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04/09/2009

Une consécration

streetart.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Paris, en ce moment, pourrait être désignée capitale de l’art urbain, n’arrête-t-on pas de se dire en y déambulant. L’été serait-il propice à l’art? La chaleur inspirerait-elle les créateurs? Ou est-ce simplement dû au fait que les rues de cette ville, ces dernières semaines complètement vidées de leur foule habituelle, étaient plus tranquilles et laissaient donc tout le loisir aux adeptes de l’art urbain de se défouler en long, en large et sans crainte d’être interpellés? Toujours est-il que, dans la capitale, les taggueurs, graffeurs, writers, dessinateurs, réalisateurs de pochoirs et de fresques, ou autres colleurs d’affiches décorées ont vraiment beaucoup bossé, ces derniers temps.

 

C’est particulièrement frappant dans le onzième arrondissement, et notamment dans notre cher quartier Saint-Sébastien. Au point qu’il est difficile, même lorsqu’on ne s’y promène que quelques minutes, de ne pas tomber sur de l’art urbain. Le plus souvent récemment réalisé, nouvellement collé, tout fraîchement paint.

 

Dans cette ville cet été, il faut dire, l’art urbain s’est vu offrir une monumentale et très officielle consécration. Depuis juillet jusqu’à la fin novembre, en effet, la Fondation Cartier consacre une rétrospective aux origines new-yorkaises de cette discipline artistique. Et, depuis son ouverture, cette expo ne désemplit pas. Preuve que, plus que jamais, le «street art» est dans le vent ici. A cette occasion, la Fondation a même osé badigeonner une gigantesque fresque toute en couleurs et en rondeurs sur une des immenses façades de verre de son bâtiment – qui vieillit bien décidément, se dit-on chaque fois qu’on y va.

 

taggueur1.jpg«Né dans la Rue - Graffiti» réunit tous les grands noms du graffiti new-yorkais à partir de sa naissance, dans les années 70. On y voit notamment ces monuments que sont les «whole cars»: ces fresques peinturlurées sur toute la longueur de rames de métro. A l’étage, des œuvres monumentales ont été installées. «Wild Style», «outlines», «bubble style» etc.: on voit bien, en parcourant cette expo, combien cette discipline est créative et foisonnante.

 

Une impression un peu troublante, cela dit, se dégage de cette rétrospective. Elle saisit le visiteur quand, par exemple, il visionne les vidéos projetées en sous-sol du bâtiment, dans lesquelles les stars de cette discipline racontent leur parcours. Il y a trente ans, ils étaient de jeunes artistes plein d’audaces, à la marge, voire en rupture de ban. Aujourd’hui, ces grands maîtres ont un discours à la limite du pontifiant.

 

Du coup, on peut évidemment se poser la question: quelle est encore la valeur d’une discipline artistique, et a fortiori de cette discipline-là, quand elle s’est à ce point institutionnalisée? Quand, après avoir fait son entrée dans les galeries d’art (dès les années 80) et avoir fait la fortune de collectionneurs avisés (plus que jamais en France en ce moment), elle fait désormais l’objet de rétrospectives aussi courues et consensuelles que celle en cours à la Fondation Cartier?

 

taggueur2.jpg

La boucle semble bouclée, et cet art urbain jadis underground paraît avoir été un peu récupéré, quand, à la sortie de «Né dans la Rue», on voit des graffeurs badigeonner les panneaux aimablement mis à leur disposition par l'expo. Qu’auraient donc pensé les ados rebelles du Lower East Side des années 70 de leurs petits frères parisiens, quarante ans plus tard? Qui manient leurs bombes et leurs pochoirs sous le crépitement des appareils photo des touristes et l’oeil bienveillant des vigiles…

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