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30/10/2009

Une «exclusivité mondiale»

Une note d’humour, d’humour très potache même, pour bien terminer la semaine. On avait déjà parlé, il y a quelques mois (ici), d’«Improvisons». Ces joyeux drilles parisiens ont déjà signé quelques happenings mémorables dans la capitale, comme «Suicide Jumper», «Les exterminateurs H1N1» ou «Piedlib», cette parodie de «Vélib» transformé en système de location en libre service de ... chaussures pour marcher en ville. Le week-end dernier, ces hurluberlus ont récidivé.

 

Cette fois, il s’agissait de «tourner en dérision le business écolo» et la vogue de la pub écologiquement correcte. Et particulièrement de «se moquer des entreprises qui profitent du business green. Comme les constructeurs de voiture qui présentent des produits prétendument verts, sur fond d’images de nature». Il s’agissait donc de présenter aux Parisiens un système de locomotion «100% naturel, 100% bio, 100% écoresponsable», carburant uniquement au «jambon beurre sans plomb 95».

 

Le nom de ce dispositif révolutionnairement vert? Le «taxi pédestre». Place du Palais Royal, l’autre jour, il a été dévoilé en «exclusivité mondiale». Concrètement, les jeunes amuseurs publics ont revêtu des livrées de taximen et proposé aux passants de les transporter… sur leurs propres pieds.

 

On est d’accord : c’est absurdement décalé, totalement inutile voire légèrement débile. Mais, quelque part, en ces temps de morosité automnale, cela ne fait sans doute pas de mal.

29/10/2009

Une grimace

vaccination.jpgCela faisait des semaines, voire des mois, qu’on l’annonçait, qu’on l’attendait, qu’on la craignait. Cette fois, semble-t-il, ça y est. Elle est là: la grippe A. Elle est là, à Paris en en région parisienne en tout cas. On a entendu l’info en boucle dans les médias depuis hier après-midi, quand a été diffusé le dernier rapport en date de l’Institut de veille sanitaire. Qui a confirmé que rien que la semaine dernière en région parisienne,  a augmenté de 55% le nombre de consultations chez les médecins généralistes pour cause de virus grippaux, virus majoritairement de type A.

 

Coïncidence: hier avant même la publication de ce rapport, à deux reprises dans la journée, on a eu la puce à l’oreille qu’effectivement, en ce qui concerne cette maladie, les choses étaient peut-être en train de commencer à changer dans la capitale française. Le matin, en arrivant au bureau, on a remarqué qu’au cabinet médical situé au rez de l’immeuble, était désormais affiché, très visiblement et dès l’entrée, un avis sommant les patients d’avertir «dès leur arrivée» le personnel médical s’ils étaient sujets à de la fièvre et de la toux. Ensuite, à midi, un collègue journaliste français nous disait que, ce week-end, il avait passé une partie de la nuit aux urgences d’un grand hôpital parisien, pour un de ses gosses, et qu’il avait été impressionné par le grand nombre d’enfants qu’il avait croisés là, la plupart affublés d’un masque.

 

Après avoir tant et tant de fois été annoncée, la grippe A semble donc approcher. Cela dit, avant même qu’elle se déclare massivement, le gouvernement français a de quoi faire doublement la grimace.

 

D’abord, il pourrait avoir commandé (à grand frais) deux fois trop de vaccins contre cette maladie. Puisque, selon nombre d’experts, une seule injection (et non deux, comme on le pensait au début) sera nécessaire pour immuniser la population. Or, cet été, le ministère de la Santé avait commandé la bagatelle de 94 millions de doses aux laboratoires pharmaceutiques. Du coup, la France  va vraisemblablement se retrouver avec, sur les bras, des millions de doses de vaccin en trop. Notez que cela lui fournira une opportunité de redorer son image internationale. En effet, le gouvernement, qui ne cesse de nier qu’il réduit d’année en année son aide au développement accordée aux pays du Sud, aura l’occasion de faire un geste humanitaire spectaculaire avec tous ces vaccins en trop.

 

pharmacie.jpgGrimace, ensuite, car des stocks énormes de vaccins inutilisés risquent d’autant plus de se former que l’opinion, décidément, résiste à la dramatisation. Selon un dernier sondage en date, seuls… 17% des Français envisagent de se faire vacciner contre la grippe A, 17% parmi lesquels 7% seulement disent qu’ils vont certainement faire cette vaccination.

 

Dès lors, si la gravité de l’épidémie et donc l’état de l’opinion n’évoluent pas, cette grippe A risque bien, pour le gouvernement français, de représenter moins une catastrophe sanitaire – même si on n’oublie pas les 44 décès déjà dus en France à cette maladie  – qu’un gros fiasco financier. Humainement, c’est assurément moins grave. Mais politiquement, en ces temps d’austérité budgétaire, cela pourrait bien lui être reproché.

28/10/2009

Une occupation

Cela se passe dans un des restaurants les plus trendy de Paris, qui, depuis plusieurs jours, voit son fonctionnement très perturbé par un mouvement de grève. Cela se passe chez «Georges» précisément, propriété du groupe Costes, qui règne sur un empire de la restauration dans la capitale et au-delà. Cela se passe en plein ciel, au sixième et dernier étage du Centre Pompidou. Avec son homologue situé en toit-terrasse du musée du quai Branly, «Georges» est sans doute le restaurant d’où l’on jouit de la plus belle vue qui soit sur la capitale. Cela dit, il n’est pas impossible que ce soit le seul intérêt de cet établissement. C’est en tout cas ce que pensent les détracteurs de «Georges» (avec lesquels on n’est pas loin d’être d’accord), qui soupirent devant sa déco tape-à-l’œil, son rapport qualité-prix très perfectible et la mine pas rarement hautaine de son personnel.

 

Depuis jeudi dernier donc, «Georges» est occupé par ses travailleurs sans-papiers. Ils demandent à leur employeur d’«assumer ses responsabilités» et d’intervenir auprès des pouvoirs publics afin d’appuyer leurs démarches en vue d’obtenir un titre de séjour. La direction du restaurant, visiblement très en colère, tempête contre «un coup de force» de la CGT. Avant d’être rejoint par d’autres organismes et associations, c'est ce syndicat qui a lancé le vaste (et énième) mouvement de grève, avec occupations de lieux de travail qui, en ce moment, est mené dans toute la région parisienne par des travailleurs sans-papiers réclamant leur régularisation. Au total, selon les chiffres du syndicat, 4.000 sans-papiers seraient actuellement en grève à Paris et dans sa région.

 

Un peu curieusement, de ce mouvement social, les médias français n’ont qu’assez peu parlé, jusqu’à présent. Alors pourtant que, ces derniers mois, ils en ont fait des tonnes sur les actions d’occupations d’usines par des travailleurs en colère contre des délocalisations ou des licenciements. En France désormais, pour avoir accès aux médias, faudrait-il menacer de séquestrer des patrons, de polluer l’environnement ou de faire sauter des bouteilles de gaz?

27/10/2009

Un repaire

eurosbillets.jpgOn parlait hier d’un des clichés qui collent à la peau des Parisiens: celui d’être des gens aisés. Cela dit, si en général et pour l’ensemble de la capitale, la réalité est loin d’être aussi rose, certains quartiers de Paris méritent leur réputation de repaires d'habitants fortunés. C’est le cas du seizième arrondissement. C’est ce qu’on a constaté une fois de plus en parcourant, comme chaque année à peu près à cette époque (relire ici), les données de l’administration fiscale concernant l’Impôt sur le fortune (ISF).  

