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29/01/2010

Une Histoire

Dominique de Villepin plus fort que Marie-Antoinette? Comme l’a malicieusement rappelé l’AFP hier, l’ancien Premier ministre, poursuivi dans l’«affaire Clearstream», a été jugé cet automne, et finalement relaxé jeudi, dans la même salle du Palais de Justice de Paris où, le 16 octobre 1793, Marie-Antoinette avait été condamnée à mort par un tribunal révolutionnaire. On ne sait si, hier, au moment d’entendre le tribunal le relaxer, le flamboyant et féru d’Histoire Dominique de Villepin a eu une pensée pour l’infortunée, se disant que, finalement, il avait au moins eu plus de chance qu’elle. La guillotine, il est vrai, n’existe plus en France. Reste à voir si la pendaison à un croc de boucher, que Nicolas Sarkozy avait promise à son grand rival, est un supplice plus enviable.

 

Le parquet, ce matin, a donc décidé de faire appel de la relaxe de Dominique de Villepin. Qui hurle à l’«acharnement». Ses partisans voient le fait du Prince dans cet appel du parquet. Et, un peu exaltés en ce moment, ne sont pas loin de prophétiser que le peuple parisien et au-delà  y réagira comme il se doit: en rejoignant massivement les troupes du bataillon villepiniste en révolte contre les mœurs de Cour qu’ils prêtent aux sarkozystes.

 

C’est peut-être le moment de rappeler une autre anecdote historique relative au Palais de Justice de Paris, alors qu’il était dénommé Palais du Roi. C’était le 22 février 1358. Comme le raconte le Guide Vert, «les émeutiers parisiens, sous la conduite d’Etienne Marcel, pénètrent dans la chambre du dauphin Charles – le futur Charles V – qui gère le royaume en l’absence de son père, Jean le Bon, captif en Angleterre. Les conseillers du prince sont égorgés sous ses yeux et l’éclaboussent de leur sang, tandis que le prévôt le coiffe du chaperon rouge et bleu, aux couleurs de Paris. Redevenu maître de la situation, Charles V quitte le le palais, qui lui rappelle de trop mauvais souvenirs, et lui préfère désormais le Louvre, l’hôtel St-Paul ou Vincennes».

 

Ce matin à la radio, six siècles et quelque après ce départ de Charles V du Palais de Justice de Paris, Dominique de Villepin mettait le chef de l'Etat au défi de se rendre en personne à ce même Palais, lors du procès en appel. Pour s’expliquer lui-même à la barre, les yeux dans les yeux de son rival, sur les «mensonges» qui auraient été les siens dans l’affaire Clearstream.

 

Si d’aventure une telle confrontation avait lieu, le chef de l’Etat verrait-il ses conseillers – les Xavier Bertrand, Frédéric Lefèbvre et autres Henri Guaino – égorgés illico sous ses yeux par des émeutiers parisiens, leur sang l’éclaboussant? Par sûr qu’en tous ces siècles, le débat français ait fondamentalement perdu en sauvagerie – verbale, en tout cas.

28/01/2010

Une «aumône» (suite)

KFC.jpgPuisqu’on parlait de (mal-)bouffe dans ce blog hier, cela chauffe à Paris en ce moment dans le secteur de la restauration rapide. Depuis plusieurs jours, une série de restos parisiens de l’enseigne Kentucky Fried Chicken sont perturbés par un mouvement de grève. Les grévistes réclament un treizième mois (qui existe peu dans le secteur de la restauration rapide), des tickets restaurant et une prime d’ancienneté. Ils appellent les Parisiens à boycotter cette enseigne, en signe de solidarité avec leurs revendications. Les directions des restos touchés par le mouvement ont fait appel à des salariés du siège central pour remplacer le personnel manquant. La multinationale américaine accepte tout au plus l’octroi d’une prime qualifiée d’«aumône» par un gréviste vu l’autre jour à la télé, à l’édition locale du JT de France 3. Une «aumône»? Une augmentation de 6 euros par mois, précisément. Soit, au passage, sans doute même pas le prix du menu le moins cher proposé chez KFC.

