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30/11/2009

Une «capitale du sommeil» (suite)

Alors, Paris? Toujours la «capitale du sommeil»? Début du mois (relire ici), notre bonne vieille Ville lumière avait été rebaptisée ainsi par une pétition qui décrivait et dénonçait l’endormissement généralisé d’une ville anesthésiée par une double et redoutable potion de barbituriques. D’une part, l’aspiration grandissante des riverains boboïsants à repousser les nuisances sonores des noctambules chaque soir un peu plus loin de leur sommeil. D’autres part, le zèle des autorités préfectorales à tracasser le monde de la nuit par d'impitoyables retraits d’autorisations et autres sanctions administratives. Quelques semaines plus tard, où en est-on? Paris s’est-elle réveillée?

 

En tout cas, ladite pétition n’est pas loin de faire un tabac. Certains jours, l’afflux des signataires a été tel que le serveur qui l’héberge a saturé. Ce matin, on en était à près de 13000 signatures. Cela montre que le diagnostic qui y est posé est partagé par davantage qu’une poignée de gais lurons assoiffés de décibels et de nuits blanches. Ce que pense sans doute la préfecture de police de Paris, puisqu’elle n’a toujours pas jugé bon de s’exprimer sur le sujet.

 

Du côté de la mairie de Paris, on ménage la chèvre et le chou. Ce qui, politiquement, est sans doute logique: difficile, en réagissant au problème de manière tranchée, de ne pas se mettre à dos soit la mouvance des fêtards, soit le milieu des comités de riverains soucieux de tranquillité. Côté pile, l’adjoint au maire chargé du tourisme a démenti tout endormissement de la capitale et juré que, la nuit, on s’y amusait toujours autant qu’à l’époque où Hemingway, après avoir écumé les bars et clubs de Montparnasse ou de Saint-Germain des Prés, racontait cela dans «Paris est une fête». «Est-ce que Paris s'endort ou est en train de devenir un ville-musée? Non, nous n'avons pas fait ce constat. Paris reste la Ville lumière, elle est au top». L’illustrerait d’ailleurs le nouveau portail «Parisnightlife», spécialement dédié aux tuyaux (*) à destination des noctambules. Côté face, la conseillère de l’adjoint au maire chargé de la Culture chargée de ce dossier a déclaré publiquement que certains constats dressés dans la pétition, en effet, ne manquaient pas de fondement. Alors, plutôt pile ou plutôt face? Comme souvent quand on ne sait pas trop quoi faire, on va asseoir tout le monde autour d'une table et palabrer: la ville va organiser prochainement des «Etats généraux de la nuit parisienne».

 

Sinon, sur le terrain, «La Flèche d’or», au moins, a rouvert. après six mois de fermeture causés notamment des problèmes de cohabitation avec les riverains. Quand on était un peu plus jeune, on a pas mal traîné dans ce fameux lieu nocturne de l’Est parisien, établi dans l’ancienne gare de chemins de fer de Charonne. On n’y est pas retourné depuis sa réouverture, et donc on ne sait pas trop à quoi y ressemble l’ambiance à présent, mais enfin, voilà au moins un endroit de plus à Paris pour les oiseaux de nuit et autres amateurs de bruit.

 

 

(*) Des tuyaux qui parfois, paraissent tout de même un peu faisandés. Quel Parisien un peu à la page sort donc dans des endroits comme «Le Caveau de la Huchette» ou «Chez Michou», lieux promotionnés sur ce site mais où, à moins de se tromper, on ne doit guère trouver que des touristes un peu fânés? Mais sans doute en faut-il pour tous les goûts.

27/11/2009

Une fronde

centre pompidou.jpgUn peu de culture pour bien terminer la semaine, écrit-on souvent dans ce blog le vendredi, avant une note consacrée à la culture. Mais à Paris, cette semaine culturelle qui s’achève a vraiment été très mauvaise. Par milliers, en effet, des gens ont vainement patienté puis ont dû rebrousser chemin devant le Centre Pompidou, qui, depuis lundi, est en grève et fermé au public. Pendant une journée, le Musée des Arts décoratifs a lui aussi été perturbé. Sans parler des bibliothèques de la ville de Paris qui, dans un autre dossier, ont également fermé leurs portes. Et la semaine prochaine risque bien d’être encore pire. Dès mercredi, en effet, un mouvement de grève reconductible pourrait carrément toucher une centaine d’établissements culturels: bibliothèques, théâtres et musées dont les plus fameux: le Louvre, Orsay, etc.

 

Pour faire court, les grévistes protestent contre les conséquences de l’application aux institutions culturelles de la grande règle générale fixée par le gouvernement pour l’ensemble de la fonction publique: le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Pour eux, dans les musées, les bibliothèques ou les théâtres, cette règle va «menacer l’avenir du service public de la culture». Le conflit social est parti de Beaubourg parce que la situation y est particulière. En vertu de cette politique de dégraissage des effectifs de la fonction publique, le Centre Pompidou devrait perdre 26 postes en 2010, puis 23 autres en 2011. Ce qui annulera quasiment les 65 emplois qui avaient été créés dans cette institution en 2006, à l’issue, déjà, d’un mouvement de grève – qui, lui, avait duré deux semaines.

 

Ces derniers jours, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a vaguement tenté de calmer la fronde. Sans y parvenir. En effet, il n’entend pas du tout – et, de toute manière, n’a pas le poids politique pour imposer ce revirement à la majorité – revenir sur ce sacrosaint non-remplacement d’un agent sur deux. La culture devra donc elle aussi, comme tous les autres départements de la fonction publique, faire mieux avec moins d’argent.

 

escalator beaubourg.jpgC'est une coïncidence embarrassante pour le gouvernement: hier, au moment où tombait la nouvelle du préavis de grève illimitée déposé pour le 2 décembre contre ce régime d’austérité imposé à l’administration, était publié un rapport (consultable ici) très sévère. Selon lequel «malgré la crise, le train de vie du gouvernement ne cesse de progresser». Ce document a été rédigé par le député apparenté socialiste qui, ces dernières années, s’est fait une réputation pour sa traque des finances opaques et gaspillages au sommet du pouvoir, à l’Elysée particulièrement. A n’en pas douter, ses chiffres seront contestés par la majorité. Il n’empêche, hier, ils ont dû interpeller les grévistes. A les en croire, en 2009, les effectifs des cabinets ministériels ont… augmenté de 11,1%. Ce que ce parlementaire juge «inadmissible, au moment où ces mêmes cabinets recommandent à toutes les administrations de diminuer leur nombre de fonctionnaires».

 

Deux poids, deux mesures dans la fonction publique? Dans les couloirs de Beaubourg aujourd’hui, ce rapport, à n’en pas douter, va faire un tabac.

26/11/2009

Une bassesse

L’homme, parfois, peut décidément être odieux. A fortiori lorsqu’il est en groupe, où là il ne tombe pas rarement dans la bassesse. On vient encore de le voir dans le milieu du foot en France – ce qui ne veut évidemment pas dire que ce milieu ait l’apanage des comportements indignes. On l’a vu dans une affaire sur laquelle se penche aujourd’hui  la commission de discipline de la Ligue de football professionnel. Cette commission pourrait décider de sanctions contre l’Olympique de Marseille, qui pourrait même faire l’objet de poursuites judiciaires.

 

Cela s’est passé l’autre jour, dans une tribune du stade Vélodrome, lors du match OM-PSG. Des hurluberlus parmi les supporters du club marseillais n’ont rien trouvé de mieux que de déployer deux banderoles particulièrement odieuses.

