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05/11/2009

Un visage, une voix

christianbarbier.jpgOn n’a jamais fonctionné à la nostalgie – état d’âme qu’on a toujours senti terriblement stérile. Cela n’empêche pas, exceptionnellement, d’avoir de courts instants de nostalgie et de trouver cela finalement plutôt délicieux. On l’a ressenti hier soir, en apprenant la nouvelle du décès du comédien Christian Barbier. Un nom qui ne dira absolument rien aux plus jeunes lecteurs de ce blog. Mais qui, pour nous comme pour des générations de téléspectateurs et d’auditeurs, incarna l’image d’une certaine France aujourd’hui complètement désuète mais qui, à l’époque, avait du charme.

 

Christian Barbier, c’était d’abord un visage. Celui de l’interprète principal de «L’Homme du Picardie», le mythique feuilleton qui, dans les années 70, fit les belles heures de la télé belge et française. Barbier y incarnait un batelier, capitaine de la péniche portant le nom de la région française. Même si, à l’époque, on était vraiment très très jeune, on avait suivi avec passion les aventures de cette famille de mariniers: petits artisans en lutte pour la survie de leur métier, englués dans les problèmes financiers et se débattant dans d’incessants conflits de génération. C’est sans doute le programme télé qui nous fit connaître l’univers si typique, et qui nous semblait alors si exotique, des canaux de la région parisienne et du nord de la France. Vingt ans plus tard, pour dire combien on a été marqué, on se souvient encore de la musique du générique de ce feuilleton, une ritournelle sifflée qui, une fois qu’on l’avait entendue, restait immanquablement dans la tête. Dans «L’Homme du Picardie», Barbier campait un personnage bourru, entier, souvent odieux mais si humain qu’il en devenait attachant. Il n'y a pas si longtemps, non loin de Paris dans la si jolie petite ville de Conflans-Sainte-Honorine, la capitale des mariniers au croisement de la Seine et de l’Oise, on voyait encore des photos de «L’Homme du Picardie» affichées dans des magasins. Et les cassettes vidéo de sa série culte vendues comme de précieuses reliques d’un temps révolu.

 

Christian Barbier, c’était aussi une voix. Du début des années 80 jusqu’à la fin des années 90, il anima «Barbier de Nuit», une fameuse émission radio du soir, sur Europe 1. A l’époque, la France radiophonique vespérale était coupée en deux. Il y avait d’un côté les inconditionnels du «Pop Club» du regretté José Arthur, sur France Inter. Et, de l’autre côté, les accros à «Barbier de Nuit» sur Europe. A longueur de soirées, Christian Barbier recevait – en direct depuis un bistrot parisien, si l’on se souvient bien – des personnalités du monde du spectacle, de la culture et de la nuit. Sa voix était profondément chaleureuse, son ton admirablement convivial et complice sans jamais être complaisant, ses entretiens souvent passionnants. «Barbier de Nuit», c’était une émission de radio qui pétillait comme le vin mousseux qui sponsorisait ce programme: «Kriter brut de brut» on s’en souvient bien, même si, à l’époque, on était bien trop jeune pour consommer de l’alcool et si depuis, on n’a jamais bu ce vin. Ado vivant en Belgique, on a passé d’innombrables nuits l’oreille collée au transistor, à l’écoute de «Barbier de Nuit». Cette émission radio nous donnait l’impression, déjà, que Paris était une ville extra, formidablement vivante, culturellement épatante, dont les nuits ne finissaient jamais et étaient peuplées de rencontres fascinantes. Vingt ans après, on débarquait et on s’établissait dans la capitale française. Qui sait, Christian Barbier y est-il pour quelque chose.

 

Ce matin sur Europe 1, la seule évocation qu’on a entendue de Christian Barbier, c’était dans la bouche d’un chroniqueur pénible (pléonasme). Qui moquait le rythme si lent, et à ses yeux si ennuyeux, du feuilleton dont le héros était Christian Barbier. Comme si des histoires ayant la batellerie pour cadre pouvaient se dérouler au rythme d’une course de Formule 1.

 

C’était si anecdotique comme souvenir, c’était si ingrat comme évocation d’un homme qui pourtant compta tant pour cette radio, qu’on a trouvé cela assez minable. Parfois à Paris, dans le grand monde a fortiori, les gens, décidément, sont petits.

Commentaires

Confusion ! Le "Barbier" d'Europe 1 s'appelait en "vrai" Espitalier, et est né en 1939 à Marseille. Et doit toujours être de ce monde. Il avait commencé à produire et animer "Rendez-vous avec lui" en 1967. "Barbier de nuit" débutant en 1979 pour finir par se nommer les "Visiteurs du soir" en 1995 ("Club Kriter" un temps).

Le "Bison" de l'"Armée des Ombres" était beaucoup moins volubile que le clone europesque de José Artur...

Ruquier a donc eu raison de pas rendre hommage à un vivant, plus chevelu !

(note BDL: Effectivement, un collègue de la rédaction de Bruxelles vient de nous le confirmer: il y avait deux Christian Barbier et le second n'est pas mort. Toutes nos excuses à l'intéressé (même s'il ne doit pas nous lire...) ainsi qu'à nos lecteurs pour cette lamentable confusion générée par cette homonymie. Qui nous a donc induit en erreur pendant tant et tant d'années, c'est tout de même énorme.

Et, tant qu'à faire, pour éviter d'autres confusions, concernant le chroniqueur pénible d'Europe1 auquel on faisait allusion, il s'agissait non pas de Laurent Ruquier, comme le suppose CP, mais de Guy Carlier - l'un comme l'autre, du reste, ayant tendance à nous fatiguer

Écrit par : CP (+ note BDL) | 05/11/2009

Ruquier a aussi évoqué la mort de Barbier, et c'est l'un de ses comparses qui a suggéré l'ennui de la série; ennui dont je n'ai pas conservé l'impression.

Tout au plus observera-t-on un certain mépris du tout média qui chante et qui pétille pour les prolétaires, ce qui donne une petite idée de l'âme profonde d'un certain milieu bobo, socle politique de la mouvance qui soutien Delanoé. On vénère le sans-papier, jeune et rebelle, et l'on débine l'ouvrier, observé comme un beauf conservateur accroché à son usine; ou sa à péniche.

(Jamais Ruquier ne tombe dans ce travers populophobe, et souvent il est la voix de la défense du plouc, fils d'ouvrier, au milieu de son aréopage de parvenus, surtout experts en gaudriole et en plaisanteries de garçons de bain...)

Écrit par : CP | 06/11/2009

vous laissez entendre que José Arthur serait mort (le regretté José Arthur) il me semble bien qu'on parle toujours de lui au présent

Écrit par : michel | 08/11/2009

Waw, j'apprécie votre site, merci pour les conseils et notez tout d'abord que je suis pleinement d'accord avec vous ! J'insiste, votre billet est excellent, il me faut maintenant découvrir de toute urgence le reste de votre site. NB : D'habitude je ne commente pas du tout les sites, même si leur contenu est de bonne qualité, mais là le vôtre méritait bien mes compliments !

Écrit par : Bernard | 20/04/2010

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