 

En entendant ce terme d’«aumône», on s’est souvenu que c’était celui qu’avaient utilisé déjà, il y a un bon mois (relire ici), les syndicats déçus par l’accord salarial qui, dans la foulée de la réduction du taux de TVA dans la restauration, venait d’être signé concernant les fast-food. A l’époque, avaient-ils calculé, cet accord revenait à octroyer une augmentation horaire de… 2 centimes d’euro aux jeunes employés de base débutant dans des enseignes comme McDo.

 

Précisément, un mois plus tard, a-t-on appris cette semaine, cet accord salarial pourtant pas mirobolant n’est… toujours pas entré en vigueur chez McDo, Pizza Hut ou Quick – qui emploient quelque 100.000 personnes en France.

 

Ces enseignes argumentent à présent qu’ils n’ont que peu bénéficié des effets financiers positifs attendus de la baisse de la TVA. Car une bonne partie de leurs recettes provient des ventes de repas à emporter (et non à consommer sur place), ventes qui, avant même la réforme, bénéficiaient déjà de la TVA réduite. Aux dernières nouvelles, la discussion entre employeurs et syndicats reprendra en février.

 

KFC, McDo, Pizza Hut ou Quick: les Parisiens amateurs de fast-food mais désireux de boycotter ces enseignes en signe de désapprobation de leurs pratiques sociales risquent de commencer à avoir quelques problèmes pour trouver un endroit où se restaurer dans la capitale.

27/01/2010

Une alimentation

On pouvait difficilement faire l’impasse sur cette étude publiée hier, alors que, dans ce blog, on adore notamment décortiquer les comportements alimentaires des Français. L’enquête émane de l’institut qui est chargé de la prévention et de l’éducation pour la santé (l’Inpes). Elle révèle que les Français mangent mieux. Plus de fruits et de légumes, moins de matières grasses. La consommation de sel et de boissons alcoolisées a également diminué. Et le grignotage régresse. En 2008, plus de trois-quarts des Français ont déclaré manger de façon équilibrée, une proportion en augmentation par rapport à 1996. Quelques points noirs, toutefois, subsistent : la consommation de boissons sucrées (trop élevée en particulier chez les jeunes) et de plats préparés (généralement exagérément gras et/ou salés).

 

Moins nouveau mais confirmé par cette étude: le fait que le budget du consommateur influe beaucoup sur la qualité de son alimentation. Ainsi, le prix des fruits et des légumes (cité par quatre personnes intérrogées sur dix) constitue le principal obstacle à une consommation plus régulière de ces produits.

 

C’est l’occasion de ressortir les conclusions d’un colloque qui s’était tenu à Paris l’été dernier, et dont on n’avait pas encore eu l'occasion de parler ici. Il était consacré aux habitudes alimentaires en région parisienne, qui, comme chacun sait, est la région la plus riche du pays. Et ces habitudes parisiennes montrent à nouveau l’importance du facteur économique dans les choix alimentaires.

 

En effet, d’après les chercheurs, on mangerait plus équilibré dans la capitale que dans le reste du pays. Les Parisiens achèteraient plus de légumes, de fruits et des poissons que les habitants des autres régions, où l’on consommerait davantage de charcuterie. Les enfants parisiens se nourriraient plus de végétaux et de laitages frais que les petits provinciaux. Qui, eux, avaleraient plus de produits sucrés, charcutiers et d’entremets. Les Parisiens passeraient proportionnellement plus de temps à cuisiner qu’en province, et mangeraient davantage bio. Conclusion d’une responsable du Centre de recherche pour l’étude des conditions de vie (Credoc): «On imagine que les urbains pressés négligent leur alimentation, déstructurent leurs repas. En fait, il n’en est rien. Ils sont sensibilisés par les messages de prévention sur l’obésité et la qualité de l’alimentation et, malgré leurs contraintes, achètent des produits sains et prennent du temps pour faire leur repas».

 

C’est donc aussi parce que ces urbains parisiens ont les moyens financiers pour ce faire. Nous, en tout cas, en tant que Parisien pathétiquement cliché car perpétuellement pressé, c’est d’un peu plus de temps dont on aurait bien besoin pour (encore) mieux manger.