 

La première disait «Trois ans sans Julien, trois ans qu'on est bien». Par allusion à Julien Quemeneur. Il y a trois ans (c’était le 23 novembre 2006), ce jeune supporter parisien avait été accidentellement tué par un policier, en marge d’un match de coupe de l’UEFA. Outre cette banderole salissant sa mémoire, pendant le match, à en croire des supporters parisiens, des chants contre le jeune Julien ont été entendus dans la tribune des Marseillais.

 

La deuxième banderole disait «Auteuil, c'est renversant». Allusion moqueuse cette fois à un autre jeune supporter parisien prématurément et tragiquement décédé. C’était le mois dernier, lors des incidents ayant suivi l’annulation de la rencontre du match OM-PSG pour cause de grippe A-H1N1. Le jeune homme, membre du groupe des supporters d’Auteuil, avait succombé après avoir été renversé (d’où, sur la banderole, le terme «renversant») par une voiture. Pour que tout le monde comprenne bien que c'était ce drame que la banderole visait, un autre calicot, à côté d'elle, montrait un supporter du PSG en train de s’encourir à toutes jambes devant une voiture.

 

C’est d'une telle bassesse, cela en dit tellement long sur le niveau de crétinerie atteint par certains groupes de supporters que cela en devient vraiment affolant. Quitte à se pencher jusqu’à la logorrhée sur les dérives du foot, comme ces derniers temps à propos de la main de Thierry Henry, parler de cela dans les médias n’aurait pas été inintéressant.

25/11/2009

Une responsabilité

journéesansachat.jpgA l’approche des fêtes de Noël, et donc en pleine période de folie consumériste dans les grands magasins, c’est une initiative qui ne manque pas de sel. Samedi, en France comme dans d’autres pays, c’est… la «Journée mondiale sans achats». Pour montrer qu’il y a autre chose dans la vie que consommer.

 

On peut consommer moins, mais on peut aussi consommer mieux, à savoir de manière plus écologiquement responsable. Il y a peu, le gouvernement a donné son appui à la publication d’un guide qui aide le Français moyen à s’y retrouver dans la jungle des écolabels. Ce n’est pas inutile puisque, en attendant 2011, lorsque les produits de consommation courante feront l’objet d’un affichage environnemental, ces écolabels permettent d’avoir une vague idée de l’impact de notre consommation. Sans oublier que, comme le disait l’autre jour la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno, «être un consommateur responsable, c’est prendre le temps de lire les étiquettes, de se poser les bonnes questions. C’est privilégier les produits locaux et de saison. C’est aussi préférer des produits labélisés». Fastidieux? «Je ne vis pas dans le pays de Candy, où tout est «beau et joli». Je connais parfaitement le rapport au temps de notre société. Moi aussi, je suis speed. Mais je peux vous assurer que l’on n’a pas besoin de bloquer un créneau horaire sur son agenda pour jeter un coup d’œil sur une étiquette».

 

L’Etat n’entend pas dicter les comportements, mais simplement «les éclairer». Donc, «le jean qui vient de 15.000 kilomètres pourra toujours être acheté, mais au moins le consommateur saura qu’il en existe d’autres, qui ont moins coûté à l’environnement». Dans cette logique, inciter les consommateurs à réorienter leur consommation est vu comme un moyen de faire pression sur les fabricants, afin qu’à leur tour ils commercialisent «de plus en plus de produits éco-conçus, moins nocifs pour la planète», au détriment des «produits poubelles, aux impacts désastreux».

 

A cet égard, les associations de consommateurs en France citent souvent, et de manière très pertinente, l’exemple du téléphone portable. La durée de vie moyenne de ces appareils est évaluée à 18 mois. C’est proprement ridicule, écologiquement incorrect, techniquement sans doute pas du tout justifié, mais économiquement très rentable pour les fabricants: cela oblige le consommateur à de nouveau passer à la caisse, de prétendues innovations technologiques étant mises en avant pour mieux leur faire accepter ces dépenses incessantes.

 

telephone_portable.jpgEn matière de téléphonie mobile également, il existe un écolabel (le TCO), qui assure le respect de critères relatifs notamment à l’efficacité énergétique ou à l'utilisation de métaux lourds. Reste à savoir que faire de ses anciens portables. Cela faisait un petit temps qu’on se posait la question. Et, en attendant, nos portables usagés s’amoncelaient. On a peut-être trouvé la réponse ce matin, au hasard d’une chronique sur la conso prise au vol sur une radio. On y parlait d’un système de recyclage solidaire pour téléphones, qui existe en France. Il permet au consommateur de gratuitement se débarrasser de ses vieux appareils tout en venant en aide à des associations caritatives. A première vue, cela avait l’air assez épatant.

24/11/2009

Un intouchable

Journée de grève à La Poste en France aujourd’hui, contre son prochain changement de statut. Grêve annoncée même comme possiblement illimitée à Paris – mais la dernière fois qu’on avait dit cela, le mouvement n’y avait pas duré plus de 24 heures. Dans un registre beaucoup plus léger, comme chaque année à cette période, La Poste vient de relancer un service bien particulier: le… secrétariat du Père Noël.

 

Avec un pays scandinave, la France est le seul pays du monde à proposer ce service. Chaque année à l’approche du 25 décembre, l’institution répond à tous les courriers que les enfants adressent au Père Noël. Il suffit, paraît-il, d’écrire le nom de l’intéressé sur une enveloppe dans laquelle on aura glissé sa demande de cadeaux, de ne même pas affranchir le pli ni d’indiquer une adresse, et l’envoi arrive automatiquement au service clients de La Poste, en Gironde. Où il est traité et où il lui est répondu dans les plus brefs délais, avec une carte illustrée et un dessin à colorier. Ce service existe depuis 1962 et recueille chaque année un grand succès. Pour preuve, l’an dernier, près d’1,5 millions de lettres ont été adressées au Père Noël de La Poste, provenant de 130 pays différents. Et autant de réponses ont été envoyées aux enfants.

 

A ce secrétariat du Père Noël, La Poste affecte chaque année quelque 60 personnes à temps plein pendant six semaines. Ce qui, en termes de moyens humains, logistiques voire financiers, n’est tout de même pas rien pour une opération de relations publiques. Remarquez qu’en ce moment où, dans cet organisme en pleine restructuration, tout le monde semble rechercher la meilleure affectation possible au moindre centime d’euro, jamais personne n’a, sauf erreur, remis en cause ce secrétariat du Père Noël. Qui pourtant, s’il s’agit d’une initiative charmante et populaire auprès des enfants, ne doit sans doute pas être considéré comme une mission prioritaire pour le service public postal. Théoriquement, l’effectif affecté à ce Père Noël pourrait très bien, par exemple, venir prêter main forte aux bureaux de poste et aux facteurs qui, sur le terrain, sont traditionnellement débordés par l’afflux de courriers en fin d’année. Mais ni du côté syndical, ni du côté de la direction de l’institution, personne semble-t-il n’a jamais osé proposer cela.

 

En cette période de fêtes, sans doute le Père Noël est-il, en France comme ailleurs, intouchable. Sans doute l’idée de supprimer son secrétariat est-elle trop iconoclaste et politiquement incorrecte. Sans doute, dès lors, s’agit-il d’une vieille institution hexagonale qui a encore de beaux jours devant elle.

