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30/09/2009

Une nuit

virginie ledoyen.jpgUne nuit avec Virginie Ledoyen. C’est la proposition plutôt délicieuse qui est faite aux Parisiens, en ce moment. Pour la nuit de samedi à dimanche, précisément. Pour l'édition 2009 de l’opération “Nuit Blanche” donc. Comme Paris n’est tout de même pas le pays de Candy, ce n’est qu’accoustiquement qu’on passera cette nuit avec l’inoubliable héroïne de «Jeanne et le garçon formidable» – on a gardé un souvenir moins impérissable de «La Plage». Mais c’est déjà très bien. D’autant que, la même nuit, si l’on veut, l’on pourra aussi passer d’agréables moments en compagnie d'autres jeunes actrices comme Isild Le Besco ou Lou Doillon.

 

Pour ce faire, il suffira de télécharger gratuitement, sur son baladeur MP3 ou via une application iPhone, les bandes-son de cinq parcours dans la capitale. Ces promenades sonores commentés (bilingues français-anglais) dureront une heure chacune. Elles feront découvrir, «comme dans un film», un quartier de Paris cher à ces actrices, sur un fond sonore composé spécialement pour l’occasion par un musicien. Ainsi, dans la nuit de samedi, en compagnie musicale de Benjamin Bioley, Virginie Ledoyen entraînera les Parisiens noctambules dans Saint-Germain-des-Prés. Isild Le Besco déambulera main dans la main avec vos oreilles, si l’on ose dire, dans le Marais. Lou Doillon plongera les visiteurs dans Pigalle. Belleville et le quartier du Palais royal sont également au programme.

 

On a toujours eu un peu de mal à supporter les foules immenses, souvent péniblement hystériques, que draînent habituellement les opérations comme la “Nuit blanche” ou la “Fête de la Musique”. Mais une innovation de ce type serait bien du genre à nous inciter à retenter le coup, samedi.

29/09/2009

Un «coup de semonce»

Baroud d’honneur pour les opposants à la pénalisation du téléchargement illégal sur internet. Hier soir, le PS a introduit un recours devant le Conseil constitutionnel contre la fameuse loi Hadopi 2, que le Parlement a récemment et définitivement adoptée. Si vous étiez sur une autre planète ces derniers mois, cette loi condamne à de lourdes sanctions les internautes qui téléchargent illégalement des contenus culturels sur internet. C’était déjà un recours identique de l’opposition qui, il y a quelques mois, avait humilié le gouvernement en le contraignant à revoir sa copie.

 

Dans ce dossier, précisément, un vieux concept d’action politique vient de resurgir en France: la désobéissance civile, que Gandhi en personne avait théorisé et appliqué jadis en Inde. En effet, la «Ligue Odebi», qui regroupe des opposants à cette réforme, vient de lancer à «tous les citoyens, quelles que soient leurs opinions politiques», un «appel à la désobéissance civile» contre cette loi.

 

Concrètement, on ne voit pas trop comment un pauvre ado poursuivi pour avoir téléchargé illégalement de la musique ou des jeux vidéo pourrait bien, tout seul face aux pandores, désobéir et entrer valeureusement en résistance. La Ligue n'éclaircit d’ailleurs pas les modalités pratiques d’une telle désobéissance civile. En revanche, ces deux derniers dimanches en région parisienne, on a pu assez clairement voir que le combat contre Hadopi ne laissait pas totalement indifférent dans des chaumières.

 

En effet, à la faveur d’une élection législative partielle dans les Yvelines (banlieue Ouest de Paris), un nouveau parti s’est, pour la première fois, présenté aux suffrages des électeurs. C’est le Parti pirate, une des émanations hexagonales de la formation du même nom fondée en 2006 en Suède et qui, aux dernières élections européennes de juin, y réussit à décrocher un siège d’eurodéputé à Strasbourg. En France comme dans les autres pays où il est présent, ce parti prône «un accès libre et égal pour tous à la culture, la connaissance et l'information», y compris sur internet. Dans les Yvelines au premier tour, ces flibustiers ont tout de même recueilli quelque 2% des voix. Et au second tour, dimanche, la candidate écologiste (parti qui s'était farouchement opposé à Hadopi) a manqué à… 5 voix près d’être élue dans ce fief de la droite – on ne parlait que de cela hier à Paris, dans les états-majors des partis.

 

Le Parti Pirate en déduit que les électeurs internautes ont, à l’occasion de ce scrutin, adressé «un coup de semonce» au gouvernement, un «premier avertissement en direction d’un gouvernement qui traite par-dessus la jambe les questions technologiques qu’il prétend maîtriser». «Depuis longtemps, nous avons averti nos élus que le vote de telles lois peut peser lourdement sur les échéances électorales», insistent les corsaires du net. Pour qui le résultat de dimanche apporte «une preuve éclatante» de la justesse de leur prévision.

 

Le Parti Pirate prend-il ses désirs pour des réalités? Ou, au contraire, les citoyens seraient-ils prêts à confier leur représentation politique à de tels nouveaux venus sur la scène politique? Première réponse sans doute aux élections régionales du printemps prochain. Auxquelles ces forbans en lutte contre des lois «liberticides» pourraient bien vouloir participer.

28/09/2009

Un marasme

pressepipol.jpgOn parlait vendredi de l’action en justice intentée par Ségolène Royal contre «Paris Match». C’est le 9 octobre que l’on saura si l’hebdo est une nouvelle fois condamné pour atteinte à la vie privée de cette personnalité. A l’audience, les débats furent tendus. L’avocat de la socialiste a reproché à l’illustré d’avoir éhontément publié des «photos volées» d’un «moment personnel et intime». Et, plus globalement, de ne cesser «de susciter ou d'alimenter une curiosité injustifiée des lecteurs sur la vie sentimentale de Ségolène Royal». L’hebdo à réagi du tac au tac en qualifiant cette action en justice d’«hypocrite». Certes, les clichés publiés étaient «non autorisés». Mais ils ont été pris dans un lieu public. Et, par ailleurs, leur protagoniste «joue les médias dans tous les sens» et n’a pas poursuivi les autres publications ayant évoqué l’existence de son nouveau compagnon.

 

Cela dit, si en France la presse people se jette sur ce genre de sujets tout de même informativement très pauvres, ce n’est pas pour rien: c'est parce qu'elle traverse en ce moment une période difficile. En 2009, certains titres comme «Gala» ou «Voici» vont même enregistrer une diminution de leur diffusion – de 14 à 20%, selon les estimations –, ce qui ne leur était jamais arrivé depuis l’année de la mort de Lady Di, qui a signé le début dans l'Hexagone de la faramineuse expansion de ce type de médias. Et même la période estivale, qui est traditionnellement la saison en or pour la presse people, si elle a donné une bouffée d’oxygène au secteur, n’a pas été fameuse, malgré pourtant de grandes opérations publicitaires et promotionnelles (opérations prix cassé, le coup annuel du paréo inclu dans la revue, etc.).