 

Le seizième, en effet, regroupe à lui seul plus de 18.000 des quelque 85.000 foyers parisiens assujettis à cet impôt. Ce qui n’est tout de même pas rien. L’Ouest parisien (le seizième et le septième) détient toujours le record national de concentration de gens fortunés au mètre carré. Même dans la très select ville de Neuilly, chère à Nicolas Sarkozy, on ne compte pas autant d’habitants aisés (7.607). La valeur moyenne du patrimoine de ces privilégiés du seizième approche les 3 millions d’euros (2,94 millions). C’est moins que les avoirs des habitants de Neuilly (3,3 millions), mais cela leur vaut quand même de devoir acquitter chaque année un ISF d’un montant moyen de 18.428€.

 

Notons d’ailleurs qu’entre 2007 et 2008, le nombre de Parisiens assujettis à l’ISF a encore augmenté, de 4%. Ces cinq dernières années déjà, ce nombre avait crû de plus de 50% . Mais la dernière progression en date a été enregistrée avant la crise, ou en tout cas à ses débuts. Du coup, l’immobilier ayant, dans ces beaux quartiers également, (un peu) régressé, les chiffres de 2009 ne devraient pas être aussi mirifiques pour les intéressés.

 

En attendant, dans Paris au sens large et plus seulement dans ses beaux quartiers, la crise continue de faire chaque jour ses ravages. Les chiffres mensuels du chômage, tombés hier soir, l’ont à nouveau illustré. En effet, la seizième hausse mensuelle consécutive du chômage enregistrée en septembre en France a proportionnellement frappé davantage Paris et sa région (+1,5%) que le reste du pays (+0,8%). La capitale compte désormais plus de 110.000 chômeurs. En un an, le chômage y a progressé de plus de 20%.

 

Le ressent-on également, en ce moment, dans le repaire du seizième arrondissement?

10:35 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, economie, social

26/10/2009

Un portrait-robot

Le Parisien est sans doute le Français auquel on a toujours accolé le plus grand nombre de clichés, dans l’Hexagone mais à fortiori aussi à l’étranger. Le Parisien? Râleur, teigneux, odieux, friqué, obsédé par son look, arrogant, bobo, qui passe sa vie en terrasse des bistrots, au resto, dans les galeries d’art ou les boutiques, snob, frimeur, mauvais conducteur, et on en passe. Ce portrait du Parisien moyen n’a évidemment aucun sens. Un habitant des beaux quartiers de l’ouest de la capitale n’a pas grand-chose en commun avec un Parisien de Belleville, de Barbès, de Montparnasse ou de Montmartre. En plus, les choses sont beaucoup plus subtiles que cela, si l’on en croit le portrait-type du Parisien que viennent de permettre de dresser les résultats de dernier recensement effectué dans la capitale.

 

Il en ressort d’abord que le Parisien moyen est avant tout… une Parisienne: en effet, 53% de la population de la capitale sont des femmes. En majorité célibataires, en plus – d’où ce mythe mondial de la Parisienne jeune, belle, élégante et légère?  Toujours est-il que 51,5% des habitants de la capitale ne sont pas casés. Le Parisien moyen est jeune: six Parisiens sur dix ont moins de 44 ans, les plus âgés fuient la capitale dès l'âge de 60 ans, et le nombre d’octogénaires ne cesse d’y dégringoler. Le Parisien-type est plutôt instruit: 39% (contre 21% des Français) ont un niveau bac+3. Un quart des Parisiens sont étiquetés comme cadres ou de profession intellectuelle supérieure. Plutôt aisé, le Parisien ? Oui, mais cela cache de grandes disparités. Sinon, l’habitant-type de la capitale est piéton ou cycliste : près de 6 Parisiens sur 10 sont non-motorisés. Et il habite majoritairement un deux-pièces, le plus souvent dans un immeuble ancien.

 

Mais surtout, et la mairie le précise justement, «bien sûr, parmi les 2.181.374 habitants recensés entre 2004 et 2008 par l’Insee, tous ne répondent pas à ce profil. Des intellectuels parents de trois enfants et gagnant très bien leur vie côtoient des ménages non imposables (27,4%.). Ils ne vivent pas forcément dans les mêmes arrondissements». Ainsi, «le 19e arrondissement est à la fois le plus jeune (1 habitant sur 4 a moins de 19 ans) et le plus pauvre». Alors que «les 16e et 7e se retrouvent en tête des revenus fiscaux».

 

Finalement, s'il faut retenir une chose de toutes ces données statistiques, c'est que le Parisien moyen... n'existe pas vraiment. Car cette ville se distingue, beaucoup plus qu’on ne le croit à l'étranger, par la diversité de sa population et de ses quartiers. C’est d’ailleurs bien ce qui fait son charme.

11:16 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, social, economie

23/10/2009

Un «fils à papa»

Cela se passe en ce moment même, dans les Hauts de Seine (banlieue chic de Paris). En marge de la réunion du conseil d’administration de l’EPAD, l’établissement qui gère le quartier d’affaires de La Défense. Le jeune Jean Sarkozy est en train d’y être élu au conseil d’administration. Ce qui, jusqu’à hier soir, était censé constituer la dernière formalité avant son arrivée, début décembre, à la tête de cette institution. L’intéressé, cela n’a pas pu vous échapper, a finalement renoncé à cette ambition. Le collectif «Sauvons les riches» n’en a pas moins maintenu la grande parodie qu’il avait prévu d’organiser ce matin à son attention.

 «Sauvons les Riches»? Si par extraordinaire vous ne connaissiez pas ce collectif, assez farce, qui milite pour la sauvegarde et la défense des «fils à papa», jetez un œil, avant de poursuivre la lecture de cette note plus bas, au happening à propos de Sarkozy Jr qu’il avait déjà organisé il y a quelques mois. C’était la remise officielle, au Rotary Club, de son diplôme de «fils à papa».

 
Jean Sarkozy diplômé par Sauvons les riches
envoyé par Sauvonslesriches. - L'actualité du moment en vidéo.

Ce matin, sous l’œil paraît-il goguenard des CRS, «Sauvons les riches» a fait venir chaises à porteurs, manants et petits marquis dans les Hauts de Seine, pour «une grande manifestation revival de l’Ancien Régime». Pour donc singer cette «monarchie élective» qui est reprochée à la dynastie Sarkozy par ses opposants. Par une telle action, ces activistes ont voulu «voler à la rescousse de leur ami en péril, autour d’un mot d’ordre simple: Touche pas à mon népote!»

Le rebondissement survenu hier soir donne sans doute un peu moins de sel à leur happening. Mais celui-ci n’en fera sans doute pas moins les belles heures de You Tube et de Dailymotion. Ce n’est pas si anecdotique que cela. En effet, les manifestations et un collectif de ce genre, qu’on les aime ou pas, reflètent bien la tendance croissante prise ces derniers temps en France par une certaine mouvance jeune militante. Grand sens de la mise en scène, poids des mots et choc des photos, maestria dans les relations publiques, humour et culture de l’(auto)dérision – l’hymne de «Sauvons les riches» n’est autre que générique de la série télé «Dallas»…–, aspect ludique de ces mobilisations mis en valeur pour mieux soutenir le discours politique, etc. Visiblement, en termes d’audience au moins, ça marche. En France, pays où l’on parle tant des «fils à papa», ce qui est révolu, en tout cas, c’est le temps de l’activisme de papa. 

