05.01.2010
Une disparition
Puisque, depuis le réveillon, on parle de fête dans ce blog, restons-y encore aujourd’hui. Et évoquons cette conséquence complètement paradoxale que pourrait avoir, à Paris, la récente décision gouvernementale d’harmoniser à 7 heures du matin l’heure de fermeture des discothèques. Dans la capitale française, à cause de cette réforme, les clubbers et autres fêtards pourraient bien devoir… rentrer se coucher plus tôt!
En cause? La disparition des «afters»: ces fêtes qui commencent au petit matin, lorsque les autres discothèques ferment leurs portes et leurs clients se mettent au lit. A ce moment, les adeptes des «afters», eux, recommencent à se trémousser joyeusement jusqu’à la fin de la matinée. Que deviendront les «afters» parisiens avec cette nouvelle réglementation fermant toutes les boîtes du pays à 7 heures du matin? Aucun arrêté particulier concernant ce sujet précis n’a, semble-t-il, encore été pris. Les exploitants de boîtes s’interrogent donc sur l’avenir de ce concept festif. Et des sites web adressés aux noctambules (ici, par exemple) annoncent d’ores et déjà que ces soirées «seront sûrement bientôt interdites» dans la Ville lumière.
Il faut relativiser les choses, semble-t-il. D’abord, à Paris, cette disparition des «afters» a déjà eu lieu. Au début des années 2000 dans la capitale française, le dimanche matin voire midi, on croisait fréquemment des fêtards en train de faire la queue devant les boîtes les plus à la mode, pour pouvoir entrer à leurs «afters». Le tout, sous l’œil médusé de riverains en route pour leur marché ou leur jogging dominical après, eux, une paisible nuit de sommeil. C'était d'ailleurs ce genre de rencontres qui rendait Paris assez drôle. A cette époque, aller danser le dimanche midi était presque plus trendy que le samedi soir. Dix ans plus tard, en revanche, il faut vraiment bien chercher pour trouver des établissements (ici, par exemple) ou des fêtes (là) qui sont clairement labellisés «after». La plupart des clubs de la capitale ferment leurs portes au plus tard à 6 heures du matin.
«A Paris, contrairement à d’autres capitales européennes comme Berlin par exemple, la grande époque des afters est révolue», nous confirme Eric Labbé, bon connaisseur de la nuit parisienne et un des initiateurs de la pétition contre l’endormissement de la capitale – pétition qui, mine de rien, va tout de même vers les 15.000 signatures. Cet essoufflement du concept des «afters» à Paris est peut-être lié à la croisade qu’ont menée pendant des années les autorités contre ce genre de soirées. A cause non pas tant des nuisances sonores qu’elles entraînent pour les riverains (les décibels sont moins gênants en matinée qu’en pleine nuit), mais de la réputation de hauts lieux de consommation de drogues qui a souvent collé à la peau des «afters». En ces années 2010, incontestablement, la mode à Paris est moins aux «afters» qu’aux «after work»: ces soirées en semaine qui commencent dès l’heure de sortie des bureaux, comme dans les séries télé américaines genre Ally McBeal.
Du reste, note notre interlocuteur, il n’est même pas sûr que ce texte sur l'heure de fermeture des boîtes entraîne la disparition des derniers «afters» de Paris. Aujourd’hui, en effet, ces soirées se déroulent souvent dans des établissements (bars de nuit, etc.) qui ne sont pas officiellement considérés comme des discothèques. Or, la réglementation concerne les lieux ayant l’exploitation d’une piste de danse comme activité principale. Dès lors, les clubbers parisiens accros d’«afters» pourraient bien continuer à danser jusqu’à la fin de la matinée – fiers représentants d’une espèce de noctambules quasiment en voie de disparition ici.
11:47 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, culture, art de vivre




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