Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

26.02.2010

Une Journée

journeesansimmigres.jpgDerniers jours de février, ce week-end. Lundi, premier jour de mars, c’est la «Journée sans immigrés» en France. Cette initiative associative, soutenue par quelques partis, vise à rappeler l’importance de l’apport des populations d’origines étrangères. «Nous, femmes et hommes, de toutes croyances, de tous bords politiques, et de toutes couleurs de peaux, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration à notre pays, en avons assez des propos indignes tenus par certains responsables politiques visant à stigmatiser ou criminaliser les immigrés et leurs descendants», dit le manifeste du mouvement. «Nous refusons que les bienfaits passés, présents et futurs des immigrés, qui ont toujours construit la France, soient ainsi niés d’un trait». Lundi, dès lors, les immigrés installés en France, leurs descendants et les sympathisants sont invités à se croiser les bras. Une façon, «par cette absence», de «marquer la nécessité de notre présence».

 

Si ce mouvement avait lieu aujourd’hui et s’il était très massivement suivi, à quoi donc aurait ressemblé pour nous ce vendredi, dans notre quartier de Paris? C’est la question qu’on s’est posée ce matin, au saut du lit.

 

D’abord, on aurait dû faire l’impasse sur les croissants du matin: la boulangerie où on a nos habitudes, dans notre onzième arrondissement, est tenue par une famille d’origine marocaine. On se serait rabattu sur le bar-tabac en face, pour un thé. Mais là aussi, on aurait trouvé porte close: le commerce est tenu par des Chinois. Arrivé le ventre vide et donc forcément un peu bougon au bureau, on aurait eu la mauvaise surprise de constater celui-ci complètement déserté par ses occupants habituels: tous journalistes et photographes de la presse internationale et donc qui auraient forcément été absents en cette journée sans étrangers. La matinée aurait donc été solitaire et morose. Le vendredi midi, quand on a le temps de prendre une pause-déjeuner, on va entre collègues au petit resto du coin. Cette fois là, on n’aurait pas pu y aller: c’est une gargote thaï. Le snack plus loin, alors? Pas de bol: le patron étant originaire d’Algérie, il aurait lui aussi été fermé. En début de soirée le vendredi, on fait du sport. Mais ce soir, pas sûr que l’entraînement aurait été maintenu: en effet, le personnel du gymnase municipal où il se déroule est en majorité antillais, dont quelque part un peu d’origine étrangère. Enfin, la troisième mi-temps, dans le Marais, aurait été beaucoup moins drôle que d’habitude: les bars de ce quartier, fréquentés par une faune d’origines si mélangées, auraient été bien vides en cette journée exclusivement franco-française de souche.

 

Bref, pour nous, cette journée sans étrangers aurait été assez pourrie. Et, sans avoir la prétention de mener une vie complètement représentative, on n’est pas loin de penser que cela aurait été le cas aussi pour pas mal de gens, à Paris et dans le pays.

 

Le simple fait qu’en France, en 2010, soit organisée une journée du type de celle de lundi en dit-il long sur l’état de ce pays?

25.02.2010

Une vedette

Restons un jour encore dans le domaine de la publicité, mais beaucoup plus pacifique. Il n’est plus question cette fois de soldatesque boueuse et transpirante, mais au contraire de folklore sentant bon la fraîcheur et la ruralité bucoliques. On veut parler du retour de… la mère Denis, cette icône mémorable de la pub hexagonale.

 

Cela a vraiment fait beaucoup de buzz en France, cette semaine. C’est donc le grand retour de la célèbre lavandière qui, dans les années 70 et 80, fit les belles heures – «Ah oui, c’est vrai ça!» – de la pub télé pour le fabricant de lave-linge Vedette. Vingt ans après, sa bonne bouille et son physique généreux et campagnard s’affichent en ce moment, en photo murale géante sur le flanc d’un immeuble donnant sur le périph’. Avec ce slogan bien de saison à un mois des élections régionales: «Votez mère Denis!» Et une adresse web renvoyant à la page de fans de l’intéressée.

