30.10.2009
Une «exclusivité mondiale»
Une note d’humour, d’humour très potache même, pour bien terminer la semaine. On avait déjà parlé, il y a quelques mois (ici), d’«Improvisons». Ces joyeux drilles parisiens ont déjà signé quelques happenings mémorables dans la capitale, comme «Suicide Jumper», «Les exterminateurs H1N1» ou «Piedlib», cette parodie de «Vélib» transformé en système de location en libre service de ... chaussures pour marcher en ville. Le week-end dernier, ces hurluberlus ont récidivé.
Cette fois, il s’agissait de «tourner en dérision le business écolo» et la vogue de la pub écologiquement correcte. Et particulièrement de «se moquer des entreprises qui profitent du business green. Comme les constructeurs de voiture qui présentent des produits prétendument verts, sur fond d’images de nature». Il s’agissait donc de présenter aux Parisiens un système de locomotion «100% naturel, 100% bio, 100% écoresponsable», carburant uniquement au «jambon beurre sans plomb 95».
Le nom de ce dispositif révolutionnairement vert? Le «taxi pédestre». Place du Palais Royal, l’autre jour, il a été dévoilé en «exclusivité mondiale». Concrètement, les jeunes amuseurs publics ont revêtu des livrées de taximen et proposé aux passants de les transporter… sur leurs propres pieds.
On est d’accord : c’est absurdement décalé, totalement inutile voire légèrement débile. Mais, quelque part, en ces temps de morosité automnale, cela ne fait sans doute pas de mal.
11:00 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, activisme, paris
29.10.2009
Une grimace
Cela faisait des semaines, voire des mois, qu’on l’annonçait, qu’on l’attendait, qu’on la craignait. Cette fois, semble-t-il, ça y est. Elle est là: la grippe A. Elle est là, à Paris en en région parisienne en tout cas. On a entendu l’info en boucle dans les médias depuis hier après-midi, quand a été diffusé le dernier rapport en date de l’Institut de veille sanitaire. Qui a confirmé que rien que la semaine dernière en région parisienne, a augmenté de 55% le nombre de consultations chez les médecins généralistes pour cause de virus grippaux, virus majoritairement de type A.
Coïncidence: hier avant même la publication de ce rapport, à deux reprises dans la journée, on a eu la puce à l’oreille qu’effectivement, en ce qui concerne cette maladie, les choses étaient peut-être en train de commencer à changer dans la capitale française. Le matin, en arrivant au bureau, on a remarqué qu’au cabinet médical situé au rez de l’immeuble, était désormais affiché, très visiblement et dès l’entrée, un avis sommant les patients d’avertir «dès leur arrivée» le personnel médical s’ils étaient sujets à de la fièvre et de la toux. Ensuite, à midi, un collègue journaliste français nous disait que, ce week-end, il avait passé une partie de la nuit aux urgences d’un grand hôpital parisien, pour un de ses gosses, et qu’il avait été impressionné par le grand nombre d’enfants qu’il avait croisés là, la plupart affublés d’un masque.
Après avoir tant et tant de fois été annoncée, la grippe A semble donc approcher. Cela dit, avant même qu’elle se déclare massivement, le gouvernement français a de quoi faire doublement la grimace.
D’abord, il pourrait avoir commandé (à grand frais) deux fois trop de vaccins contre cette maladie. Puisque, selon nombre d’experts, une seule injection (et non deux, comme on le pensait au début) sera nécessaire pour immuniser la population. Or, cet été, le ministère de la Santé avait commandé la bagatelle de 94 millions de doses aux laboratoires pharmaceutiques. Du coup, la France va vraisemblablement se retrouver avec, sur les bras, des millions de doses de vaccin en trop. Notez que cela lui fournira une opportunité de redorer son image internationale. En effet, le gouvernement, qui ne cesse de nier qu’il réduit d’année en année son aide au développement accordée aux pays du Sud, aura l’occasion de faire un geste humanitaire spectaculaire avec tous ces vaccins en trop.
