30.11.2009
Une «capitale du sommeil» (suite)
Alors, Paris? Toujours la «capitale du sommeil»? Début du mois (relire ici), notre bonne vieille Ville lumière avait été rebaptisée ainsi par une pétition qui décrivait et dénonçait l’endormissement généralisé d’une ville anesthésiée par une double et redoutable potion de barbituriques. D’une part, l’aspiration grandissante des riverains boboïsants à repousser les nuisances sonores des noctambules chaque soir un peu plus loin de leur sommeil. D’autres part, le zèle des autorités préfectorales à tracasser le monde de la nuit par d'impitoyables retraits d’autorisations et autres sanctions administratives. Quelques semaines plus tard, où en est-on? Paris s’est-elle réveillée?
En tout cas, ladite pétition n’est pas loin de faire un tabac. Certains jours, l’afflux des signataires a été tel que le serveur qui l’héberge a saturé. Ce matin, on en était à près de 13000 signatures. Cela montre que le diagnostic qui y est posé est partagé par davantage qu’une poignée de gais lurons assoiffés de décibels et de nuits blanches. Ce que pense sans doute la préfecture de police de Paris, puisqu’elle n’a toujours pas jugé bon de s’exprimer sur le sujet.
Du côté de la mairie de Paris, on ménage la chèvre et le chou. Ce qui, politiquement, est sans doute logique: difficile, en réagissant au problème de manière tranchée, de ne pas se mettre à dos soit la mouvance des fêtards, soit le milieu des comités de riverains soucieux de tranquillité. Côté pile, l’adjoint au maire chargé du tourisme a démenti tout endormissement de la capitale et juré que, la nuit, on s’y amusait toujours autant qu’à l’époque où Hemingway, après avoir écumé les bars et clubs de Montparnasse ou de Saint-Germain des Prés, racontait cela dans «Paris est une fête». «Est-ce que Paris s'endort ou est en train de devenir un ville-musée? Non, nous n'avons pas fait ce constat. Paris reste la Ville lumière, elle est au top». L’illustrerait d’ailleurs le nouveau portail «Parisnightlife», spécialement dédié aux tuyaux (*) à destination des noctambules. Côté face, la conseillère de l’adjoint au maire chargé de la Culture chargée de ce dossier a déclaré publiquement que certains constats dressés dans la pétition, en effet, ne manquaient pas de fondement. Alors, plutôt pile ou plutôt face? Comme souvent quand on ne sait pas trop quoi faire, on va asseoir tout le monde autour d'une table et palabrer: la ville va organiser prochainement des «Etats généraux de la nuit parisienne».
Sinon, sur le terrain, «La Flèche d’or», au moins, a rouvert. après six mois de fermeture causés notamment des problèmes de cohabitation avec les riverains. Quand on était un peu plus jeune, on a pas mal traîné dans ce fameux lieu nocturne de l’Est parisien, établi dans l’ancienne gare de chemins de fer de Charonne. On n’y est pas retourné depuis sa réouverture, et donc on ne sait pas trop à quoi y ressemble l’ambiance à présent, mais enfin, voilà au moins un endroit de plus à Paris pour les oiseaux de nuit et autres amateurs de bruit.
(*) Des tuyaux qui parfois, paraissent tout de même un peu faisandés. Quel Parisien un peu à la page sort donc dans des endroits comme «Le Caveau de la Huchette» ou «Chez Michou», lieux promotionnés sur ce site mais où, à moins de se tromper, on ne doit guère trouver que des touristes un peu fânés? Mais sans doute en faut-il pour tous les goûts.
10:45 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, culture, art de vivre, paris
27.11.2009
Une fronde
Un peu de culture pour bien terminer la semaine, écrit-on souvent dans ce blog le vendredi, avant une note consacrée à la culture. Mais à Paris, cette semaine culturelle qui s’achève a vraiment été très mauvaise. Par milliers, en effet, des gens ont vainement patienté puis ont dû rebrousser chemin devant le Centre Pompidou, qui, depuis lundi, est en grève et fermé au public. Pendant une journée, le Musée des Arts décoratifs a lui aussi été perturbé. Sans parler des bibliothèques de la ville de Paris qui, dans un autre dossier, ont également fermé leurs portes. Et la semaine prochaine risque bien d’être encore pire. Dès mercredi, en effet, un mouvement de grève reconductible pourrait carrément toucher une centaine d’établissements culturels: bibliothèques, théâtres et musées dont les plus fameux: le Louvre, Orsay, etc.
