30.09.2009
Une nuit
Une nuit avec Virginie Ledoyen. C’est la proposition plutôt délicieuse qui est faite aux Parisiens, en ce moment. Pour la nuit de samedi à dimanche, précisément. Pour l'édition 2009 de l’opération “Nuit Blanche” donc. Comme Paris n’est tout de même pas le pays de Candy, ce n’est qu’accoustiquement qu’on passera cette nuit avec l’inoubliable héroïne de «Jeanne et le garçon formidable» – on a gardé un souvenir moins impérissable de «La Plage». Mais c’est déjà très bien. D’autant que, la même nuit, si l’on veut, l’on pourra aussi passer d’agréables moments en compagnie d'autres jeunes actrices comme Isild Le Besco ou Lou Doillon.
Pour ce faire, il suffira de télécharger gratuitement, sur son baladeur MP3 ou via une application iPhone, les bandes-son de cinq parcours dans la capitale. Ces promenades sonores commentés (bilingues français-anglais) dureront une heure chacune. Elles feront découvrir, «comme dans un film», un quartier de Paris cher à ces actrices, sur un fond sonore composé spécialement pour l’occasion par un musicien. Ainsi, dans la nuit de samedi, en compagnie musicale de Benjamin Bioley, Virginie Ledoyen entraînera les Parisiens noctambules dans Saint-Germain-des-Prés. Isild Le Besco déambulera main dans la main avec vos oreilles, si l’on ose dire, dans le Marais. Lou Doillon plongera les visiteurs dans Pigalle. Belleville et le quartier du Palais royal sont également au programme.
On a toujours eu un peu de mal à supporter les foules immenses, souvent péniblement hystériques, que draînent habituellement les opérations comme la “Nuit blanche” ou la “Fête de la Musique”. Mais une innovation de ce type serait bien du genre à nous inciter à retenter le coup, samedi.
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29.09.2009
Un «coup de semonce»
Baroud d’honneur pour les opposants à la pénalisation du téléchargement illégal sur internet. Hier soir, le PS a introduit un recours devant le Conseil constitutionnel contre la fameuse loi Hadopi 2, que le Parlement a récemment et définitivement adoptée. Si vous étiez sur une autre planète ces derniers mois, cette loi condamne à de lourdes sanctions les internautes qui téléchargent illégalement des contenus culturels sur internet. C’était déjà un recours identique de l’opposition qui, il y a quelques mois, avait humilié le gouvernement en le contraignant à revoir sa copie.
Dans ce dossier, précisément, un vieux concept d’action politique vient de resurgir en France: la désobéissance civile, que Gandhi en personne avait théorisé et appliqué jadis en Inde. En effet, la «Ligue Odebi», qui regroupe des opposants à cette réforme, vient de lancer à «tous les citoyens, quelles que soient leurs opinions politiques», un «appel à la désobéissance civile» contre cette loi.
Concrètement, on ne voit pas trop comment un pauvre ado poursuivi pour avoir téléchargé illégalement de la musique ou des jeux vidéo pourrait bien, tout seul face aux pandores, désobéir et entrer valeureusement en résistance. La Ligue n'éclaircit d’ailleurs pas les modalités pratiques d’une telle désobéissance civile. En revanche, ces deux derniers dimanches en région parisienne, on a pu assez clairement voir que le combat contre Hadopi ne laissait pas totalement indifférent dans des chaumières.
En effet, à la faveur d’une élection législative partielle dans les Yvelines (banlieue Ouest de Paris), un nouveau parti s’est, pour la première fois, présenté aux suffrages des électeurs. C’est le Parti pirate, une des émanations hexagonales de la formation du même nom fondée en 2006 en Suède et qui, aux dernières élections européennes de juin, y réussit à décrocher un siège d’eurodéputé à Strasbourg. En France comme dans les autres pays où il est présent, ce parti prône «un accès libre et égal pour tous à la culture, la connaissance et l'information», y compris sur internet. Dans les Yvelines au premier tour, ces flibustiers ont tout de même recueilli quelque 2% des voix. Et au second tour, dimanche, la candidate écologiste (parti qui s'était farouchement opposé à Hadopi) a manqué à… 5 voix près d’être élue dans ce fief de la droite – on ne parlait que de cela hier à Paris, dans les états-majors des partis.