Grimace, ensuite, car des stocks énormes de vaccins inutilisés risquent d’autant plus de se former que l’opinion, décidément, résiste à la dramatisation. Selon un dernier sondage en date, seuls… 17% des Français envisagent de se faire vacciner contre la grippe A, 17% parmi lesquels 7% seulement disent qu’ils vont certainement faire cette vaccination.
Dès lors, si la gravité de l’épidémie et donc l’état de l’opinion n’évoluent pas, cette grippe A risque bien, pour le gouvernement français, de représenter moins une catastrophe sanitaire – même si on n’oublie pas les 44 décès déjà dus en France à cette maladie – qu’un gros fiasco financier. Humainement, c’est assurément moins grave. Mais politiquement, en ces temps d’austérité budgétaire, cela pourrait bien lui être reproché.
11:02 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, gouvernement
28.10.2009
Une occupation
Cela se passe dans un des restaurants les plus trendy de Paris, qui, depuis plusieurs jours, voit son fonctionnement très perturbé par un mouvement de grève. Cela se passe chez «Georges» précisément, propriété du groupe Costes, qui règne sur un empire de la restauration dans la capitale et au-delà. Cela se passe en plein ciel, au sixième et dernier étage du Centre Pompidou. Avec son homologue situé en toit-terrasse du musée du quai Branly, «Georges» est sans doute le restaurant d’où l’on jouit de la plus belle vue qui soit sur la capitale. Cela dit, il n’est pas impossible que ce soit le seul intérêt de cet établissement. C’est en tout cas ce que pensent les détracteurs de «Georges» (avec lesquels on n’est pas loin d’être d’accord), qui soupirent devant sa déco tape-à-l’œil, son rapport qualité-prix très perfectible et la mine pas rarement hautaine de son personnel.
Depuis jeudi dernier donc, «Georges» est occupé par ses travailleurs sans-papiers. Ils demandent à leur employeur d’«assumer ses responsabilités» et d’intervenir auprès des pouvoirs publics afin d’appuyer leurs démarches en vue d’obtenir un titre de séjour. La direction du restaurant, visiblement très en colère, tempête contre «un coup de force» de la CGT. Avant d’être rejoint par d’autres organismes et associations, c'est ce syndicat qui a lancé le vaste (et énième) mouvement de grève, avec occupations de lieux de travail qui, en ce moment, est mené dans toute la région parisienne par des travailleurs sans-papiers réclamant leur régularisation. Au total, selon les chiffres du syndicat, 4.000 sans-papiers seraient actuellement en grève à Paris et dans sa région.
Un peu curieusement, de ce mouvement social, les médias français n’ont qu’assez peu parlé, jusqu’à présent. Alors pourtant que, ces derniers mois, ils en ont fait des tonnes sur les actions d’occupations d’usines par des travailleurs en colère contre des délocalisations ou des licenciements. En France désormais, pour avoir accès aux médias, faudrait-il menacer de séquestrer des patrons, de polluer l’environnement ou de faire sauter des bouteilles de gaz?
10:28 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, etrangers, médias, paris, gastronomie, art de vivre
27.10.2009
Un repaire
On parlait hier d’un des clichés qui collent à la peau des Parisiens: celui d’être des gens aisés. Cela dit, si en général et pour l’ensemble de la capitale, la réalité est loin d’être aussi rose, certains quartiers de Paris méritent leur réputation de repaires d'habitants fortunés. C’est le cas du seizième arrondissement. C’est ce qu’on a constaté une fois de plus en parcourant, comme chaque année à peu près à cette époque (relire ici), les données de l’administration fiscale concernant l’Impôt sur le fortune (ISF).