Pour faire court, les grévistes protestent contre les conséquences de l’application aux institutions culturelles de la grande règle générale fixée par le gouvernement pour l’ensemble de la fonction publique: le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Pour eux, dans les musées, les bibliothèques ou les théâtres, cette règle va «menacer l’avenir du service public de la culture». Le conflit social est parti de Beaubourg parce que la situation y est particulière. En vertu de cette politique de dégraissage des effectifs de la fonction publique, le Centre Pompidou devrait perdre 26 postes en 2010, puis 23 autres en 2011. Ce qui annulera quasiment les 65 emplois qui avaient été créés dans cette institution en 2006, à l’issue, déjà, d’un mouvement de grève – qui, lui, avait duré deux semaines.
Ces derniers jours, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a vaguement tenté de calmer la fronde. Sans y parvenir. En effet, il n’entend pas du tout – et, de toute manière, n’a pas le poids politique pour imposer ce revirement à la majorité – revenir sur ce sacrosaint non-remplacement d’un agent sur deux. La culture devra donc elle aussi, comme tous les autres départements de la fonction publique, faire mieux avec moins d’argent.
C'est une coïncidence embarrassante pour le gouvernement: hier, au moment où tombait la nouvelle du préavis de grève illimitée déposé pour le 2 décembre contre ce régime d’austérité imposé à l’administration, était publié un rapport (consultable ici) très sévère. Selon lequel «malgré la crise, le train de vie du gouvernement ne cesse de progresser». Ce document a été rédigé par le député apparenté socialiste qui, ces dernières années, s’est fait une réputation pour sa traque des finances opaques et gaspillages au sommet du pouvoir, à l’Elysée particulièrement. A n’en pas douter, ses chiffres seront contestés par la majorité. Il n’empêche, hier, ils ont dû interpeller les grévistes. A les en croire, en 2009, les effectifs des cabinets ministériels ont… augmenté de 11,1%. Ce que ce parlementaire juge «inadmissible, au moment où ces mêmes cabinets recommandent à toutes les administrations de diminuer leur nombre de fonctionnaires».
Deux poids, deux mesures dans la fonction publique? Dans les couloirs de Beaubourg aujourd’hui, ce rapport, à n’en pas douter, va faire un tabac.
11:24 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, social, fonction publique, gouvernement
26.11.2009
Une bassesse
L’homme, parfois, peut décidément être odieux. A fortiori lorsqu’il est en groupe, où là il ne tombe pas rarement dans la bassesse. On vient encore de le voir dans le milieu du foot en France – ce qui ne veut évidemment pas dire que ce milieu ait l’apanage des comportements indignes. On l’a vu dans une affaire sur laquelle se penche aujourd’hui la commission de discipline de la Ligue de football professionnel. Cette commission pourrait décider de sanctions contre l’Olympique de Marseille, qui pourrait même faire l’objet de poursuites judiciaires.
Cela s’est passé l’autre jour, dans une tribune du stade Vélodrome, lors du match OM-PSG. Des hurluberlus parmi les supporters du club marseillais n’ont rien trouvé de mieux que de déployer deux banderoles particulièrement odieuses.
La première disait «Trois ans sans Julien, trois ans qu'on est bien». Par allusion à Julien Quemeneur. Il y a trois ans (c’était le 23 novembre 2006), ce jeune supporter parisien avait été accidentellement tué par un policier, en marge d’un match de coupe de l’UEFA. Outre cette banderole salissant sa mémoire, pendant le match, à en croire des supporters parisiens, des chants contre le jeune Julien ont été entendus dans la tribune des Marseillais.
La deuxième banderole disait «Auteuil, c'est renversant». Allusion moqueuse cette fois à un autre jeune supporter parisien prématurément et tragiquement décédé. C’était le mois dernier, lors des incidents ayant suivi l’annulation de la rencontre du match OM-PSG pour cause de grippe A-H1N1. Le jeune homme, membre du groupe des supporters d’Auteuil, avait succombé après avoir été renversé (d’où, sur la banderole, le terme «renversant») par une voiture. Pour que tout le monde comprenne bien que c'était ce drame que la banderole visait, un autre calicot, à côté d'elle, montrait un supporter du PSG en train de s’encourir à toutes jambes devant une voiture.