Le Parti Pirate en déduit que les électeurs internautes ont, à l’occasion de ce scrutin, adressé «un coup de semonce» au gouvernement, un «premier avertissement en direction d’un gouvernement qui traite par-dessus la jambe les questions technologiques qu’il prétend maîtriser». «Depuis longtemps, nous avons averti nos élus que le vote de telles lois peut peser lourdement sur les échéances électorales», insistent les corsaires du net. Pour qui le résultat de dimanche apporte «une preuve éclatante» de la justesse de leur prévision.
Le Parti Pirate prend-il ses désirs pour des réalités? Ou, au contraire, les citoyens seraient-ils prêts à confier leur représentation politique à de tels nouveaux venus sur la scène politique? Première réponse sans doute aux élections régionales du printemps prochain. Auxquelles ces forbans en lutte contre des lois «liberticides» pourraient bien vouloir participer.
10:27 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : internet, culture, technologies, gouvernement, activisme
28.09.2009
Un marasme
On parlait vendredi de l’action en justice intentée par Ségolène Royal contre «Paris Match». C’est le 9 octobre que l’on saura si l’hebdo est une nouvelle fois condamné pour atteinte à la vie privée de cette personnalité. A l’audience, les débats furent tendus. L’avocat de la socialiste a reproché à l’illustré d’avoir éhontément publié des «photos volées» d’un «moment personnel et intime». Et, plus globalement, de ne cesser «de susciter ou d'alimenter une curiosité injustifiée des lecteurs sur la vie sentimentale de Ségolène Royal». L’hebdo à réagi du tac au tac en qualifiant cette action en justice d’«hypocrite». Certes, les clichés publiés étaient «non autorisés». Mais ils ont été pris dans un lieu public. Et, par ailleurs, leur protagoniste «joue les médias dans tous les sens» et n’a pas poursuivi les autres publications ayant évoqué l’existence de son nouveau compagnon.
Cela dit, si en France la presse people se jette sur ce genre de sujets tout de même informativement très pauvres, ce n’est pas pour rien: c'est parce qu'elle traverse en ce moment une période difficile. En 2009, certains titres comme «Gala» ou «Voici» vont même enregistrer une diminution de leur diffusion – de 14 à 20%, selon les estimations –, ce qui ne leur était jamais arrivé depuis l’année de la mort de Lady Di, qui a signé le début dans l'Hexagone de la faramineuse expansion de ce type de médias. Et même la période estivale, qui est traditionnellement la saison en or pour la presse people, si elle a donné une bouffée d’oxygène au secteur, n’a pas été fameuse, malgré pourtant de grandes opérations publicitaires et promotionnelles (opérations prix cassé, le coup annuel du paréo inclu dans la revue, etc.).
Ce tassement des ventes est dû à la concurrence d’internet et à la mutiplication des titres qui rend l’offre papier surabondante et peu différenciée, face à une demande globale qui ne croît plus. A joué un rôle également l’assagissement notable de la classe politique française après la période mémorablement bling qui avait suivi l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, en 2007. Dans les magazines de papier glacé, qu’il s’agisse de Nicolas Sarkozy, de Rachida Dati ou de Rama Yade, en 2009, les politiques people se font plus discrets qu’en 2008 (*). Les patrons de ces magazines sont les premiers à le regretter. «Nicolas Sarkozy ne fait plus recette», regrettait l’autre jour un chef d’édition à «Voici». «Auparavant, quand on le mettait en couverture, on vendait de 30.000 à 50.000 exemplaires de plus». Et ce qui est valable pour Nicolas Sarkozy doit l’être aussi pour Ségolène Royal – d’où les photos volées d’elle à la plage, sur le quai de la gare, etc.