 

Ce tassement des ventes est dû à la concurrence d’internet et à la mutiplication des titres qui rend l’offre papier surabondante et peu différenciée, face à une demande globale qui ne croît plus. A joué un rôle également l’assagissement notable de la classe politique française après la période mémorablement bling qui avait suivi l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, en 2007. Dans les magazines de papier glacé, qu’il s’agisse de Nicolas Sarkozy, de Rachida Dati ou de Rama Yade, en 2009, les politiques people se font plus discrets qu’en 2008 (*). Les patrons de ces magazines sont les premiers à le regretter. «Nicolas Sarkozy ne fait plus recette», regrettait l’autre jour un chef d’édition à «Voici». «Auparavant, quand on le mettait en couverture, on vendait de 30.000 à 50.000 exemplaires de plus». Et ce qui est valable pour Nicolas Sarkozy doit l’être aussi pour Ségolène Royal – d’où les photos volées d’elle à la plage, sur le quai de la gare, etc.

 

 

 

(*) Dernier exemple en date de cet assagissement: à moins que cela nous ait échappé, la récente rencontre à New York entre le couple Nicolas Sarkozy-Carla Bruni et Cécilia Sarkozy-Richard Attias n’a fait l’objet d’aucune paparazzade. O tempora o mores

25/09/2009

Une incohérence

La vie privée des personnalités politiques se retrouve aujourd’hui devant la justice. Ce vendredi, en effet, le tribunal de grande instance de Paris examine une plainte déposée par Ségolène Royal contre «Paris Match». A la mi-août, l’illustré avait fait sa couv’ avec un cliché montrant l’élue socialiste accompagnée, sur un quai de gare, d’un homme présenté comme étant son nouveau compagnon. Ségolène Royal a estimé que ces «photos volées» attentaient à son droit à l’image et à la protection de sa vie privée. Elle réclame donc 50.000 euros de dommages et intérêts à l’hebdo. Au printemps dernier, déjà, «Match» avait été condamné à lui payer 16.000 euros d’indemnité pour l’avoir photographiée au bras du même homme, dans une station balnéaire de la Costa del Sol.

 

On n’a pas de problème avec cette procédure. D’autant que le sujet de «Match» en question se distinguait par sa vacuité informative et sa pauvreté iconographique. D’autant aussi que son retentissement médiatique avait donné lieu à des commentaires complètement déplacés, émanant de ces chroniqueurs qui se croient si drôles et si impertinents mais qui, nous, commencent vraiment à nous gonfler à force de devoir subir leur vulgarité à longueur de journées, à la radio comme à la télé. Commentaires du genre: voyez comme, sur ce quai de gare ce matin-là, Ségolène Royal était mal fagotée. Constatez combien est ringard le petit geste d’affection envers son compagnon, geste que le paparazzo a immortalisé en exclusivité mondiale: un index tendrement appuyé sur le ventre du nouvel amoureux. Repérez combien ledit ventre dudit monsieur est mou et moche, etc, etc. Pénible.

 

On n’a pas de problème non plus avec le fait que Ségolène Royal travaille à l’occasion avec son nouveau compagnon, qui vient par exemple de signer le relooking si décrié de son site web. C’est encore son droit de composer son entourage professionnel à sa guise.

 

Là où il y a peut-être un petit problème, cela dit, c’est dans la cohérence de l’attitude de Ségolène Royal. En effet, en marge d'une réunion socialiste dernièrement, elle s’est fait photographier tout sourires avec le même homme, et il s’agissait cette fois de clichés non volés mais pleinement autorisés. Surtout, l’autre jour, parlant de l’intéressé au magazine «L’Express», elle l'a elle-même ouvertement présenté comme «un homme (…) très amoureux».

 

Peut-on donc, honnêtement, faire et dire cela, puis se plaindre que les médias s’intéressent à cet homme-là?

24/09/2009

Un «scandale»

lelouvre.jpgL’invasion des hauts lieux culturels parisiens par le mercantilisme, suite. Cet été (relire ici), on avait déjà (un peu) sursauté à l’annonce de l’ouverture d’une boutique au cœur d’un des temples de la culture de la capitale française: le Palais Garnier. Cet automne, un nouveau pas vient d’être franchi. En effet, McDonald's France a confirmé qu'en décembre prochain, elle ouvrira son prochain "resto", le 1135ème de France, rien de moins… qu’au Louvre!

 

«Trente ans après l’arrivée du premier McDo en France», son entrée annoncée sous la Grande Pyramide constitue «une consécration, une pub planétaire pour McDonald's», s’extasiait à la radio, l’autre jour, un éminent chroniqueur économique qui frisait l'hystérie. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que, avec un tel emplacement, la multinationale touchera le jackpot. Pour rappel, le Louvre est le plus grand musée du monde en termes de fréquentation: il accueille au bas mot plus d’une demi-douzaine de millions de visiteurs chaque année.

 

Où précisément sera situé le McDo du Louvre? Motus et bouche cousue. McDo France, nous a-t-il été répondu très courtoisement, ne souhaite pas communiquer sur ce sujet pour le moment. Une telle implantation, dans un lieu culturel aussi fameux, constitue-t-elle une première pour cette multinationale? Ou d’autres institutions muséales de prestige international comparable (la Tate Gallery, le Moma, L’Hermitage, etc.) ont-elles déjà autorisé un tel voisinage avec le distributeur mondial de burgers? Idem: no comment. McDo France craint-elle, par extraordinaire, de ne pas faire l’unanimité avec pareille intrusion dans un tel bastion du pays dit de l’exception culturelle? Soyez gentil, n’insistez pas: on vous recontactera.

 

lelouvre2.jpgSeul nous a été confirmé le fait que le fast-food ouvrira non dans le musée proprement dit mais dans la galerie commerciale sous la Pyramide: ce «Carrousel du Louvre» qui se présente comme «le lieu unique d'une rencontre réussie entre culture, tourisme, histoire et shopping». Cette galerie compte déjà un espace de restauration ciblé «world food» et des enseignes comme «Sephora», «Esprit» ou «Virgin».

 

Il n’empêche, l’idée d’y voir bientôt débarquer McDo est en train de susciter un certain tollé parmi le personnel scientifique du musée. «On ne parle que de cela», nous confirmait hier un copain, historien de l’art au Louvre et furieux de cette «confusion des genres». A l'en croire, si certains dans le personnel du musée sont «résignés», la majorité des employés sont réellement «scandalisés» par ce projet commercial. Il y a deux ans déjà, plusieurs centaines de membres du personnel du Louvre avaient pétitionné, vainement, contre l’ouverture d’un «Starbucks Café» dans l’aile de la galerie qui était jusqu’à présent strictement réservée au musée, à laquelle le business n’avait pas accès. A l’époque, pour apaiser la fronde et donner un vernis culturel à cette grande première, avait été aménagé dans le café «un petit coin de détente, qu’aucun client ne regarde, prétendument consacré à la culture, où l’on trouve la documentation du musée, les guides, etc.».