23/11/2009

Une modération

sapindenoel.jpgLa folie des achats de Noël a commencé dans les grands magasins parisiens, a-t-on constaté ce week-end à la cohue qui y régnait. Les Français, cela dit, cette année encore, vont modérer leurs dépenses. Selon un énième sondage diffusé ce matin, à Paris y compris près d’un ménage sur deux va, pour des raisons financières, réduire son budget pour les fêtes de fin d’année. Toutes les enquêtes précédentes sorties ces dernières semaines sur le sujet (ici ou , par exemple) allaient dans le même sens. En gros, elles évaluent à quelque 600€ le budget global du ménage français moyen pour cette période de l’année, dont la moitié à peu près ira à l’achat de cadeaux.

 

Comme chaque année, on est un peu sceptique par rapport à ce chiffre, qui nous semble représenter un budget bien élevé pour nombre de Français. Pour ne prendre qu’un cas de figure qui n’est pas exceptionnel mais, au contraire, court les rues en ce moment à Paris comme dans le reste du pays, comment donc une famille monoparentale dont le parent est payé au salaire minimum pourrait-elle s’offrir le luxe de consacrer 600 euros à ses achats de Noël? Idem pour le travailleur précaire ou pour le chômeur.

 

Au passage, en attendant le jour J, les pubards, comme il se doit, mettent la pression sur les consommateurs. C’est particulièrement le cas dans le métro de Paris, où, sur les panneaux publicitaires, il n’y en a plus que pour les cadeaux de Noël. Jusqu’à l’écoeurement parfois, tant les camelots, eux, font rarement dans la modération. Ainsi, en ce moment, une grande chaîne de magasins informatiques habituée au mauvais goût publicitaire présente sa gamme de produits avec un slogan qui, de mémoire, dit en substance: «A ce prix-là, les enfants n’ont même plus besoin d’être sages pour espérer le passage du Père Noël». Parmi les produits proposés sous ce slogan, figure un ordinateur portable vendu à un petit millier d’euros. Soit pas loin du montant du salaire minimum. Que doit donc penser le smicard moyen qui passe devant ce genre d’affiches présentant comme si dérisoire le montant de la fiche de paie que lui rapporte son labeur?

20/11/2009

Un progrès

Les Français font des progrès dans leur prononciation de noms de Belges à consonance flamande. C’est frappant en ce moment, avec le nouveau Président de l’Union européenne, le Belge Herman Van Rompuy. Dans les médias hexagonaux ces jours-ci, et ce matin encore, on a entendu la plupart du temps ce patronyme prononcé plutôt correctement. Or, il y a quelques temps, avec cette manie qu’ont les Français de franciser les noms étrangers, on aurait pu s’attendre à ce que le nom de Van Rompuy soit rebaptisé avec quelque chose qui, phonétiquement, aurait ressemblé à l'équivalent de «Vent-rond-puits» ou quelque chose du genre. Et bien là, pas du tout.

 

C’est un fameux changement. Les Français ne s’en sont jamais rendu compte, mais cela fait des décennies que leur manière de prononcer les noms flamands fait se marrer la Belgique entière, qui y voit l'illustration de la proverbiale nullité prêtée à leurs voisins pour les langues étrangères. Le sommet avait sans doute été atteint à l’époque de l’apogée de la carrière de Kim Clijsters. Dans la langue de Voltaire telle qu’on la parle à Paris, la championne de tennis belge était affublée d’un patronyme qui devait donner quelque chose du genre de «Clichestèreseuu».

 

En progrès aussi, visiblement, l’image qu’a Nicolas Sarkozy de la Belgique. Le Président français ne tarit pas d’éloges envers le futur ex-Premier ministre belge, qu’il a qualifié hier soir encore de «choix excellent» et d’«homme de très grande qualité». Or, les dernières fois qu’on avait entendu l'hôte de l'Elysée parler de la Belgique, c’était plutôt en mal.

 

Ainsi, lorsqu’il avait fustigé l’appartenance du plat pays à la liste grise des Etats appliquant le secret bancaire. Lorsqu’il s’était agacé du fait que les magasins étaient selon lui ouverts le dimanche en Belgique alors qu’à l’époque, en France ce n’était pas le cas – ce qui amenait paraît-il chaque week-end des milliers de frontaliers français à aller dépenser leurs euros dans le pays voisin. Lorsque le Président avait très très mal pris l’outrecuidance du confrère du JT de la RTBF qui, après une conférence de presse mémorablement bafouillante en marge du G8 en Russie, avait osé avancer que l'intéressé pouvait avoir abusé de la vodka. Et lorsque, plus récemment, la Sarkozie dans son ensemble avait mis en doute le professionnalisme de la même télé publique belge francophone quand celle-ci, témoignages à l’appui, avait révélé que l’état-major présidentiel s’était arrangé pour que seul le personnel de petite taille d’une usine visitée par le chef de l’Etat figure à ses côtés, sur les photos et face aux caméras. A l’époque, les communicants de l’UMP avaient en substance rabaissé la télé belge à un organe de propagande minable provenant d’un pays minable et au service de polémiques minables. Quelques mois plus tard, pourtant, Paris dans toute sa grandeur considère donc que cette même Belgique vient de donner un homme «excellent» à l’Europe. Un progrès, on vous le disait.

19/11/2009

Une attention

météo.jpgL’audiovisuel français commence à évoluer dans le bon sens, dans son rapport avec le public d’outre-mer. On se le disait hier soir encore, en entendant sur France Info un bulletin météo spécialement consacré aux départements et territoires d’outre-mer. C’est une innovation très récente, concernant cette radio d'info continue du groupe RadioFrance. Qui imite donc l’initiative prise il y a quelque temps déjà par TF1, qui achève ses grands bulletins météo du soir par un focus sur la situation aux Antilles, en Guyane ou en Polynésie françaises. Que ce soit en radio ou en télé, cette météo ultra-marine nous semble une innovation aussi agréable que très sensée.

 

Agréable car, quand on est plongé dans la grisaille parisienne, il est assez dépaysant, à défaut d’être très utile, d’entendre qu’il va pleuvoir sur Sainte-Rose, faire radieux sur Fort-de-France ou venter sur Saint-Pierre & Miquelon. Somme toute, ce sont de petites respirations futiles mais revigorantes, un peu comme la météo marine de France Inter. Des respirations salutaires même, lorsqu’elles viennent ponctuer un flot ininterrompu d’actualités austères voire sinistres.

 

Surtout, pour les auditeurs réunionnais, guadeloupéens ou polynésiens moyens, ce ne doit pas être si anodin. Cela leur devait être si lassant d’entendre sur leur service public, depuis des années, uniquement des bulletins météo indécrottablement réduits à la façade atlantique, au massif central ou à la région parisienne. Pour tous ces gens, cette attention portée désormais par des médias de leur propre pays à leur actualité climatique, aussi loin se déroule-t-elle de Paris, doit être assez gratifiante. Quelque part, cela doit participer à cette fameuse «identité nationale» dont les politiques à Paris parlent tant, en ce moment. Car la sensation d’appartenance collective à un peuple passe sans doute aussi par le sentiment d’être ou non considéré comme un public à part entière par les médias de ce pays.