22/10/2009

Un tri (pour rien)

Cela vaut bien la peine que les gens se décarcassent pour l’environnement, si les pouvoirs publics ne sont même pas capables de s’organiser entre eux pour assurer le suivi. Une belle illustration de gâchis cette semaine, dans le réseau du métro de Paris.

 

Depuis deux ans, dans les couloirs et sur les quais, à côté des poubelles pour les détritus organiques, quelque 1700 poubelles jaunes ont fait leur apparition, spécialement destinées aux matières recyclables comme le papier. Elles servent surtout à recueillir, après leur lecture, les nombreux journaux gratuits qui, le matin et le soir, sont distribués aux usagers à l’entrée des stations. Dès l’introduction dans les sous-sol de ce tri sélectif, similaire à celui pratiqué en surface, les voyageurs ont bien réagi. Résultat, ces poubelles jaunes sont souvent très remplies: elles recueillent chaque jour pas loin d’un million de journaux. Mais un million de quotidiens qui sont triés par les gens… pour des prunes.

 

Ces derniers jours, en effet, les médias parisiens ont découvert qu’en fait, in fine, la RATP remélangeait ce papier trié aux autres déchets, avant de se débarrasser du tout dans les bennes à ordures de la mairie. «C’est idiot!», s’est-on indigné l’Hôtel de Ville: «Quand nos bennes arrivent, elles emportent le conteneur entier, et tout le tri effectué par les voyageurs est annulé!» A la RATP, on invoque un problème de place. Les déchets du métro parisien représentent une telle quantité d’immondices (10.000 tonnes par an) qu’ils doivent être sortis tous les jours. Or, la mairie ne collecte que deux fois par semaine les déchets triés. La RATP assure qu’il lui serait impossible de garder tout ce papier plus longtemps, à moins de «construire des locaux spécifiques, très difficiles à réaliser dans nos stations». Dès lors, à cause de ce problème de place, n'est conservé et ensuite jeté à part que le contenu des seuls réceptacles jaunes surmontés d'un pictogramme «tri sélectif», que l’on trouve dans quelques stations de métro uniquement. Tout le reste du papier s’en va dans les bennes avec les ordures.

 

L’extension d’un tri réellement sélectif à l'ensemble du réseau de la RATP n’est pas prévu. Seules les stations de RER en banlieue, moins exiguës et où il est donc plus facile de stocker des containers, en bénéficieront, courant 2010. Pour les quelque 300 stations du métro de Paris, aucun engagement n’est pris. «Ce sera au cas par cas, selon les possibilités de stockage et de ramassage», a commenté, laconique, la RATP.

 

En attendant, donc, chaque jour quelques centaines de milliers de journaux sont triés pour rien par les Parisiens. Sûr que, lorsqu’ils l’apprendront, ils seront très motivés à continuer à avoir des comportements environnementaux citoyens. Encore bravo.

21/10/2009

Un rapport

stylo.jpgAu moment où, dans la majorité sarkozyste et jusqu’à l’Elysée, il est de bon ton de traîner les journalistes dans la boue, parlons de la position de la France dans le dernier rapport que publie ce mercredi l’ONG Reporters sans frontières, consacré aux atteintes à la liberté de la presse dans le monde. Cela n’a rien à voir? Comme n’a rien à voir avec le bon sens le fait de clouer ainsi au pilori une profession dans son ensemble. Non pas, bien sûr, que les journalistes, en France ou ailleurs, seraient d’office et par principe exempts de tout reproche, ce qui relèverait du corporatisme le plus débile. Mais jeter de cette façon l’opprobre sur toute une profession – que le pouvoir accuse de jouer désormais le rôle de l’opposition, anémiée – n’a aucun sens. Et, au passage, confirme une fois de plus une double confusion qui a toujours été faite au sommet de l’Etat français: entre contre-pouvoir et opposition et entre information et communication. Confirme aussi un grand classique de la politique hexagonale, qui se voit sous Sarkozy comme il s’est vu sous de Gaulle, Giscard, Mitterrand ou Chirac: quand le pouvoir traverse une mauvaise passe, il tente de faire diversion en cassant du journaliste et en accusant les médias de tous les maux.

 

Le rapport 2009 de Reporters sans frontières, donc. La France s'effondre de la trente-cinquième à la quarante-troisième place – loin derrière la Belgique, soit dit en passant. Le rapport décrit le nombre croissant de journalistes qui, cette année dans ce pays, ont été perquisitionnés, convoqués par les policiers, placés en garde à vue, poursuivis en justice, traînés devant un tribunal (voir Denis Robert au procès Clearstream, en ce moment), harcelés dans le but qu'ils dévoilent leurs sources, ou (ce fut le cas d’un ancien patron de «Libé») tirés du lit par les pandores au petit matin devant leurs enfants, puis fouillés au corps comme de vulgaires délinquants.

 

Assurément, les journalistes français n’ont pas à se plaindre de leur sort, par rapport à leurs confrères chinois, russes, cubains, iraniens ou birmans. Il n’empêche, depuis 2002, l’Hexagone a dégringolé de plus de trente places dans ce classement.

20/10/2009

Une interdiction?

Retour sur le plus beau pont de Paris, aujourd’hui. On y repensait en franchissant hier soir le Pont des Arts, un peu au hasard de pérégrinations dans le centre-ville. Depuis l’été dernier, lorsqu’il avait défrayé la chronique parisienne (relire ici), la situation ne s’y est pas vraiment arrangée. Fin avril, invoquant l’alcoolisation avancée des nombreux fêtards qui, le soir, ont pris l’habitude de se retrouver à cet endroit magnifique et d’y festoyer jusque tard dans la nuit, ce qui entraîne paraît-il de nombreux troubles à l’ordre public, les autorités avaient pris un arrêté interdisant toute consommation d’alcool à cet endroit entre 16 heures et 7 heures du matin. Six mois plus tard, retour à la case départ.

 

En effet, pendant tout l’été – qui, à Paris, fut beau, chaud et donc festif  – , les pandores ont eu beau multiplier les rondes et les avertissements adressés aux pique-niqueurs, rien n’a fondamentalement changé sur la passerelle, selon la municipalité du sixième arrondissement. Certains soirs de fête particulièrement enfiévrés, jusqu’à 1500 personnes s’y seraient regroupées. Et, au petit matin, ces  libations ne se seraient pas rarement terminées par des incidents: jets de bouteilles, bagarres, voire coups de couteau. La meilleure preuve que l’annonce de la prohibitation de l’alcool à cet endroit n’a rien réglé est que, récemment, un groupe de travail ad hoc a dû être créé par les autorités, groupe «chargé de réfléchir aux pistes d’amélioration afin de faire évoluer favorablement la situation et ainsi d’éviter tout accident grave».