(*) Dernier exemple en date de cet assagissement: à moins que cela nous ait échappé, la récente rencontre à New York entre le couple Nicolas Sarkozy-Carla Bruni et Cécilia Sarkozy-Richard Attias n’a fait l’objet d’aucune paparazzade. O tempora o mores
11:25 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : presse, médias, journalisme, economie, royal, sarkozy
25.09.2009
Une incohérence
La vie privée des personnalités politiques se retrouve aujourd’hui devant la justice. Ce vendredi, en effet, le tribunal de grande instance de Paris examine une plainte déposée par Ségolène Royal contre «Paris Match». A la mi-août, l’illustré avait fait sa couv’ avec un cliché montrant l’élue socialiste accompagnée, sur un quai de gare, d’un homme présenté comme étant son nouveau compagnon. Ségolène Royal a estimé que ces «photos volées» attentaient à son droit à l’image et à la protection de sa vie privée. Elle réclame donc 50.000 euros de dommages et intérêts à l’hebdo. Au printemps dernier, déjà, «Match» avait été condamné à lui payer 16.000 euros d’indemnité pour l’avoir photographiée au bras du même homme, dans une station balnéaire de la Costa del Sol.
On n’a pas de problème avec cette procédure. D’autant que le sujet de «Match» en question se distinguait par sa vacuité informative et sa pauvreté iconographique. D’autant aussi que son retentissement médiatique avait donné lieu à des commentaires complètement déplacés, émanant de ces chroniqueurs qui se croient si drôles et si impertinents mais qui, nous, commencent vraiment à nous gonfler à force de devoir subir leur vulgarité à longueur de journées, à la radio comme à la télé. Commentaires du genre: voyez comme, sur ce quai de gare ce matin-là, Ségolène Royal était mal fagotée. Constatez combien est ringard le petit geste d’affection envers son compagnon, geste que le paparazzo a immortalisé en exclusivité mondiale: un index tendrement appuyé sur le ventre du nouvel amoureux. Repérez combien ledit ventre dudit monsieur est mou et moche, etc, etc. Pénible.
On n’a pas de problème non plus avec le fait que Ségolène Royal travaille à l’occasion avec son nouveau compagnon, qui vient par exemple de signer le relooking si décrié de son site web. C’est encore son droit de composer son entourage professionnel à sa guise.
Là où il y a peut-être un petit problème, cela dit, c’est dans la cohérence de l’attitude de Ségolène Royal. En effet, en marge d'une réunion socialiste dernièrement, elle s’est fait photographier tout sourires avec le même homme, et il s’agissait cette fois de clichés non volés mais pleinement autorisés. Surtout, l’autre jour, parlant de l’intéressé au magazine «L’Express», elle l'a elle-même ouvertement présenté comme «un homme (…) très amoureux».
Peut-on donc, honnêtement, faire et dire cela, puis se plaindre que les médias s’intéressent à cet homme-là?
10:53 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, journalisme, médias, royal
24.09.2009
Un «scandale»
L’invasion des hauts lieux culturels parisiens par le mercantilisme, suite. Cet été (relire ici), on avait déjà (un peu) sursauté à l’annonce de l’ouverture d’une boutique au cœur d’un des temples de la culture de la capitale française: le Palais Garnier. Cet automne, un nouveau pas vient d’être franchi. En effet, McDonald's France a confirmé qu'en décembre prochain, elle ouvrira son prochain "resto", le 1135ème de France, rien de moins… qu’au Louvre!
«Trente ans après l’arrivée du premier McDo en France», son entrée annoncée sous la Grande Pyramide constitue «une consécration, une pub planétaire pour McDonald's», s’extasiait à la radio, l’autre jour, un éminent chroniqueur économique qui frisait l'hystérie. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que, avec un tel emplacement, la multinationale touchera le jackpot. Pour rappel, le Louvre est le plus grand musée du monde en termes de fréquentation: il accueille au bas mot plus d’une demi-douzaine de millions de visiteurs chaque année.
Où précisément sera situé le McDo du Louvre? Motus et bouche cousue. McDo France, nous a-t-il été répondu très courtoisement, ne souhaite pas communiquer sur ce sujet pour le moment. Une telle implantation, dans un lieu culturel aussi fameux, constitue-t-elle une première pour cette multinationale? Ou d’autres institutions muséales de prestige international comparable (la Tate Gallery, le Moma, L’Hermitage, etc.) ont-elles déjà autorisé un tel voisinage avec le distributeur mondial de burgers? Idem: no comment. McDo France craint-elle, par extraordinaire, de ne pas faire l’unanimité avec pareille intrusion dans un tel bastion du pays dit de l’exception culturelle? Soyez gentil, n’insistez pas: on vous recontactera.
