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15/02/2010

Un malaise

Ce lundi, un peu de choses vues ce week-end, dans le métro de Paris. A la station ‘Richard Lenoir’ plus précisément, dans notre onzième arrondissement. Station qui,  comme tant d’autres à Paris, tout au long de l’année mais encore plus spécialement l’hiver, accueille, si l’on peut dire, nombre de SDF. L’autre soir encore, ils étaient là: parlant fort, buvant, fumant. D’habitude, avec les voyageurs, cela se passe plutôt bien. Ou, plutôt, cela ne se passe pas: deux populations qui ont pris l’habitude de se croiser sans se regarder, chacun poursuivant sa journée. Parfois, toutefois, ça dérape.

 

Ainsi, l’autre soir donc, une dame entre deux âges, à première vue même pas l’air trop agitée, part en vrille dès qu’elle arrive sur le quai et tombe sur l’attroupement de miséreux. «Pfff, on est vraiment envahis par les cas sociaux!», hurle-t-elle à la cantonade. Stupéfaction des gens. Qui font semblant de ne pas avoir entendu, détournent le regard, s’éloignent de quelques pas, se plongent encore plus profondément dans leur lecture ou augmentent le son de leur baladeur. Le métro tardant à arriver, il y a de plus en plus de monde sur le quai. «Non mais, regardez ça!», poursuit la dame. «Cette pourriture qui envahit les stations de métro! Des assistés! Toute leur vie!» Gros malaise dans la foule. Petits sourires embarrassés. Les SDF, eux, se marrent: ils n’ont pas trop l’air de comprendre le français, et trouvent manifestement assez cocasse cette petite dame qui s’agite en pointant du doigt vers eux. «Pourriture, oui! Pourriture!»

 

Le métro arrive enfin. Les voyageurs s’y engouffrent, l’air soulagé que la soirée puisse tranquillement continuer, que ce pénible incident soit terminé. Les portes se referment. La petite dame énervée a disparu dans la foule de l’heure de pointe agglutinée dans la rame. Le métro démarre. Toujours avachis sur le quai, les SDF ne lui lancent même pas un regard. Et continuent de brailler, comme s’il ne s’était rien passé.

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