Le seizième, en effet, regroupe à lui seul plus de 18.000 des quelque 85.000 foyers parisiens assujettis à cet impôt. Ce qui n’est tout de même pas rien. L’Ouest parisien (le seizième et le septième) détient toujours le record national de concentration de gens fortunés au mètre carré. Même dans la très select ville de Neuilly, chère à Nicolas Sarkozy, on ne compte pas autant d’habitants aisés (7.607). La valeur moyenne du patrimoine de ces privilégiés du seizième approche les 3 millions d’euros (2,94 millions). C’est moins que les avoirs des habitants de Neuilly (3,3 millions), mais cela leur vaut quand même de devoir acquitter chaque année un ISF d’un montant moyen de 18.428€.
Notons d’ailleurs qu’entre 2007 et 2008, le nombre de Parisiens assujettis à l’ISF a encore augmenté, de 4%. Ces cinq dernières années déjà, ce nombre avait crû de plus de 50% . Mais la dernière progression en date a été enregistrée avant la crise, ou en tout cas à ses débuts. Du coup, l’immobilier ayant, dans ces beaux quartiers également, (un peu) régressé, les chiffres de 2009 ne devraient pas être aussi mirifiques pour les intéressés.
En attendant, dans Paris au sens large et plus seulement dans ses beaux quartiers, la crise continue de faire chaque jour ses ravages. Les chiffres mensuels du chômage, tombés hier soir, l’ont à nouveau illustré. En effet, la seizième hausse mensuelle consécutive du chômage enregistrée en septembre en France a proportionnellement frappé davantage Paris et sa région (+1,5%) que le reste du pays (+0,8%). La capitale compte désormais plus de 110.000 chômeurs. En un an, le chômage y a progressé de plus de 20%.
Le ressent-on également, en ce moment, dans le repaire du seizième arrondissement?
10:35 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, economie, social
26.10.2009
Un portrait-robot
Le Parisien est sans doute le Français auquel on a toujours accolé le plus grand nombre de clichés, dans l’Hexagone mais à fortiori aussi à l’étranger. Le Parisien? Râleur, teigneux, odieux, friqué, obsédé par son look, arrogant, bobo, qui passe sa vie en terrasse des bistrots, au resto, dans les galeries d’art ou les boutiques, snob, frimeur, mauvais conducteur, et on en passe. Ce portrait du Parisien moyen n’a évidemment aucun sens. Un habitant des beaux quartiers de l’ouest de la capitale n’a pas grand-chose en commun avec un Parisien de Belleville, de Barbès, de Montparnasse ou de Montmartre. En plus, les choses sont beaucoup plus subtiles que cela, si l’on en croit le portrait-type du Parisien que viennent de permettre de dresser les résultats de dernier recensement effectué dans la capitale.
Il en ressort d’abord que le Parisien moyen est avant tout… une Parisienne: en effet, 53% de la population de la capitale sont des femmes. En majorité célibataires, en plus – d’où ce mythe mondial de la Parisienne jeune, belle, élégante et légère? Toujours est-il que 51,5% des habitants de la capitale ne sont pas casés. Le Parisien moyen est jeune: six Parisiens sur dix ont moins de 44 ans, les plus âgés fuient la capitale dès l'âge de 60 ans, et le nombre d’octogénaires ne cesse d’y dégringoler. Le Parisien-type est plutôt instruit: 39% (contre 21% des Français) ont un niveau bac+3. Un quart des Parisiens sont étiquetés comme cadres ou de profession intellectuelle supérieure. Plutôt aisé, le Parisien ? Oui, mais cela cache de grandes disparités. Sinon, l’habitant-type de la capitale est piéton ou cycliste : près de 6 Parisiens sur 10 sont non-motorisés. Et il habite majoritairement un deux-pièces, le plus souvent dans un immeuble ancien.