26/01/2010

Un réaménagement

placedelarepublique.jpgBertrand Delanoë sur les traces du baron Haussmann. En ce début d’année, est tombée une décision qui était très attendue dans notre quartier et y avait fait l’objet de débats passionnés. Elle concerne l’avenir d’une réalisation majeure, dans les années 1850, de l’urbaniste de Napoléon III, que le maire de Paris souhaite à présent remodeler: la place de la République – «Répu», comme les Parisiens surnomment affectueusement cet endroit. On est désormais fixé. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il va y avoir du changement aux pieds de la fameuse statue aux trois si belles allégories représentant la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

 

Cette place a une superficie de 3,5 hectares, ce qui en fait une des plus vastes de la capitale. Populaire, elle n’en a pas moins un certain cachet architectural vu la qualité de nombre d’édifices qui l’entourent. Mais elle pourrait mieux fonctionner. L’espace vert et la fontaine situés en son centre pourraient être plus soignés. Et les Parisiens, d’habitude, n’aiment guère la traverser vu le flux permanent de véhicules qui tournent autour de cet immense rond-point – où, aux heures de pointe, l’on compte paraît-il plus de 2500 véhicules à l’heure.

 

Précisément, le pari du projet urbanistique qui a été retenu par la mairie en ce début d’année consiste à remplacer cet anneau de circulation par un seul grand axe à double-sens, qui, sur un de ses côtés, serait flanqué par une vaste esplanade. Le périmètre dédié au piéton serait «agrandi de plus de 50%», une voie serait réservée aux vélos, bus et taxis, bref «une reconquête audacieuse de l’espace public» est promise aux Parisiens à l’horizon 2013.

 

Pourquoi pas. Il y a toutefois une chose, dans ce projet de réaménagement, qu’on ne comprend pas trop. Déjà, dans le schéma actuel de la place, la fluidité du trafic automobile est toute relative. Si demain l’espace public dédié à cette circulation est encore réduit, comment fera-t-on pour éviter que cela se traduise avant tout par davantage d’embouteillages et donc, pour les riverains, par davantage de vacarme et de pollution? A moins que les autorités tablent sur une diminution de la circulation automobile globale à Paris d'ici à 2013 – mais sur quelles bases, une telle prévision? Sauf à penser qu'il s'agirait de forcer cette diminution voulue du trafic en dégoûtant les automobilistes par des aménagements leur compliquant sans cesse la vie. Ce qui, politiquement, pourrait encore se justifier. Mais alors, et c'est un Parisien non-motorisé qui pose la question, ne serait-ce pas plus clair et plus courageux de le reconnaître franchement?

25/01/2010

Une impression

De retour dans ce blog, après donc une petite pause. Et retour à Paris. On a beau adorer cette ville et pouvoir difficilement imaginer vivre un jour ailleurs, quand on l’a redécouverte ce week-end après quinze jours d’absence, la première impression qu’on en a eue était vraiment mauvaise. Et on n’était manifestement pas le seul dans le cas, à voir la mine effarée tirée par certains des passagers de notre vol qui, à leur descente d’avion à Roissy, faisaient connaissance avec la capitale française après douze heures de voyage et avec neuf heures de décalage horaire dans les pattes.

 

La désorganisation: première chose qui sautait aux yeux. Une signalétique aéroportuaire très perfectible et peu d’agents pour renseigner des voyageurs complètement perdus dans Roissy. Retrouver son bagage, comprendre le fonctionnement de la navette entre les terminaux de l’aéroport, trouver un taxi, un distributeur de billets acceptant les cartes de banque étrangères ou un plan de la capitale, prendre le RER vers Paris ou un TGV vers le Midi: en matière d’accueil et d’information, la société Aéroports de Paris aurait encore des progrès à faire.

 

L’agressivité des gens, deuxième impression. Celle des chauffeurs de taxi clandestins – mais comment et pourquoi donc continuent-ils à sévir visiblement en toute impunité à Roissy ? – n’appréciant pas qu’on décline, même poliment, leurs services. Celle des quêteurs au profit de (prétendues?) associations de sourds-muets, qui, panneau multilingue à la main, sollicitent les étrangers dès le hall d’arrivée. Aggressivité du plouc français moyen aussi, qui, sans gêne c’est bien connu, vous bouscule dans la queue pour la douane ou pour la caisse du kiosque à journaux, dans les rames, sur les escalators ou aux portillons du métro, etc.