 

Après Starbucks, McDo donc. Cela dit, culturellement, est-ce vraiment pire que Virgin? «C’est un peu plus lourdingue encore», fulmine notre interlocuteur. «C’est une couche de plus rajoutée au dévoiement progressif et continuel de cette galerie. Qui, à l’origine, il faut le rappeler, était censée avoir une vocation exclusivement culturelle». Raison pour laquelle, à l’époque, «Virgin» s’était vu imposer de proposer à la vente, dans son magasin du Carrousel, un certain quota d’œuvres culturelles au sens classique du terme: librairie, musique classique, etc.

 

lelouvre3.jpgCela dit, que les contempteurs de la mal-bouffe ne se désespèrent pas trop. En effet, Frédéric Mitterrand, puisqu'il est un ministre de la Culture que la planète entière envie à la France, réussira certainement à faire en sorte que les clients de ce McDo Louvre puissent engloutir leurs burgers et leurs frites avec vue sur de merveilleuses reproductions en quadrichromie de Mona Lisa ou de la Vénus de Milo.

23/09/2009

Une trouvaille

C’est hier matin qu’on a entendu cela à la radio. On a trouvé cela tellement idiot que, 24 heures plus tard, ce matin, on y songeait encore. C’est la dernière trouvaille en date du monde de la publicité, un monde en permanence merveilleux comme chacun sait. En France comme ailleurs, la grande crise économique n’est même pas encore terminée – vont encore le confirmer, ce mercredi, les mauvais chiffres relatifs à la consommation de cet été. Les publicitaires n’en cessent pas moins d’inventer en permanence des nouveaux moyens pour inciter les gens à dépenser. En l’occurrence, cela vient de débarquer à Paris et dans sa région, et cela s’appelle la «publicité géolocalisée».

 

Le concept est déjà appliqué depuis longtemps dans des pays comme le Japon. Où, par exemple, quand on regarde la télé sur son téléphone portable, les liens publicitaires qui s’affichent varient selon le lieu où se trouve le téléspectateur au moment où il visionne les programmes. En vertu du même principe, en région parisienne, pour la première fois, une campagne d’affichage géolocalisée est en train de se dérouler, qui décline des messages différents selon le quartier où ils sont affichés. Ce qui fait 56 allusions géographiques locales accompagnant le slogan principal de ladite campagne, selon que le consommateur voyant l’affiche se trouve dans tel ou tel quartier de Paris ou de sa banlieue. Concrètement? Sur les panneaux, cela donne par exemple «Bercy, de rien» dans le quartier parisien de Bercy, «Allons-y gaiement!» dans le Marais gay, ou «Prenez la porte» le long du boulevard périphérique.

 

C’est probablement avec des trouvailles de camelot d'un tel niveau que l’humour français détrônera un jour l’humour anglais. 

22/09/2009

Une grève

laposte.jpgVoilà un mouvement social qui risque d’embarrasser les Parisiens dans leur vie quotidienne. Depuis hier, les bureaux de poste de la capitale sont en grève illimitée. Ce mardi, ils sont rejoints par l’ensemble des bureaux de poste du pays. Les syndicats dénoncent le changement de statut de l’entreprise en société anonyme. Ce qui, selon eux, prépare la «privatisation» de ce service public séculaire. Ce qui, dément le gouvernement, permettra simplement à La Poste d’assurer sa survie dans le marché postal concurrentiel européen de demain. Les grévistes dénoncent également la dégradation de leurs conditions de travail. A cause des réorganisations et suppressions d'effectifs, le service rendu au public se dégraderait considérablement . Du coup, à longueur de journées, les agents devraient se coltiner les récriminations des clients, furieux par exemple de la longueur des files d’attente devant les guichets.

 

Sur ce dernier point, on peut en témoigner: les engueulades de guichetiers par des clients furieux de devoir poireauter, on voit cela régulièrement et depuis pas mal de temps, dans les bureaux de poste de notre onzième arrondissement. Cela fait d’ailleurs longtemps que, quand par malheur on ne peut se contenter des distributeurs automatiques mais on doit donc y faire la file, on prend la précaution d’emporter un journal ou un bouquin pour tuer le temps.

 

La Poste à Paris, pour l’expérience qu’on en a en tout cas, c’est souvent le sommet de l’agacement. Ainsi quand, après avoir couru à perdre haleine, on arrive tout content aux distributeurs de timbres pile-poil dix minutes avant l’heure de fermeture de l’agence, puis qu’on découvre que les grilles ont déjà été tirées pour s’assurer que tous les clients auront bel et bien levé le camp à l’heure fatidique de fermeture. Ou quand, en été, les agences ne sont plus accessibles à partir de 18h30 carrément, ce qui est tout de même très tôt pour le commun des usagers. Quand c’est la croix et la bannière uniquement pour récupérer son billet de banque que le monnayeur défectueux a avalé sans vous avoir donné la moindre pièce de monnaie. Quand, pour encaisser un chèque à la Banque postale, il faut longuement parlementer car, dans cette institution, il semble toujours y avoir une tracasserie de dernière minute qui surgit quelque part. Quand, pour l’ouverture d’un compte à cette même banque, il semble toujours manquer un énième document et rien ne paraît jamais pouvoir se régler rapidement.

 

laposte2.jpgCela dit, s’il semble de bon ton en France de critiquer les fonctionnaires de La Poste, régulièrement accusés d’être les plus planqués de tous, rien qu’aux bureaux de notre quartier, on a pu constater que, ces dernièrs temps, des améliorations avaient été apportées, au bénéfice des usagers. Ainsi, à l’agence Richard-Lenoir, des agents (le plus souvent très aimables et souriants, qui plus est) ne sont désormais pas cantonnés derrière un guichet mais se déplacent dans l’agence. Pour, dès l’arrivée des clients, les orienter, les renseigner, leur éviter de faire la queue au mauvais guichet puis de devoir recommencer à un autre, voire les servir sans qu’ils doivent patienter.

 

Le temps d’attente moyen imposé aux 2 millions de Français usagers quotidiens de ce service public n’en reste pas moins élevé. Seulement 5,59 minutes très exactement, a calculé une enquête Sofres commandée par la direction de La Poste. Un progrès puisqu’il fallait attendre 8,58 minutes en moyenne à la fin de l’année dernière et 9,04 minutes précédemment. Ces chiffres sont évidemment de la vaste blague en ce qui concerne Paris en général et en particulier ses quartiers populaires ou simplement très densément peuplés, comme notre onzième arrondissement. Tiens, la prochaine fois qu’on devra faire la queue au guichet, on prendra un chronomètre et on rendra compte du résultat ici. Cela promet.