C’est d'une telle bassesse, cela en dit tellement long sur le niveau de crétinerie atteint par certains groupes de supporters que cela en devient vraiment affolant. Quitte à se pencher jusqu’à la logorrhée sur les dérives du foot, comme ces derniers temps à propos de la main de Thierry Henry, parler de cela dans les médias n’aurait pas été inintéressant.
10:52 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : sports, football, médias
25.11.2009
Une responsabilité
A l’approche des fêtes de Noël, et donc en pleine période de folie consumériste dans les grands magasins, c’est une initiative qui ne manque pas de sel. Samedi, en France comme dans d’autres pays, c’est… la «Journée mondiale sans achats». Pour montrer qu’il y a autre chose dans la vie que consommer.
On peut consommer moins, mais on peut aussi consommer mieux, à savoir de manière plus écologiquement responsable. Il y a peu, le gouvernement a donné son appui à la publication d’un guide qui aide le Français moyen à s’y retrouver dans la jungle des écolabels. Ce n’est pas inutile puisque, en attendant 2011, lorsque les produits de consommation courante feront l’objet d’un affichage environnemental, ces écolabels permettent d’avoir une vague idée de l’impact de notre consommation. Sans oublier que, comme le disait l’autre jour la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno, «être un consommateur responsable, c’est prendre le temps de lire les étiquettes, de se poser les bonnes questions. C’est privilégier les produits locaux et de saison. C’est aussi préférer des produits labélisés». Fastidieux? «Je ne vis pas dans le pays de Candy, où tout est «beau et joli». Je connais parfaitement le rapport au temps de notre société. Moi aussi, je suis speed. Mais je peux vous assurer que l’on n’a pas besoin de bloquer un créneau horaire sur son agenda pour jeter un coup d’œil sur une étiquette».
L’Etat n’entend pas dicter les comportements, mais simplement «les éclairer». Donc, «le jean qui vient de 15.000 kilomètres pourra toujours être acheté, mais au moins le consommateur saura qu’il en existe d’autres, qui ont moins coûté à l’environnement». Dans cette logique, inciter les consommateurs à réorienter leur consommation est vu comme un moyen de faire pression sur les fabricants, afin qu’à leur tour ils commercialisent «de plus en plus de produits éco-conçus, moins nocifs pour la planète», au détriment des «produits poubelles, aux impacts désastreux».
A cet égard, les associations de consommateurs en France citent souvent, et de manière très pertinente, l’exemple du téléphone portable. La durée de vie moyenne de ces appareils est évaluée à 18 mois. C’est proprement ridicule, écologiquement incorrect, techniquement sans doute pas du tout justifié, mais économiquement très rentable pour les fabricants: cela oblige le consommateur à de nouveau passer à la caisse, de prétendues innovations technologiques étant mises en avant pour mieux leur faire accepter ces dépenses incessantes.
En matière de téléphonie mobile également, il existe un écolabel (le TCO), qui assure le respect de critères relatifs notamment à l’efficacité énergétique ou à l'utilisation de métaux lourds. Reste à savoir que faire de ses anciens portables. Cela faisait un petit temps qu’on se posait la question. Et, en attendant, nos portables usagés s’amoncelaient. On a peut-être trouvé la réponse ce matin, au hasard d’une chronique sur la conso prise au vol sur une radio. On y parlait d’un système de recyclage solidaire pour téléphones, qui existe en France. Il permet au consommateur de gratuitement se débarrasser de ses vieux appareils tout en venant en aide à des associations caritatives. A première vue, cela avait l’air assez épatant.
11:35 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, environnement, technologie
24.11.2009
Un intouchable
Journée de grève à La Poste en France aujourd’hui, contre son prochain changement de statut. Grêve annoncée même comme possiblement illimitée à Paris – mais la dernière fois qu’on avait dit cela, le mouvement n’y avait pas duré plus de 24 heures. Dans un registre beaucoup plus léger, comme chaque année à cette période, La Poste vient de relancer un service bien particulier: le… secrétariat du Père Noël.
