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05/10/2009

Un arsenal

Alors que les chiffres de la délinquance et de l’insécurité sont assez mauvais, le gouvernement met les bouchées doubles sur la vidéosurveillance – la «vidéoprotection» comme il dit, dans un distinguo lexical qui n’est évidemment pas neutre. Ainsi, juste avant le week-end, le Premier ministre François Fillon a annoncé le doublement des fonds octroyés aux municipalités pour l’installation et l’exploitation de caméras. Dans la capitale, au même moment, les opposants au plan "1.000 caméras pour Paris"  continuent de pétitionner (ici). Tous les policiers, cela dit, n'ont pas l'air d'être fans des caméras. Pour preuve, le syndicat UNSA-Police se dit «un peu sceptique». Selon son dirigeant, «100 caméras qui enregistrent des images dans une ville 24 heures sur 24, cela donne des bandes innombrables. Qui va en assurer l'exploitation derrière et comment?».

 

Au-delà de ce débat-là, cela part un peu dans tous les sens et n’importe comment avec n’importe quoi, ces jours-ci, sur le front de l’insécurité en France. Ainsi, dans l’Essonne, département de la banlieue Sud de Paris, la police vient d’ouvrir une boîte mail destinée à recueillir de manière discrète voire anonyme des informations, des photos ou des vidéos d’habitants, relatives à des délits dont ils auraient été témoins dans leur voisinage. «Cela désenclave les quartiers sensibles et permet à ceux qui ont peur d'entrer dans un commissariat de se faire entendre», a-t-il été justifié. Mais cela ne rappelle pas une délation de si sinistre mémoire en France? «Est-ce qu'on aurait dit qu'il ne faut pas que la police utilise le téléphone parce qu'il va y avoir de la délation?», a argumenté le chef de la police. Selon qui celle-ci  doit «vivre avec son temps». Il n’empêche, ici aussi, l’initiative ne fait pas l’unanimité. Outre des élus UMP, Alliance, le deuxième syndicat de gardiens de la paix, pourtant très à droite, a fait part de ses vives réticences. Selon un de ses dirigeants, ces dénonciations électroniques relèvent d’«une police d'une autre époque»: risquent de donner «l'impression de réinstaller la police de Vichy».

 

Autre innovation sécuritaire encore plus limite à Roissy en Brie cette fois, une bourgade de Seine et Marne (banlieue Est de Paris). Là, ce sont carrément des rondes de citoyens qui ont vu le jour. Sans que cette dérive milicienne fasse réagir les autorités. Excédés par la délinquance, quelques dizaines de riverains déguisés en gros bras (bombers noirs sur le dos, lampes torches en main, etc.) ont pris l’habitude, le soir venu, d’organiser des patrouilles «pour sécuriser le quartier» et signaler aux autorités les actes de délinquance ou d’incivilité qui y sont perpétrés.

 

La France n’a pas le monopole de ce genre d’arsenal sécuritaire douteux. Sans aller jusqu’aux retraités américains qui ne trouvent rien de mieux, en guise de hobby, que de jouer aux cow-boys en traquant les clandestins mexicains tentant de franchir la frontière, dans l’Italie de Berlusconi, cet été, une loi a légalisé les «volontaires pour la sécurité». Ces «rondes de citoyens» sont notamment utilisées, comme aux Etats-Unis, pour la chasse aux clandestins et autres sans-papiers. Selon leurs partisans, elles relèvent simplement de «l’éducation civique». A ce moment, peut-être n'est-il pas inutile de rappeler qu’à la fin des années 90, de telles milices avaient déjà été mises sur pied en Italie: par la Ligue du Nord, le parti xénophobe et sécessionniste d’Umberto Bossi. Mais en 1997, après de violents débordements, ces «Chemises vertes» avaient dû être dissoutes et interdites. En arrivera-t-on là en France également?

Commentaires

C'est la jaunification playmosécuritaire!

http://www.youtube.com/watch?v=iW4ak_jOSsM

Écrit par : Luc le B. | 06/12/2009

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