, relative aux téléphones portables: le ministère de l’Ecologie a confirmé qu’il réfléchissait à la mise en place d’un système de consigne pour ces appareils, similaire à la consigne frappant depuis des lustres certains récipients en verre. Ce ne serait pas un luxe. Les Français, en effet, changent en moyenne tous les 18 mois de téléphone portable. Logique: depuis la fameuse époque des portables à 1 franc, ce produit de consommation a toujours été moins cher à l'achat (mais pas forcément à l'utilisation) en France que dans les pays voisins. Bientôt, les utilisateurs de mobile dans l'Hexagone auront la possibilité de rapporter leur ancien modèle dans les points de vente. En échange de quoi, leur serait remboursée la légère augmentation (de 2 à 5€) de l’«écoparticipation» demandée lors de l’achat.
Un petit geste donc a priori indolore pour le portefeuille, mais pas inutile pour l’environnement. Même s’il ne changera fondamentalement rien aux conséquences écologiques désatreuses de cette course consumériste un peu hystérique, qui rend tout appareil électronique invariablement dépassé, six mois après son lancement, par le modèle suivant lancé sur le marché à grand renfort de publicité. Ce qui, chaque année, fait aboutir dans les poubelles et décharges de France des tonnes de matériel électronique souvent en parfait état de marche mais prématurément délaissé par l’utilisateur soucieux d'être toujours au goût du jour, y compris technologiquement.
10:51 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : métro, paris, technologie, transports, environnement
18.06.2009
Un épilogue
C’est l’épilogue d’une controverse d’une vivacité que le patrimoine parisien n’avait plus connue depuis des années. C’est aussi le sort d’un des plus beaux lieux de Paris qui vient d’être scellé, presque en catimini: l’Hôtel Lambert (si vous ne situez pas, des photos ici). Cet édifice du bord de Seine, à la silhouette si familière aux Parisiens, qui occupe toute la proue Est de l’île Saint-Louis. Un joyau de l’architecture du dix-septième siècle, que l’on doit à l’architecte Louis Le Vau et au décorateur Charles Le Brun, le duo qui s’illustra au château de Versailles. On n’avait pas encore eu l’occasion de traiter le dossier ici, donc il est plus que temps de lui consacrer quelques lignes aujourd’hui.
Tout commença en 2007, lorsque l’Hôtel Lambert fut vendu (pour un prix astronomique) par son propriétaire, le baron Guy de Rothschild, au frère de l’émir du Qatar. Avant de s’y installer, la famille princière avait prévu d’y mener des travaux pharaoniques: un parking souterrain dont la sortie donnerait sur le quai d’Anjou, une vingtaine de salles de bains, plusieurs ascenseurs intérieurs, etc. L’édifice (où vécut notamment Voltaire) étant entièrement classé, les amoureux du patrimoine avaient blêmi. Une pétition contre le projet avait été lancée, qui recueillit plusieurs milliers de signatures dont celles d’académiciens (Françoise Chandernagor, Jean Clair, Dominique Fernandez, Marc Fumaroli, etc.), de grands noms de l’architecture (Bruno et Henri Gaudin, Yves Lion, Bruno Fortier etc.), ou d’historiens (Emmanuel Le Roy Ladurie). Le propre adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, Christophe Girard, avait signé le texte. L’Hôtel de Ville s’apprêtant à rejeter le projet, le ministère de la Culture (sur injonction du quai d’Orsay?) s’était auto-saisi du dossier. Nouveau tollé. A l’époque, même le très docile «Figaro» n’avait pas semblé ravi. «On n'ose croire que les liens personnels entre Nicolas Sarkozy et l'émir du Qatar ou que les intérêts diplomatiques entre les deux pays puissent être suffisants pour passer outre les réserves unanimes» des opposants au saccage de ce fleuron du patrimoine parisien, écrivait à l’époque un de ses éditorialistes.