Avec un pays scandinave, la France est le seul pays du monde à proposer ce service. Chaque année à l’approche du 25 décembre, l’institution répond à tous les courriers que les enfants adressent au Père Noël. Il suffit, paraît-il, d’écrire le nom de l’intéressé sur une enveloppe dans laquelle on aura glissé sa demande de cadeaux, de ne même pas affranchir le pli ni d’indiquer une adresse, et l’envoi arrive automatiquement au service clients de La Poste, en Gironde. Où il est traité et où il lui est répondu dans les plus brefs délais, avec une carte illustrée et un dessin à colorier. Ce service existe depuis 1962 et recueille chaque année un grand succès. Pour preuve, l’an dernier, près d’1,5 millions de lettres ont été adressées au Père Noël de La Poste, provenant de 130 pays différents. Et autant de réponses ont été envoyées aux enfants.
A ce secrétariat du Père Noël, La Poste affecte chaque année quelque 60 personnes à temps plein pendant six semaines. Ce qui, en termes de moyens humains, logistiques voire financiers, n’est tout de même pas rien pour une opération de relations publiques. Remarquez qu’en ce moment où, dans cet organisme en pleine restructuration, tout le monde semble rechercher la meilleure affectation possible au moindre centime d’euro, jamais personne n’a, sauf erreur, remis en cause ce secrétariat du Père Noël. Qui pourtant, s’il s’agit d’une initiative charmante et populaire auprès des enfants, ne doit sans doute pas être considéré comme une mission prioritaire pour le service public postal. Théoriquement, l’effectif affecté à ce Père Noël pourrait très bien, par exemple, venir prêter main forte aux bureaux de poste et aux facteurs qui, sur le terrain, sont traditionnellement débordés par l’afflux de courriers en fin d’année. Mais ni du côté syndical, ni du côté de la direction de l’institution, personne semble-t-il n’a jamais osé proposer cela.
En cette période de fêtes, sans doute le Père Noël est-il, en France comme ailleurs, intouchable. Sans doute l’idée de supprimer son secrétariat est-elle trop iconoclaste et politiquement incorrecte. Sans doute, dès lors, s’agit-il d’une vieille institution hexagonale qui a encore de beaux jours devant elle.
10:51 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : services publics, folklore, communication, art de vivre
23.11.2009
Une modération
La folie des achats de Noël a commencé dans les grands magasins parisiens, a-t-on constaté ce week-end à la cohue qui y régnait. Les Français, cela dit, cette année encore, vont modérer leurs dépenses. Selon un énième sondage diffusé ce matin, à Paris y compris près d’un ménage sur deux va, pour des raisons financières, réduire son budget pour les fêtes de fin d’année. Toutes les enquêtes précédentes sorties ces dernières semaines sur le sujet (ici ou là, par exemple) allaient dans le même sens. En gros, elles évaluent à quelque 600€ le budget global du ménage français moyen pour cette période de l’année, dont la moitié à peu près ira à l’achat de cadeaux.
Comme chaque année, on est un peu sceptique par rapport à ce chiffre, qui nous semble représenter un budget bien élevé pour nombre de Français. Pour ne prendre qu’un cas de figure qui n’est pas exceptionnel mais, au contraire, court les rues en ce moment à Paris comme dans le reste du pays, comment donc une famille monoparentale dont le parent est payé au salaire minimum pourrait-elle s’offrir le luxe de consacrer 600 euros à ses achats de Noël? Idem pour le travailleur précaire ou pour le chômeur.
Au passage, en attendant le jour J, les pubards, comme il se doit, mettent la pression sur les consommateurs. C’est particulièrement le cas dans le métro de Paris, où, sur les panneaux publicitaires, il n’y en a plus que pour les cadeaux de Noël. Jusqu’à l’écoeurement parfois, tant les camelots, eux, font rarement dans la modération. Ainsi, en ce moment, une grande chaîne de magasins informatiques habituée au mauvais goût publicitaire présente sa gamme de produits avec un slogan qui, de mémoire, dit en substance: «A ce prix-là, les enfants n’ont même plus besoin d’être sages pour espérer le passage du Père Noël». Parmi les produits proposés sous ce slogan, figure un ordinateur portable vendu à un petit millier d’euros. Soit pas loin du montant du salaire minimum. Que doit donc penser le smicard moyen qui passe devant ce genre d’affiches présentant comme si dérisoire le montant de la fiche de paie que lui rapporte son labeur?