 

La dénommée Jeanne-Marie Le Calvé épouse Denis n’est évidemment pour rien dans ce retour fracassant. Puisque, depuis 1989, elle repose en paix dans un petit cimetière du Calvados. Sa réapparition en grand format est une opération de teasing publicitaire du groupe d’électroménager Fagor-Brandt, propriétaire de la marque Vedette. Un gros coup de marketing donc. Une opération notamment de marketing viral, comme on dit. Qui est en train de marcher du tonnerre – pour preuve ce matin, quand on googlisait le slogan de l’affiche, «Rendez nous Mère Denis!», on obtenait … 250.000 résultats!

 

250.000! Comme quoi, on en parle, de cette campagne de pub. Les Français seraient-ils en demande de futilité, en ce moment?

24.02.2010

Un recrutement (encore)

«C’est un petit peu embêtant». Confidence d’un porte-parole de l’état-major de l’armée de terre, qu’on est finalement parvenu à joindre hier après-midi. A propos, toujours, de cette campagne de recutement si visible dans le métro de Paris actuellement, a fortiori depuis qu’elle y côtoie une campagne de pub elle en faveur d’un jeu vidéo très guerrier – ce dont on parlait hier encore. «Non seulement, ils détournent notre slogan sans nous avoir demandé la moindre autorisation, mais, en plus, ils pervertissent complètement le sens de notre message: pour l’armée, c’est clair, la guerre n’est pas un jeu!»

 

Dès lors, sitôt après avoir aperçu lundi matin dans le métro ces placards publicitaires virtuellement belliqueux, les hauts gradés ont sauté sur leurs téléphones et passé un savon au distributeur du jeu vidéo. Qui, finalement, a pris deux engagements. Dès la semaine prochaine, sera retiré de ses affiches le slogan «Devenez plus que vous-même» , qui renvoyait à la campagne de l’armée. Et, sur son site web, sera mentionné clairement – et «à un emplacement visible», espèrent les militaires – que «l’armée de terre n’a rien à voir avec ce jeu vidéo car, pour elle, la guerre n’a rien d’un jeu».

 

Hier, l’officier qu’on avait au téléphone, qui finissait par être touchant tant il avait l’air gêné aux entournures, insistait sur le fait que c’était vraiment par «pure coïncidence» que, dans nombre de stations de métro de la capitale, les affiches des deux campagnes se soient retrouvées placardées sur des panneaux voisins, voire contigus. Ce saisissant rapprochement est «totalement fortuit. L’armée n’a rien demandé, et elle est la première à déplorer cette situation».

 

Dans le cas inverse, il est vrai, la Grande muette aurait été prise en flagrant délit de duplicité. Difficile de se vanter de ne pas faire de la promo de la guerre réelle dans des jeux de guerre vituelle, puis de s’arranger en douce, via les plannings de réservation des panneaux de la régie publicitaire, pour que les deux genres se rejoignent par affichage interposé. On aurait vraiment frisé la rouerie.

23.02.2010

Un recrutement (suite)

battlefield1.jpgIl y a dix jours (si cela vous avait échappé, relire ici), on avait parlé dans ce blog de «Devenez vous-même»: la grosse campagne de recrutement lancée, dans le métro parisien notamment, par l’armée de terre française. On notait que les militaires, pour mieux toucher les jeunes, avaient poussé le luxe jusqu’à s’offrir des incrustrations des visuels de leur campagne dans des jeux vidéos. Mais pas d’incrustrations dans des jeux de guerre, tout de même. Désormais, cependant, le lien entre guerre réelle et guerre ludique, sur PlayStation ou autres Xbox, est fait. On a pu le constater hier midi, toujours dans le métro de Paris.

 

«Devenez vous-même», incitait l’armée de terre. «Devenez plus que vous-même», proclament depuis lundi des tas d’affiches de pub placardées dans le réseau de la RATP. Cette campagne-là fait la promo d’un nouveau jeu vidéo, qui sortira début mars. Jeu indéniablement de guerre, puisqu’il est intitulé «Battlefield: Bad Company 2»: tout un programme. Les visuels de la campagne en faveur de ce jeu sont d’ailleurs explicites. On y voit des soldats crapahuter en treillis de combat sur fond de chars, d’hélicos, et tout cela.

