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19.11.2009

Une attention

météo.jpgL’audiovisuel français commence à évoluer dans le bon sens, dans son rapport avec le public d’outre-mer. On se le disait hier soir encore, en entendant sur France Info un bulletin météo spécialement consacré aux départements et territoires d’outre-mer. C’est une innovation très récente, concernant cette radio d'info continue du groupe RadioFrance. Qui imite donc l’initiative prise il y a quelque temps déjà par TF1, qui achève ses grands bulletins météo du soir par un focus sur la situation aux Antilles, en Guyane ou en Polynésie françaises. Que ce soit en radio ou en télé, cette météo ultra-marine nous semble une innovation aussi agréable que très sensée.

 

Agréable car, quand on est plongé dans la grisaille parisienne, il est assez dépaysant, à défaut d’être très utile, d’entendre qu’il va pleuvoir sur Sainte-Rose, faire radieux sur Fort-de-France ou venter sur Saint-Pierre & Miquelon. Somme toute, ce sont de petites respirations futiles mais revigorantes, un peu comme la météo marine de France Inter. Des respirations salutaires même, lorsqu’elles viennent ponctuer un flot ininterrompu d’actualités austères voire sinistres.

 

Surtout, pour les auditeurs réunionnais, guadeloupéens ou polynésiens moyens, ce ne doit pas être si anodin. Cela leur devait être si lassant d’entendre sur leur service public, depuis des années, uniquement des bulletins météo indécrottablement réduits à la façade atlantique, au massif central ou à la région parisienne. Pour tous ces gens, cette attention portée désormais par des médias de leur propre pays à leur actualité climatique, aussi loin se déroule-t-elle de Paris, doit être assez gratifiante. Quelque part, cela doit participer à cette fameuse «identité nationale» dont les politiques à Paris parlent tant, en ce moment. Car la sensation d’appartenance collective à un peuple passe sans doute aussi par le sentiment d’être ou non considéré comme un public à part entière par les médias de ce pays.

 

A ce propos, soit dit en passant, il y a encore des progrès à faire en la matière. On l’avait déjà souligné dernièrement dans ce blog (ici), mais, comme depuis cela n’a pas évolué d’un iota, sans vergogne on en remet une couche. En radio, à la télé ou dans la presse écrite, la plupart des journalistes français – donc, de facto, parisiens –, lorsqu’ils évoquent le bilan humain de la grippe A-H1N1, continuent à ne comptabiliser que les seules victimes recensées en métropole. Quand on sait le tribut payé à cette épidémie par les habitants des DOM-TOM,  beaucoup plus élevé que dans l’Hexagone, c’est un raccourci journalistique qui, pour ces Français d’outre-mer, doit être particulièrement blessant. Et qui, dans cette France lointaine, ne doit pas contribuer à un sentiment d’appartenance nationale. Car peut-on se sentir bien dans un pays dont les médias ignorent la perte de ses proches, alors pourtant qu’ils sont théoriquement censés être aussi Français que ceux dont les décès, eux, sont évoqués à longueur de journées? Décidément, pour les Français d’outre-mer endeuillés par l’épidémie, ce manque d'attention journalistique, ce 2 poids 2 mesures médiatique, cela doit être pénible.

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