21/09/2009

Une inconscience?

On parlait l’autre jour, dans ce blog, des «barres métalliques du métro, empoignées chaque jour par les mains de millions de voyageurs, (qui) doivent être de véritables nids à microbes». Et bien, mea culpa, il semblerait qu’on avait tout faux. En effet, le même jour ou presque, lors d'une table ronde organisée à la Cité des sciences à Paris, un épidémiologiste paraît-il réputé, le Dr Antoine Flahault, a mis en garde contre les «peurs exagérées» de ce type. Et a assuré que le risque de contamination par le virus pandémique H1N1 était «extrêmement faible dans le métro». A l’en croire, la transmission du virus «a davantage de chances de se faire entre voisins de bureau, en famille ou à l'école» que dans les transports publics. Car toutes les récentes pandémies grippales ont montré que «la contamination survient à 20% dans les écoles, à 30% ou 40% chez soi, dans la famille».

 

En l’absence de plus amples explications, les patients en puissance que nous sommes tous sont priés de prendre cette assurance pour argent comptant, même si elle ressemble tout de même beaucoup à un argument d’autorité. Cela dit, les gens ne semblent pas exagérément effrayés par cette maladie. Selon un sondage Ifop réalisé les 17 et 18 septembre derniers, 68% des Français se déclarent «pas du tout inquiets» par la pandémie, contre 5% seulement s’avouant «tout-à-fait inquiets». Allez savoir pourquoi, à moins d’avancer d’emblée des considérations sexistes, l’inquiétude est plus forte chez les femmes (39%) que chez les hommes (30%). Confirmation ce matin dans «Le Parisien», via un autre sondage réalisé par l’institut CSA cette fois. Près de six Français sur dix (59%) ne seraient pas inquiets s’ils venaient à attraper la grippe A. Avec, ici encore, un taux d’inquiétude plus élevé (58%) noté chez les femmes au foyer.

 

Malgré donc les 27 morts de cette maladie recensés à ce jour en France, dont certains patients jeunes et en parfaite santé, l’opinion affiche une grande sérénité face à cette pandémie. Du coup, cette question  la question qui tue, en somme: les Français sont-ils totalement inconscients ou, au contraire, remarquablement raisonnables? L’avenir le dira.

 

 

PS: Sinon, depuis quelques jours dans notre quartier de Paris, et sans doute dans d'autres arrondissements aussi, on peut même acheter des solutions hydroalcooliques dans des commerces de proximité comme les kiosques à journaux, les bars-tabac, etc. On ne s'y est pas (encore?) résolu.

18/09/2009

Un visage

unvisage.jpgC’était ce matin tôt, sur le chemin du bureau. Encore un peu dans les brumes épaisses du sommeil. Sous la grisaille de ce ciel parisien si prématurément automnal, ces jours-ci. Quand, à l’entrée d’un petit passage de notre quartier Saint-Sébastien, dans le onzième arrondissement, un gigantesque visage apparut sous nos yeux. Nous toisant d’un regard tranquille. Un visage très expressif, avec un regard prenant. Un artiste de rue l’avait placardé là, sur un pignon aveugle et triste comme la pluie. Sur plusieurs mètres de hauteur et de largeur, ce visage irradiait de quiétude et de sérénité. Donnait une dimension totalement différente à ce bout de trottoir parisien anonyme et banal.

 

Comme d’autres passants tout aussi stupéfaits par cette apparition si inattendue, on s’est lentement approché du portrait. Ce que l’on croyait une œuvre peinte directement sur le mur s’est avérée alors être le collage d’un dessin auparavant effectué sur un papier très fin, genre parchemin. Fragile support qui déjà, sous les assauts sans doute de la météo de ces derniers jours, commençait à se dégrader sur ses bords. Plus on se rapprochait de l’immense visage, plus ses traits se fondaient dans des nuances abstraites d’aplats grisés et noirs. Les rides devenaient vagues. Les plis se faisaient précipices, massifs, dunes ou ombres. Les reflets dans les prunelles semblaient des nuages flottant en plein ciel. Les formes les plus étonnantes surgissaient de ces contours vus de si près. L’effet de ce gigantesque visage apparaissant en si gros plan, face à des passants soudains si petits, était assez  saisissant. Des gens ne résistaient pas au souhait d’effleurer des doigts cette texture de papier si humaine.

 

On n’a pas la moindre idée de qui est cet homme ainsi représenté. Ni s'il a existé ou s’il est dû à la seule imagination de son auteur. Sans doute ne le saura-t-on jamais. A proximité de l’œuvre, pas non plus la moindre trace de signature d’un artiste. Définitivement donc, ce visage n’aura été qu’une fugace apparition croisée un matin au coin d’une rue. Un nouveau voisin brièvement et récemment implanté dans le quartier. Démuni d’identité, un sans-papiers de papier.

 

unvisage2.jpgCette œuvre ne gêne vraisemblablement personne. Au contraire, elle attire, intéresse, suscite la réflexion voire les échanges entre passants. Elle n'en sera sans doute pas moins rapidement effacée par les services de la propreté. En effet, dans la capitale en général et en particulier dans les rues prisées par l’art urbain, la municipalité s'empresse de gommer les traces des artistes de rue. Comme s’il fallait à tout prix hygiéniser une ville menacée d’une dangereuse contagion créative.

 

Du coup, notre beau visage matinal surgi de nulle part laissera rapidement la place à un mur parisien sans strictement rien, respectueux du règlement mais assommant de vacuité. L’art populaire obligé à ce point d’être éphémère, parfois, cela rend un peu amer. 

10:12 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : paris, arts, culture

17/09/2009

Une innovation

Il n’y a pas que les pouvoirs politique et économique qui, en France, sont encore désespérément et majoritairement, on va dire, blancs. Pareillement, les «minorités visibles», comme on les appelle dans ce pays, restent assez peu représentées dans l’establishment médiatique. En tout cas par rapport à des pays comme la Grande-Bretagne (*). Les choses, cela dit, pourraient bientôt changer. Et la société dans toute sa diversité être enfin mieux représentée dans le monde des médias aussi.

 

Pour preuve, l’excellente initiative que vient de prendre une des plus prestigieuses écoles de journalisme de l’Hexagone, l’ESJ de Lille. Cette institution, qui a formé tant de grands noms de la presse française (et belge, accessoirement), vient de décider d’ouvrir une antenne permanente en banlieue parisienne. A Bondy plus précisément. Dans cette ville de Seine-Saint-Denis où, lors des émeutes de l’automne 2005, avait vu le jour une intéressante innovation en matière de délocalisation d’une rédaction: le «Bondy Blog» – initiative à l’origine de laquelle, soit dit en passant, avait été non la presse française mais la presse étrangère (suisse, en l’occurrence).

