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26/02/2010

Une Journée

journeesansimmigres.jpgDerniers jours de février, ce week-end. Lundi, premier jour de mars, c’est la «Journée sans immigrés» en France. Cette initiative associative, soutenue par quelques partis, vise à rappeler l’importance de l’apport des populations d’origines étrangères. «Nous, femmes et hommes, de toutes croyances, de tous bords politiques, et de toutes couleurs de peaux, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration à notre pays, en avons assez des propos indignes tenus par certains responsables politiques visant à stigmatiser ou criminaliser les immigrés et leurs descendants», dit le manifeste du mouvement. «Nous refusons que les bienfaits passés, présents et futurs des immigrés, qui ont toujours construit la France, soient ainsi niés d’un trait». Lundi, dès lors, les immigrés installés en France, leurs descendants et les sympathisants sont invités à se croiser les bras. Une façon, «par cette absence», de «marquer la nécessité de notre présence».

 

Si ce mouvement avait lieu aujourd’hui et s’il était très massivement suivi, à quoi donc aurait ressemblé pour nous ce vendredi, dans notre quartier de Paris? C’est la question qu’on s’est posée ce matin, au saut du lit.

 

D’abord, on aurait dû faire l’impasse sur les croissants du matin: la boulangerie où on a nos habitudes, dans notre onzième arrondissement, est tenue par une famille d’origine marocaine. On se serait rabattu sur le bar-tabac en face, pour un thé. Mais là aussi, on aurait trouvé porte close: le commerce est tenu par des Chinois. Arrivé le ventre vide et donc forcément un peu bougon au bureau, on aurait eu la mauvaise surprise de constater celui-ci complètement déserté par ses occupants habituels: tous journalistes et photographes de la presse internationale et donc qui auraient forcément été absents en cette journée sans étrangers. La matinée aurait donc été solitaire et morose. Le vendredi midi, quand on a le temps de prendre une pause-déjeuner, on va entre collègues au petit resto du coin. Cette fois là, on n’aurait pas pu y aller: c’est une gargote thaï. Le snack plus loin, alors? Pas de bol: le patron étant originaire d’Algérie, il aurait lui aussi été fermé. En début de soirée le vendredi, on fait du sport. Mais ce soir, pas sûr que l’entraînement aurait été maintenu: en effet, le personnel du gymnase municipal où il se déroule est en majorité antillais, dont quelque part un peu d’origine étrangère. Enfin, la troisième mi-temps, dans le Marais, aurait été beaucoup moins drôle que d’habitude: les bars de ce quartier, fréquentés par une faune d’origines si mélangées, auraient été bien vides en cette journée exclusivement franco-française de souche.

 

Bref, pour nous, cette journée sans étrangers aurait été assez pourrie. Et, sans avoir la prétention de mener une vie complètement représentative, on n’est pas loin de penser que cela aurait été le cas aussi pour pas mal de gens, à Paris et dans le pays.

 

Le simple fait qu’en France, en 2010, soit organisée une journée du type de celle de lundi en dit-il long sur l’état de ce pays?

25/02/2010

Une vedette

Restons un jour encore dans le domaine de la publicité, mais beaucoup plus pacifique. Il n’est plus question cette fois de soldatesque boueuse et transpirante, mais au contraire de folklore sentant bon la fraîcheur et la ruralité bucoliques. On veut parler du retour de… la mère Denis, cette icône mémorable de la pub hexagonale.

 

Cela a vraiment fait beaucoup de buzz en France, cette semaine. C’est donc le grand retour de la célèbre lavandière qui, dans les années 70 et 80, fit les belles heures – «Ah oui, c’est vrai ça!» – de la pub télé pour le fabricant de lave-linge Vedette. Vingt ans après, sa bonne bouille et son physique généreux et campagnard s’affichent en ce moment, en photo murale géante sur le flanc d’un immeuble donnant sur le périph’. Avec ce slogan bien de saison à un mois des élections régionales: «Votez mère Denis!» Et une adresse web renvoyant à la page de fans de l’intéressée.

 

La dénommée Jeanne-Marie Le Calvé épouse Denis n’est évidemment pour rien dans ce retour fracassant. Puisque, depuis 1989, elle repose en paix dans un petit cimetière du Calvados. Sa réapparition en grand format est une opération de teasing publicitaire du groupe d’électroménager Fagor-Brandt, propriétaire de la marque Vedette. Un gros coup de marketing donc. Une opération notamment de marketing viral, comme on dit. Qui est en train de marcher du tonnerre – pour preuve ce matin, quand on googlisait le slogan de l’affiche, «Rendez nous Mère Denis!», on obtenait … 250.000 résultats!

 

250.000! Comme quoi, on en parle, de cette campagne de pub. Les Français seraient-ils en demande de futilité, en ce moment?

24/02/2010

Un recrutement (encore)

«C’est un petit peu embêtant». Confidence d’un porte-parole de l’état-major de l’armée de terre, qu’on est finalement parvenu à joindre hier après-midi. A propos, toujours, de cette campagne de recutement si visible dans le métro de Paris actuellement, a fortiori depuis qu’elle y côtoie une campagne de pub elle en faveur d’un jeu vidéo très guerrier – ce dont on parlait hier encore. «Non seulement, ils détournent notre slogan sans nous avoir demandé la moindre autorisation, mais, en plus, ils pervertissent complètement le sens de notre message: pour l’armée, c’est clair, la guerre n’est pas un jeu!»