 

L’impression de crasse, surtout. De tous côtés, des poubelles débordant de détritus, des cendriers inexistants, des rames, des quais et des couloirs du RER d’une saleté repoussante, des stations de métro transformées en pissotières et en cour des miracles pour SDF – mais n’y a-t-il pas d’autres lieux d’accueil que Paris puisse proposer à ces pauvres gens?

 

Mauvaise première impression, donc. Quelques heures plus tard, à peine, on rentrait dans le bain parisien. Mais, pour certains étrangers qui découvrent pour la première fois de leur vie la capitale française, c’est plus grave.

 

Pour preuve, les services psychiatriques de grands hôpitaux de Paris (comme l’Hôtel-Dieu, sur l’île de la Cité) n’accueillent pas rarement des touristes étrangers (japonais, notamment) qui, nerveusement, n’ont pas supporté le choc de cette découverte. Qui ne sont pas parvenus à gérer la conflagration entre deux visions de Paris. D’une part, la vision idéale et fantasmée qu’ils avaient  de cette cité avant d’y poser le pied: la «Ville lumière», follement romantique, la capitale mondiale de l’élégance et du bon goût, etc. Et d’autre part, la vision concrète de la ville, plus rude, qu’ils éprouvaient dès leur descente d’avion. Les médecins appellent cela le «syndrome de Paris». Googlelisez cela sur le net, vous trouverez probablement des tas de témoignages là-dessus.

 

Nous, en tout cas, ça va: on est de retour au bureau, et pas à l’Hôtel-Dieu ;-)

09/01/2010

Une pause

hamac.jpgOn n'a pas encore eu le temps de prendre des vacances d'hiver, ni de faire une pause depuis la rentrée de septembre. On part donc deux petites semaines en vacances, histoire de recharger un peu les batteries. Et en espérant qu’au retour à Paris, il y fera moins péniblement glacial que ces derniers temps. On se retrouve la dernière semaine de janvier dans ce blog. D’ici là, que tout aille bien pour vous. A bientôt. B.DL.

08/01/2010

Une prolifération

Paris au ras des pâquerettes du bitume, suite. Ou les à-côtés pas toujours reluisants, et mêmes très triviaux parfois, de la vie quotidienne dans cette Ville lumière réputée si paillettes, romantique et glamour. Ces coulisses de la capitale française que, généralement, les touristes étrangers ignorent – et que les autorités locales se gardent évidemment bien de mettre en avant.

 

Vous vous souvenez peut-être de cet incident qui, l’automne dernier, s’était produit dans un des restaurants parisiens de la chaîne Pizza Hut, qui avait fait un certain bruit. La préfecture de police avait pris un arrêté de fermeture de ce restaurant, «pour des raisons d’hygiène». Une inspection des services vétérinaires avait constaté «la très forte présence de souris» dans l'établissement. Quelques mois plus tôt, d'ailleurs, un client de ce même restaurant avait trouvé… une souris morte sur la pizza pepperoni qui venait de lui être livrée. A l’époque, l’affaire avait remis en lumière le problème posé par la prolifération des rongeurs à Paris – un de nos sujets favoris, les lecteurs les plus assidus de ce blog ont dû le constater (sinon: relire ici, , ou encore ). Pas plus tard qu’hier soir, on a repensé à cette anecdote. C’était dans un supermarché, plutôt propre, du boulevard Beaumarchais, cette grande artère, plutôt bourgeoise, qui sépare le onzième du troisième arrondissement. Supermarché dans lequel, retour du boulot, on s’achetait traquillement de quoi dîner, comme n'importe quel Parisien moyen.

 

Arrivé au rayon des fromages, on hésite un peu. Puis on se décide, et on plonge la main dans  le rayon. A quelques centimètres à peine de nos doigts, on découvre alors, même pas pressées, même pas stressées, deux énormes souris furetant elles aussi tranquillement dans le rayon. Leurs moustaches frémissantes, leurs bouches – si l’on peut dire, s’agissant d’animaux – manifestement bien remplies. Bond en l’air, de surprise et de dégoût. Les rongeurs ne s’en formalisent guère. Ils poursuivent un moment leurs pérégrinations, puis s’en vont sans demander leur reste, via le circuit de refroidissement du frigo.