Finalement, mardi, la ministre de la Culture a donné son accord au projet. Entre-temps, celui-ci a, au fil de mois d’âpres débats, été revu à la baisse. Au total, selon le ministère, les travaux que réalisera l’émir dans l’Hôtel Lambert permettront d’«assurer la sauvegarde et redonner vie à un ensemble architectural et décoratif de premier plan». Mais la mairie de Paris a assez séchement pris acte de cet aval. Car à l’instar des défenseurs du patrimoine (ici, par exemple), elle considère que le projet final est encore très imparfait.
Et la controverse sur la politique culturelle, et patrimoniale singulièrement, de l’équipe Sarkozy n’est probablement pas close. Témoin, cette tribune vengeresse publiée l’autre jour encore dans «Le Monde», titrée «Alerte à la non-assistance à chefs-d'oeuvre en danger» et signée notamment par un professeur à la prestigieuse université de la Sorbonne, Alexandre Gady. «Dans l'affaire de l'hôtel Lambert, dossier particulièrement sensible, ses positions (de la ministre de la Culture) ont été très en deçà de ce qu'on pouvait attendre face à un tel enjeu, et il a fallu une large polémique pour que le projet médiocre de l'architecte en chef soit un peu amélioré. Une question se pose: y a-t-il encore une volonté de défendre le patrimoine, bien commun de tous les Français? Un Président de la République indifférent à la Culture, prêt à sacrifier toutes les règles d'urbanisme qui protègent nos villes et nos paysages de l'avidité des promoteurs, et un ministre sans poids politique, qui ne s'oppose à rien: le bilan est accablant. L'Etat dispose pourtant de tous les moyens légaux pour protéger le patrimoine. Il en est le premier destructeur, quand il devrait en être le premier garant».
10:46 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, patrimoine, architecture, culture, sarkozy
17.06.2009
Une crise
Cet été en France, on va sentir jusque sur les plages et dans les allées des campings les effets de la crise. Il y a quelques semaines déjà, une étude avait fait grand bruit. Elle avait indiqué, en effet, une hausse significative du nombre de Français qui ne partiraient pas en vacances. D’habitude, 4 Français sur 10 en moyenne ne partent pas l’été. Cette année, ils seraient carrément 51% à rester chez eux. Hier, une nouvelle étude a confirmé l’impact qu’aura la crise économique internationale, ces prochaines semaines estivales, sur le comportement des Français en vacances.
Selon ces données, à l’échelle de l’Europe, la France se distingue comme étant le seul pays dans lequel les intentions de départ sont en net recul (66%, -8 points). La baisse de budget à laquelle vont se contraindre les vacanciers européens cet été touchera y compris les citoyens de pays comme la France ou l’Espagne, qui «avaient déjà l’habitude de dépenser moins que leurs homologues européens». En moyenne, un foyer français dépensera 1.717 € pendant ses vacances, contre 1.934 € en 2008. Plus de la moitié des vacanciers français (55%) vont diminuer leurs dépenses de tous les jours pendant leurs vacances d’été. «Les loisirs et les sorties seront les premières victimes de ces arbitrages (53%), devant l’habillement (29%). Les transports (6%) et l’alimentation (5%) apparaissent, en revanche, comme plutôt préservés».
En ce qui concerne le mode d’hébergement, la location (d’une maison, d’une chambre d’hôtel ou d’une chambre d’hôte) attirera, comme l’année dernière, les préférences des Européens: 71% (+3 points) choisiront cette option, 22% (stable) se rendront dans une résidence secondaire ou chez des amis, et 12% (-1 point) opteront pour le camping-caravaning.
Ce dernier type d’hébergement, pourtant si typiquement français – en a bien témoigné le succès phénoménal remporté par le film «Camping» –, voit aussi les habitudes de ses adeptes évoluer. Les Français demeurent les vacanciers d’Europe les plus partisans de ce mode d’hébergement. Cet été, toutefois, ils seront moins enclins à faire du camping-caravaning qu’en 2008 (17%, -5 points) et devraient opter davantage pour la location (58%, +8 points).
Des plages et des campings moins surpeuplés?! Si tel était effectivement le cas, les vacances en France, cet été, seraient vraiment très différentes.
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