 

En collaboration avec les équipes de ce «Bondy Blog», l’ESJ va donc désormais mettre son expertise et sa réputation au service des jeunes de banlieues qui rêvent de devenir journalistes mais n’ont pas forcément les moyens ni les réseaux pour accéder aux grandes écoles formant à ce métier. Ces jeunes seront pris en charge par les professionnels de l’ESJ, dans l’espoir qu’à l'issue de leur formation, ils puissent à leur tour intégrer des rédactions. Diversifier donc le profil sociologique de la corporation journalistique. Contribuer, dès lors, à une vision et à une pratique moins «parisienne» de l’information.

 

On applaudit des deux mains. On trouve juste un peu bizarre que les grands médias français, ces jours-ci, aient si peu fait écho à cette innovation. Parce qu’elle embarrassante pour la presse, car elle renvoie à ses propres imperfections?

 

 

(*) Minorités peu représentées par rapport à des pays comme la Belgique, aussi? Des années passées dans le plat pays, on a gardé le souvenir qu'à la télévision par exemple, on y voyait bien davantage de gens «de couleur» qu’en France. Sans que cela suscite le retentissement que causa jadis l’arrivée d’Harry Roselmack au 20 Heures de TF1. 

16/09/2009

Une coïncidence?

hotelambert.jpgL’Hôtel Lambert, c’est le feuilleton urbanistique de l’année à Paris; on en a déjà parlé dans ce blog (ici). C’est la querelle qui, dans la capitale, n’en finit plus d’alimenter la chronique et de nourrir les polémiques. Il est vrai qu’elle concerne un des plus beaux hôtels de maître du centre-ville. Un somptueux édifice du dix-septième siècle, qui plus est admirablement situé en bord de la Seine, à la proue de l’île Saint-Louis. Hier après-midi, la saga a de nouveau rebondi. En effet, statuant en référé, le tribunal administratif de Paris, qui avait été saisi par des défenseurs du patrimoine, a suspendu la décision du ministère de la Culture autorisant le nouveau propriétaire des lieux, le frère de l’émir du Qatar, à y effectuer des travaux d’aménagement somptuaires. Travaux qui, selon les défenseurs du patrimoine, effaceraient des pans entiers d'histoire.

 

Voilà un jugement qui a dû/pu/ faire grimacer les diplomates, au quai d’Orsay. Depuis le début de l’affaire, en effet, le ministère des Affaires étrangères est soupçonné par les opposants au projet d’avoir, en sous-main, fait pression sur le ministère de la Culture. Pour que celui-ci passe outre aux réticences de la ville de Paris et autorise les travaux. Histoire de ne pas froisser l’éminent émir, de ne pas risquer donc le moindre incident diplomatique, dès lors de conserver d’excellentes relations avec ce pays très petit mais si grand producteur d’or noir.

 

Coïncidence? Il y a quelques jours, jeudi dernier précisément, le Président Sarkozy recevait en audience au palais de l’Elysée le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du… Qatar, un proche de l’émir puisqu'il fait partie de la famille régnante. De source officielle, l’entretien a porté «sur les principaux dossiers de la relation bilatérale et sur les questions régionales».

 

On ne sait si, en aparté, les deux hommes ont également évoqué le fameux édifice de l’île Saint-Louis. Ce qui est probable, en tout cas, c’est que le climat de cet entretien au sommet aurait été un tantinet moins cordial si, par pure coïncidence à nouveau, il s’était déroulé ne serait-ce qu’une semaine plus tard.

15/09/2009

Un accessoire

Si d’aventure ils lisent ce blog, avis à tous les fashionistas férus de petits potins sur les dernières tendances de la mode parisienne. C’est, en ce moment, l’accessoire ultra-tendance ici. Où que l’on aille, on finit toujours par tomber sur lui, y compris dans les pérégrinations les plus anodines de la vie quotidienne. On veut parler des petits flacons de gel lavant, ces solutions hydroalcooliques utilisées comme rempart contre la grippe A-H1N1.

 

Ainsi, ce matin dans notre onzième arrondissement, au bureau de poste du boulevard Richard Lenoir, chaque guichetier avait, soigneusement posé devant lui, un flacon étiqueté à son prénom. Plus loin, au supermarché du coin, on retrouvait également du gel à chacune des caisses. Au bistrot d’en face hier soir, on a vu une serveuse précautionneusement se laver les mains après avoir empoché la monnaie d’un client. Trois jours plus tôt, à l'entrée d'une grande salle de cinéma, des guichetières se prêtaient du gel pendant leur pause-cigarette. Ce soir à l’entraînement de karaté, croyait savoir un copain ce week-end, le gel pourrait même être imposé… pour les pieds. Puisque, comme l’a annoncé l’autre jour le judoka David Douillet à la radio, ce sera bientôt le cas sur tous les tatamis utilisés par fédération française de judo. A la piscine municipale où on va habituellement le mercredi midi, on se réjouit de voir ce qu’ils vont bien pouvoir trouver pour hygiéniser encore un peu plus un milieu qui, en matière de germes, a déjà mauvaise réputation. Même expectative pour l’entraînement d’athlé du jeudi soir: faudra-t-il avoir son gel pour être autorisé à pénétrer sur la piste du stade? Fin du fin, vu la folie pour ces solutions hydroalcooliques qui règne en ce moment dans la capitale française, on ne serait pas étonné de voir celles-ci envahir bientôt le réseau de la RATP. En effet, les paranos du principe de précaution sont sans doute en train de se dire que les barres métalliques du métro, empoignées chaque jour par les mains de millions de voyageurs, doivent être de véritables nids à microbes.

 

A Paris finalement, il n’y aurait que... dans les hôpitaux que l’on ne trouve pas toujours du gel lavant, en ce moment! Selon une note confidentielle révélée hier par «Le Parisien», une bonne partie des 720 services médicaux de la capitale et de sa proche banlieue sont confrontés pour l’instant à une pénurie de solutions hydroalcooliques. Il y a quelques semaines déjà, pas mal de pharmacies de la région avaient été en rupture de stock de masques de protection.

 

Voilà qui promet. Quelques semaines seulement avant la possible campagne de vaccination hors-norme qui, le cas échéant, pourrait être lancée en région parisienne, et devrait concerner pas moins de 8 millions d’habitants...

11:33 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, santé

14/09/2009

Un revirement

centresuedois1.jpgUn peu de culture, pour bien commencer la semaine. Et on la débutera d’autant mieux qu’il s’agit d’une bonne nouvelle, d’une excellente nouvelle même pour les habitants et les voisins de notre cher Marais. Vient d’être levée, en effet, une sombre perspective que le début de l’été avait amenée sur le quartier. Dont les habitants férus d'art et d'ouverture sur le monde peuvent, à présent, avoir tous leurs apaisements. Car contrairement à ce qu’il avait été annoncé en juin, l’Institut culturel suédois de Paris, un des centres culturels étrangers les plus dynamiques de la capitale, ne fermera pas ses portes.