 

Il est question désormais d’améliorer sur le Pont la signalisation rappelant l’interdiction de consommation nocturne d’alcool. D’y intensifier les patrouilles de police. Les autorités tablent aussi sur le plan de vidéosurveillance qui, bientôt, quadrillera Paris par un réseau étendu de 1000 caméras. Le maire (UMP) du sixième arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, est particulièrement en pointe sur la question. L’autre jour, il a publiquement lancé une petite idée qui a fait froncer les sourcils de la préfecture de police elle-même, qui l’a jugée totalement «impossible juridiquement». Il s’agirait non plus seulement d’interdire l’alcool sur le Pont des Arts, mais carrément de «réfléchir à l’interdiction de s’(y) asseoir après 23 heures», a proposé ce maire très sérieusement.

 

Ne plus faire la fête le soir sur le Pont des Arts. Ne plus y faire de bruit (alors pourtant que les riverains qui pourraient être dérangés habitent tout de même assez loin). Ne plus pique-niquer après une certaine heure. Ne plus (trop) boire. Et maintenant, ne plus s’y asseoir. Au train où vont les choses, on serait à peine étonné si, le prochain été, un arrêté interdisait carrément d’y respirer. 

19/10/2009

Une empreinte

empreinte.jpgLes empreintes digitales, jusqu’à présent pour nous, c’était réservé aux séries télé américaines et/ou aux grands délinquants. Tout faux. En France en ce moment, ces empreintes ont même l’air d’êtres furieusement tendance. Et ce, dans des registres tout à fait différents. Trois illustrations.

 

Dans le registre technologique, d’abord. Dans son dernier numéro, reçu ce week-end, la newsletter électronique d’Aéroports de Paris proposait avec enthousiasme à ses abonnés de «gagner du temps lors de (leur) prochain passage dans nos aéroports» et de «passer les frontières en toute simplicité». Comment? Rien de plus simple, et c’est même «gratuit et immédiat». Il suffit, à partir de ce lundi, de s’inscrire au «service de contrôle automatisé» PARAFES, un acronyme signifiant «Passage automatisé rapide des frontières extérieures Schengen». Les voyageurs ayant opté pour ce système bénéficient de files d’attente dédiées (et, du coup, plus rapides) au départ comme à l’arrivée. Pour passer une frontière, il leur suffit de se présenter aux sas qui leur sont spécialement destinés, d’insérer le passeport dans la borne et d’apposer le doigt sur le capteur.

 

Présenté comme cela, évidemment, cela a l’air mirifique. Avec une telle technologie à portée de main, n’importe quel voyageur à Roissy, même le plus moche, va se prendre pour le beau Keanu Reeves dans «Matrix». N’empêche, nous en tout cas, en découvrant cette offre d’Aéroports de Paris, on a eu un léger mouvement de recul. Non pas qu’on soit spécialement flippé ou parano des fichiers. Non pas qu’on ait quelque chose à se reprocher (mais peut-on jamais en être sûr?). Mais cette idée que, sur un simple claquement de doigt, notre chère petite empreinte digitale se retrouve subitement rangée à côté de celles de millions d’autres, dans les immenses fichiers de tous les policiers de tous les aéroports de tous les pays de toute la zone Schengen…. Instinctivement, on ne le sent pas trop.

 

Les empreintes, registre administratif ensuite. On l'a découvert fortuitement l’autre jour, et on est tombé des nues parce qu’on ignorait complètement cela. En France, lorsqu’on introduit une simple demande de carte d’identité au guichet d’une préfecture de police (à la préfecture de Paris, en tout cas), parmi les renseignements qu’on est prié d’indiquer sur le formulaire ad hoc, il faut y apposer une empreinte digitale, de l’index gauche précisément. Empreinte exigée même et y compris quand on a un casier judiciaire complètement vierge. C’est le règlement. Tombé des nues car, à moins qu'on se trompe (du reste, cela a peut-être changé depuis), on n’a pas le moindre souvenir d’avoir jamais dû, en Belgique, mettre un jour le doigt dans l’encrier, dans une quelconque administration que ce soit.

 

Les empreintes, registre dramatique cette fois. On l’entendait récemment dans la bouche du ministre de l’Immigration, Eric Besson. Désormais, dans le Nord de la France et à Calais singulièrement, on voit de plus en plus de clandestins afghans, candidats à l’exil outre-Manche, qui sont allés jusqu'à s’auto-mutiler les doigts. Ils se brûlent les dernières phalanges à l’acide ou se les tailladent profondément au couteau ou au ciseau, afin que leurs empreintes digitales ne puissent être lues par les policiers. Du coup, difficile, pour les autorités, d’identifier précisément ces clandestins et donc de les ficher dans les bases de données. Pour les policiers, c’est surtout gênant lorsque de très jeunes Afghans ont recours à ce procédé. En effet, sans fichage certifié (car sans papiers et/ou sans empreintes), impossible de contredire un jeune clandestin qui assure être mineur – or, la France dit qu'elle ne renvoie pas dans leur pays les jeunes Afghans mineurs.

 

S’auto-mutiler pour se sauver: faut-il donc être dans une situation désespérée pour en arriver là.

16/10/2009

Un travail

A Paris, la nuit, alors que les habitants sont rentrés tranquillement chez eux, alors que le dernier métro est arrivé au dépôt, il s’en passe de belles, dans les profondeurs du réseau de la RATP. C’est le dernier scandale en date qui agite la capitale, à propos de travailleurs sans-papiers en grève pour leur régularisation. Après les sans-papiers exploités dans les cuisines des restos, voire dans les ministères, ceux dormant dans des tentes sur le trottoir, travaillant comme vigiles sur les quais de gare ou sur le chantier du tramway, voici donc les clandestins utilisés comme bêtes de somme pour, la nuit, rénover les stations de métro.

 

Des hommes travaillant sans casques, sans protections d’aucune sorte, sans masques, sans vêtements de travail hormis un petit gilet jaune fluo. Convoyant sur leur dos des plaques de bitume pouvant pesant «plus de 50 kilos». Parfois brûlés par le matériau bouillant mais incapables de se payer des soins de santé. De toute manière, d’après leurs témoignages, jamais il ne leur est proposé de passer la moindre visite médicale. Des hommes qui, selon leurs propres termes, sont soumis à des conditions de travail «dignes du dix-neuvième siècle».

 

Pour vous donner une (petite) idée de ce que cela donne, voyez ces images volées,  tournées en septembre par un de ces clandestins à l’aide de son téléphone portable. Images de mauvaise qualité mais, en l’occurrence, c’est moins la forme que le fond qui importe ici.


Sans-papiers dans le métro
envoyé par FranceInfo. - L'info internationale vidéo.

Comme à chaque scandale de cet ordre, tout le monde se renvoie la balle. En invoquant le système des sous-traitants faisant eux-mêmes appel à des sous-traitants et ainsi de suite – la protection sociale et la dignité régressant à chaque échelon descendu dans ce mode d’organisation du travail. Dans un communiqué, la RATP a rappelé qu’elle faisait travailler «plus de 5000» fournisseurs et a assuré qu’à sa connaissance, aucun de leurs employés n’était en situation irrégulière. Elle a tout de même demandé des explications à ses sociétés partenaires.