 

C’est une rencontre complètement anodine et qui n'a rien de dramatique, on en convient. Mais on en est pas encore revenu. A Paris, les rongeurs – en cette saison particulièrement, ou en général: pendant toute l'année? – sont-ils donc innombrables à ce point? Au point d’avoir envahi jusqu’aux magasins les mieux tenus? Si on en arrive à voir des rongeurs en train de paisiblement se goinfrer, en pleine heure d’affluence, dans les rayons de supermarché d’un quartier tout ce qu’il y a de plus correct, combien doit-on donc en trouver dans les bas fonds de la capitale? Dans les caves? Les passages souterrains? Les parkings? Les couloirs du métro? Les restos ou magasins pas très à cheval sur l’hygiène? Derrière les palissades des chantiers? Ou au fond des cours d’immeubles délabrés?

 

Hier soir, retour de notre supermarché aux souris, on s’est dit qu’on prendrait bien soin de ne pas passer des jours à enquêter sur ce volet de la réalité parisienne, de peur de faire des découvertes qui nous donneraient (un peu) moins envie de continuer à vivre dans cette ville. On n’a pas encore vraiment décidé, en revanche, si on retournerait ou non dans ce magasin. En attendant, hier, on n’y a pas acheté de fromage. On ne le sentait plus trop.

07/01/2010

Une caricature

forumdeshalles.jpgLes soldes à Paris, depuis hier. Si vous comptez aller faire des emplettes au Forum des Halles, sachez tout de même que la direction de ce centre commercial a une vision des genres, masculin et féminin, qui renvoie à l’ère du dinosaure. Du style: une femme a d’office le shopping comme unique raison de vivre, un homme est forcément un plouc qui ne sait ni n’aime s’habiller.

 

Pour preuve, le nouveau service qu’à l’occasion de ces soldes, les Halles inaugurent à l’attention des mâles parisiens. Un peu comme ce qu’avait déjà fait, si on a bonne mémoire, l’un ou l’autre grand magasin de la capitale, il y a quelques années – mais, n’ayant jamais expérimenté ce service, on ne se souvient plus s’il s’agissait du Printemps Haussmann ou des Galeries Lafayette. Un «espace VIP spécialement aménagé» pour les hommes, donc. Où ces derniers pourront «goûter à l’ambiance des grands hôtels de luxe»: «barbier, cireur de chaussures et magazines pour lui». Grâce à ce nouvel espace, «cette année au Forum des Halles, on ne verra pas ces scènes redoutées: elle, qui dévalise les boutiques, et lui, porteur officiel ambulant, qui désespère en voyant la carte bleue virer au rouge». Du coup, «finis les soldes où Monsieur fait la tête et traîne des pieds». Place, pour les mâles, à «un monde de cocooning viril, aux grands airs de cercles masculins à l’ancienne», où tout a été mis en place «pour chouchouter l’Homme». Sous-entendu: ainsi, pendant que Monsieur sera occupé, Madame aura tout le loisir et le temps de s’éclater dans des achats sans doute puérils et compulsifs.

 

On ne va pas s'énerver pour si peu et si minable, mais c’est tellement cliché et caricatural comme vision des rôles masculin et féminin, c’est d’une telle ringardise comme concept commercial et comme communication qu’on se demande comment de telles âneries sont encore possibles en 2010. En France qui plus est, pays autoproclamé de la finesse et du bon goût.

 

 

PS: Notez que le communiqué de presse du Forum des Halles ne dit nulle part quels services sont proposés, dans le cadre de ce «cocooning viril», aux mecs qui 1) n’ont pas une pilosité nécessitant un barbier 2) n’ont pas besoin qu’on leur cire les pompes, parce qu’ils portent le plus souvent des Converse 3) s’ennuient à mourir en lisant des magazines «pour lui», qu’on imagine être des illustrés consacrés aux bagnoles, au bricolage ou à l’informatique.

06/01/2010

Un luxe

Aujourd'hui, un sujet certes très anecdotique mais qui est aussi pile poil dans l’actualité puisqu’il a trait à l’Epiphanie, que l’on fête ce mercredi à Paris comme partout ailleurs. Si ce n’est que, dans la capitale française particulièrement, les prix de la galette des rois, qu’il est de tradition de déguster aujourd’hui, ont, cette année, atteint des niveaux astronomiques.