 

Par son slogan similaire, cette pub pour un jeu de guerre fait donc directement allusion à la campagne de recrutement de l’armée de terre. Du reste, dans nombre de stations du métro de Paris, les affiches de ces deux campagnes se font face, d’un quai à l’autre. Voire sont placardées sur des panneaux publicitaires situés côte à côte. Saisissant rapprochement.

 

Hasard des plannings de réservation des panneaux publicitaires? Ou habile sens de l’à-propos de la part des commerciaux de l’industrie du jeu vidéo? A moins que… Ce voisinage entre guerre réelle et guerre virtuelle aurait-il été voulu par l’armée de terre? Au fond, que pensent les militaires français du détournement de leur slogan au profit d’un jeu vidéo belliqueux? Hier, on n’est pas parvenu à obtenir de commentaires du service de com’ de l’armée de terre. Le cas échéant, on y reviendra dans ce blog.


battlefield2.jpg

En attendant, avis aux usagers du métro de Paris qui seraient allergiques à la couleur kaki: les couloirs et stations du métro de la capitale, en ce moment, ont vraiment un look très viril. Camouflage, sang, poussières, sueur, patrie et (l)armes. Inutile de dire qu’à côté de cette débauche d’iconographie guerrière, les affiches annonçant la rétrospective que consacre le Grand Palais au grand peintre anglais Turner, célèbre pour ses couchers de soleil, constituent de très pacifiques respirations visuelles.

22.02.2010

Un marché

On a déjà beaucoup parlé, la semaine dernière, de cette controverse à propos des burgers halal. Que ce soit à Roubaix, à Argenteuil ou dans les quelques autres villes de France concernées, ces restos Quick «muslim friendly», on va dire, marchent visiblement du tonnerre, a-t-on lu, vu et entendu en boucle dans les médias, ce week-end. Cela se confirme donc: il y a un marché pour ce créneau gastronomico-identitaire. Fin janvier déjà, l'une ou l'autre enquête d’opinion réalisée par l’institut Ifop avait mis le doigt sur l’engouement de la communauté musulmane de France pour ce type de produits.

 

A en croire Ifop, 59% des personnes issues de familles musulmanes achètent systématiquement de la viande halal. 28% en consomment la plupart du temps ou de temps en temps, et seulement 12% n’ont jamais recours à ces produits. Le succès des produits halal ne concerne pas que la viande: 40% des musulmans consommateurs de cette dernière achètent aussi des plats cuisinés (frais, en conserve ou surgelés), des desserts, des chocolats ou des bonbons halal. Avec une population musulmane française évaluée à quelque 5 millions d’âmes, cela fait au bas mot un marché de plus de 3 millions d’acheteurs et de consommateurs.

.

L’achat de viande halal «est très étroitement corrélé à la pratique religieuse». Ainsi, 91% des musulmans fréquentant une mosquée consomment halal. Mais 44% des musulmans non-pratiquants en consommant également, ce qui montre qu’il s’agit d’«une consommation identitaire et pas seulement religieuse». L’Ifop note encore que, «si les consommateurs réguliers de viande halal représentent 71% des membres de la première génération» issue de l’immigration, «cette proportion chute significativement dès la seconde génération (51%)». En clair, «plus on est jeune, moins on consomme halal: l’achat systématique de viande halal diminue quand on descend la pyramide des âges, même si elle est encore légèrement majoritaire chez les plus jeunes».

 

Conclusion: si en France il y a inconstestablement un marché halal sur lequel le business peut espérer prospérer, une part de ce marché ne doit pas moins être conquise et développée par les industriels de l’agroalimentaire, s’ils veulent que ce secteur reste florissant à l’avenir. Il ne faut évidemment pas chercher autre part les raisons de l’initiative à l’attention de la communauté musulmane lancée par Quick, enseigne très populaire chez les jeunes comme chacun sait. Ce n’est ni de la philanthropie et encore moins de l’islamophilie. C’est du business, de l’investissement en somme.

19.02.2010

Une contagion

On en avait parlé ici dès mardi: de cette expérimentation de fast-food halal à destination de la communauté musulmane. Et, il a bien fallu le constater: ce fut la controverse de la semaine en France. L’indignation de Marine Le Pen, en effet, a fait contagion un peu partout: dans les partis démocratiques, de droite comme de gauche, sous la plume des éditorialistes, etc. De toutes parts, ces derniers jours, on n’a entendu que les mots «communautarisme», «clientélisme marketing», «grave dérive», «impôt islamique», «indignation», «inadmissible», etc.