Mais surtout, et la mairie le précise justement, «bien sûr, parmi les 2.181.374 habitants recensés entre 2004 et 2008 par l’Insee, tous ne répondent pas à ce profil. Des intellectuels parents de trois enfants et gagnant très bien leur vie côtoient des ménages non imposables (27,4%.). Ils ne vivent pas forcément dans les mêmes arrondissements». Ainsi, «le 19e arrondissement est à la fois le plus jeune (1 habitant sur 4 a moins de 19 ans) et le plus pauvre». Alors que «les 16e et 7e se retrouvent en tête des revenus fiscaux».
Finalement, s'il faut retenir une chose de toutes ces données statistiques, c'est que le Parisien moyen... n'existe pas vraiment. Car cette ville se distingue, beaucoup plus qu’on ne le croit à l'étranger, par la diversité de sa population et de ses quartiers. C’est d’ailleurs bien ce qui fait son charme.
11:16 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, social, economie
23.10.2009
Un «fils à papa»
Cela se passe en ce moment même, dans les Hauts de Seine (banlieue chic de Paris). En marge de la réunion du conseil d’administration de l’EPAD, l’établissement qui gère le quartier d’affaires de La Défense. Le jeune Jean Sarkozy est en train d’y être élu au conseil d’administration. Ce qui, jusqu’à hier soir, était censé constituer la dernière formalité avant son arrivée, début décembre, à la tête de cette institution. L’intéressé, cela n’a pas pu vous échapper, a finalement renoncé à cette ambition. Le collectif «Sauvons les riches» n’en a pas moins maintenu la grande parodie qu’il avait prévu d’organiser ce matin à son attention.
«Sauvons les Riches»? Si par extraordinaire vous ne connaissiez pas ce collectif, assez farce, qui milite pour la sauvegarde et la défense des «fils à papa», jetez un œil, avant de poursuivre la lecture de cette note plus bas, au happening à propos de Sarkozy Jr qu’il avait déjà organisé il y a quelques mois. C’était la remise officielle, au Rotary Club, de son diplôme de «fils à papa».
Jean Sarkozy diplômé par Sauvons les riches
envoyé par Sauvonslesriches. - L'actualité du moment en vidéo.
Ce matin, sous l’œil paraît-il goguenard des CRS, «Sauvons les riches» a fait venir chaises à porteurs, manants et petits marquis dans les Hauts de Seine, pour «une grande manifestation revival de l’Ancien Régime». Pour donc singer cette «monarchie élective» qui est reprochée à la dynastie Sarkozy par ses opposants. Par une telle action, ces activistes ont voulu «voler à la rescousse de leur ami en péril, autour d’un mot d’ordre simple: Touche pas à mon népote!»
Le rebondissement survenu hier soir donne sans doute un peu moins de sel à leur happening. Mais celui-ci n’en fera sans doute pas moins les belles heures de You Tube et de Dailymotion. Ce n’est pas si anecdotique que cela. En effet, les manifestations et un collectif de ce genre, qu’on les aime ou pas, reflètent bien la tendance croissante prise ces derniers temps en France par une certaine mouvance jeune militante. Grand sens de la mise en scène, poids des mots et choc des photos, maestria dans les relations publiques, humour et culture de l’(auto)dérision – l’hymne de «Sauvons les riches» n’est autre que générique de la série télé «Dallas»…–, aspect ludique de ces mobilisations mis en valeur pour mieux soutenir le discours politique, etc. Visiblement, en termes d’audience au moins, ça marche. En France, pays où l’on parle tant des «fils à papa», ce qui est révolu, en tout cas, c’est le temps de l’activisme de papa.
10:52 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : activisme, sarkozy, jeunes, humour
22.10.2009
Un tri (pour rien)
Cela vaut bien la peine que les gens se décarcassent pour l’environnement, si les pouvoirs publics ne sont même pas capables de s’organiser entre eux pour assurer le suivi. Une belle illustration de gâchis cette semaine, dans le réseau du métro de Paris.