 

Après avoir vu et appris cela, ce qui est sûr c’est que, nous en tout cas, en tant qu’usager régulier du métro, on ne contemplera plus comme auparavant, d’un air si niaisement ravi et sans réfléchir à plus loin, les stations rénovées au moment de les redécouvrir, à leur réouverture. Si le prix humain et social à payer pour avoir un beau métro, c’est cela… 

15/10/2009

Une flambée

Loin des envolées artistiques d’hier, revenons aujourd’hui à des réalités sonnantes et très trébuchantes. Ce jeudi, nombre de Parisiens vont assurément faire la grimace. Et maudire leur maire, le socialiste Bertrand Delanoë. Ce 15 octobre, en effet, c’est le date limite de paiement pour les taxes foncières, dont les avis d’imposition sont arrivés ces dernières semaines dans les boîtes aux lettres des habitants de la capitale. Or, cette année, le montant de la douloureuse s’est littéralement envolé. C’est même du jamais vu.

 

Un chiffre rapide valant sans doute mieux qu’un grand discours, parlons cash. L’an dernier, pour notre appart du onzième arrondissement, on avait payé 148€ de taxes foncières. Cette année, la facture est carrément passée à 364€. Et ce sera rebelote à la mi-novembre, quand, comme tous les Parisiens, on devra payer la taxe d’habitation cette fois. L’an dernier, on avait payé 137€. Cette année, comme nous l’a appris l’avis d’imposition reçu hier, ce sera carrément 368€. Précisons que, d’une année sur l’autre, on n’a bien entendu pas accru la surface dudit logement.

 

On a toujours été mal à l’aise vis-à-vis de tous ces discours politiques qui, à longueur de journées, accablent la pression fiscale. Quand on vit dans un pays comme la France, où un habitant sur deux n’est pas assujetti à l’impôt sur le revenu parce qu’il n’en a pas les moyens, sans doute est-il malvenu de se plaindre de la pression fiscale qu’on subit, tout simplement parce que celle-ci traduit le fait qu’on gagne correctement sa vie. Ce qui, dans des villes comme Paris, est un privilège vu la misère qui y règne. N’empêche, ici tout de même, on a été assez estomaqué en constatant le passage carrément du simple au double du montant de nos deux petites factures de contribuable parisien de base.

 

A sa décharge, Bertrand Delanoë avait été clair. Avant les dernières élections municipales de 2008, qu’il avait remportées haut la main, le maire avait prévenu les Parisiens qu’il augmenterait les impôts locaux. On avait le souvenir de l’avoir entendu préciser, à l’époque, que cette augmentation serait «raisonnable»? Comme quoi, tout sans doute est relatif. La ville considère n’avoir pas d’autre choix que de faire flamber les impôts locaux. Car elle doit à tout prix compenser l’impact, très négatif pour ses finances, du tassement du marché immobilier parisien. Tassement qui, mécaniquement, a fait dégringoler le montant des taxes qu’elle perçoit à chaque transaction immobilière.

 

A présent, l’Hôtel de Ville essaie de faire avaler par les Parisiens la pilule de cette explosion fiscale en leur apprenant que, malgré tout, leurs montants d’imposition restent «largement inférieurs aux autres grandes villes françaises». Bertrand Delanoë le répétait l’autre jour encore, dans le dernier numéro de la gazette municipale: «Paris est de loin la grande ville la moins imposée de France, et cela ne changera pas». En même temps, comme Paris est aussi la ville de France où le coût de la vie au quotidien est le plus cher, il n’est pas sûr que, l'un dans l'autre, ce dernier argument soit très recevable.

14/10/2009

Une merveille

SOULAGES1.jpgPierre Soulages, Olivier Debré, Gérard Schneider, Cy Twombly, Hans Hartung, Joan Mitchell, David Hockney, etc. Il y a quelques grands peintres qu’on adore tellement, et depuis si longtemps, qu’on a toujours rêvé de pouvoir, un jour, accrocher, au mur à la maison, l’un ou l’autre de leurs tableaux. On sait très bien que cela ne se produira jamais, vu le prix astronomique atteint sur le marché de l’art par leurs créations. Du reste, et c’est le cas pour Pierre Soulages par exemple, si par extraordinaire on avait un jour les moyens d’acheter un de ses tableaux, il serait vraisemblablement si monumental que jamais ils n’entrerait dans l’appart.

 

Il n’empêche, Soulages, le fameux inventeur de l’«outrenoir» (comme il y a un outremer), on l’a vraiment dans la peau. On a déjà vu des tas d’expositions sur lui, notamment à Paris. Et, à chaque fois, cela ne rate pas: hormis peut-être ses œuvres de jeunesse, auxquelles on est moins sensible, on est subjugué. Ebahi par la maestria de cet artiste. Par l'impressionnante luminosité qui se dégage de ses tableaux pourtant de prime abord si obscurs et monochromes. Par l’incomparable richesse de leurs reflets, de leurs matières, de leurs textures, de leurs rythmes, de leurs profondeurs. Depuis des semaines, dès lors, on était particulièrement impatient à l’idée de découvrir la grande rétrospective que Beaubourg consacre, à partir de ce mercredi et jusqu’au mois de mars, à cet artiste. On n’a donc pas manqué de faire un saut au vernissage, hier midi. Et c’était une merveille.

 

En effet, avec plus d’une centaine d’œuvres exposées, il s’agit vraiment d’une rétrospective de grande ampleur que le Centre Pompidou consacre à ce créateur. Assez incompréhensiblement, il y manque quelques-unes de ses digressions – ainsi, les tableaux où de fulgurantes touches de bleu électrique viennent violemment s’immiscer dans la noirceur. Mais, globalement, le tour d’horizon proposé par cette expo est si vaste qu’il a de quoi impressionner. D’autant qu’à l’occasion, la scénographie choisie est spectaculaire. C’est le cas de l’immense salle finale de l’expo, dans laquelle ont été suspendus, à l’aide de filins rigides d’acier, une quinzaine des gigantesques polyptiques peints par Soulages. Ou de cette petite salle dont, à l’exception d’une seul paroi éclatant de blancheur, les murs, le sol et le plafond sont entièrement noirs, ce qui permet de mettre en valeur la luminosité des œuvres qui y sont exposées.

 

SOULAGES2.jpgCar, si, en général, noir c’est noir, chez Soulages, le noir n’est pas juste du noir. Le peintre l’a bien dit, dans une phrase justement mise en exergue sur un des murs de l’expo: «Mon instrument (n’est) pas le noir, mais cette lumière secrète venue du noir. Lumière d’autant plus intense qu’elle émane de la plus grande absence de lumière». Car malgré «l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité», cette couleur, quand elle est maniée par un maître comme Soulages, s’efface comme par magie au profit de toutes les autres couleurs qu’elle fait apparaître. «Le noir (…), par son rapport aux autres couleurs, c’est un contraste. A côté de lui, même une couleur sombre s’illumine. Pour intensifier un blanc, c’est pareil. Quant au noir absolu, il n’existe pas. Ou n’existe que dans les grottes. Je trouve d’ailleurs fascinant que les hommes soient descendus dans les endroits les plus sombres, dans le noir total de la grotte, pour y peindre avec… du noir. La couleur noire est une couleur d’origine. Et aussi de notre origine».

 

C’est ici que l’expo de Beaubourg prend une dimension autre que strictement picturale, à laquelle chaque visiteur sera évidemment libre d’adhérer ou pas. On ne voit dans les noirs de Soulages que ce qu’on veut et peut y voir. «Je fais de la peinture pour que celui qui la regarde – moi comme n’importe quel autre – puisse se trouver face à elle, seul avec lui-même», a dit un jour l’artiste. «Si on regarde un tableau noir avec ses yeux et pas avec ce que l’on a dans la tête, on remarque qu’il y a de la lumière dedans», complétait-il l’autre jour, interviewé par un collègue de «La Libre».