 

Cette pittoresque affaire de burgers à la dinde fumée et non au bacon pourrait même avoir des prolongements judiciaires. En effet, le maire (socialiste) de Roubaix, une des villes concernées par cette expérimentation culinaire, envisage de saisir les tribunaux pour pratique commerciale discriminatoire. Car, selon l’argument-massue de la semaine: serait gravement discriminatoire le fait pour les clients non-musulmans de ces restaurants de n'avoir d'autre choix que d’y manger halal. C’est d’ailleurs ce même argument qui a fondé la saisine par cet élu de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde), qui est donc invitée à se prononcer la question.

 

Face à ce tumulte qu’il a jugé complètement disproportionné, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) a fait deux réflexions. Un : «des restaurants qui ne servent que du halal ou que du casher, ça existe depuis toujours» dans l’Hexagone. Deux: «il y a beaucoup de restaurants qui ne proposent pas de nourriture halal, et les musulmans ne crient pas pour autant à la discrimination». Cela semble le bon sens même. Pas sûr, cependant, que cela suffira à apaiser la polémique.

18.02.2010

Une biodiversité

TramwayT3Paris.jpgAujourd’hui, un sujet infiniment plus léger que les jours précédents – cela fait du bien, parfois. Et qui concerne aussi plus directement la vie quotidienne à Paris. Lundi, la mairie va présenter son programme d’actions dans le cadre de «2010, année mondiale de la biodiversité». Il y sera notamment question de dresser des inventaires de la faune et de la flore de la capitale, un recensement qui associera habitants, chercheurs en écologie urbaine et associations naturalistes. Parlant de biodiversité, dans la capitale française elle se cache parfois aux endroits les plus inattendus. Témoin, le (petit) projet, bucolique à souhait, qui pourrait voir le jour… sur les voies du tramway.

 

Cela concerne plus précisément le tramway T3 – la ligne qui, à terme, ambitionne de faire le tour de Paris (voir la carte ici). Dans le cadre des (gros) travaux en cours () pour sa prolongation jusqu’à la porte de la Chapelle, la RATP et la mairie songent à une innovation à la fois odorante et délicieuse. Il s’agirait de remplacer le tapis de gazon qui végétalise habituellement les voies de tram et leurs abords par une autre espèce: le thym. En effet, par rapport à la pelouse, cette charmante plante méditerranéenne aurait l’avantage de nécessiter moins d’arrosages et de tontes à l’année. Et, dans sa modeste mesure, la plantation de cette espèce végétale à cet improbable endroit contribuerait à la biodiversité dans la capitale, assurent les spécialistes.

 

Cette plante aromatique, en tout cas, a réussi les tests que, depuis le printemps 2008, la RATP a fait passer à différents tapis végétalisés susceptibles d'équiper les tramways. Mieux que le romarin, le serpolet, la bruyère ou d’autres plantes vicaces, le thym a montré son «adaptation aux conditions d’exploitation du tramway». Pour ceux que cela intéresse, c’est plus particulièrement une sous-variété de thym, le thym dit laineux, qui aurait la cote auprès des techniciens de la société de transports parisienne. Qui, lors de ces tests, ont noté également les performances d’une deuxième plante vicace: la matricaria tchihatchewii – si, comme nous, vous n’avez pas la moindre idée de ce à quoi cela peut ressembler, coup d'oeil ici

 

Des senteurs de thym, donc des airs de Midi carrément, dans les environnements aussi gris, pollués et bétonnés que sont les portes d’Ivry, de Bagnolet ou d’Aubervilliers. Cela fait (un peu) rêver.