 

A ce propos, soit dit en passant, il y a encore des progrès à faire en la matière. On l’avait déjà souligné dernièrement dans ce blog (ici), mais, comme depuis cela n’a pas évolué d’un iota, sans vergogne on en remet une couche. En radio, à la télé ou dans la presse écrite, la plupart des journalistes français – donc, de facto, parisiens –, lorsqu’ils évoquent le bilan humain de la grippe A-H1N1, continuent à ne comptabiliser que les seules victimes recensées en métropole. Quand on sait le tribut payé à cette épidémie par les habitants des DOM-TOM,  beaucoup plus élevé que dans l’Hexagone, c’est un raccourci journalistique qui, pour ces Français d’outre-mer, doit être particulièrement blessant. Et qui, dans cette France lointaine, ne doit pas contribuer à un sentiment d’appartenance nationale. Car peut-on se sentir bien dans un pays dont les médias ignorent la perte de ses proches, alors pourtant qu’ils sont théoriquement censés être aussi Français que ceux dont les décès, eux, sont évoqués à longueur de journées? Décidément, pour les Français d’outre-mer endeuillés par l’épidémie, ce manque d'attention journalistique, ce 2 poids 2 mesures médiatique, cela doit être pénible.

18/11/2009

Une réforme

Un peu de vécu anecdotique de Parisien moyen, pour mettre en perspective une actualité dont on parle beaucoup en ce moment dans la capitale. L’actualité, c’est une grosse réforme qui est envisagée pour l’AP-HP, qui regroupe une quarantaine d’hôpitaux de l’assistance publique dans Paris et sa proche banlieue. Le vécu, c’est la galère que vient d'être pour nous la simple prise d’un simple rendez-vous pour une simple consultation dans un service d’un grand hôpital de l’Est parisien. Ces derniers jours, pour décrocher ce rendez-vous, on a passé des heures au téléphone. Jour après jour, matin, midi, après-midi et soir. Chaque fois, le téléphone sonnait invariablement occupé ou dans le vide, ou un répondeur nous annonçait qu’aucun préposé n’était en mesure de prendre notre appel et qu’on devait donc le renouveler plus tard. Au bout de quatre jours, tout de même, on est parvenu hier à avoir un interlocuteur en ligne. Qui nous a donné le premier rendez-vous disponible dans l’agenda: rendez-vous fixé à la… dernière semaine de décembre.

 

Ce n’est jamais que l'énième expérience qu’on fait de la surcharge à laquelle ont l’air d’être confrontés les hôpitaux publics à Paris. Hôpitaux où, ces dernières années, on a déjà eu l’occasion de croiser pas mal de fois du personnel administratif, infirmier ou médical au bord de la crise de nerfs tellement il était surchargé. Alors, on ne prétend pas que notre vécu d’usager occasionnel des structures hospitalières parisiennes est forcément représentatif. Peut-être n’étaient-ce que des coïncidences ou de la malchance. Mais si d’aventure notre expérience d’usager parisien moyen est globalement conforme à la situation régnant dans ce secteur, alors la capitale va au devant de gros problèmes.

 

L’autre jour, en effet, la ministre de la Santé a confirmé l’existence d’un «scénario» de restructuration de l’AP-HP, visant à de nouvelles coupes sombres dans ses effectifs. Cet organisme avait déjà subi une diminution de 700 postes en 2009. En 2010, seraient carrément supprimés 1150 postes supplémentaires d’infirmiers, aides-soignants, secrétaires médicaux et médecins. La direction de l’AP-HP assure qu’il s’agit simplement, sans le moins du monde toucher à la qualité des soins, de «réussir à faire aussi bien, mais avec moins d’emplois», grâce notamment aux réorganisations et aux meilleures coordinations entre établissements. De jour en jour, cependant, les patrons de services hospitaliers et d’hôpitaux parisiens – qui ne passent pourtant pas pour de dangereux révolutionnaires – montent au créneau. Tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences concrètes de cette restructuration pour les patients. Voire menacent de claquer la porte. Ainsi, ce matin encore, dans le journal «La Croix», ce témoignage d’un chef du service à l’hôpital Trousseau, dans le douzième arrondissement. «Régulièrement, je retrouve des infirmières en pleurs dans le service. À cause de la charge de travail trop importante, elles ont peur de faire des erreurs et surtout elles se désespèrent (…) de ne plus (avoir) le temps d’assumer leur mission».

 

Fondre en larmes au boulot et à cause de celui-ci. Ce n’est tout de même pas rien. Et cela ne doit pas être si rare dans les hôpitaux publics parisiens. Puisque, selon des syndicats, même si cela a été moins médiatisé qu’à France Télécom, ils ont eux aussi connu ces derniers mois plusieurs cas de suicides parmi les membres de leur personnel.

17/11/2009

Un «vieux fond»

marieNdiaye.jpgOn parlait la semaine dernière du tollé suscité par le député UMP ayant exigé de la lauréate du Goncourt, Marie NDiaye, qu'elle respecte un «devoir de réserve» et s’abstienne désormais de critiquer Nicolas Sarkozy. Depuis, quelque 80 écrivains ont signé une pétition de soutien à leur collègue. Ils s’y disent «choqués» par le traitement que lui a réservé ce baron du parti au pouvoir. Et s’indignent de «la prudence ponce-pilatienne» du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, qui s’est bien gardé de condamner l’élu UMP. Parmi les premiers signataires, on trouve Marie Desplechin, Christophe Honoré, Nancy Huston, Gérard Mordillat, Marie Nimier, Tatiana de Rosnay ou Valérie Zenatti.

 

A propos de cette affaire, la lecture l’autre jour de l’édito du «Monde» faisait froid dans le dos. Le quotidien vespéral faisait le lien entre l’affaire NDiaye et d’autres incidents récents, causés  par les tirades douteuses de certains ministres relatives à l’immigration. Et en déduisait qu’en France, le climat actuel à l’égard des étrangers devenait «malsain et inquiétant», «détestable même». Selon lui, «tout se passe comme si l'affaiblissement de l'extrême droite avait levé les tabous. Et redonnait libre cours à un vieux fond, refoulé, plus nationaliste que national, facilement xénophobe».

 

Ce n’est pas le dernier buzz internet en date d’une prestation de Nicolas Sarkozy qui rassurera les tenants de cette thèse. C’était lors de la remise récente, par le Président, de la Légion d’honneur au comédien Dany Boon. Sortant de son discours écrit, se lançant dans une de ses digressions rigolardes dont il a le secret, le chef de l’Etat avait ironisé sur les origines en partie kabyles de l’humoriste. Il avait d'abord relevé qu'avec un tel CV, «ça commençait pas terrible»; «question rêve, on part de loin». Il avait ensuite rendu hommage à la «première vocation de balayeur» de l’intéressé: «vous aviez une juste appréciation de vos qualités spontanées». Puis, embrayant sur le choix par Dany Boon d’un pseudo plutôt que de son «très joli nom, le vrai, Daniel Hamidou», l’hôte de l’Elysée avait lancé que «ça s'aggravait de plus en plus». «Je peux me permettre, moi c'est Sarkozy. Mais Hamidou, quand même, allez faire une carrière avec ça».

 

Quand, l’autre matin au saut du lit, on a entendu ces propos sur une radio, on en est resté pantois. Ces réparties présidentielles étaient probablement supposées être drôles. Mais nous, en tout cas, devant notre poste de radio, on n’en croyait tellement pas nos oreilles, on avait encore tellement en tête ce «vieux fond» évoqué par «Le Monde» qu’on n’a pas ri du tout. Sans doute n’a-t-on aucun humour.

16/11/2009

Une fermeture

Une mauvaise nouvelle, pour mal commencer la semaine. Mauvaise nouvelle pour notre quartier Bastille, pour le onzième arrondissement plus globalement, pour Paris en général, et sans doute aussi pour la musique et la culture. On en a déjà parlé à plusieurs reprises dans ce blog (ici, ou encore ), vu que l’épée de Damoclès était suspendue au-dessus de sa tête depuis de longs mois. Mais, cette fois, la décision définitive semble être prise et on n’y coupera pas: la FNAC Bastille va bel et bien fermer ses portes à la fin de l’année.