 

On n’irait pas jusqu’à prétendre, comme un confrère le résumait un peu bêtement sur une radio ce matin, que «si vous ne voyez que du noir (dans les œuvres de Soulages), c’est qu’il y a du noir en vous». Mais ce qui paraît évident, c’est que la contemplation de ces monochromes si incroyablement riches chromatiquement est une expérience, artistique voire humaine, tout à fait fascinante.

 

soulages3.jpgEn plus, l’exposition offre un ultime et saisissant contraste à ses visiteurs. Lorsque, elle qui se déroule au dernier étage de Beaubourg, fait passer le public, en une fraction de seconde, de la contemplation de l’obscurité si profonde, si intérieure, de ces oeuvres, à la redécouverte de l’immense panorama vitré  de la capitale – si vivante, si clinquante. On est, alors, physiquement, en plein ciel, mais on redescend sur terre à une vitesse vertigineuse.

13/10/2009

Une cause

Difficile de passer à côté de la chose en ce moment, tant les spots à la radio sont omniprésents. Ces jours-ci en France, a lieu "Octobre Rose", une grande campagne de prévention contre le cancer du sein. Et pour cause. Chaque heure qui passe dans ce pays, une femme meurt des suites de cette maladie. Qui, entre 45 et 65 ans, est carrément responsable d’un décès sur deux. Des chiffres d’autant plus effarants que 90% des cancers du sein sont guérissables s'ils sont diagnostiqués et traités à temps.

 

Dans cinq arrondissements de l’Est parisien, une campagne de promotion de la mammographie se décline également...  dans les boulangeries. Désormais, quand on y achète une baguette, elle est emballée dans un sachet où est indiqué «Dès 50 ans, c’est tous les deux ans». Plus de 600.000 sachets à baguettes ornés de ce slogan ont été imprimés et seront distribués par les boulanger(e)s dans les jours à venir. Le but de cette déclinaison parisienne de la campagne nationale est de sensibiliser notamment dans les quartiers populaires de la capitale. Où, par manque d’informations ou par crainte d’un diagnostic défavorable, seulement 24% des femmes ont recours au dépistage organisé et gratuit, un pourcentage beaucoup plus bas que celui de tous les autres départements français.

 

A propos, sur le même sujet, l’autre jour au Bois de Vincennes, se déroulait Odyssea: la grande course et marche à pied qui, à Paris chaque année, est organisée au profit de la lutte contre le cancer du sein. Quelque 14.000 athlètes confirmés ou sportifs du dimanche y ont participé, ce qui a permis de récolter 175.000 euros. C’était vraiment bien, d’ailleurs, cette course à pied. Elle a rassemblé beaucoup de femmes évidemment mais aussi énormément d’hommes, ce qui était réjouissant. A notre goût, le speaker de service, qui officiait au micro, en a un peu trop rajouté dans le pathos, avec en boucle des tirades du genre: «Regardez ce flot immense d’hommes et de femmes qui s’engagent pour cette cause! Il n’y a pas de mots assez forts pour décrire notre émotion!», «Quel merveilleux témoignage de solidarité et de fraternité!», et bla bla bla. N’empêche, l’ambiance était particulièrement chaleureuse. Ainsi lorsque, au moment de franchir la ligne de départ, tous les coureurs étaient invités à lever les bras bien haut vers le ciel, en signe de solidarité avec les malades, présents ou à venir.

 

Courir, quand c’est pour son propre plaisir, cela fait déjà beaucoup de bien. Quand, en plus, cela sert aussi à autrui, on a tendance à allonger encore un peu la foulée et à beaucoup moins sentir le poids des kilomètres. C’est donc encore mieux.

12/10/2009

Une date

postedetélévision.jpgLe 8 mars 2011. A Paris, ce sera le Jour J pour la télé. En effet, ainsi que vient de le confirmer le Conseil supérieur de l’audiovisuel (ici), c’est le 8 mars 2011 qu’en région parisienne, prendra définitivement fin la diffusion analogique des chaînes de télé TF1, France 2, France 3, France 5, ARTE et M6. Ce jour-là, la capitale basculera entièrement dans la télé numérique terrestre (TNT). Et tous les Parisiens qui, comme nous, ont un poste de télé acheté avant mars 2008 (date à partir de laquelle les distributeurs ont eu l’obligation légale de ne vendre que des téléviseurs avec TNT)  n’auront d’autre choix que de jeter leur poste à la poubelle et d’en acheter un nouveau. Ou, au minimum, si cela leur est possible, de rendre leur poste «TNT-compatible» grâce à un adaptateur ad hoc (lui aussi payant, évidemment).

 

Sans avoir jamais été très versé dans la technique ni trop intéressé par elle, on n’est pas pour autant technophobe par principe (enfin, pas trop). Donc on se pliera de bonne grâce à cette mutation technologique. De bonne grâce, mais pas spécialement de gaieté de cœur.

 

D’abord, outre qu'on l'aime plutôt bien, notre vieille télé, on a toujours trouvé que ces forêts d’antennes perchées sur les toits de la Ville lumière faisaient vraiment partie du charme désuet du panorama urbain. Les toits de Paris sans leurs ferrailles d’antennes de bric et de broc, ce ne sera plus vraiment les toits de Paris. C’est un peu comme si, du jour au lendemain, on édictait que le zinc des toitures parisiennes devait obligatoirement, pour une raison ou pour une autre, être remplacé par des tuiles, des ardoises ou on ne sait trop quel matériau synthétique. D’un coup, c’en serait fini du bruit si caractéristique fait par la pluie quand elle s'abat sur les toits de Paris dans le silence de la nuit.

 

Ensuite, on n’a jamais apprécié les achats forcés. On se consolera (un peu) en se disant que tous ces achats massifs de nouvelles télés, ce sera forcément bon pour la consommation et donc pour l’économie du pays.

 

toitsdeparis.jpgEnfin et surtout, on l’avoue, on ne s’est jamais vraiment pâmé devant les deux arguments-massue brandis avec ravissement par les défenseurs de la TNT: le confort optimal de vision et le passage de 6 à 18 du nombre de chaînes gratuites proposées aux téléspectateurs. Car, bon, on ne passe pas nos soirées à lire les programmes télé, mais 9 fois sur 10, quand, par curiosité, on jette un œil au menu proposé par ces chaînes TNT, on est assez consterné. Quel peut donc bien être l’intérêt de jouir d’une exceptionnelle qualité d’image et de son pour voir de la daube? Pour regarder des séries américaines vintage déjà tant de fois vues et revues, des talk-shows vulgaires, de la télé-réalité graveleuse ou des documentaires poussiéreux? On n’a pas encore trop compris où résidait le progrès.

 

Mais peut-être changera-t-on avis d’ici au 8 mars 2011. De toute manière, on n’aura pas trop le choix.

09/10/2009

Un business

L’info, c’est un business. On enfonce des portes ouvertes en le disant, mais c’était plus frappant que jamais hier soir, devant ce 20 Heures de TF1 où le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand avait donc été convié à étaler sa vie privée.