17.02.2010

Un dégât collatéral

Pénible, la journée d’hier. Pénibles, les témoignages insoutenables de ces victimes des essais nucléaires français, qui attendent réparation depuis parfois trente ans et qui, soudainement, réapparaissaient hier dans les médias. A la faveur de la publication d’un rapport renforçant la thèse selon laquelle, à l’époque, ils ont sciemment été utilisés comme des cobayes par l’armée – si vous n’avez pas suivi cela, lire ici. Pénible de voir à la télé, sur les sites web d’infos ou en photos dans les journaux, ces irradiés aux visages à jamais défigurés. Pénible, la liste interminable de leurs maladies radio-induites, comme on dit: des affections dont rien que les noms font peur. Pénible, le calvaire qui fut celui des soutiers du nucléaire français et le si long délai qu’il a fallu à ce pays pour reconnaître ses torts envers eux. Et encore hier, le ministre de la Défense, du bout des lèvres, n’admettait-il que «des erreurs», dues au contexte de l’époque. On n’aurait pas trouvé déplacé d'entendre prononcés les mots excuses, regrets ou pardon.

 

Hier, en bossant sur ce dossier pour le journal, on est retombé, dans le fin fond de notre documentation, sur le compte-rendu d’un rapport parlementaire consacré à ces irradiés du nucléaire, rapport qui avait été publié en janvier 2002. Signé par des députés de droite comme de gauche, il concluait à un impact «dérisoire» des ces essais sur la santé des populations exposées ainsi que sur l’environnement des zones concernées. «Ces essais ne se sont pas réalisés sans altérer l’environnement des sites utilisés et sans prendre des risques humains», reconnaissaient ces parlementaires, mais «on peut considérer que ces effets ont été limités». Et, en tout état de cause, leurs incidences ont été «dérisoires» comparées à celles des essais américains et soviétiques.

 

Ce rapport parlementaire entretenait donc la fiction d’un nucléaire militaire français propre. Donnait l’impression que cette histoire d'irradiés n'était finalement qu'un dégât collatéral humain inévitable, et somme toute acceptable. Le prix à payer pour, dixit le ministre Hervé Morin, avec un lyrisme pénible, hier matin, «une magnifique épopée, symbole de la constance d’une nation à vouloir acquérir les moyens de sa propre souveraineté».

 

En voyant hier à la télé ces vétérans aux visages martyrisés, en les entendant à la radio raconter, si dignement, leurs souffrances, on se demandait ce que pensaient au même moment, si eux aussi suivaient cette actualité, tous ces parlementaires qui, en 2002, avaient conclu à l’impact sanitaire «dérisoire» de ces essais. Etaient-ils fiers d’eux ? Ou avaient-ils un peu honte?

16.02.2010

Une expérimentation

Hamburger.jpgQuick France l’a confirmé hier après-midi: la société de restauration rapide mène actuellement une «expérimentation» dans quelques-uns de ses restaurants. Cette innovation consiste à servir à leurs clients de la viande halal (à savoir, de la viande provenant d'animaux abattus selon le rite islamique). Une dizaine des quelque 450 établissements de cette enseigne dans l’Hexagone sont concernés, situés en banlieue parisienne, marseillaise, lyonnaise, toulousaine ou dans le Nord. Ce week-end déjà, cette expérimentation avait donné lieu à un fameux coup de colère à la télé.

 

C’était dimanche midi, sur Canal. Et c’était assez spectaculaire. Débit saccadé, mâchoires crispées, regard d’acier: Marine Le Pen éructait contre cette expérimentation. «Ceux qui ne veulent pas manger halal n'auront même pas le choix! C’est inadmissible!», tempétait la fille du patron du Front national. Selon qui cela illustrait bien l’ignominieuse avancée du «communautarisme» et de «l’islamisation» en France.

  

En la voyant s’agiter à la télé, on avait vraiment du mal à partager son indignation. Du mal à s’apitoyer sur le sort de ces malheureux carnivores amateurs de Quick qui, même s’ils sont non-musulmans, devront, dans ces quelques restaurants concernés, manger des hamburgers à base de dinde fumée et non de porc ou de bacon. Etait-ce donc si grave? Leur identité de non-musulman était-elle profondément outragée par cette consommation occasionnelle de viande halal? N’est-il pas plus intéressant de se demander pourquoi en France, pays abritant la plus grande communauté musulmane d’Europe, il a fallu attendre 2010 avant qu’une chaîne de fast-food élargisse la gamme de ses menus de manière à ce qu’ils soient accessibles aux consommateurs de toute confession religieuse?