11:17 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, art de vivre, publicité
20.11.2009
Un progrès
Les Français font des progrès dans leur prononciation de noms de Belges à consonance flamande. C’est frappant en ce moment, avec le nouveau Président de l’Union européenne, le Belge Herman Van Rompuy. Dans les médias hexagonaux ces jours-ci, et ce matin encore, on a entendu la plupart du temps ce patronyme prononcé plutôt correctement. Or, il y a quelques temps, avec cette manie qu’ont les Français de franciser les noms étrangers, on aurait pu s’attendre à ce que le nom de Van Rompuy soit rebaptisé avec quelque chose qui, phonétiquement, aurait ressemblé à l'équivalent de «Vent-rond-puits» ou quelque chose du genre. Et bien là, pas du tout.
C’est un fameux changement. Les Français ne s’en sont jamais rendu compte, mais cela fait des décennies que leur manière de prononcer les noms flamands fait se marrer la Belgique entière, qui y voit l'illustration de la proverbiale nullité prêtée à leurs voisins pour les langues étrangères. Le sommet avait sans doute été atteint à l’époque de l’apogée de la carrière de Kim Clijsters. Dans la langue de Voltaire telle qu’on la parle à Paris, la championne de tennis belge était affublée d’un patronyme qui devait donner quelque chose du genre de «Clichestèreseuu».
En progrès aussi, visiblement, l’image qu’a Nicolas Sarkozy de la Belgique. Le Président français ne tarit pas d’éloges envers le futur ex-Premier ministre belge, qu’il a qualifié hier soir encore de «choix excellent» et d’«homme de très grande qualité». Or, les dernières fois qu’on avait entendu l'hôte de l'Elysée parler de la Belgique, c’était plutôt en mal.
Ainsi, lorsqu’il avait fustigé l’appartenance du plat pays à la liste grise des Etats appliquant le secret bancaire. Lorsqu’il s’était agacé du fait que les magasins étaient selon lui ouverts le dimanche en Belgique alors qu’à l’époque, en France ce n’était pas le cas – ce qui amenait paraît-il chaque week-end des milliers de frontaliers français à aller dépenser leurs euros dans le pays voisin. Lorsque le Président avait très très mal pris l’outrecuidance du confrère du JT de la RTBF qui, après une conférence de presse mémorablement bafouillante en marge du G8 en Russie, avait osé avancer que l'intéressé pouvait avoir abusé de la vodka. Et lorsque, plus récemment, la Sarkozie dans son ensemble avait mis en doute le professionnalisme de la même télé publique belge francophone quand celle-ci, témoignages à l’appui, avait révélé que l’état-major présidentiel s’était arrangé pour que seul le personnel de petite taille d’une usine visitée par le chef de l’Etat figure à ses côtés, sur les photos et face aux caméras. A l’époque, les communicants de l’UMP avaient en substance rabaissé la télé belge à un organe de propagande minable provenant d’un pays minable et au service de polémiques minables. Quelques mois plus tard, pourtant, Paris dans toute sa grandeur considère donc que cette même Belgique vient de donner un homme «excellent» à l’Europe. Un progrès, on vous le disait.
11:18 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langue française, belgique, médias, sarkozy
19.11.2009
Une attention
L’audiovisuel français commence à évoluer dans le bon sens, dans son rapport avec le public d’outre-mer. On se le disait hier soir encore, en entendant sur France Info un bulletin météo spécialement consacré aux départements et territoires d’outre-mer. C’est une innovation très récente, concernant cette radio d'info continue du groupe RadioFrance. Qui imite donc l’initiative prise il y a quelque temps déjà par TF1, qui achève ses grands bulletins météo du soir par un focus sur la situation aux Antilles, en Guyane ou en Polynésie françaises. Que ce soit en radio ou en télé, cette météo ultra-marine nous semble une innovation aussi agréable que très sensée.
Agréable car, quand on est plongé dans la grisaille parisienne, il est assez dépaysant, à défaut d’être très utile, d’entendre qu’il va pleuvoir sur Sainte-Rose, faire radieux sur Fort-de-France ou venter sur Saint-Pierre & Miquelon. Somme toute, ce sont de petites respirations futiles mais revigorantes, un peu comme la météo marine de France Inter. Des respirations salutaires même, lorsqu’elles viennent ponctuer un flot ininterrompu d’actualités austères voire sinistres.