 

Cela n’a pas manqué, ces derniers jours: on avait beau changer de boulangerie, à chaque fois qu’on poussait la porte de ce genre de commerce et qu’on jetait un coup d'oeil gourmand aux vitrines, on était estomaqué par les prix de ces fameuses galettes. A Paris, la part de galette des rois vaut en moyenne 3€, entendait-on ce matin sur une radio. Dans notre onzième arrondissement et dans le Marais voisin, pour ce qu’on a pu constater en tout cas, on dépasse largement cette fourchette de prix. Incroyable, le nombre de galettes, même pas si grandes, qui, aux devantures des boulangeries-pâtisseries de notre quartier, sont affichées à 30€ voire à plus de 40€! Et l’on ne parle même pas des galettes spéciales, version cerise ou pistache paraît-il, mais des galettes ordinaires. 30 ou 40€ pour un peu de beurre, quelques œufs, de la farine, de la crème d’amande et de la pâte feuilletée pour recouvrir le tout (sans oublier la fameuse fève, mais qui n’est tout de même pas censée être en or massif).

 

Une boulangère de notre cher quartier Saint-Sébastien avec qui on est un peu copain, à qui on parlait de cela l’autre jour, nous assurait que non, non, pas du tout, sa corporation ne s’en mettait pas plein les poches ces jours-ci à Paris, grâce à cette tradition gastronomique. Le prix en général élevé de ces galettes s’expliquerait par deux facteurs. Le cours élevé de certains ingrédients: le beurre singulièrement et surtout la crème d’amande. Et le travail particulier, proche de «l’artisanat», que représenterait la confection du feuilletage de ces gâteaux

 

Soit. Au moins ces prix prohibitifs auront-ils un avantage indéniable. Celui de conforter dans leur bonne résolution tous les Parisiens qui, en ce début d’année et après des réveillons souvent copieux, ont comme nous fait vœu de sobriété en matière de graisses et de sucre.

05/01/2010

Une disparition

dancefloor.jpgPuisque, depuis le réveillon, on parle de fête dans ce blog, restons-y encore aujourd’hui. Et évoquons cette conséquence complètement paradoxale que pourrait avoir, à Paris, la récente décision gouvernementale d’harmoniser à 7 heures du matin l’heure de fermeture des discothèques. Dans la capitale française, à cause de cette réforme, les clubbers et autres fêtards pourraient bien devoir… rentrer se coucher plus tôt!

 

En cause? La disparition des «afters»: ces fêtes qui commencent au petit matin, lorsque les autres discothèques ferment leurs portes et leurs clients se mettent au lit. A ce moment, les adeptes des «afters», eux, recommencent à se trémousser joyeusement jusqu’à la fin de la matinée. Que deviendront les «afters» parisiens avec cette nouvelle réglementation fermant toutes les boîtes du pays à 7 heures du matin? Aucun arrêté particulier concernant ce sujet précis n’a, semble-t-il, encore été pris. Les exploitants de boîtes s’interrogent donc sur l’avenir de ce concept festif. Et des sites web adressés aux noctambules (ici, par exemple) annoncent d’ores et déjà que ces soirées «seront sûrement bientôt interdites» dans la Ville lumière. 

 

Il faut relativiser les choses, semble-t-il. D’abord, à Paris, cette disparition des «afters» a déjà eu lieu. Au début des années 2000 dans la capitale française, le dimanche matin voire midi, on croisait fréquemment des fêtards en train de faire la queue devant les boîtes les plus à la mode, pour pouvoir entrer à leurs «afters». Le tout, sous l’œil médusé de riverains en route pour leur marché ou leur jogging dominical après, eux, une paisible nuit de sommeil. C'était d'ailleurs ce genre de rencontres qui rendait Paris assez drôle. A cette époque, aller danser le dimanche midi était presque plus trendy que le samedi soir. Dix ans plus tard, en revanche, il faut vraiment bien chercher pour trouver des établissements (ici, par exemple) ou des fêtes () qui sont clairement labellisés «after». La plupart des clubs de la capitale ferment leurs portes au plus tard à 6 heures du matin.