Depuis deux ans, dans les couloirs et sur les quais, à côté des poubelles pour les détritus organiques, quelque 1700 poubelles jaunes ont fait leur apparition, spécialement destinées aux matières recyclables comme le papier. Elles servent surtout à recueillir, après leur lecture, les nombreux journaux gratuits qui, le matin et le soir, sont distribués aux usagers à l’entrée des stations. Dès l’introduction dans les sous-sol de ce tri sélectif, similaire à celui pratiqué en surface, les voyageurs ont bien réagi. Résultat, ces poubelles jaunes sont souvent très remplies: elles recueillent chaque jour pas loin d’un million de journaux. Mais un million de quotidiens qui sont triés par les gens… pour des prunes.
Ces derniers jours, en effet, les médias parisiens ont découvert qu’en fait, in fine, la RATP remélangeait ce papier trié aux autres déchets, avant de se débarrasser du tout dans les bennes à ordures de la mairie. «C’est idiot!», s’est-on indigné l’Hôtel de Ville: «Quand nos bennes arrivent, elles emportent le conteneur entier, et tout le tri effectué par les voyageurs est annulé!» A la RATP, on invoque un problème de place. Les déchets du métro parisien représentent une telle quantité d’immondices (10.000 tonnes par an) qu’ils doivent être sortis tous les jours. Or, la mairie ne collecte que deux fois par semaine les déchets triés. La RATP assure qu’il lui serait impossible de garder tout ce papier plus longtemps, à moins de «construire des locaux spécifiques, très difficiles à réaliser dans nos stations». Dès lors, à cause de ce problème de place, n'est conservé et ensuite jeté à part que le contenu des seuls réceptacles jaunes surmontés d'un pictogramme «tri sélectif», que l’on trouve dans quelques stations de métro uniquement. Tout le reste du papier s’en va dans les bennes avec les ordures.
L’extension d’un tri réellement sélectif à l'ensemble du réseau de la RATP n’est pas prévu. Seules les stations de RER en banlieue, moins exiguës et où il est donc plus facile de stocker des containers, en bénéficieront, courant 2010. Pour les quelque 300 stations du métro de Paris, aucun engagement n’est pris. «Ce sera au cas par cas, selon les possibilités de stockage et de ramassage», a commenté, laconique, la RATP.
En attendant, donc, chaque jour quelques centaines de milliers de journaux sont triés pour rien par les Parisiens. Sûr que, lorsqu’ils l’apprendront, ils seront très motivés à continuer à avoir des comportements environnementaux citoyens. Encore bravo.
10:51 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : environnement, propreté, paris, métro, transports
21.10.2009
Un rapport
Au moment où, dans la majorité sarkozyste et jusqu’à l’Elysée, il est de bon ton de traîner les journalistes dans la boue, parlons de la position de la France dans le dernier rapport que publie ce mercredi l’ONG Reporters sans frontières, consacré aux atteintes à la liberté de la presse dans le monde. Cela n’a rien à voir? Comme n’a rien à voir avec le bon sens le fait de clouer ainsi au pilori une profession dans son ensemble. Non pas, bien sûr, que les journalistes, en France ou ailleurs, seraient d’office et par principe exempts de tout reproche, ce qui relèverait du corporatisme le plus débile. Mais jeter de cette façon l’opprobre sur toute une profession – que le pouvoir accuse de jouer désormais le rôle de l’opposition, anémiée – n’a aucun sens. Et, au passage, confirme une fois de plus une double confusion qui a toujours été faite au sommet de l’Etat français: entre contre-pouvoir et opposition et entre information et communication. Confirme aussi un grand classique de la politique hexagonale, qui se voit sous Sarkozy comme il s’est vu sous de Gaulle, Giscard, Mitterrand ou Chirac: quand le pouvoir traverse une mauvaise passe, il tente de faire diversion en cassant du journaliste et en accusant les médias de tous les maux.
