19.10.2009
Une empreinte
Les empreintes digitales, jusqu’à présent pour nous, c’était réservé aux séries télé américaines et/ou aux grands délinquants. Tout faux. En France en ce moment, ces empreintes ont même l’air d’êtres furieusement tendance. Et ce, dans des registres tout à fait différents. Trois illustrations.
Dans le registre technologique, d’abord. Dans son dernier numéro, reçu ce week-end, la newsletter électronique d’Aéroports de Paris proposait avec enthousiasme à ses abonnés de «gagner du temps lors de (leur) prochain passage dans nos aéroports» et de «passer les frontières en toute simplicité». Comment? Rien de plus simple, et c’est même «gratuit et immédiat». Il suffit, à partir de ce lundi, de s’inscrire au «service de contrôle automatisé» PARAFES, un acronyme signifiant «Passage automatisé rapide des frontières extérieures Schengen». Les voyageurs ayant opté pour ce système bénéficient de files d’attente dédiées (et, du coup, plus rapides) au départ comme à l’arrivée. Pour passer une frontière, il leur suffit de se présenter aux sas qui leur sont spécialement destinés, d’insérer le passeport dans la borne et d’apposer le doigt sur le capteur.
Présenté comme cela, évidemment, cela a l’air mirifique. Avec une telle technologie à portée de main, n’importe quel voyageur à Roissy, même le plus moche, va se prendre pour le beau Keanu Reeves dans «Matrix». N’empêche, nous en tout cas, en découvrant cette offre d’Aéroports de Paris, on a eu un léger mouvement de recul. Non pas qu’on soit spécialement flippé ou parano des fichiers. Non pas qu’on ait quelque chose à se reprocher (mais peut-on jamais en être sûr?). Mais cette idée que, sur un simple claquement de doigt, notre chère petite empreinte digitale se retrouve subitement rangée à côté de celles de millions d’autres, dans les immenses fichiers de tous les policiers de tous les aéroports de tous les pays de toute la zone Schengen…. Instinctivement, on ne le sent pas trop.
Les empreintes, registre administratif ensuite. On l'a découvert fortuitement l’autre jour, et on est tombé des nues parce qu’on ignorait complètement cela. En France, lorsqu’on introduit une simple demande de carte d’identité au guichet d’une préfecture de police (à la préfecture de Paris, en tout cas), parmi les renseignements qu’on est prié d’indiquer sur le formulaire ad hoc, il faut y apposer une empreinte digitale, de l’index gauche précisément. Empreinte exigée même et y compris quand on a un casier judiciaire complètement vierge. C’est le règlement. Tombé des nues car, à moins qu'on se trompe (du reste, cela a peut-être changé depuis), on n’a pas le moindre souvenir d’avoir jamais dû, en Belgique, mettre un jour le doigt dans l’encrier, dans une quelconque administration que ce soit.
Les empreintes, registre dramatique cette fois. On l’entendait récemment dans la bouche du ministre de l’Immigration, Eric Besson. Désormais, dans le Nord de la France et à Calais singulièrement, on voit de plus en plus de clandestins afghans, candidats à l’exil outre-Manche, qui sont allés jusqu'à s’auto-mutiler les doigts. Ils se brûlent les dernières phalanges à l’acide ou se les tailladent profondément au couteau ou au ciseau, afin que leurs empreintes digitales ne puissent être lues par les policiers. Du coup, difficile, pour les autorités, d’identifier précisément ces clandestins et donc de les ficher dans les bases de données. Pour les policiers, c’est surtout gênant lorsque de très jeunes Afghans ont recours à ce procédé. En effet, sans fichage certifié (car sans papiers et/ou sans empreintes), impossible de contredire un jeune clandestin qui assure être mineur – or, la France dit qu'elle ne renvoie pas dans leur pays les jeunes Afghans mineurs.
S’auto-mutiler pour se sauver: faut-il donc être dans une situation désespérée pour en arriver là.
11:01 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, transports, administration, etrangers




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