Seul nous a été confirmé le fait que le fast-food ouvrira non dans le musée proprement dit mais dans la galerie commerciale sous la Pyramide: ce «Carrousel du Louvre» qui se présente comme «le lieu unique d'une rencontre réussie entre culture, tourisme, histoire et shopping». Cette galerie compte déjà un espace de restauration ciblé «world food» et des enseignes comme «Sephora», «Esprit» ou «Virgin».
Il n’empêche, l’idée d’y voir bientôt débarquer McDo est en train de susciter un certain tollé parmi le personnel scientifique du musée. «On ne parle que de cela», nous confirmait hier un copain, historien de l’art au Louvre et furieux de cette «confusion des genres». A l'en croire, si certains dans le personnel du musée sont «résignés», la majorité des employés sont réellement «scandalisés» par ce projet commercial. Il y a deux ans déjà, plusieurs centaines de membres du personnel du Louvre avaient pétitionné, vainement, contre l’ouverture d’un «Starbucks Café» dans l’aile de la galerie qui était jusqu’à présent strictement réservée au musée, à laquelle le business n’avait pas accès. A l’époque, pour apaiser la fronde et donner un vernis culturel à cette grande première, avait été aménagé dans le café «un petit coin de détente, qu’aucun client ne regarde, prétendument consacré à la culture, où l’on trouve la documentation du musée, les guides, etc.».
Après Starbucks, McDo donc. Cela dit, culturellement, est-ce vraiment pire que Virgin? «C’est un peu plus lourdingue encore», fulmine notre interlocuteur. «C’est une couche de plus rajoutée au dévoiement progressif et continuel de cette galerie. Qui, à l’origine, il faut le rappeler, était censée avoir une vocation exclusivement culturelle». Raison pour laquelle, à l’époque, «Virgin» s’était vu imposer de proposer à la vente, dans son magasin du Carrousel, un certain quota d’œuvres culturelles au sens classique du terme: librairie, musique classique, etc.
Cela dit, que les contempteurs de la mal-bouffe ne se désespèrent pas trop. En effet, Frédéric Mitterrand, puisqu'il est un ministre de la Culture que la planète entière envie à la France, réussira certainement à faire en sorte que les clients de ce McDo Louvre puissent engloutir leurs burgers et leurs frites avec vue sur de merveilleuses reproductions en quadrichromie de Mona Lisa ou de la Vénus de Milo.
10:34 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, economie, paris, gastronomie, art de vivre
23.09.2009
Une trouvaille
C’est hier matin qu’on a entendu cela à la radio. On a trouvé cela tellement idiot que, 24 heures plus tard, ce matin, on y songeait encore. C’est la dernière trouvaille en date du monde de la publicité, un monde en permanence merveilleux comme chacun sait. En France comme ailleurs, la grande crise économique n’est même pas encore terminée – vont encore le confirmer, ce mercredi, les mauvais chiffres relatifs à la consommation de cet été. Les publicitaires n’en cessent pas moins d’inventer en permanence des nouveaux moyens pour inciter les gens à dépenser. En l’occurrence, cela vient de débarquer à Paris et dans sa région, et cela s’appelle la «publicité géolocalisée».
Le concept est déjà appliqué depuis longtemps dans des pays comme le Japon. Où, par exemple, quand on regarde la télé sur son téléphone portable, les liens publicitaires qui s’affichent varient selon le lieu où se trouve le téléspectateur au moment où il visionne les programmes. En vertu du même principe, en région parisienne, pour la première fois, une campagne d’affichage géolocalisée est en train de se dérouler, qui décline des messages différents selon le quartier où ils sont affichés. Ce qui fait 56 allusions géographiques locales accompagnant le slogan principal de ladite campagne, selon que le consommateur voyant l’affiche se trouve dans tel ou tel quartier de Paris ou de sa banlieue. Concrètement? Sur les panneaux, cela donne par exemple «Bercy, de rien» dans le quartier parisien de Bercy, «Allons-y gaiement!» dans le Marais gay, ou «Prenez la porte» le long du boulevard périphérique.