 

Un petit avis placardé à l’entrée de l’Institut confirme d’ailleurs en toutes lettres cette bonne nouvelle, a-t-on constaté hier en passant rue Payenne, devant le bel hôtel de maître du seizième, l’Hôtel de Marle, qui, depuis 1971, accueille ce centre. Outre qu'on peut y déduire que «merci» en suédois ce dit «tack», on y lit que le gouvernement de Stockolm a finalement renoncé à inclure ce centre parisien dans la liste des consulats et établissements dépendant du ministère des Affaires étrangères dont il entendait fermer les portes, par mesure d'économies budgétaires. Ce revirement est dû notamment à la mobilisation des Parisiens. Par milliers, ils pétitionnèrent contre cette fermeture et participèrent à la campagne d’envoi de courriels de protestation au ministère suédois des Affaires étrangères.

 

Depuis des années, en effet, la popularité de ce centre culturel est réelle. Elle dépasse d’ailleurs largement le petit milieu bobo branché du Marais. L’Institut suédois accueille plus de 100.000 visiteurs par an. Sans parler des concerts, des rencontres littéraires, des projections de films ou des pièces de du théâtre qu’il organise, ses expositions sont le plus souvent très réussies – notamment celles concernant le design, évidemment. Quant au petit café suédois qui a été installé dans l’hôtel de maître, comme le jardin qui entoure celui-ci, ils figurent depuis longtemps parmi les lieux de détente privilégiés des habitants du Vieux Marais.

 

Tous les Parisiens s’étant mobilisés pour la survie du Centre suédois y sont invités ce jeudi soir. Pour, à l’occasion du vernissage de la nouvelle expo, prendre l’apéro et fêter comme il se doit la poursuite de l’activité de ce lieu. Il risque d’y avoir à la fois du monde et de l’ambiance.

11/09/2009

Une renaissance

Ce sont nos confrères de «L’Express» qui viennent de débusquer cette petite info. Qu’ils ont découverte dans le dernier numéro de «Pprama», la revue de la préfecture de police de Paris. Une publication qui, on l’avoue, ne fait pas précisément partie de nos lectures favorites. C’est une nouvelle largement anecdotique, mais qui a attiré notre attention car elle nous a replongé illico à l’époque où l’on portait des courtes culottes  – ce qui n’est tout de même pas rien.

 

Cela concerne la grippe A-H1N1. Figurez-vous qu’à Paris, face à cette maladie, les pandores envisagent carrément de ressusciter… l’hygiaphone! Ce dispositif assez antique permet aux employés travaillant derrière un guichet d’être protégés, outre des braquages, des miasmes du grand public avec lequel ils sont en contact. Or donc, «soucieuse d’assurer la continuité des services administratifs rendus au public tout en garantissant la protection de ses agents», la préfecture de police a prévu de «remettre l’hygiaphone au goût du jour en cas de pandémie de grippe A». Du coup, pendant l’été, son service des affaires immobilières a fabriqué «150 dispositifs mobiles qui pourront être rapidement déployés en cas de besoin dans l’ensemble des services de guichet public». Un dispositif merveilleux selon la préfecture, puisqu’il «évite l’obstruction visuelle des guichets et offre une simplicité d’installation et d’utilisation».

 

Merveilleux aussi, dans la mesure où il nous replonge tout droit à la fin des années 70. En effet, pour notre part en tout cas, la dernière fois qu’on avait entendu ce terme d’«hygiaphone», c’était dans la bouche du mémorable groupe de rock français Téléphone. Ceux et celles qui ont vécu cette époque se souviennent certainement de ce tube: «Parlez/Parlez dans l'hygiaphone/ T'as pas besoin d'sonner/ Demande à l'interphone/ Si t'as envie d'quelqu'un/Décroch'ton téléphone».

 

Cette minute de nostalgie vous était gracieusement offerte par les policiers de Paris.

10/09/2009

Un comble

vigile.jpgDes membres de forces de sécurité mais qui sont eux-mêmes forcés de vivre quotidiennement dans l’insécurité. Des gens qui quelque part, même si ce sont des supplétifs privés, représentent l’ordre et l’autorité mais qui, eux-mêmes, sont quotidiennement dans l’illégalité. C’est un comble. Mais cela se passe chaque jour à Paris – et probablement dans d’autres villes de France aussi. On l’a encore vu hier dans le dixième arrondissement, au Monoprix de Strasbourg-Saint-Denis plus précisément.

 

L’entrée de ce grand magasin a été bloquée par une dizaine de vigiles: par les employés de la société de sécurité chargée de surveiller le supermarché. Ces vigiles sont sans-papiers; ils demandaient à leur employeur de soutenir leur demande de régularisation déposée auprès des autorités. Selon la CGT, ce genre d'actions «risque de se reproduire très prochainement dans d'autres enseignes» de grands magasins. En effet, le syndicat estime que, sur les quelque 150.000 personnes travaillant dans le domaine de la sécurité, plusieurs milliers sont en situation irrégulière.

 

Ce qui est frappant, en tout cas, c’est que ce conflit social éclate alors qu’un autre, exactement du même acabit, vient à peine de prendre fin à Paris.

 

Il concernait également des vigiles, des maîtres-chiens en l’occurrence. Ils étaient tout autant sans-papiers. Et travaillaient eux à la gare Saint-Lazare, pour un sous-traitant de la SNCF. Une quarantaine d’entre-eux viennent d’être régularisés. Ce dossier n’en a pas moins fait l’objet d’un dépôt de plainte en justice. Ces sans-papiers, en effet, semblent avoir été soumis à des conditions de travail particulièrement déplorables et à des salaires de misère.

 

Pour certains décidément, il n’y a pas de petit profit.

09/09/2009

Une adresse

Un peu d’air rue de Rivoli! Bon sang, cela va faire du bien. On ne parle pas de l’atmosphère ultra-polluée de cette artère perpétuellement embouteillée du cœur de Paris qui, comme par miracle, aurait tout à coup été assainie. Mais d’une respiration néanmoins salutaire qui, désormais, va rythmer sa vie. Jusqu’à présent, en effet, cette rue était quasi intégralement dévolue au commerce. Avec, en prime, ces dernières années, une pénible tendance à la multiplication de ces si affligeantes boutiques de souvenirs pour touristes. Dorénavant, il y aura toujours autant de commerces rue de Rivoli, mais on y comptera aussi un immense espace culturel.