Le rapport 2009 de Reporters sans frontières, donc. La France s'effondre de la trente-cinquième à la quarante-troisième place – loin derrière la Belgique, soit dit en passant. Le rapport décrit le nombre croissant de journalistes qui, cette année dans ce pays, ont été perquisitionnés, convoqués par les policiers, placés en garde à vue, poursuivis en justice, traînés devant un tribunal (voir Denis Robert au procès Clearstream, en ce moment), harcelés dans le but qu'ils dévoilent leurs sources, ou (ce fut le cas d’un ancien patron de «Libé») tirés du lit par les pandores au petit matin devant leurs enfants, puis fouillés au corps comme de vulgaires délinquants.
Assurément, les journalistes français n’ont pas à se plaindre de leur sort, par rapport à leurs confrères chinois, russes, cubains, iraniens ou birmans. Il n’empêche, depuis 2002, l’Hexagone a dégringolé de plus de trente places dans ce classement.
11:04 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : médias, journalisme, justice, police
20.10.2009
Une interdiction?
Retour sur le plus beau pont de Paris, aujourd’hui. On y repensait en franchissant hier soir le Pont des Arts, un peu au hasard de pérégrinations dans le centre-ville. Depuis l’été dernier, lorsqu’il avait défrayé la chronique parisienne (relire ici), la situation ne s’y est pas vraiment arrangée. Fin avril, invoquant l’alcoolisation avancée des nombreux fêtards qui, le soir, ont pris l’habitude de se retrouver à cet endroit magnifique et d’y festoyer jusque tard dans la nuit, ce qui entraîne paraît-il de nombreux troubles à l’ordre public, les autorités avaient pris un arrêté interdisant toute consommation d’alcool à cet endroit entre 16 heures et 7 heures du matin. Six mois plus tard, retour à la case départ.
En effet, pendant tout l’été – qui, à Paris, fut beau, chaud et donc festif – , les pandores ont eu beau multiplier les rondes et les avertissements adressés aux pique-niqueurs, rien n’a fondamentalement changé sur la passerelle, selon la municipalité du sixième arrondissement. Certains soirs de fête particulièrement enfiévrés, jusqu’à 1500 personnes s’y seraient regroupées. Et, au petit matin, ces libations ne se seraient pas rarement terminées par des incidents: jets de bouteilles, bagarres, voire coups de couteau. La meilleure preuve que l’annonce de la prohibitation de l’alcool à cet endroit n’a rien réglé est que, récemment, un groupe de travail ad hoc a dû être créé par les autorités, groupe «chargé de réfléchir aux pistes d’amélioration afin de faire évoluer favorablement la situation et ainsi d’éviter tout accident grave».
Il est question désormais d’améliorer sur le Pont la signalisation rappelant l’interdiction de consommation nocturne d’alcool. D’y intensifier les patrouilles de police. Les autorités tablent aussi sur le plan de vidéosurveillance qui, bientôt, quadrillera Paris par un réseau étendu de 1000 caméras. Le maire (UMP) du sixième arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, est particulièrement en pointe sur la question. L’autre jour, il a publiquement lancé une petite idée qui a fait froncer les sourcils de la préfecture de police elle-même, qui l’a jugée totalement «impossible juridiquement». Il s’agirait non plus seulement d’interdire l’alcool sur le Pont des Arts, mais carrément de «réfléchir à l’interdiction de s’(y) asseoir après 23 heures», a proposé ce maire très sérieusement.
Ne plus faire la fête le soir sur le Pont des Arts. Ne plus y faire de bruit (alors pourtant que les riverains qui pourraient être dérangés habitent tout de même assez loin). Ne plus pique-niquer après une certaine heure. Ne plus (trop) boire. Et maintenant, ne plus s’y asseoir. Au train où vont les choses, on serait à peine étonné si, le prochain été, un arrêté interdisait carrément d’y respirer.