Surtout, pour les auditeurs réunionnais, guadeloupéens ou polynésiens moyens, ce ne doit pas être si anodin. Cela leur devait être si lassant d’entendre sur leur service public, depuis des années, uniquement des bulletins météo indécrottablement réduits à la façade atlantique, au massif central ou à la région parisienne. Pour tous ces gens, cette attention portée désormais par des médias de leur propre pays à leur actualité climatique, aussi loin se déroule-t-elle de Paris, doit être assez gratifiante. Quelque part, cela doit participer à cette fameuse «identité nationale» dont les politiques à Paris parlent tant, en ce moment. Car la sensation d’appartenance collective à un peuple passe sans doute aussi par le sentiment d’être ou non considéré comme un public à part entière par les médias de ce pays.
A ce propos, soit dit en passant, il y a encore des progrès à faire en la matière. On l’avait déjà souligné dernièrement dans ce blog (ici), mais, comme depuis cela n’a pas évolué d’un iota, sans vergogne on en remet une couche. En radio, à la télé ou dans la presse écrite, la plupart des journalistes français – donc, de facto, parisiens –, lorsqu’ils évoquent le bilan humain de la grippe A-H1N1, continuent à ne comptabiliser que les seules victimes recensées en métropole. Quand on sait le tribut payé à cette épidémie par les habitants des DOM-TOM, beaucoup plus élevé que dans l’Hexagone, c’est un raccourci journalistique qui, pour ces Français d’outre-mer, doit être particulièrement blessant. Et qui, dans cette France lointaine, ne doit pas contribuer à un sentiment d’appartenance nationale. Car peut-on se sentir bien dans un pays dont les médias ignorent la perte de ses proches, alors pourtant qu’ils sont théoriquement censés être aussi Français que ceux dont les décès, eux, sont évoqués à longueur de journées? Décidément, pour les Français d’outre-mer endeuillés par l’épidémie, ce manque d'attention journalistique, ce 2 poids 2 mesures médiatique, cela doit être pénible.
11:06 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, météo, journalisme
18.11.2009
Une réforme
Un peu de vécu anecdotique de Parisien moyen, pour mettre en perspective une actualité dont on parle beaucoup en ce moment dans la capitale. L’actualité, c’est une grosse réforme qui est envisagée pour l’AP-HP, qui regroupe une quarantaine d’hôpitaux de l’assistance publique dans Paris et sa proche banlieue. Le vécu, c’est la galère que vient d'être pour nous la simple prise d’un simple rendez-vous pour une simple consultation dans un service d’un grand hôpital de l’Est parisien. Ces derniers jours, pour décrocher ce rendez-vous, on a passé des heures au téléphone. Jour après jour, matin, midi, après-midi et soir. Chaque fois, le téléphone sonnait invariablement occupé ou dans le vide, ou un répondeur nous annonçait qu’aucun préposé n’était en mesure de prendre notre appel et qu’on devait donc le renouveler plus tard. Au bout de quatre jours, tout de même, on est parvenu hier à avoir un interlocuteur en ligne. Qui nous a donné le premier rendez-vous disponible dans l’agenda: rendez-vous fixé à la… dernière semaine de décembre.
Ce n’est jamais que l'énième expérience qu’on fait de la surcharge à laquelle ont l’air d’être confrontés les hôpitaux publics à Paris. Hôpitaux où, ces dernières années, on a déjà eu l’occasion de croiser pas mal de fois du personnel administratif, infirmier ou médical au bord de la crise de nerfs tellement il était surchargé. Alors, on ne prétend pas que notre vécu d’usager occasionnel des structures hospitalières parisiennes est forcément représentatif. Peut-être n’étaient-ce que des coïncidences ou de la malchance. Mais si d’aventure notre expérience d’usager parisien moyen est globalement conforme à la situation régnant dans ce secteur, alors la capitale va au devant de gros problèmes.