C’est probablement avec des trouvailles de camelot d'un tel niveau que l’humour français détrônera un jour l’humour anglais.
11:01 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, economie, humour, paris
22.09.2009
Une grève
Voilà un mouvement social qui risque d’embarrasser les Parisiens dans leur vie quotidienne. Depuis hier, les bureaux de poste de la capitale sont en grève illimitée. Ce mardi, ils sont rejoints par l’ensemble des bureaux de poste du pays. Les syndicats dénoncent le changement de statut de l’entreprise en société anonyme. Ce qui, selon eux, prépare la «privatisation» de ce service public séculaire. Ce qui, dément le gouvernement, permettra simplement à La Poste d’assurer sa survie dans le marché postal concurrentiel européen de demain. Les grévistes dénoncent également la dégradation de leurs conditions de travail. A cause des réorganisations et suppressions d'effectifs, le service rendu au public se dégraderait considérablement . Du coup, à longueur de journées, les agents devraient se coltiner les récriminations des clients, furieux par exemple de la longueur des files d’attente devant les guichets.
Sur ce dernier point, on peut en témoigner: les engueulades de guichetiers par des clients furieux de devoir poireauter, on voit cela régulièrement et depuis pas mal de temps, dans les bureaux de poste de notre onzième arrondissement. Cela fait d’ailleurs longtemps que, quand par malheur on ne peut se contenter des distributeurs automatiques mais on doit donc y faire la file, on prend la précaution d’emporter un journal ou un bouquin pour tuer le temps.
La Poste à Paris, pour l’expérience qu’on en a en tout cas, c’est souvent le sommet de l’agacement. Ainsi quand, après avoir couru à perdre haleine, on arrive tout content aux distributeurs de timbres pile-poil dix minutes avant l’heure de fermeture de l’agence, puis qu’on découvre que les grilles ont déjà été tirées pour s’assurer que tous les clients auront bel et bien levé le camp à l’heure fatidique de fermeture. Ou quand, en été, les agences ne sont plus accessibles à partir de 18h30 carrément, ce qui est tout de même très tôt pour le commun des usagers. Quand c’est la croix et la bannière uniquement pour récupérer son billet de banque que le monnayeur défectueux a avalé sans vous avoir donné la moindre pièce de monnaie. Quand, pour encaisser un chèque à la Banque postale, il faut longuement parlementer car, dans cette institution, il semble toujours y avoir une tracasserie de dernière minute qui surgit quelque part. Quand, pour l’ouverture d’un compte à cette même banque, il semble toujours manquer un énième document et rien ne paraît jamais pouvoir se régler rapidement.
Cela dit, s’il semble de bon ton en France de critiquer les fonctionnaires de La Poste, régulièrement accusés d’être les plus planqués de tous, rien qu’aux bureaux de notre quartier, on a pu constater que, ces dernièrs temps, des améliorations avaient été apportées, au bénéfice des usagers. Ainsi, à l’agence Richard-Lenoir, des agents (le plus souvent très aimables et souriants, qui plus est) ne sont désormais pas cantonnés derrière un guichet mais se déplacent dans l’agence. Pour, dès l’arrivée des clients, les orienter, les renseigner, leur éviter de faire la queue au mauvais guichet puis de devoir recommencer à un autre, voire les servir sans qu’ils doivent patienter.
Le temps d’attente moyen imposé aux 2 millions de Français usagers quotidiens de ce service public n’en reste pas moins élevé. Seulement 5,59 minutes très exactement, a calculé une enquête Sofres commandée par la direction de La Poste. Un progrès puisqu’il fallait attendre 8,58 minutes en moyenne à la fin de l’année dernière et 9,04 minutes précédemment. Ces chiffres sont évidemment de la vaste blague en ce qui concerne Paris en général et en particulier ses quartiers populaires ou simplement très densément peuplés, comme notre onzième arrondissement. Tiens, la prochaine fois qu’on devra faire la queue au guichet, on prendra un chronomètre et on rendra compte du résultat ici. Cela promet.
