29.01.2010
Une Histoire
Dominique de Villepin plus fort que Marie-Antoinette? Comme l’a malicieusement rappelé l’AFP hier, l’ancien Premier ministre, poursuivi dans l’«affaire Clearstream», a été jugé cet automne, et finalement relaxé jeudi, dans la même salle du Palais de Justice de Paris où, le 16 octobre 1793, Marie-Antoinette avait été condamnée à mort par un tribunal révolutionnaire. On ne sait si, hier, au moment d’entendre le tribunal le relaxer, le flamboyant et féru d’Histoire Dominique de Villepin a eu une pensée pour l’infortunée, se disant que, finalement, il avait au moins eu plus de chance qu’elle. La guillotine, il est vrai, n’existe plus en France. Reste à voir si la pendaison à un croc de boucher, que Nicolas Sarkozy avait promise à son grand rival, est un supplice plus enviable.
Le parquet, ce matin, a donc décidé de faire appel de la relaxe de Dominique de Villepin. Qui hurle à l’«acharnement». Ses partisans voient le fait du Prince dans cet appel du parquet. Et, un peu exaltés en ce moment, ne sont pas loin de prophétiser que le peuple parisien et au-delà y réagira comme il se doit: en rejoignant massivement les troupes du bataillon villepiniste en révolte contre les mœurs de Cour qu’ils prêtent aux sarkozystes.
C’est peut-être le moment de rappeler une autre anecdote historique relative au Palais de Justice de Paris, alors qu’il était dénommé Palais du Roi. C’était le 22 février 1358. Comme le raconte le Guide Vert, «les émeutiers parisiens, sous la conduite d’Etienne Marcel, pénètrent dans la chambre du dauphin Charles – le futur Charles V – qui gère le royaume en l’absence de son père, Jean le Bon, captif en Angleterre. Les conseillers du prince sont égorgés sous ses yeux et l’éclaboussent de leur sang, tandis que le prévôt le coiffe du chaperon rouge et bleu, aux couleurs de Paris. Redevenu maître de la situation, Charles V quitte le le palais, qui lui rappelle de trop mauvais souvenirs, et lui préfère désormais le Louvre, l’hôtel St-Paul ou Vincennes».
Ce matin à la radio, six siècles et quelque après ce départ de Charles V du Palais de Justice de Paris, Dominique de Villepin mettait le chef de l'Etat au défi de se rendre en personne à ce même Palais, lors du procès en appel. Pour s’expliquer lui-même à la barre, les yeux dans les yeux de son rival, sur les «mensonges» qui auraient été les siens dans l’affaire Clearstream.
Si d’aventure une telle confrontation avait lieu, le chef de l’Etat verrait-il ses conseillers – les Xavier Bertrand, Frédéric Lefèbvre et autres Henri Guaino – égorgés illico sous ses yeux par des émeutiers parisiens, leur sang l’éclaboussant? Par sûr qu’en tous ces siècles, le débat français ait fondamentalement perdu en sauvagerie – verbale, en tout cas.
11:18 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, justice, sarkozy, villepin, paris




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