 

C’est le journal “Le Parisien” qui l’a annoncé ce week-end: la FNAC Musique va précisément fermer boutique le 26 décembre prochain. Malgré les 15.000 signatures recueillies par la pétition réclamant le maintien du plus grand disquaire de tout l’Est parisien. Malgré la mobilisation de nombreux citoyens. Malgré les appels à l’aide lancés au ministère de la Culture, restés sans réponse. Malgré les recours en justice introduits naguère par les syndicats. La raison essentielle alléguée par le groupe de luxe Pinault-Printemps-Redoute pour justifier cette fermeture est le manque de rentabilité de ce magasin (*), dû à la fois à l’exiguïté des lieux (dans les sous-sols de l’Opéra Bastille) et au créneau prioritaire qui était celui de la FNAC Bastille: le disque, un marché qui ne cesse de décliner.

 

Les syndicats considèrent être parvenus à limiter les dégâts, puisqu’une cinquantaine des quelque 70 employés du magasin vont être reclassés dans d’autres commerces parisiens de la même enseigne. Il n’empêche, pour le quartier, c’est une page d’histoire qui va se tourner: cela faisait près de 20 ans que les fondements de l’Opéra résonnaient aux sons de la musique de la FNAC.

 

Pour l’heure, nul ne sait quel genre de commerce sera accueilli début janvier dans les sous-sols de béton du paquebot de Bastille. C'est clair que, s’ils sont fichus de nous fourguer un énième Starbucks, McDo ou Gap, on ne sera pas le seul à pester.

 

 

(*) Pas rentable la FNAC Bastille, aux yeux de ses propriétaires. Qui, néanmoins, pour fermer ce magasin, vont attendre le 26 décembre, soit pile poil la fin de la période des courses pour les cadeaux de Noël. Il n’y a pas de petit profit.

13/11/2009

Un engin (suite)

segway.jpgDans les rues de Paris, on croise déjà, depuis pas mal de temps, des policiers à vélo ou en rollers. Voilà maintenant qu’on pourrait bientôt en voir certains circuler sur… des trottinettes. C’est la nouvelle rigolote de la semaine. On n’est pas sûr que, s’il se concrétise, le choix d’un tel moyen de locomotion par les policiers inspirera à leur endroit un sentiment populaire de crainte et de respect plutôt que le rire. Mais, enfin, à l’heure du taser ou du flashball, la trottinette a au moins l’avantage d’être un outil inoffensif.

 

A proprement parler, il ne s’agit pas de trottinette mais du gyropode, du Segway comme on le dénomme généralement en se référant à cette marque. On avait déjà parlé de cet engin bizarre l’hiver dernier (relire ici), après en avoir croisé l’un ou l’autre dans les rues de Paris. Mais ensuite, dans cette ville-ci en tout cas, il avait fait un flop monumental, dû sans doute à son prix d’achat élevé (plusieurs milliers d’euros). A présent, à défaut d’avoir réussi à séduire les Parisiens moyens, cet engin tente d’attirer les policiers de la capitale. L’utiliseraient déjà la police de l’air et des frontières (PAF) ainsi que quelques polices municipales, à Nice notamment, pour des missions d’îlotage, de circulation et de voirie ainsi que pour la lutte contre les nuisances et la petite délinquance – on écrit cela au conditionnel car, à ce jour, on n’a pas encore vu le moindre policier juché sur un Segway à l’aéroport de Roissy ou sur la promenade des Anglais (lieux où, c’est vrai, on ne passe pas nos journées).

 

Des policiers en gyropode dans les rues de la capitale? A moins que tout cela ne soit avant tout qu’un gros coup de pub de cette marque, à quelques jours de l’ouverture à Paris du salon Milipol: le rendez-vous annuel de tout ce que la planète compte de grands marchands d’armes et de petits espions en puissance, salon où Segway sera présent. Présent et bien décidé à convaincre les commandants des polices de France que grâce à ses gyropodes, leurs agents seront «plus visibles», «plus accessibles», «plus communicatifs tout en dominant toujours leurs interlocuteurs, contrairement au vélo». Bénéficieront d’une «capacité à tenir en équilibre à l'arrêt», ce qui «leur permet de renseigner (le public) tout en restant mobilisables instantanément pour une intervention». Sans oublier que le modèle de gyropode conçu spécialement pour la police dispose d’«un look plus dur» que le modèle civil et d’une barre «parfaite pour y monter des accessoires du type sirène, GPS, éclairages».

 

On vit vraiment dans un monde formidable. Et puis, le gyropode équipe déjà certaines unités de choc de la police en Chine, ce qui, comme référence, est tout de même trop sympa.

12/11/2009

Une conception

«Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne», dit-on en France. «Un écrivain récompensé par un prix littéraire, ça encense le pouvoir ou ça se tait», considère en substance le député UMP et ancien ministre Eric Raoult. Pour qui la récente lauréate du prix Goncourt, Marie N’Diaye, a gravement dérapé en ayant publiquement critiqué, quelques mois avant d’être primée, «l’atmosphère de flicage, de vulgarité», régnant selon elle dans l’Hexagone depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir. Et en jugeant «monstrueux» les ministres sarkozystes qui appliquent sa politique d’immigration. Aux yeux d’Eric Raoult, un écrivain récompensé par un prix aussi prestigieux que le Goncourt est tenu à un «devoir de réserve». Il ne doit pas «confondre liberté d’expression et liberté d’agression», droit à la parole et «droit à l’insulte». A partir du moment où il a reçu un prix aussi internationalement identifié à l’Hexagone que le Goncourt, il lui faut toujours, dans ses prises de position publiques, «défendre les couleurs littéraires de la France», «respecter la cohésion nationale et l’image» de ce pays.

 

Cette conception de la liberté d’expression et de création est affolante. Si l’on pousse jusqu’au bout le raisonnement de ce baron de l'UMP, la chanteuse Emily Loizeau, à qui l’on vient de remettre le prestigieux Prix Constantin, ne devrait plus chanter que des ritournelles faisant les louanges de l’Elysée. Yannick Noah devrait être disqualifié a posteriori de sa victoire à Roland Garros en 1983 pour avoir déclaré, à la veille de la présidentielle de 2007, «si Nicolas Sarkozy passe, je me casse». Et la virologue Françoise Barré-Sinoussi, codécouvreuse du VIH, devrait rendre son co-Prix Nobel de médecine puisqu’elle critique l’aide à ses yeux dramatiquement insuffisante accordée par la France aux pays du Sud ravagés par les pandémies.

 

Le ministre de la Culture était prié par Eric Raoult de donner son avis sur le non-respect par Marie N’Diaye de son «devoir de réserve». Frédéric Mitterrand était donc attendu au tournant. Il devait arbitrer entre, d’une part, des propos d’un écrivain qu’on peut certes trouver «excessifs» comme les a qualifiés dans un premier temps Marie N’Diaye, avant de dire finalement qu’elle persistait et signait. Et, d’autre part, une conception de la liberté de parole qui n’autoriserait aux personnalités distinguées par la France que des mots formatés, lénifiants à l’excès, systématiquement respectueux du pouvoir en place, politiquement corrects donc, cadenassés pour tout dire. Bref, un plaidoyer pour un système démocratique pour le coup assez «monstrueux».