 

Quick avance des raisons logistiques pour expliquer le fait que, dans ses quelques restaurants expérimentant la viande halal, on ne proposera plus de viande non-halal aux clients: il serait difficile de faire se cohabiter ces deux types de viande dans les mêmes cuisines. On n’a jamais travaillé dans un fast-food, donc on n’est pas spécialiste de leurs cuisines, mais, à première vue, l’argument ne nous semble pas complètement absurde.

 

De manière plus générale, en écoutant la tirade de Marine Le Pen, on se disait que, décidément, devenait fatigante cette phobie rabique anti-communautariste régnant en France. Ce républicanisme sourcilleux qui présente comme d’office illégitime, culpabilise voire condamne carrément tout sentiment d’appartenance à une communauté. Nous, on a toujours vu les choses de manière beaucoup moins crispée: ne peut-on donc se sentir une affinité avec tel ou tel groupe particulier et, en même temps, se sentir parfaitement intégré dans la majorité et se sentir solidaire du plus grand nombre?

 

A Paris, on a toujours vécu dans des quartiers où se croisent des tas de communautés et donc autant d’habitudes alimentaires répondant parfois à des prescrits religieux, prescrits dont on ne s’est jamais le moins du monde formalisé. Quand, au supermarché du coin, tel aliment classique vient à manquer et qu’on doit se rabattre sur sa version kasher, on ne se sent pas insulté dans notre identité: on prend cela pour une découverte culinaire sympa. Quand, dans les rues animées des quartiers Bastille ou Oberkampf, on voit de plus en plus de petits restos populaires (kebabs, etc.), très fréquentés par la jeunesse issue de l’immigration, s’afficher halal dès leur porte d’entrée, on s'en réjouit même si on n'est pas musulman, car on trouve cela accueillant. En fait, que l’on mange halal, kasher ou classique, on s’en fiche, pourvu que ce soit sain et appétissant.

 

Mais sans doute est-on, politiquement et culturellement, plus décontracté que Marine Le Pen.

15.02.2010

Un malaise

Ce lundi, un peu de choses vues ce week-end, dans le métro de Paris. A la station ‘Richard Lenoir’ plus précisément, dans notre onzième arrondissement. Station qui,  comme tant d’autres à Paris, tout au long de l’année mais encore plus spécialement l’hiver, accueille, si l’on peut dire, nombre de SDF. L’autre soir encore, ils étaient là: parlant fort, buvant, fumant. D’habitude, avec les voyageurs, cela se passe plutôt bien. Ou, plutôt, cela ne se passe pas: deux populations qui ont pris l’habitude de se croiser sans se regarder, chacun poursuivant sa journée. Parfois, toutefois, ça dérape.

 

Ainsi, l’autre soir donc, une dame entre deux âges, à première vue même pas l’air trop agitée, part en vrille dès qu’elle arrive sur le quai et tombe sur l’attroupement de miséreux. «Pfff, on est vraiment envahis par les cas sociaux!», hurle-t-elle à la cantonade. Stupéfaction des gens. Qui font semblant de ne pas avoir entendu, détournent le regard, s’éloignent de quelques pas, se plongent encore plus profondément dans leur lecture ou augmentent le son de leur baladeur. Le métro tardant à arriver, il y a de plus en plus de monde sur le quai. «Non mais, regardez ça!», poursuit la dame. «Cette pourriture qui envahit les stations de métro! Des assistés! Toute leur vie!» Gros malaise dans la foule. Petits sourires embarrassés. Les SDF, eux, se marrent: ils n’ont pas trop l’air de comprendre le français, et trouvent manifestement assez cocasse cette petite dame qui s’agite en pointant du doigt vers eux. «Pourriture, oui! Pourriture!»

 

Le métro arrive enfin. Les voyageurs s’y engouffrent, l’air soulagé que la soirée puisse tranquillement continuer, que ce pénible incident soit terminé. Les portes se referment. La petite dame énervée a disparu dans la foule de l’heure de pointe agglutinée dans la rame. Le métro démarre. Toujours avachis sur le quai, les SDF ne lui lancent même pas un regard. Et continuent de brailler, comme s’il ne s’était rien passé.

Toutes les notes