11:02 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, economie, europe, paris, gouvernement
21.09.2009
Une inconscience?
On parlait l’autre jour, dans ce blog, des «barres métalliques du métro, empoignées chaque jour par les mains de millions de voyageurs, (qui) doivent être de véritables nids à microbes». Et bien, mea culpa, il semblerait qu’on avait tout faux. En effet, le même jour ou presque, lors d'une table ronde organisée à la Cité des sciences à Paris, un épidémiologiste paraît-il réputé, le Dr Antoine Flahault, a mis en garde contre les «peurs exagérées» de ce type. Et a assuré que le risque de contamination par le virus pandémique H1N1 était «extrêmement faible dans le métro». A l’en croire, la transmission du virus «a davantage de chances de se faire entre voisins de bureau, en famille ou à l'école» que dans les transports publics. Car toutes les récentes pandémies grippales ont montré que «la contamination survient à 20% dans les écoles, à 30% ou 40% chez soi, dans la famille».
En l’absence de plus amples explications, les patients en puissance que nous sommes tous sont priés de prendre cette assurance pour argent comptant, même si elle ressemble tout de même beaucoup à un argument d’autorité. Cela dit, les gens ne semblent pas exagérément effrayés par cette maladie. Selon un sondage Ifop réalisé les 17 et 18 septembre derniers, 68% des Français se déclarent «pas du tout inquiets» par la pandémie, contre 5% seulement s’avouant «tout-à-fait inquiets». Allez savoir pourquoi, à moins d’avancer d’emblée des considérations sexistes, l’inquiétude est plus forte chez les femmes (39%) que chez les hommes (30%). Confirmation ce matin dans «Le Parisien», via un autre sondage réalisé par l’institut CSA cette fois. Près de six Français sur dix (59%) ne seraient pas inquiets s’ils venaient à attraper la grippe A. Avec, ici encore, un taux d’inquiétude plus élevé (58%) noté chez les femmes au foyer.
Malgré donc les 27 morts de cette maladie recensés à ce jour en France, dont certains patients jeunes et en parfaite santé, l’opinion affiche une grande sérénité face à cette pandémie. Du coup, cette question – la question qui tue, en somme: les Français sont-ils totalement inconscients ou, au contraire, remarquablement raisonnables? L’avenir le dira.
PS: Sinon, depuis quelques jours dans notre quartier de Paris, et sans doute dans d'autres arrondissements aussi, on peut même acheter des solutions hydroalcooliques dans des commerces de proximité comme les kiosques à journaux, les bars-tabac, etc. On ne s'y est pas (encore?) résolu.
10:18 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : santé, transports, femmes
18.09.2009
Un visage
C’était ce matin tôt, sur le chemin du bureau. Encore un peu dans les brumes épaisses du sommeil. Sous la grisaille de ce ciel parisien si prématurément automnal, ces jours-ci. Quand, à l’entrée d’un petit passage de notre quartier Saint-Sébastien, dans le onzième arrondissement, un gigantesque visage apparut sous nos yeux. Nous toisant d’un regard tranquille. Un visage très expressif, avec un regard prenant. Un artiste de rue l’avait placardé là, sur un pignon aveugle et triste comme la pluie. Sur plusieurs mètres de hauteur et de largeur, ce visage irradiait de quiétude et de sérénité. Donnait une dimension totalement différente à ce bout de trottoir parisien anonyme et banal.
Comme d’autres passants tout aussi stupéfaits par cette apparition si inattendue, on s’est lentement approché du portrait. Ce que l’on croyait une œuvre peinte directement sur le mur s’est avérée alors être le collage d’un dessin auparavant effectué sur un papier très fin, genre parchemin. Fragile support qui déjà, sous les assauts sans doute de la météo de ces derniers jours, commençait à se dégrader sur ses bords. Plus on se rapprochait de l’immense visage, plus ses traits se fondaient dans des nuances abstraites d’aplats grisés et noirs. Les rides devenaient vagues. Les plis se faisaient précipices, massifs, dunes ou ombres. Les reflets dans les prunelles semblaient des nuages flottant en plein ciel. Les formes les plus étonnantes surgissaient de ces contours vus de si près. L’effet de ce gigantesque visage apparaissant en si gros plan, face à des passants soudains si petits, était assez saisissant. Des gens ne résistaient pas au souhait d’effleurer des doigts cette texture de papier si humaine.
