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08/12/2009

Une population

SDFmétroparis.jpgLes SDF à Paris, cela ne s’arrange pas. On se le disait hier soir encore en passant boulevard Richard Lenoir, effaré par la longueur de la file de miséreux qui s’étirait devant les réchauds des bénévoles servant la soupe populaire. Une queue qui, chaque hiver, paraît encore plus interminable que l’hiver précédent. Le plan grand froid vient d’être activé dans la capitale. Un demi-millier de places d’hébergements en plus que l’an dernier ont été prévues par la mairie, mais il est douteux que cela soit suffisant.

 

Le dernier rapport annuel du Samu social de Paris confirme le rajeunissement de cette population: 22% des hommes SDF à Paris ont entre 18 et 30 ans, un taux qui grimpe carrément à 48% pour les femmes. Il traduit aussi la précarisation croissante du monde du travail: un quart des gens qui dorment dans la rue à Paris déclarent avoir un boulot (souvent sous statut précaire: CDD, intérim, etc.) et 17% être en contrat de travail à durée indéterminée. Paris, comme toutes les grandes villes du monde, continue d’attirer la misère d’un peu partout: seul un SDF parisien sur quatre est né dans la région, le reste provenant d’autres régions de France ou de l’étranger. Un des passages les plus affolants du rapport concerne l’état de santé des sans-abri. 20% ont des troubles psychiques: c’est 7% de plus que la population domiciliée. 7% des SDF ont des pathologies respiratoires (5% dans la population «normale»). 16% des hommes et 10% des femmes déclarent n’avoir jamais pris de repas à midi au cours de la semaine précédant l’enquête. Un tiers des patients traités par l’équipe mobile consacrée à la lutte contre la tuberculose souffre d’atteinte viscérale ou extra-pulmonaire nécessitant jusqu’à une année entière de traitement médical.

 

L’autre jour, sur cette question des sans-abri, Bertrand Delanoë a poussé une colère contre l’Etat central. «Je me tue à dire au Premier ministre qu'il faut se bouger et qu'il faut être beaucoup plus audacieux, beaucoup plus courageux», s’est énervé le maire de Paris. «Il y a des exclus, il y a des réfugiés, il y a des demandeurs d'asile, il y a des enfants. Que l'Etat se désengage à ce point, c'est ignoble!» Ignoble: le mot est inhabituellement fort, dans un langage politique souvent policé. Piqué au vif, le secrétaire d'Etat au Logement, Benoit Apparu, a renvoyé le terme à son expéditeur : «Ce qui est ignoble, c'est d'utiliser la misère des gens pour faire de la petite politique politicienne».

 

Si on en reste à ce niveau-là du débat, évidemment, le sort des SDF du boulevard Richard Lenoir et du reste de Paris risque de demeurer encore longtemps ignoble.

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