 

Joli coup pour TF1, que d’avoir sur son plateau le protagoniste de la controverse politique de la semaine. Tout le monde attendait ses explications sur sa «Mauvaise Vie», et les scandales de mœurs font des succès d’audience assurés. La conduite du JT a toutefois fait précéder les explications du ministre de deux autres sujets. Parce qu’étaient fondamentalement plus intéressants la maltraitance des personnes âgées et le coup de folie d’un forcené ayant poignardé sans raison trois passants dans une rue du onzième arrondissement? C’est sans doute ce qu’invoquera la rédaction du JT, pour justifier ce choix. Elle parlera de ligne éditoriale. Il faut toutefois être bien naïf pour ne pas se rendre compte qu’à l’étage au-dessus du JT, les services commerciaux de TF1 ont dû, au minimum, se frotter les mains devant ce choix rédactionnel. En effet, faire patienter le grand public avide d’entendre la confession du ministre, c’était s’assurer qu’en attendant, l’audimat du JT restait à un niveau très élevé. Or, à TF1 comme dans tous les médias du monde, c’est l’audience qui détermine le niveau des tarifs publicitaires. Et, hier soir, l’audience du 20 Heures a été excellente : 8,2 millions de téléspectateurs, 33% du marché. Jackpot.

 

L’info, c’est un business: deuxième illustration. Vers 20h05 à ce fameux JT, Laurence Ferrari s’est soudain figée sur notre télé. Image paralaysée. Présentatrice un peu comiquement bouche bée. Interruption de transmission, grosse panne technique visiblement, message obscur d’excuses aux téléspectateurs. Du coup, comme tout le monde s’en doute, on s’est rabattu sur le web. Mais les sites d’information ayant annoncé qu’ils retransmettraient le JT en direct étaient subitement aux abonnés absents. Et sur TF1.fr, où l’on peut habituellement suivre les JT en temps réel, on avait beau cliquer, on retombait chaque fois sur le même message, toujours aussi obscur: «Vidéo pas disponible depuis votre zone géographique». Ce qui, en revanche, marchait parfaitement hier soir sur la vitrine web de la chaîne privée, c’était le tiroir-caisse. On a réessayé une demi-douzaine de fois de se connecter au fameux JT et, à chaque fois, avant que s’affiche le même message d’erreur, on a dû se farcir un spot de pub de 26 secondes. L’internaute laissé en carafe, mais une partie de son temps de cerveau disponible grignoté en douce, c’est déjà cela de pris.

 

L’actualité, c’est un business. On se l’est encore redit ce matin au saut du lit. En entendant à la radio que «La mauvaise vie», l’ouvrage si controversé de Frédéric Mitterrand, était en cours de réimpression. Vu le buzz fait cette semaine autour de lui, sa réapparition en librairie sera assurément un coup d’édition très rentable.

 

L’info, l’actu, c’est un business. Qui, parfois, quand elle est accusée de déraper dans sa course au profit effrénée, peut devoir se payer cash? Ce vendredi, est attendu le jugement du Tribunal de grande instance de Paris dans la énième plainte (relire ici ou ) déposée par Ségolène Royal contre Paris Match, pour une énième atteinte supposée à sa vie privée. La semaine médiatico-politique est en voie de s’achever, la boucle est bien bouclée.

08/10/2009

Un Palais

palaisdelamutualité.jpgLes syndicats tentent de mobiliser, en ce moment en France. Que ce soit en faveur d’un travail décent (à l’occasion de la journée mondiale sur ce thème, hier), pour les salaires (les routiers, la nuit d’avant), dans les transports (grève à la SNCF le 20 octobre, a-t-il été annoncé hier) ou carrément pour la survie des travailleurs (la vague des suicides à France Telecom, les agriculteurs et éleveurs en train d’agoniser, etc.). Au même moment à Paris, une page de l’histoire sociale se tourne. Cette semaine, en effet, s’est joué le sort d’un bâtiment emblématique des luttes sociales dans la capitale: la Maison de la Mutualité, «la Mutu» comme l’ont appelée des générations de militants, une institution du Quartier latin.

 

Mitterrand, Jospin, Rocard, Royal, les sans-papiers, les chanteurs engagés, les réfugiés politiques, les soixante-huitards, les féministes et on en passe: dans ses grandes (et belles) salles de meeting, dans ses coulisses si souvent enfiévrés, ce palais de style Art déco a accueilli nombre d’événements ayant fait date dans l’histoire sociale, politique ou associative de la République – le rappelle bien la station de métro ‘Maubert-Mutualité’ voisine, sur les murs de laquelle tout cela est résumé en grandes photos. Mais le propriétaire de l’immeuble est un organisme mutualiste désormais quasi en faillite. Depuis des mois donc, il cherchait à rendre plus rentable cette surface exceptionnelle, située au cœur d’un des quartiers les plus prisés de Paris. Cette semaine, il a effectivement concédé la gestion du Palais à une société privée spécialisée dans l’organisation d’événements et la tenue de salons.

 

Du coup, des craintes sont exprimées sur l’avenir de ce haut lieu parisien des luttes syndicales et politiques, que d’aucuns voient transformé bientôt en centre de congrès de luxe. D’autant qu’il va fermer pendant de longs mois pour d’importants travaux de rénovation – un chantier confié cela dit au talentueux architecte Jean-Michel Wilmotte. Depuis des semaines donc, les syndicats mobilisent à la «Mutu», à coups de manifestations notamment. Avec un certain succès, semble-t-il. Le nouveau gestionnaire vient de prendre publiquement l'engagement (ici): «Les manifestations qui étaient accueillies historiquement ainsi que les rencontres, congrès ou conventions, organisés par les entreprises et les institutions au plan national et international trouveront naturellement leur place» demain dans le Palais rénové. En attendant, les services de soins de santé de proximité qui y étaient dispensés, s’ils seront à terme réorganisés, seront maintenus dans une annexe du bâtiment, au bénéfice notamment de la population agée qui habite le quartier.

 

C’est déjà cela.

07/10/2009

Une illumination

Pénible parti que le Front national, décidément. La formation d’extrême droite de Jean-Marie Le Pen monte au créneau, en ce moment, à propos… de la tour Eiffel.

 

Cette semaine, tous les soirs depuis hier et jusqu’à dimanche, le célèbre édifice s’illumine aux couleurs de la Turquie, pour célébrer la «Saison de la Turquie en France», qui bat son plein en ce moment dans la capitale. Le FN ne supporte pas cette illumination. Car elle constituerait un «gigantesque gaspillage d’argent public». Elle serait d’autant plus «inouïe» que «le monument symbole de Paris et de la France sera illuminé pour la première fois de son histoire d’un croissant islamique». L’horrreur absolue pour un parti qui, depuis sa création, est en croisade contre l’immigration, l'immigration musulmane singulièrement. Demain donc, Marine Le Pen et ses sbires manifesteront dans le centre de Paris «pour dire non à l’Europe turque voulue par Delanoë et Sarkozy! Pour dire non au gâchis d’argent public! Pour réaffirmer notre attachement à une France Bleu Blanc Rouge!»

 

Il y a juste que c’est vraiment, et doublement, du grand n’importe quoi.

 

D’abord, en effet la Tour Eiffel scintille désormais toutes les heures en rouge et blanc, en référence aux couleurs du drapeau turc. Mais jamais ni nulle part, lors de ces illuminations, n’apparaissent un croissant ou une étoile sur le monument. Ensuite, la ville de Paris certifie n’avoir pas déboursé un centime d’euro pour les frais entraînés par cette illumination spéciale: elle s’est bornée à donner son accord à la scénographie, l’Etat turc payant l’addition rubis sur l’ongle.

