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18/09/2009

Un visage

unvisage.jpgC’était ce matin tôt, sur le chemin du bureau. Encore un peu dans les brumes épaisses du sommeil. Sous la grisaille de ce ciel parisien si prématurément automnal, ces jours-ci. Quand, à l’entrée d’un petit passage de notre quartier Saint-Sébastien, dans le onzième arrondissement, un gigantesque visage apparut sous nos yeux. Nous toisant d’un regard tranquille. Un visage très expressif, avec un regard prenant. Un artiste de rue l’avait placardé là, sur un pignon aveugle et triste comme la pluie. Sur plusieurs mètres de hauteur et de largeur, ce visage irradiait de quiétude et de sérénité. Donnait une dimension totalement différente à ce bout de trottoir parisien anonyme et banal.

 

Comme d’autres passants tout aussi stupéfaits par cette apparition si inattendue, on s’est lentement approché du portrait. Ce que l’on croyait une œuvre peinte directement sur le mur s’est avérée alors être le collage d’un dessin auparavant effectué sur un papier très fin, genre parchemin. Fragile support qui déjà, sous les assauts sans doute de la météo de ces derniers jours, commençait à se dégrader sur ses bords. Plus on se rapprochait de l’immense visage, plus ses traits se fondaient dans des nuances abstraites d’aplats grisés et noirs. Les rides devenaient vagues. Les plis se faisaient précipices, massifs, dunes ou ombres. Les reflets dans les prunelles semblaient des nuages flottant en plein ciel. Les formes les plus étonnantes surgissaient de ces contours vus de si près. L’effet de ce gigantesque visage apparaissant en si gros plan, face à des passants soudains si petits, était assez  saisissant. Des gens ne résistaient pas au souhait d’effleurer des doigts cette texture de papier si humaine.

 

On n’a pas la moindre idée de qui est cet homme ainsi représenté. Ni s'il a existé ou s’il est dû à la seule imagination de son auteur. Sans doute ne le saura-t-on jamais. A proximité de l’œuvre, pas non plus la moindre trace de signature d’un artiste. Définitivement donc, ce visage n’aura été qu’une fugace apparition croisée un matin au coin d’une rue. Un nouveau voisin brièvement et récemment implanté dans le quartier. Démuni d’identité, un sans-papiers de papier.

 

unvisage2.jpgCette œuvre ne gêne vraisemblablement personne. Au contraire, elle attire, intéresse, suscite la réflexion voire les échanges entre passants. Elle n'en sera sans doute pas moins rapidement effacée par les services de la propreté. En effet, dans la capitale en général et en particulier dans les rues prisées par l’art urbain, la municipalité s'empresse de gommer les traces des artistes de rue. Comme s’il fallait à tout prix hygiéniser une ville menacée d’une dangereuse contagion créative.

 

Du coup, notre beau visage matinal surgi de nulle part laissera rapidement la place à un mur parisien sans strictement rien, respectueux du règlement mais assommant de vacuité. L’art populaire obligé à ce point d’être éphémère, parfois, cela rend un peu amer. 

10:12 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : paris, arts, culture

Commentaires

comme ce visage est humain et comme votre conclusion est triste, gardons toutefois l'espoir qu'il en soit autrement

Écrit par : max | 18/09/2009

Quel regard - qui mérite d'être regardé !

Écrit par : Tania | 20/09/2009

Les commentaires sont fermés.