L’autre jour, en effet, la ministre de la Santé a confirmé l’existence d’un «scénario» de restructuration de l’AP-HP, visant à de nouvelles coupes sombres dans ses effectifs. Cet organisme avait déjà subi une diminution de 700 postes en 2009. En 2010, seraient carrément supprimés 1150 postes supplémentaires d’infirmiers, aides-soignants, secrétaires médicaux et médecins. La direction de l’AP-HP assure qu’il s’agit simplement, sans le moins du monde toucher à la qualité des soins, de «réussir à faire aussi bien, mais avec moins d’emplois», grâce notamment aux réorganisations et aux meilleures coordinations entre établissements. De jour en jour, cependant, les patrons de services hospitaliers et d’hôpitaux parisiens – qui ne passent pourtant pas pour de dangereux révolutionnaires – montent au créneau. Tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences concrètes de cette restructuration pour les patients. Voire menacent de claquer la porte. Ainsi, ce matin encore, dans le journal «La Croix», ce témoignage d’un chef du service à l’hôpital Trousseau, dans le douzième arrondissement. «Régulièrement, je retrouve des infirmières en pleurs dans le service. À cause de la charge de travail trop importante, elles ont peur de faire des erreurs et surtout elles se désespèrent (…) de ne plus (avoir) le temps d’assumer leur mission».
Fondre en larmes au boulot et à cause de celui-ci. Ce n’est tout de même pas rien. Et cela ne doit pas être si rare dans les hôpitaux publics parisiens. Puisque, selon des syndicats, même si cela a été moins médiatisé qu’à France Télécom, ils ont eux aussi connu ces derniers mois plusieurs cas de suicides parmi les membres de leur personnel.
11:11 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : santé, economie, social, paris
17.11.2009
Un «vieux fond»
On parlait la semaine dernière du tollé suscité par le député UMP ayant exigé de la lauréate du Goncourt, Marie NDiaye, qu'elle respecte un «devoir de réserve» et s’abstienne désormais de critiquer Nicolas Sarkozy. Depuis, quelque 80 écrivains ont signé une pétition de soutien à leur collègue. Ils s’y disent «choqués» par le traitement que lui a réservé ce baron du parti au pouvoir. Et s’indignent de «la prudence ponce-pilatienne» du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, qui s’est bien gardé de condamner l’élu UMP. Parmi les premiers signataires, on trouve Marie Desplechin, Christophe Honoré, Nancy Huston, Gérard Mordillat, Marie Nimier, Tatiana de Rosnay ou Valérie Zenatti.
A propos de cette affaire, la lecture l’autre jour de l’édito du «Monde» faisait froid dans le dos. Le quotidien vespéral faisait le lien entre l’affaire NDiaye et d’autres incidents récents, causés par les tirades douteuses de certains ministres relatives à l’immigration. Et en déduisait qu’en France, le climat actuel à l’égard des étrangers devenait «malsain et inquiétant», «détestable même». Selon lui, «tout se passe comme si l'affaiblissement de l'extrême droite avait levé les tabous. Et redonnait libre cours à un vieux fond, refoulé, plus nationaliste que national, facilement xénophobe».
Ce n’est pas le dernier buzz internet en date d’une prestation de Nicolas Sarkozy qui rassurera les tenants de cette thèse. C’était lors de la remise récente, par le Président, de la Légion d’honneur au comédien Dany Boon. Sortant de son discours écrit, se lançant dans une de ses digressions rigolardes dont il a le secret, le chef de l’Etat avait ironisé sur les origines en partie kabyles de l’humoriste. Il avait d'abord relevé qu'avec un tel CV, «ça commençait pas terrible»; «question rêve, on part de loin». Il avait ensuite rendu hommage à la «première vocation de balayeur» de l’intéressé: «vous aviez une juste appréciation de vos qualités spontanées». Puis, embrayant sur le choix par Dany Boon d’un pseudo plutôt que de son «très joli nom, le vrai, Daniel Hamidou», l’hôte de l’Elysée avait lancé que «ça s'aggravait de plus en plus». «Je peux me permettre, moi c'est Sarkozy. Mais Hamidou, quand même, allez faire une carrière avec ça».
Quand, l’autre matin au saut du lit, on a entendu ces propos sur une radio, on en est resté pantois. Ces réparties présidentielles étaient probablement supposées être drôles. Mais nous, en tout cas, devant notre poste de radio, on n’en croyait tellement pas nos oreilles, on avait encore tellement en tête ce «vieux fond» évoqué par «Le Monde» qu’on n’a pas ri du tout. Sans doute n’a-t-on aucun humour.
10:53 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : culture, littérature, sarkozy, humour