 

En attendant, la mobilisation lepéniste contre cette illumination a eu pour résultat de gêner les opposants à la Turquie motivés par des raisons autrement plus fondées qu’un racisme anti-musulman tout ce qu’il y a de plus rance. Ainsi, les Arméniens de France avaient prévu de manifester aux pieds de la tour Eiffel, dont l’illumination leur semble constituer «une offense à toutes les victimes du nationalisme turc». Ce faisant, ils voulaient rappeler les conséquences funestes qu’eut le nationalisme turc dans l’Histoire, dénoncer une nouvelle fois le négationnisme persistant d’Ankara en la matière, et de manière plus globale protester contre «l'exaltation dangereuse du nationalisme, du fanatisme et ses conséquences pour la paix entre les peuples». Mais dans un communiqué, les Arméniens viennent d’annoncer l’annulation de leur manifestation. «Pour éviter le moindre risque d'amalgame et la dénaturation de ses objectifs». Et car leur initiative était «en butte à des tentatives de récupérations politiques par des mouvements d'extrême droite, à des fins xénophobes et anti-islamistes».

06/10/2009

Une «harmonie»

bigmac.jpgUn McDo au Louvre, suite. Depuis qu’on en a parlé, l’autre jour (ici), le prestigieux musée en a dit un peu plus sur ce projet qui ne fait pas l’unanimité. En réponse cette fois à nos confrères britanniques du «Daily Telegraph» – comme quoi, la presse étrangère s’intéresse visiblement à cette grande première culturelle et gastronomique. En fait, deux «stands» seront ouverts au Louvre: un  Mac café  et un Mc Do. Ils trouveront place dans un vaste «espace de restauration» de 2000 mètres carrés de surface, plus précisément dans «une segmentation (de cet espace) plus à connotation américaine». Le propriétaire des lieux ayant «apporté le plus grand soin à la qualité d’ensemble du projet, tant d’un point de vue culinaire qu’esthétique», ces deux stands bénéficieront d’un «aménagement très qualitatif», assure la direction du Louvre. Ils seront «bien en harmonie avec le reste du Food court». Ils n’en seront pas moins «situés au bout de la zone de restauration». Malgré cette «harmonie» donc, cachez ce McDo que je ne saurais voir?

 

Dans leur argumentaire en faveur de l’implantation du fast-food, les services juridiques du musée rappellent que «les étrangers au Louvre représentent 68 % de la fréquentation, et un million d’entre eux sont Nord américains». Au total, le projet global de l’espace de restauration tel qu’il a été repensé pour la galerie du Carrousel présentera «un niveau de qualité en lien avec l’image du musée et en adéquation avec la demande des visiteurs, par une différenciation de l’offre dans chaque espace de restauration». Conclusion carrément extatique du Louvre: «On ne peut que se réjouir qu’à court terme, l’ensemble des visiteurs et clients, français ou étrangers, puissent trouver, tant dans les espaces du musée que dans ceux de la galerie commerciale, une offre de restauration aussi riche et variée, répondant à leurs goûts et à leurs attentes».

 

Si on comprend bien, l’arrivée du leader mondial du burger sous la Grande pyramide constitue carrément un plus culturel, commercial, esthétique, décoratif, convivial et gastronomique. On n'avait pas précisément saisi la portée de l'événement. Et on se demande toujours si, en décembre prochain, cette «harmonie» évitera aux visiteurs et au personnel du Louvre de devoir baigner à longueur de journées dans les effluves de frites et les relents de graillon. 

05/10/2009

Un arsenal

Alors que les chiffres de la délinquance et de l’insécurité sont assez mauvais, le gouvernement met les bouchées doubles sur la vidéosurveillance – la «vidéoprotection» comme il dit, dans un distinguo lexical qui n’est évidemment pas neutre. Ainsi, juste avant le week-end, le Premier ministre François Fillon a annoncé le doublement des fonds octroyés aux municipalités pour l’installation et l’exploitation de caméras. Dans la capitale, au même moment, les opposants au plan "1.000 caméras pour Paris"  continuent de pétitionner (ici). Tous les policiers, cela dit, n'ont pas l'air d'être fans des caméras. Pour preuve, le syndicat UNSA-Police se dit «un peu sceptique». Selon son dirigeant, «100 caméras qui enregistrent des images dans une ville 24 heures sur 24, cela donne des bandes innombrables. Qui va en assurer l'exploitation derrière et comment?».

 

Au-delà de ce débat-là, cela part un peu dans tous les sens et n’importe comment avec n’importe quoi, ces jours-ci, sur le front de l’insécurité en France. Ainsi, dans l’Essonne, département de la banlieue Sud de Paris, la police vient d’ouvrir une boîte mail destinée à recueillir de manière discrète voire anonyme des informations, des photos ou des vidéos d’habitants, relatives à des délits dont ils auraient été témoins dans leur voisinage. «Cela désenclave les quartiers sensibles et permet à ceux qui ont peur d'entrer dans un commissariat de se faire entendre», a-t-il été justifié. Mais cela ne rappelle pas une délation de si sinistre mémoire en France? «Est-ce qu'on aurait dit qu'il ne faut pas que la police utilise le téléphone parce qu'il va y avoir de la délation?», a argumenté le chef de la police. Selon qui celle-ci  doit «vivre avec son temps». Il n’empêche, ici aussi, l’initiative ne fait pas l’unanimité. Outre des élus UMP, Alliance, le deuxième syndicat de gardiens de la paix, pourtant très à droite, a fait part de ses vives réticences. Selon un de ses dirigeants, ces dénonciations électroniques relèvent d’«une police d'une autre époque»: risquent de donner «l'impression de réinstaller la police de Vichy».

 

Autre innovation sécuritaire encore plus limite à Roissy en Brie cette fois, une bourgade de Seine et Marne (banlieue Est de Paris). Là, ce sont carrément des rondes de citoyens qui ont vu le jour. Sans que cette dérive milicienne fasse réagir les autorités. Excédés par la délinquance, quelques dizaines de riverains déguisés en gros bras (bombers noirs sur le dos, lampes torches en main, etc.) ont pris l’habitude, le soir venu, d’organiser des patrouilles «pour sécuriser le quartier» et signaler aux autorités les actes de délinquance ou d’incivilité qui y sont perpétrés.

 

La France n’a pas le monopole de ce genre d’arsenal sécuritaire douteux. Sans aller jusqu’aux retraités américains qui ne trouvent rien de mieux, en guise de hobby, que de jouer aux cow-boys en traquant les clandestins mexicains tentant de franchir la frontière, dans l’Italie de Berlusconi, cet été, une loi a légalisé les «volontaires pour la sécurité». Ces «rondes de citoyens» sont notamment utilisées, comme aux Etats-Unis, pour la chasse aux clandestins et autres sans-papiers. Selon leurs partisans, elles relèvent simplement de «l’éducation civique». A ce moment, peut-être n'est-il pas inutile de rappeler qu’à la fin des années 90, de telles milices avaient déjà été mises sur pied en Italie: par la Ligue du Nord, le parti xénophobe et sécessionniste d’Umberto Bossi. Mais en 1997, après de violents débordements, ces «Chemises vertes» avaient dû être dissoutes et interdites. En arrivera-t-on là en France également?