 

Ce matin, Frédéric Mitterrand s’est contenté de renvoyer les deux adversaires dos à dos. Et de considérer qu’il n’avait pas à arbitrer entre deux personnalités qui avaient pareillement et légitimement fait usage de leur liberté d’expression. C’est un peu court. Et donc, venant qui plus est d'un ministre de la Culture, assez inquiétant.

10/11/2009

Un plan d’urgence

lemétro.jpgCet après-midi à l’Elysée, se tient une grande réunion interministérielle destinée à peaufiner les derniers détails du plan de bataille français contre la grippe A. Il n’est pas trop tard, mais il est plus que temps. C’est ce jeudi, en effet, que débute en France la campagne de vaccination de la population générale. Après la vaccination des personnels de santé prioritaires – sans beaucoup de succès: il se confirme que peu nombreux sont les professionnels ayant accepté de se faire piquer –, avant le lancement de la vaccination dans les écoles, sont invités cette fois à se faire vacciner quelque 6 millions de personnes. A savoir l'entourage familial des nourrissons de moins de 6 mois, les professionnels de la petite enfance et des maisons de retraite ou les sujets à risque de moins de 65 ans: malades chroniques, personnes atteintes de pathologies respiratoires ou infectieuses, etc.

 

Pour l’heure, en France comme ailleurs, nul ne sait si, à la faveur de l’hiver, l’épidémie de grippe A va prendre ou non des proportions incontrôlables. A ce stade, rien n’indique que des centaines de milliers de Français vont, ces prochains mois, être touchés par la maladie. Et devoir par exemple s’absenter du travail, avec les conséquences que l’on imagine pour l’économie. Il n’empêche, dans les secteurs stratégiques, toutes les dispositions ont été prises pour pouvoir gérer un éventuel absentéisme massif du personnel.

 

C’est notamment le cas dans les transports publics à Paris. Et pour cause. Chaque jour, plus de 10,5 millions de voyageurs empruntent les lignes de la RATP. Dès lors, il n’est évidemment pas question que le métro parisien reste à l’arrêt ou soit considérablement perturbé quelques semaines ou simplement quelques jours, si d’aventure une majorité du personnel de la RATP se retrouvait clouée au lit par la grippe.

 

danslemetro2.jpgQue prévoit le plan d’urgence de la RATP en cas d’épidémie grippale majeure? Les Parisiens retrouveraient globalement le service réduit qui est de mise dans la capitale au mois d’août, avec des trains beaucoup moins fréquents mais continuant tout de même à circuler. Le personnel pourrait aussi être concentré sur les lignes de métro dites «prioritaires». Une grosse moitié des lignes de la RATP sont reprises sous ce vocable. En gros, ce sont les lignes qui traversent la capitale de part en part. En particulier, ce sont les lignes 1, 4, 5, 7, 9, 13 et 14. En outre, les tronçons des lignes RER situés dans Paris intramuros pourraient temporairement ne pas être mis en service, et les stations ad hoc («Invalides», «Musée d’Orsay», «St-Michel Notre-Dame», etc.) être provisoirement fermées. Ce qui obligerait leurs utilisateurs habituels à se reporter sur le réseau du métro. Mais permettrait de mettre le paquet sur les liaisons entre Paris et sa banlieue le soir (et dans le sens inverse le matin) et d’assurer une exploitation relativement normale des liaisons de banlieue à banlieue.

 

Tout est donc fin prêt dans les transports de la capitale, au cas où. Malgré tout, il va sans dire que, le cas échéant, cela risque d’y être légèrement la pagaille.

09/11/2009

Un moyen de locomotion

Près de 2 millions de gens en galère aujourd'hui, en région parisienne: 1 million d’usagers du RER A et à peu près 800.000 du RER B. Ce lundi, en effet, le trafic est très fortement perturbé sur ces deux lignes, du fait d’un mouvement de grève affectant la RATP. Ce matin, à la radio, on annonçait un train sur dix seulement sur le RER A. C’est dire combien, sur les quais en ce moment, les gens doivent être en train de se bousculer et de pester.

 

Ces dernières semaines, d’ailleurs, les galères s’accumulent pour les usagers du RER. Il y a peu, c’était la circulation du RER B qui avait été considérablement ralentie par plusieurs incidents. A la mi-octobre, le sommet avait été atteint sur le RER D, lorsque 300 passagers étaient carrément restés coincés pendant quatre heures dans une rame, à cause d’un problème de frein. La colère des voyageurs était telle que la SNCF avait dû présenter ses excuses sur son site web.

 

Ce ne sont pas ces banlieusards en train de piétiner dans le froid sur les quais qui vont tirer profit de la dernière initiative en date prise par la mairie de Paris en termes de mobilité. En effet, elle ne leur est clairement pas destinée, vu la longueur des trajets qu’ils doivent chaque jour se coltiner. Et, de toute manière, elle est réservée aux habitants qui résident dans les vingt arrondissement. Cette initiative, cela dit, concerne un moyen de locomotion qu’on commence à voir de temps en temps, dans les rues de Paris: le vélo… à assistance électrique (VAE).

 

Ces vélos fonctionnent à l’aide de batteries amovibles, à recharger sur une prise domestique de 220V. La mairie vient de décider d’octroyer désormais une subvention aux particuliers qui les acquièrent. Elle subventionnait déjà, à hauteur de 400€, l’achat des cyclomoteurs électriques. A présent, cette offre s’étend aussi aux vélos électriquement assistés. «Avec 25% du prix d’achat TTC pris en charge par la mairie, l’économie peut atteindre les 400€», s’extasie l’Hôtel de Ville. Pour qui ces véhicules, «efficaces et économiques, silencieux et non polluants, sont particulièrement bien adaptés à la circulation en ville».

 

Si cette mesure pouvait, en effet, inciter quelques conducteurs de scooters (véhicules eux généralement si polluants et bruyants) à opter pour ce système de locomotion plus vert, ce ne serait déjà pas mal. Mais, en même temps, Paris est une ville au relief somme toute assez plat  – avec quelques exceptions notables: grimpez avec un vélo normal, et a fortiori avec un Vélib’, la butte Montmartre et vous comprendrez … Du coup, on n’est pas vraiment sûr que, dans la capitale, ces vélos électriques feront un tabac. Ni que cette prime à l’achat sera le succès politique de l’année.

 

En revanche, des transports publics où règne un climat de paix sociale et qui donc, 365 jours par an, sont efficaces et fiables seraient certainement les bienvenus. Mais c’est évidemment un peu plus compliqué.

06/11/2009

Une «capitale du sommeil»

villemorte.jpgParis «bonnet de nuit», suite. Ou la tendance qu’aurait la capitale d’évoluer vers une ville qui, dès le soleil couché, deviendrait tranquille et ultra-sécurisée, désertée par ses habitants qui n’auraient d’autre choix, faute d’animations, que de rentrer sagement dormir chez eux. C’est en tout cas le procès que font les noctambules aux autorités; on en a déjà parlé dans ce blog (relire par exemple ici ou ). Dernier épisode en date de cette controverse: une «lettre ouverte des acteurs de la musique et de la nuit à Paris». Qui dénonce la «loi du silence» qui se serait abattue ici. Et considère même que la Ville lumière est en passe d’être reléguée «au rang de capitale européenne du sommeil».

 

Ce courrier en forme de pétition déplore le déclin, au cours des dix dernières années, des «lieux parisiens de diffusion musicale (bars, salles de concert, clubs), (qui) ont payé un lourd tribut à l'aspiration grandissante des Parisiens à toujours plus de tranquillité». Au point qu’en matière d’animation nocturne, Paris désormais aurait «abandonné toute espèce de leadership européen au bénéfice de villes comme Londres, Barcelone, Prague et Berlin, vers lesquelles s'exilent chaque jour plus d'artistes et de professionnels français».