 

59, rue de Rivoli. C’est l’adresse de ce nouveau «site de création contemporaine». Dans cet immeuble, ont pris place une trentaine d’ateliers d’artistes autogérés et deux niveaux entiers d’exposition destinés au grand public. S’y côtoieront des disciplines artistiques aussi diverses que la peinture, la sculpture, la vidéo, photo, la danse, le chant ou le mime.

 

L’inauguration du 59 est le happy-end d’un feuilleton qui, des années durant, tint en haleine l’actualité parisienne. Le premier épisode de cette saga débuta il y a dix ans. Quand, en 1999, un collectif d’artistes à la rue envahit puis squatta cet immeuble laissé inoccupé depuis des années par ses propriétaires: la banque Crédit Lyonnais et l'Etat français. Les squatteurs y organisèrent des expos, des performances et des animations. Leur but? Transformer le squat en «squart» (mot né de la contraction entre squat et art). Le public applaudit et vint en masse. Le 59 devint vite le squat artistique le plus connu et le plus couru de Paris. L’Etat s’en mêla. Il porta plainte contre cette occupation des lieux et obtint gain de cause, la justice ordonnant l’expulsion des artistes. Mais le basculement de Paris à gauche, aux élections municipales de 2001, bouleversa à nouveau la donne: la ville acheta puis rénova le 59. Voilà donc, à présent, le résultat.

 

«Paris est une ville qui a toujours été ouverte aux créateurs les plus dérangeants. L'âme de Paris, c'est ça!», s’est exclamé Bertrand Delanoë hier, à l’inauguration de ce nouvel endroit. Avant de promettre de ne «pas normaliser» ce lieu artistique hier si alternatif et aujourd’hui rentré en partie dans le rang puisque les ex-squatteurs paient dorénavant un loyer (raisonnable) à la Ville. Les ex-squatteurs, quant à eux, lancent des fleurs au maire, qui a «évité l’erreur qui eût consisté à faire un coup médiatique en sauvant uniquement le squat Rivoli» mais a opéré «un véritable virage dans la politique culturelle de la ville», virage dans le sens d’une «volonté réelle d’ouvrir le dialogue et parfois de trouver des solutions» avec les artistes à la rue.

 

Le soin de juger ce dernier point, on le laissera aux artistes des autres squats-«squarts» parisiens qui, ces derniers temps, ont été évacués ou menacés de l’être – rien que dans l’Est de la capitale: la Forge de Belleville ou le 12 rue Candie, pour ne citer qu’eux. Si effectivement il y avait un «virage» dans le chef des autorités, en tout cas, il ferait date. Pour preuve, ces chiffres cités hier par le collectif du 59: «Sur les 490 squats d’artistes ouverts au cours des quinze dernières années à Paris, 472 ont été expulsés» par les forces de l’ordre.

08/09/2009

Une maladie

stéthoscope.jpgOn est tombé des nues ce matin, en parcourant la dernière livraison du bulletin hebdomadaire de l’Institut de veille sanitaire (InVS). En effet, alors que, depuis des semaines, on fait un foin pas possible en France autour de la grippe A-H1N1, il apparaît que, dans ce pays, subsiste encore une maladie dont on ne parle jamais et qui est pourtant séculaire, horrible, et dont les porteurs ont depuis toujours été extrêmement stigmatisés, quand ils n'étaient pas carrément martyrisés. Une affection dont on peut parfaitement guérir, moyennant un traitement qui coûte royalement 40 euros. Une maladie à propos de laquelle les autorités n’ont, que l’on sache, jamais communiqué et dont, manifestement, elles se contrefichent totalement. On veut parler de… la lèpre. Qui en 2009 donc, sévit toujours en France, cinquième puissance économique mondiale.

 

Alors, évidemment, cela nous éloigne de Paris puisque cela se passe dans l’outre-mer français. Mais enfin, comme les DOM-TOM font, jusqu’à nouvel ordre, partie de la France, on ne voit pas pourquoi on n’en parlerait pas.

 

Preuve que la lèpre n’intéresse pas grand monde, même à l’InVS, «on ignore le nombre exact de patients atteints sur le territoire français». Selon les dernières estimations, la France compterait tout de même quelque 200 lépreux: en Guyane, à Mayotte, aux Antilles, en Polynésie ou en Nouvelle-Calédonie. Mayotte doit même être considérée comme «une zone endémique» si l’on se réfère aux critères de l’Organisation mondiale de la Santé. L’on y rencontre «un pourcentage important d’enfants de moins de 15 ans» atteints. En Nouvelle-Calédonie, «la population mélanésienne reste la plus exposée à la maladie» par rapport à la population d’origine européenne. D’après l’InVS, si la lèpre devient globalement moins fréquente en France, «les cliniciens médicaux et paramédicaux capables de (la) diagnostiquer et de (la) prendre en charge sont également devenus rares. Le diagnostic s’en retrouve plus difficile. A cela, il faut ajouter une présentation polymorphe et de longs délais d’incubation. Une sous-détection des cas liée à la diminution de la sensibilisation des acteurs de santé ou à la diminution de l’information des populations à risque est donc à craindre». Dès lors, les experts du ministère de la Santé redoutent que «l’absence de système de surveillance spécifique, associée à la probable sous-détection» de cette affection, pose des «problèmes». A fortiori que «la France (métropolitaine et ultramarine) est vulnérable à une recrudescence» de la lèpre, vu notamment que «les données recueillies à Mayotte et en Guyane suggèrent que la situation ne s’améliore pas».

 

Sans doute les médias français ne relayeront-ils que peu ce rapport alarmant. L’outre-mer, vu de Paris, c’est si loin. Ces dernières semaines, d’ailleurs, à plusieurs reprises, on a sursauté en constatant la façon dont les médias de ce pays effectuaient le décompte macabre des victimes de la grippe A. Plusieurs fois, en effet, on a vu, lu ou entendu, avec effarement, que le nombre de décès dûs à cette maladie était limité à deux ou trois personnes «en France». C'est évidemment «en France métropolitaine» qu'il aurait fallu dire, puisqu’une dizaine de Français ultramarins au moins ont déjà succombé à ce virus.

 

Que doivent donc bien ressentir les proches de ces Français lorsqu’ils se rendent compte que leur calvaire est ainsi, et si fréquemment, négligé par les médias de leur propre pays? 

07/09/2009

Un anniversaire

Mine de rien, en catimini presque, Paris vient de commémorer un jalon de son Histoire urbanistique. Il y a quelques jours, en effet, on a fêté le trentième anniversaire de l’achèvement de l’énorme chantier des Halles. C’était le 4 septembre 1979 que le maire de l’époque, Jacques Chirac, avait inauguré l’énorme édifice. Et, du même coup, scellé la fin d’un gigantesque chantier – baptisé «le trou des Halles» par les Parisiens – qui, pendant des années, avait défiguré le cœur historique de la capitale.