 

«A Paris, contrairement à d’autres capitales européennes comme Berlin par exemple, la grande époque des afters est révolue», nous confirme Eric Labbé, bon connaisseur de la nuit parisienne et un des initiateurs de la pétition contre l’endormissement de la capitale – pétition qui, mine de rien, va tout de même vers les 15.000 signatures. Cet essoufflement du concept des «afters» à Paris est peut-être lié à la croisade qu’ont menée pendant des années les autorités contre ce genre de soirées. A cause non pas tant des nuisances sonores qu’elles entraînent pour les riverains (les décibels sont moins gênants en matinée qu’en pleine nuit), mais de la réputation de hauts lieux de consommation de drogues qui a souvent collé à la peau des «afters». En ces années 2010, incontestablement, la mode à Paris est moins aux «afters» qu’aux «after work»: ces soirées en semaine qui commencent dès l’heure de sortie des bureaux, comme dans les séries télé américaines genre Ally McBeal.

 

baràparis.jpgDu reste, note notre interlocuteur, il n’est même pas sûr que ce texte sur l'heure de fermeture des boîtes entraîne la disparition des derniers «afters» de Paris. Aujourd’hui, en effet, ces soirées se déroulent souvent dans des établissements (bars de nuit, etc.) qui ne sont pas officiellement considérés comme des discothèques. Or, la réglementation concerne les lieux ayant l’exploitation d’une piste de danse comme activité principale. Dès lors, les clubbers parisiens accros d’«afters» pourraient bien continuer à danser jusqu’à la fin de la matinée – fiers représentants d’une espèce de noctambules quasiment en voie de disparition ici.

04/01/2010

Un bug

Ce fut le premier bug de 2010 en France. Il a dû occuper pas mal de conversations de particuliers en ce début d’année. Mais, assez curieusement, les médias de ce pays, tout affairés à la célébration de l’année nouvelle, ne l'ont pas évoqué. On veut parler des cafouillages qu’a connus le réseau de téléphonie mobile hexagonal dans la nuit de jeudi à vendredi.

 

Déjà, notons que les opérateurs se sont lourdement trompés dans leurs prévisions. Quelques heures avant l’échéance fatidique, ils avaient amplement communiqué sur le fait qu’à l’occasion de la Saint-Sylvestre, les Français enverraient la bagatelle de 500 millions de SMS. Orange attendait 186 millions de messages, SFR 180 millions et Bouygues 126 millions. Le lendemain des festivités, ce chiffre magique du demi-milliard de textos nocturnes avait mystérieusement fondu comme neige au soleil. Finalement, expliquait-on le premier jour de l’an, 150 millions de SMS avaient été envoyés dans la nuit. Ce n’était pas mal – cela fait un rythme de 18.000 textos à la seconde entre minuit et une heure du matin –, mais on était tout de même loin du compte.

 

Ensuite et surtout, cette circulation de messages pourtant nettement moindre qu’attendue a manifestement grillé quelques circuits électroniques chez ces mêmes opérateurs. Nous, en tout cas, entre minuit et une heure du matin, le message qu’on a le plus souvent reçu était adressé par un mystérieux interlocuteur non-autrement identifié que sous le numéro d’appel 952. Et disait ceci: «En raison d’un problème technique, votre texto n’a pu être envoyé. Nous vous remercions de réessayer plus tard». Au vu du nombre de gens qui, depuis la Saint-Sylvestre, nous ont parlé d’une pareille mésaventure, ce bug téléphonique a touché pas mal de monde à Paris. Et encore ne parle-t-on pas des difficultés de communication qui ont pu/dû se poser dans le fin fond d’une France rurale où les zones blanches (où le portable ne passe pas du tout) ne sont jamais loin.

 

Tout cela n’est absolument pas grave, on est d’accord. Même avec quelques heures de retard, des vœux, s’ils sont sincères, sont toujours valables. Et, de toute manière, ce ne sont jamais que des vœux. Il n’en demeure pas moins que, jeudi soir en France, cinquième puissance économique mondiale s’il faut le rappeler, le réseau de téléphonie mobile n’a même pas été capable de gérer le simple flux d’envois si anodins de vœux de fin d’année – flux qui, pourtant, était nettement moindre qu’annoncé.

 

On ne sait pas trop si, électroniquement, il faut s’en inquiéter. Ou si, plus positivement, il faut plutôt regarder cet incident comme une invitation assez saine à l’humilité.