 

Les signataires dénoncent les fermetures administratives de lieux nocturnes et les pertes de licence ou d'autorisation de nuit au-delà de 2 heures du matin, autant de sanctions qui se compteraient «par centaines chaque année». Ils réclament que «soit prise en compte la voix du public des lieux de vie, comme est prise en compte la voix des riverains». Demandent la mise à disposition des noctambules «de lieux ou de friches pour l'organisation d'événements ponctuels ou l'installation d'infrastructures pérennes». Et souhaitent «que l'ensemble des acteurs institutionnels prennent conscience de l'importance de la vie nocturne (culturellement et économiquement) dans l'essence même d'une capitale comme Paris».

 

Pour la petite histoire, un des noctambules à l’origine de cette pétition est un petit disquaire extra du quartier des Halles. Qui, à l’occasion d’un 21 juin de Fête de la Musique, s’était carrément vu interdire par la préfecture de mixer sur son bout de trottoir. Ce qui était assez incompréhensible. Vu généralement le chahut musical qui règne dans toutes les rues de Paris le soir du 21 juin. Et vu précisément l’animation régnant à longueur d’année dans cette rue très très fréquentée du quartier des Halles. C’était d’ailleurs une interdiction tellement incompréhensible qu’à l’époque, le journal «Libération» en avait fait écho. Dès la publication de l’articulet, la préfecture, un peu penaude, avait passé un petit coup de fil discret à notre disquaire préféré. Et lui avait annoncé la levée de l’interdiction administrative qui le frappait.

 

Ce 21 juin, dès lors, devant sa boutique, les passants avaient dansé toute la nuit au son d'une musique électro pour oreilles difficiles mais de bon goût. Le facétieux propriétaire des lieux ayant ostensiblement placardé, sur la devanture de son commerce, l’avis de la préfecture de police autorisant cette petite boum en plein air, les fêtards, entre deux déhanchements et sauts de cabris, n’avaient pas manqué d'ironiquement rendre grâce à la bienveillance musicale et festive des pandores. Ce qui n’avait rendu la fête que plus drôle et réussie.

05/11/2009

Un visage, une voix

christianbarbier.jpgOn n’a jamais fonctionné à la nostalgie – état d’âme qu’on a toujours senti terriblement stérile. Cela n’empêche pas, exceptionnellement, d’avoir de courts instants de nostalgie et de trouver cela finalement plutôt délicieux. On l’a ressenti hier soir, en apprenant la nouvelle du décès du comédien Christian Barbier. Un nom qui ne dira absolument rien aux plus jeunes lecteurs de ce blog. Mais qui, pour nous comme pour des générations de téléspectateurs et d’auditeurs, incarna l’image d’une certaine France aujourd’hui complètement désuète mais qui, à l’époque, avait du charme.

 

Christian Barbier, c’était d’abord un visage. Celui de l’interprète principal de «L’Homme du Picardie», le mythique feuilleton qui, dans les années 70, fit les belles heures de la télé belge et française. Barbier y incarnait un batelier, capitaine de la péniche portant le nom de la région française. Même si, à l’époque, on était vraiment très très jeune, on avait suivi avec passion les aventures de cette famille de mariniers: petits artisans en lutte pour la survie de leur métier, englués dans les problèmes financiers et se débattant dans d’incessants conflits de génération. C’est sans doute le programme télé qui nous fit connaître l’univers si typique, et qui nous semblait alors si exotique, des canaux de la région parisienne et du nord de la France. Vingt ans plus tard, pour dire combien on a été marqué, on se souvient encore de la musique du générique de ce feuilleton, une ritournelle sifflée qui, une fois qu’on l’avait entendue, restait immanquablement dans la tête. Dans «L’Homme du Picardie», Barbier campait un personnage bourru, entier, souvent odieux mais si humain qu’il en devenait attachant. Il n'y a pas si longtemps, non loin de Paris dans la si jolie petite ville de Conflans-Sainte-Honorine, la capitale des mariniers au croisement de la Seine et de l’Oise, on voyait encore des photos de «L’Homme du Picardie» affichées dans des magasins. Et les cassettes vidéo de sa série culte vendues comme de précieuses reliques d’un temps révolu.

 

Christian Barbier, c’était aussi une voix. Du début des années 80 jusqu’à la fin des années 90, il anima «Barbier de Nuit», une fameuse émission radio du soir, sur Europe 1. A l’époque, la France radiophonique vespérale était coupée en deux. Il y avait d’un côté les inconditionnels du «Pop Club» du regretté José Arthur, sur France Inter. Et, de l’autre côté, les accros à «Barbier de Nuit» sur Europe. A longueur de soirées, Christian Barbier recevait – en direct depuis un bistrot parisien, si l’on se souvient bien – des personnalités du monde du spectacle, de la culture et de la nuit. Sa voix était profondément chaleureuse, son ton admirablement convivial et complice sans jamais être complaisant, ses entretiens souvent passionnants. «Barbier de Nuit», c’était une émission de radio qui pétillait comme le vin mousseux qui sponsorisait ce programme: «Kriter brut de brut» on s’en souvient bien, même si, à l’époque, on était bien trop jeune pour consommer de l’alcool et si depuis, on n’a jamais bu ce vin. Ado vivant en Belgique, on a passé d’innombrables nuits l’oreille collée au transistor, à l’écoute de «Barbier de Nuit». Cette émission radio nous donnait l’impression, déjà, que Paris était une ville extra, formidablement vivante, culturellement épatante, dont les nuits ne finissaient jamais et étaient peuplées de rencontres fascinantes. Vingt ans après, on débarquait et on s’établissait dans la capitale française. Qui sait, Christian Barbier y est-il pour quelque chose.

 

Ce matin sur Europe 1, la seule évocation qu’on a entendue de Christian Barbier, c’était dans la bouche d’un chroniqueur pénible (pléonasme). Qui moquait le rythme si lent, et à ses yeux si ennuyeux, du feuilleton dont le héros était Christian Barbier. Comme si des histoires ayant la batellerie pour cadre pouvaient se dérouler au rythme d’une course de Formule 1.

 

C’était si anecdotique comme souvenir, c’était si ingrat comme évocation d’un homme qui pourtant compta tant pour cette radio, qu’on a trouvé cela assez minable. Parfois à Paris, dans le grand monde a fortiori, les gens, décidément, sont petits.

04/11/2009

Une extinction

mk2bibliothèque.jpgParis sera un peu moins illuminée que d’habitude ce soir, entre 18 et 19 heures. Comme d’ailleurs sans doute pas mal de villes de France. En effet, toutes les salles obscures de l’Hexagone sont invitées (ici) par la Fédération des cinémas à éteindre pendant une heure leurs enseignes lumineuses extérieures. Pour le coup, c’est une «opération symbolique» et une manifestation de protestation qui vont se voir. Car, on l’oublie trop souvent, avec 2100 cinémas (dont la moitié classés d’art et d’essai) répartis sur l’ensemble de son territoire, la France détient le premier parc européen en la matière et même le quatrième parc mondial après la Chine, les Etats-Unis et l’Inde.