On n’a pas la moindre idée de qui est cet homme ainsi représenté. Ni s'il a existé ou s’il est dû à la seule imagination de son auteur. Sans doute ne le saura-t-on jamais. A proximité de l’œuvre, pas non plus la moindre trace de signature d’un artiste. Définitivement donc, ce visage n’aura été qu’une fugace apparition croisée un matin au coin d’une rue. Un nouveau voisin brièvement et récemment implanté dans le quartier. Démuni d’identité, un sans-papiers de papier.
Cette œuvre ne gêne vraisemblablement personne. Au contraire, elle attire, intéresse, suscite la réflexion voire les échanges entre passants. Elle n'en sera sans doute pas moins rapidement effacée par les services de la propreté. En effet, dans la capitale en général et en particulier dans les rues prisées par l’art urbain, la municipalité s'empresse de gommer les traces des artistes de rue. Comme s’il fallait à tout prix hygiéniser une ville menacée d’une dangereuse contagion créative.
Du coup, notre beau visage matinal surgi de nulle part laissera rapidement la place à un mur parisien sans strictement rien, respectueux du règlement mais assommant de vacuité. L’art populaire obligé à ce point d’être éphémère, parfois, cela rend un peu amer.
10:12 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : paris, arts, culture
17.09.2009
Une innovation
Il n’y a pas que les pouvoirs politique et économique qui, en France, sont encore désespérément et majoritairement, on va dire, blancs. Pareillement, les «minorités visibles», comme on les appelle dans ce pays, restent assez peu représentées dans l’establishment médiatique. En tout cas par rapport à des pays comme la Grande-Bretagne (*). Les choses, cela dit, pourraient bientôt changer. Et la société dans toute sa diversité être enfin mieux représentée dans le monde des médias aussi.
Pour preuve, l’excellente initiative que vient de prendre une des plus prestigieuses écoles de journalisme de l’Hexagone, l’ESJ de Lille. Cette institution, qui a formé tant de grands noms de la presse française (et belge, accessoirement), vient de décider d’ouvrir une antenne permanente en banlieue parisienne. A Bondy plus précisément. Dans cette ville de Seine-Saint-Denis où, lors des émeutes de l’automne 2005, avait vu le jour une intéressante innovation en matière de délocalisation d’une rédaction: le «Bondy Blog» – initiative à l’origine de laquelle, soit dit en passant, avait été non la presse française mais la presse étrangère (suisse, en l’occurrence).
En collaboration avec les équipes de ce «Bondy Blog», l’ESJ va donc désormais mettre son expertise et sa réputation au service des jeunes de banlieues qui rêvent de devenir journalistes mais n’ont pas forcément les moyens ni les réseaux pour accéder aux grandes écoles formant à ce métier. Ces jeunes seront pris en charge par les professionnels de l’ESJ, dans l’espoir qu’à l'issue de leur formation, ils puissent à leur tour intégrer des rédactions. Diversifier donc le profil sociologique de la corporation journalistique. Contribuer, dès lors, à une vision et à une pratique moins «parisienne» de l’information.
On applaudit des deux mains. On trouve juste un peu bizarre que les grands médias français, ces jours-ci, aient si peu fait écho à cette innovation. Parce qu’elle embarrassante pour la presse, car elle renvoie à ses propres imperfections?
(*) Minorités peu représentées par rapport à des pays comme la Belgique, aussi? Des années passées dans le plat pays, on a gardé le souvenir qu'à la télévision par exemple, on y voyait bien davantage de gens «de couleur» qu’en France. Sans que cela suscite le retentissement que causa jadis l’arrivée d’Harry Roselmack au 20 Heures de TF1.
10:38 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, médias, jeunes, banlieues, education