 

Un chantier suivant l’autre, trente ans plus tard, un nouveau projet a été conçu pour le Forum et ses alentours. Si par extraordinaire vous ne l’aviez pas encore vu, c’est ici. Ce lifting sera assurément la réalisation urbanistique majeure de ces prochaines années à Paris. Il devrait se dérouler vers 2013 et coûter la bagatelle de 760 millions d'euros.

 

Il est frappant de constater combien les autorités parlent désormais assez peu de cette future réalisation. Comme si elles étaient gênées aux entournures et craignaient de raviver la polémique, habituelle dans ce quartier, concernant ce lieu si décrié. Il faut dire que, de tous les projets qui avaient été présentés, celui choisi était le plus consensuel, donc à maints égards le moins emballant architecturalement.

 

Il faut dire aussi que, dans le quartier, la controverse ne s’est pas encore totalement apaisée. Régulièrement, les riverains remontent au créneau (ici, par exemple). Que ce soit pour déplorer la refonte de la placette actuelle entre le Forum et l’église Saint-Eustache, avec ses gradins sans cesse si animés. Pour regretter la disparition du jardin d’aventure tout proche, aujourd’hui très apprécié des enfants du quartier. Ou, concernant les commerçants cette fois, pour redouter l’impact de ces travaux pharaoniques sur le chiffre d’affaires de leurs magasins.

 

A Paris dès lors, d’ici à 2013, on n’a pas fini d’entendre parler de ce quartier. A fortiori bien sûr si la grande crise économique actuelle perdure, ce qui pourrait remettre en jeu la viabilité financière du projet des Halles…

04/09/2009

Une consécration

streetart.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Paris, en ce moment, pourrait être désignée capitale de l’art urbain, n’arrête-t-on pas de se dire en y déambulant. L’été serait-il propice à l’art? La chaleur inspirerait-elle les créateurs? Ou est-ce simplement dû au fait que les rues de cette ville, ces dernières semaines complètement vidées de leur foule habituelle, étaient plus tranquilles et laissaient donc tout le loisir aux adeptes de l’art urbain de se défouler en long, en large et sans crainte d’être interpellés? Toujours est-il que, dans la capitale, les taggueurs, graffeurs, writers, dessinateurs, réalisateurs de pochoirs et de fresques, ou autres colleurs d’affiches décorées ont vraiment beaucoup bossé, ces derniers temps.

 

C’est particulièrement frappant dans le onzième arrondissement, et notamment dans notre cher quartier Saint-Sébastien. Au point qu’il est difficile, même lorsqu’on ne s’y promène que quelques minutes, de ne pas tomber sur de l’art urbain. Le plus souvent récemment réalisé, nouvellement collé, tout fraîchement paint.

 

Dans cette ville cet été, il faut dire, l’art urbain s’est vu offrir une monumentale et très officielle consécration. Depuis juillet jusqu’à la fin novembre, en effet, la Fondation Cartier consacre une rétrospective aux origines new-yorkaises de cette discipline artistique. Et, depuis son ouverture, cette expo ne désemplit pas. Preuve que, plus que jamais, le «street art» est dans le vent ici. A cette occasion, la Fondation a même osé badigeonner une gigantesque fresque toute en couleurs et en rondeurs sur une des immenses façades de verre de son bâtiment – qui vieillit bien décidément, se dit-on chaque fois qu’on y va.

 

taggueur1.jpg«Né dans la Rue - Graffiti» réunit tous les grands noms du graffiti new-yorkais à partir de sa naissance, dans les années 70. On y voit notamment ces monuments que sont les «whole cars»: ces fresques peinturlurées sur toute la longueur de rames de métro. A l’étage, des œuvres monumentales ont été installées. «Wild Style», «outlines», «bubble style» etc.: on voit bien, en parcourant cette expo, combien cette discipline est créative et foisonnante.

 

Une impression un peu troublante, cela dit, se dégage de cette rétrospective. Elle saisit le visiteur quand, par exemple, il visionne les vidéos projetées en sous-sol du bâtiment, dans lesquelles les stars de cette discipline racontent leur parcours. Il y a trente ans, ils étaient de jeunes artistes plein d’audaces, à la marge, voire en rupture de ban. Aujourd’hui, ces grands maîtres ont un discours à la limite du pontifiant.

 

Du coup, on peut évidemment se poser la question: quelle est encore la valeur d’une discipline artistique, et a fortiori de cette discipline-là, quand elle s’est à ce point institutionnalisée? Quand, après avoir fait son entrée dans les galeries d’art (dès les années 80) et avoir fait la fortune de collectionneurs avisés (plus que jamais en France en ce moment), elle fait désormais l’objet de rétrospectives aussi courues et consensuelles que celle en cours à la Fondation Cartier?

 

taggueur2.jpg

La boucle semble bouclée, et cet art urbain jadis underground paraît avoir été un peu récupéré, quand, à la sortie de «Né dans la Rue», on voit des graffeurs badigeonner les panneaux aimablement mis à leur disposition par l'expo. Qu’auraient donc pensé les ados rebelles du Lower East Side des années 70 de leurs petits frères parisiens, quarante ans plus tard? Qui manient leurs bombes et leurs pochoirs sous le crépitement des appareils photo des touristes et l’oeil bienveillant des vigiles…

03/09/2009

Un pari (suite)

Pari raté? Depuis deux mois, c’est le feuilleton de l’été (relire ici ou ). Et la grosse question. Le secteur de la restauration a-t-il, oui ou non, répercuté sur les prix, et donc au bénéfice du consommateur, la baisse du taux de TVA dont il bénéficie désormais? A Paris, ce n’est pas évident, s’est-on dit à plusieurs reprises depuis juillet, au moment de payer l’addition. On aurait bien aimé, mais on n’a pas le sentiment qu’en deux mois dans la capitale, les bars et restos soient devenus fondamentalement moins chers. En tout cas, pas les établissements que l’on fréquente. Et, s’il y a eu une différence, elle ne saute pas vraiment aux yeux. Paris demeure toujours autant une ville où il fait très bon vivre et sortir, mais où ce type d’activité coûte tout de même assez cher.

 

Au gouvernement, pareillement, on ne semble pas trop content. Selon les chiffres confirmés hier par le secrétaire d’Etat au Commerce, à l’échelle du pays, 60% des restaurateurs n’ont pas diminué leurs tarifs. Ce qui a conduit à la baisse moyenne des prix de 1,3% seulement constatée en juillet. Pour rappel, les restaurateurs s’étaient engagés notamment à baisser les prix de 11,8% sur sept produits de leur carte. Les promesses en termes de création d’emploi ou de revalorisation des salaires ne semblent pas davantage avoir été massivement tenues. Pour l’instant, en tout cas.

 

D’où la question que le consommateur moyen va vraisemblablement finir par se poser: ce pari gouvernemental est-il tout doucement en train de tourner au jeu de dupes?