 

Contre quoi protestent les exploitants du cinéma? Tiens, revoilà… Hadopi, la fameuse loi qui, ces derniers mois, fit tant et tant protester parce qu’elle punit (menace de le faire, en tout cas) de sanctions les internautes qui téléchargent illégalement des contenus culturels sur internet. Dans un des volets de cette loi, qui a été moins débattu, il est prévu de réduire de six à quatre mois le délai entre la sortie des films en salles et leur commercialisation en DVD. Les exploitants de cinéma considèrent qu’ils ne survivront pas à cette nouvelle chronologie des médias réduisant leur durée d’exclusivité d’exploitation.

 

Ils mettent aussi le doigt sur quelques curiosités fiscales qui ne sont pas sans rappeler celle qui, en matière de TVA, a longtemps pénalisé les restaurants traditionnels par rapport aux fast-food. Ainsi, selon la Fédération des cinémas, «le taux de taxe sur le prix du billet, de 10,72%, est deux fois plus élevé que celui de la taxe appliquée aux chaînes de télévision et cinq fois plus élevé que celui du DVD et de la vidéo à la demande». Et «les salles de cinéma reversent 50% de leur recette aux ayants droit, contre 20% pour la vidéo, 9% pour Canal+ et 3,2% pour les chaînes en clair».

 

«Si les pouvoirs publics ne prennent pas en compte ce cri d’alarme et n’agissent pas très vite, les salles de cinéma ne pourront survivre», avertissent les exploitants. Qui, par cette extinction de toutes leurs lumières pendant une heure, veulent aussi «montrer ce que seraient nos villes sans nos salles de cinéma». Les organisateurs de l’opération de ce soir exagèrent sans doute un peu lorsqu’ils affirment que les salles de cinéma «sont bien souvent le seul lieu qui reste ouvert 365 jours sur 365 et la seule façade illuminée des centres villes». Mais ils n’ont pas tort lorsqu’ils rappellent que ce secteur constitue «un pôle majeur d’animation culturelle et social» du milieu urbain.

 

03/11/2009

Une trêve, vraiment?

Dans la note d’hier, on faisait allusion, en vitesse, à la trêve hivernale entrée en vigueur dimanche en France. Jusqu’au 16 mars, elle interdit d’expulser à la rue tout locataire en défaut de paiement de loyer. Ce week-end, plusieurs associations ont réclamé, dans un communiqué commun (voir là, ou ici: la pétition ad hoc), que cette trêve bénéficie aussi à une forme d’habitat dont on ne parle quasiment jamais: l’«habitat mobile». A savoir les Roms, tsiganes et autres gens du voyage, dont les campements de fortune flanquent souvent les pourtours glauques des grandes villes de France – et singulièrement ceux de Paris.

 

Ce n’est pas un petit problème, puisqu’on recense dans l’Hexagone quelque 400.000 personnes résidant dans ce type d’habitat. Pour Médecins du Monde, la Fondation Abbé Pierre ou le Secours catholique, ces habitants doivent, eux aussi, pouvoir passer l’hiver avec la certitude de ne pas être expulsés des campements qu’ils occupent. D’autant que ces déménagements incessants compliquent le travail de suivi sanitaire de ces populations par les travailleurs sociaux. Or, l’on sait qu’en la matière, il y a encore du travail à faire. En 2009, dans la cinquième puissance économique mondiale qu’est la France, on trouve toujours, à quelques kilomètres des boulevards rutilants de la Ville lumière, des enfants qui  ne sont pas vaccinés contre des maladies comme le tétanos. Ou des femmes enceintes qui, dans neuf cas sur dix, ne sont pas suivies médicalement pendant leur grossesse.

 

La semaine dernière, quelques jours donc avant l’entrée en vigueur de la trêve hivernale, 300 Roms ont été expulsés par les CRS du campement qu’ils occupaient à Villetaneuse, en Seine-Saint-Denis (banlieue nord de Paris). Du reste, même lorsque les gens du voyage ne sont pas forcés manu militari de dégager, leurs conditions de vie restent peu enviables et soumises à tous les aléas. Ainsi, jeudi dernier encore, en Seine Saint-Denis toujours, un violent incendie a ravagé un camp de quelque 200 Roms situé à deux pas du Carrefour Pleyel, l’important noeud routier à proximité de Saint-Ouen. Le brasier était si intense et les flammes si impressionnantes que la circulation sur l’autoroute A 86 en a été perturbée. Heureusement, aucun blessé grave n’a été déploré. Mais une cinquantaine de baraques ayant été détruites, les Roms n’ont eu d’autre choix que de plier bagages.

 

Pour ces gens-là, en tout cas, pas de doute: aucune trêve dans la précarité. Hiver comme été.

02/11/2009

Une confirmation

placedesvosges.jpgLe Marais s’attendait à un grand spectacle, ce lundi. Imaginez donc: des escouades de CRS débarquant dans ce si chic quartier de Paris, se déployant place des Vosges, une des plus belles places de la capitale, et donnant l’assaut à des «galériens du logement» retranchés dans l’hôtel particulier qui, jadis, vit naître la marquise de Sévigné. Assurément, c’eut été du grand et beau spectacle. Mais il faudra un peu patienter. Ce matin, à la radio, le ministre du Logement a donné quelques jours de rab’ à la quarantaine d’activistes du collectif «Jeudi Noir», qui, depuis quelques jours, ont réquisitionné et occupent l’Hôtel de Sévigné, un splendide hôtel de maître du dix-septième siècle vide depuis plus de quarante années. Le ministre a précisé qu’avant toute action policière, il y avait d’abord le temps de la réponse judiciaire. Les pandores attendront donc un jugement du tribunal avant de donner l’assaut aux galériens. Jugement qui, cela dit, ne devrait pas tarder puisque le propriétaire des lieux a d’ores et déjà porté plainte en justice contre l’envahissement et l’occupation de son immeuble par ces militants contre le mal-logement.

 

Un mal-logement qui n’a décidément pas fini d’être un fléau en France en général et en région parisienne en particulier. C’est ce que confirmait ce matin le ministre. En effet, malgré les 15 milliards d’aides au logement accordés chaque année dans ce pays, on y dénombre toujours 2 millions de gens en difficulté chaque mois pour payer leur loyer. Ce qui, selon les chiffres de la Fondation Abbé Pierre, se traduit chaque année par l’expulsion d’au minimum 50 000 locataires de leurs logements. Autant de gens qui, quand ils n’aboutissent pas carrément à la rue, viennent en tout cas grossir les rangs des victimes du mal-logement. Alors que, dans le même temps, autre confirmation ministérielle ce matin, on compte à ce jour au minimum un demi-million de logements inoccupés en France.

 

jeudinoir.jpgCette réalité, néanmoins, ne pousse pas les autorités à cautionner les opérations coup de poing comme celle menée place des Vosges par «Jeudi Noir». Un collectif qui, a déploré le ministre à la radio, «fait un peu trop de politique» et méconnaît le caractère «inaliénable», «constitutionnel» et donc «intangible» du droit de propriété. Le gouvernement continue donc de s’opposer catégoriquement à toute réquisition de logements vides ou, au minimum, à tout moratoire des expulsions locatives au-delà des périodes de trêve hivernale comme celle ayant débuté ce week-end. Car, selon lui, ce genre de mesures aurait pour effet pervers d’aggraver la crise du logement, en dissuadant encore un peu plus les propriétaires de logements vides de louer leurs biens, de peur de ne jamais les récupérer en cas de non-paiement des loyers.

 

Confirmation, dès lors: un jour ou l’autre prochainement, les mal-logés et précaires de l’Hôtel de Sévigné vont voir débarquer les CRS. Au moins le spectacle sera-t-il assuré. Pour la résolution de fond du problème, c'est moins sûr.