Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

15/07/2009

Un monstre?

operabastille.jpgVingt ans, déjà! Vingt ans qu’il est là et qu’il domine, de sa silhouette si imposante,  notre bonne vieille place de la Bastille. Cette semaine, l’Opéra du même nom fête son vingtième anniversaire, lui qui a été inauguré par François Mitterrand le 14 juillet 1989 précisément. Aucune festivité particulière n’est prévue à Paris pour commémorer cet événement architectural et urbanistique. Et pour cause. Plus que jamais, en ce moment, il est de bon ton de dénigrer ce monument. «Vingt ans après, Bastille n’a pas trouvé sa place», sermonnait l’autre jour le journal «Le Parisien»: «Ce devait être le symbole du rayonnement culturel français… Vingt ans après son inauguration, l’Opéra Bastille continue de susciter agacement et répulsion». Il n’y a pas si longtemps, «Le Figaro», sur base des résultats d’un sondage (de quelle valeur?) réalisé auprès de ses lecteurs, avait rangé l’Opéra Bastille parmi les édifices les plus détestés des habitants de la capitale, à l’égal de la si affreuse Tour Montparnasse. «Pour être honnête, ce n’est pas le projet que j’aurais choisi», a cru bon d’ajouter hier le Belge Gérard Mortier, le directeur (en partance) de l’institution. Même dans les salons dorés du ministère de la Culture, paraît-il, on juge que cet opéra «ne s’est jamais intégré au quartier. Au départ, ce devait être un lieu de vie. Vingt ans plus tard, ce n’est qu’un lieu de passage».

 

Exagérément massif. C’est le reproche principalement formulé à l’encontre du paquebot construit par Carlo Ott, l’architecte canadien originaire d’Uruguay qui, à l’époque, remporta le concours international d’architecture. Il en impose cet édifice, c’est vrai. En même temps, cette critique nous a toujours fait doucement rigoler. Car, bon, vu les dimensions immenses de cette place de la Bastille, imagine-t-on combien aurait été déplacé, voire ridicule, un bâtiment à taille humaine construit sur un de ses flancs? Il a mal vieilli, cet immeuble: autre reproche habituel. De fait. La saga si coûteuse de ses gigantesques plaques de pierre branlantes (relire ici) l’a abondamment illustré. Et on ne peut nier que les recoins de l’Opéra sentent en permanence les pissotières. Mais si la propreté autour de  Notre-Dame était aussi lacunaire, l’imputerait-on à la cathédrale? Du reste, l’Opéra Bastille est loin d’être le seul grand chantier de cette époque à avoir mal résisté au temps. Beaubourg aussi a dû être restauré. Et, quand on prend le temps de les regarder de près, l’Institut du Monde arabe ou la Cité de la Musique montrent un état de délabrement qui n’a rien à envier à celui du monstre de Bastille - puisque tout le monde a l’air de convenir que ce bâtiment est monstrueux.

 

Il est mal fréquenté: c’est le troisième grief souvent fait à cet édifice. Est principalement visée, la faune qui, à longueur de journées et de soirées depuis 20 ans, a pris l’habitude de squatter ses grandes marches et son parvis. Hier encore, en passant devant l’édifice, on s’est dit, une fois de plus, que cet attroupement permanent, décidément, ne nous gênait pas. Il y avait là des jeunes torses nus qui faisaient du skate, des touristes qui se prenaient en photo, des clochards qui faisaient la manche, des étudiants en goguette qui picolaient, des militaires revenus du défilé du 14 juillet qui se détendaient en prenant le soleil, deux jongleurs qui répétaient, un groupe de punkettes affalées qui bâillaient et fumaient. Comme à chaque fois, il y avait là un monde fou et une réelle ambiance. C’était varié, mélangé, détendu, bruyant. Il y avait là un peu de tout, et c’était un peu n’importe quoi. Bref, c’était bien à l’image de Paris, s’est-on redit.

 

operabastilledetail.jpgNous, en tout cas, on l’a toujours plutôt bien aimé, notre Opéra Bastille. On le considère un peu comme un vieil habitant du quartier qu’on a toujours côtoyé et qu’à force, on finit par apprécier. On le voit comme un repaire où il se passe toujours quelque chose d’inattendu. Comme un repère aussi, à la silhouette si familière, indiquant qu’après tant de pérégrinations dans la capitale, on est enfin arrivé dans notre quartier.

 

Et puis, les soirs où il y a spectacle, quand on le regarde depuis la place de la Bastille, ce monstre si massif devient touchant, car grâce à ses immenses baies vitrées si bien éclairées, il ose subitement prendre des airs de coquetterie et de légereté. En outre, de l’intérieur, lorsque, à l’entracte, on sort de la salle de spectacle pour déambuler dans les allées du bâtiment, grâce au panorama qu’il offre depuis ses sommets, on embrasse subitement toute la place, le quartier, la ville entière presque. Une vue imprenable sur la cité, d’une beauté telle que cela ne rate jamais: à chaque fois, on est subjugué. 

Commentaires

Bien d'accord avec vous, ce monstre a quelque chose de touchant et la vue le soir de l'intérieur est maqique !

Écrit par : sophie | 15/07/2009

Les commentaires sont fermés.