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28/12/2009

Un avis

Des nouvelles d’un produit roboratif du terroir hexagonal, en cette période de bonne bouffe. Des nouvelles aussi d’une des campagnes de pub les plus controversées de cette année en train de s’achever. On veut parler de… Chantal et du cantal.

 

Pour ceux qui n’auraient pas suivi, il s’agit donc d’une campagne publicitaire télévisée sur le thème «Oublier le cantal, c’est fatal», produite par le syndicat d'appelation de ce fromage. Ces spots racontaient les mésaventures d’une certaine Chantal: brave fille un peu godiche, considérée par son mec comme une boniche. Pour la punir d’avoir oublié d’emporter le fameux fromage, il la rejetait à chaque fin de spot: l’abandonnait sur le bord de la route ou en rase campagne, refusait de l’épouser le jour de son mariage, etc. Le tout était accompagné du slogan «Le Cantal, ça peut être fatal». L’association féministe des «Chiennes de garde» avait vu rouge: avait dénoncé une campagne cautionnant selon elle la violence machiste, la pauvre Chantal renvoyant aux femmes tombant sous les coups des hommes. Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, avait embrayé. Et demandé le retrait d'une publicité allant à ses yeux «à l'inverse de l'évolution des mentalités, vers le partage des tâches et la non-violence à l'égard des femmes». Un gros débat, donc. Sur lequel les professionnels de la publicité viennent de prendre position.

 

Dans un avis récent, l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité considère que «ces spots humoristiques et caricaturaux à souhait ne (peuvent) pas s’interpréter au premier degré». Il faut donc «faire le pari de l’intelligence du public et de sa capacité à ne pas tout prendre au degré zéro». Les régulateurs du secteur le concèdent: cette campagne sur Chantal et le cantal «fait peut-être plus le pari du message mnémotechnique que celui du bon goût». Mais ils bottent en touche: «Nous ne sommes pas arbitres des élégances». Et concluent en enfonçant les portes ouvertes de la banalité: «Une nouvelle fois, finalement, se pose la difficile question de l’humour. La seule certitude à ce sujet est qu’il est difficile de faire rire tout le monde sur les mêmes blagues».

 

Pas de désaveu de la campagne par la profession, donc: féministes et communistes en sont pour leurs frais. L’histoire ne dit pas si l’instance qui a statué compte des femmes en son sein, ou si elle est composée uniquement d'hommes. A supposer qu’on y dénombre des femmes, on ignore aussi si les mésaventures de la pauvre Chantal les ont fait s'écrouler de rire. Enfin, reste à voir si, depuis ces spots controversés, les femmes françaises consomment davantage de cantal.

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