11:01 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, police, art de vivre, paris
19.10.2009
Une empreinte
Les empreintes digitales, jusqu’à présent pour nous, c’était réservé aux séries télé américaines et/ou aux grands délinquants. Tout faux. En France en ce moment, ces empreintes ont même l’air d’êtres furieusement tendance. Et ce, dans des registres tout à fait différents. Trois illustrations.
Dans le registre technologique, d’abord. Dans son dernier numéro, reçu ce week-end, la newsletter électronique d’Aéroports de Paris proposait avec enthousiasme à ses abonnés de «gagner du temps lors de (leur) prochain passage dans nos aéroports» et de «passer les frontières en toute simplicité». Comment? Rien de plus simple, et c’est même «gratuit et immédiat». Il suffit, à partir de ce lundi, de s’inscrire au «service de contrôle automatisé» PARAFES, un acronyme signifiant «Passage automatisé rapide des frontières extérieures Schengen». Les voyageurs ayant opté pour ce système bénéficient de files d’attente dédiées (et, du coup, plus rapides) au départ comme à l’arrivée. Pour passer une frontière, il leur suffit de se présenter aux sas qui leur sont spécialement destinés, d’insérer le passeport dans la borne et d’apposer le doigt sur le capteur.
Présenté comme cela, évidemment, cela a l’air mirifique. Avec une telle technologie à portée de main, n’importe quel voyageur à Roissy, même le plus moche, va se prendre pour le beau Keanu Reeves dans «Matrix». N’empêche, nous en tout cas, en découvrant cette offre d’Aéroports de Paris, on a eu un léger mouvement de recul. Non pas qu’on soit spécialement flippé ou parano des fichiers. Non pas qu’on ait quelque chose à se reprocher (mais peut-on jamais en être sûr?). Mais cette idée que, sur un simple claquement de doigt, notre chère petite empreinte digitale se retrouve subitement rangée à côté de celles de millions d’autres, dans les immenses fichiers de tous les policiers de tous les aéroports de tous les pays de toute la zone Schengen…. Instinctivement, on ne le sent pas trop.
Les empreintes, registre administratif ensuite. On l'a découvert fortuitement l’autre jour, et on est tombé des nues parce qu’on ignorait complètement cela. En France, lorsqu’on introduit une simple demande de carte d’identité au guichet d’une préfecture de police (à la préfecture de Paris, en tout cas), parmi les renseignements qu’on est prié d’indiquer sur le formulaire ad hoc, il faut y apposer une empreinte digitale, de l’index gauche précisément. Empreinte exigée même et y compris quand on a un casier judiciaire complètement vierge. C’est le règlement. Tombé des nues car, à moins qu'on se trompe (du reste, cela a peut-être changé depuis), on n’a pas le moindre souvenir d’avoir jamais dû, en Belgique, mettre un jour le doigt dans l’encrier, dans une quelconque administration que ce soit.
Les empreintes, registre dramatique cette fois. On l’entendait récemment dans la bouche du ministre de l’Immigration, Eric Besson. Désormais, dans le Nord de la France et à Calais singulièrement, on voit de plus en plus de clandestins afghans, candidats à l’exil outre-Manche, qui sont allés jusqu'à s’auto-mutiler les doigts. Ils se brûlent les dernières phalanges à l’acide ou se les tailladent profondément au couteau ou au ciseau, afin que leurs empreintes digitales ne puissent être lues par les policiers. Du coup, difficile, pour les autorités, d’identifier précisément ces clandestins et donc de les ficher dans les bases de données. Pour les policiers, c’est surtout gênant lorsque de très jeunes Afghans ont recours à ce procédé. En effet, sans fichage certifié (car sans papiers et/ou sans empreintes), impossible de contredire un jeune clandestin qui assure être mineur – or, la France dit qu'elle ne renvoie pas dans leur pays les jeunes Afghans mineurs.
S’auto-mutiler pour se sauver: faut-il donc être dans une situation désespérée pour en arriver là.
11:01 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, transports, administration, etrangers