 

Dès lors, sitôt après avoir aperçu lundi matin dans le métro ces placards publicitaires virtuellement belliqueux, les hauts gradés ont sauté sur leurs téléphones et passé un savon au distributeur du jeu vidéo. Qui, finalement, a pris deux engagements. Dès la semaine prochaine, sera retiré de ses affiches le slogan «Devenez plus que vous-même» , qui renvoyait à la campagne de l’armée. Et, sur son site web, sera mentionné clairement – et «à un emplacement visible», espèrent les militaires – que «l’armée de terre n’a rien à voir avec ce jeu vidéo car, pour elle, la guerre n’a rien d’un jeu».

 

Hier, l’officier qu’on avait au téléphone, qui finissait par être touchant tant il avait l’air gêné aux entournures, insistait sur le fait que c’était vraiment par «pure coïncidence» que, dans nombre de stations de métro de la capitale, les affiches des deux campagnes se soient retrouvées placardées sur des panneaux voisins, voire contigus. Ce saisissant rapprochement est «totalement fortuit. L’armée n’a rien demandé, et elle est la première à déplorer cette situation».

 

Dans le cas inverse, il est vrai, la Grande muette aurait été prise en flagrant délit de duplicité. Difficile de se vanter de ne pas faire de la promo de la guerre réelle dans des jeux de guerre vituelle, puis de s’arranger en douce, via les plannings de réservation des panneaux de la régie publicitaire, pour que les deux genres se rejoignent par affichage interposé. On aurait vraiment frisé la rouerie.

23/02/2010

Un recrutement (suite)

battlefield1.jpgIl y a dix jours (si cela vous avait échappé, relire ici), on avait parlé dans ce blog de «Devenez vous-même»: la grosse campagne de recrutement lancée, dans le métro parisien notamment, par l’armée de terre française. On notait que les militaires, pour mieux toucher les jeunes, avaient poussé le luxe jusqu’à s’offrir des incrustrations des visuels de leur campagne dans des jeux vidéos. Mais pas d’incrustrations dans des jeux de guerre, tout de même. Désormais, cependant, le lien entre guerre réelle et guerre ludique, sur PlayStation ou autres Xbox, est fait. On a pu le constater hier midi, toujours dans le métro de Paris.

 

«Devenez vous-même», incitait l’armée de terre. «Devenez plus que vous-même», proclament depuis lundi des tas d’affiches de pub placardées dans le réseau de la RATP. Cette campagne-là fait la promo d’un nouveau jeu vidéo, qui sortira début mars. Jeu indéniablement de guerre, puisqu’il est intitulé «Battlefield: Bad Company 2»: tout un programme. Les visuels de la campagne en faveur de ce jeu sont d’ailleurs explicites. On y voit des soldats crapahuter en treillis de combat sur fond de chars, d’hélicos, et tout cela.

 

Par son slogan similaire, cette pub pour un jeu de guerre fait donc directement allusion à la campagne de recrutement de l’armée de terre. Du reste, dans nombre de stations du métro de Paris, les affiches de ces deux campagnes se font face, d’un quai à l’autre. Voire sont placardées sur des panneaux publicitaires situés côte à côte. Saisissant rapprochement.

 

Hasard des plannings de réservation des panneaux publicitaires? Ou habile sens de l’à-propos de la part des commerciaux de l’industrie du jeu vidéo? A moins que… Ce voisinage entre guerre réelle et guerre virtuelle aurait-il été voulu par l’armée de terre? Au fond, que pensent les militaires français du détournement de leur slogan au profit d’un jeu vidéo belliqueux? Hier, on n’est pas parvenu à obtenir de commentaires du service de com’ de l’armée de terre. Le cas échéant, on y reviendra dans ce blog.


battlefield2.jpg

En attendant, avis aux usagers du métro de Paris qui seraient allergiques à la couleur kaki: les couloirs et stations du métro de la capitale, en ce moment, ont vraiment un look très viril. Camouflage, sang, poussières, sueur, patrie et (l)armes. Inutile de dire qu’à côté de cette débauche d’iconographie guerrière, les affiches annonçant la rétrospective que consacre le Grand Palais au grand peintre anglais Turner, célèbre pour ses couchers de soleil, constituent de très pacifiques respirations visuelles.

22/02/2010

Un marché

On a déjà beaucoup parlé, la semaine dernière, de cette controverse à propos des burgers halal. Que ce soit à Roubaix, à Argenteuil ou dans les quelques autres villes de France concernées, ces restos Quick «muslim friendly», on va dire, marchent visiblement du tonnerre, a-t-on lu, vu et entendu en boucle dans les médias, ce week-end. Cela se confirme donc: il y a un marché pour ce créneau gastronomico-identitaire. Fin janvier déjà, l'une ou l'autre enquête d’opinion réalisée par l’institut Ifop avait mis le doigt sur l’engouement de la communauté musulmane de France pour ce type de produits.

 

A en croire Ifop, 59% des personnes issues de familles musulmanes achètent systématiquement de la viande halal. 28% en consomment la plupart du temps ou de temps en temps, et seulement 12% n’ont jamais recours à ces produits. Le succès des produits halal ne concerne pas que la viande: 40% des musulmans consommateurs de cette dernière achètent aussi des plats cuisinés (frais, en conserve ou surgelés), des desserts, des chocolats ou des bonbons halal. Avec une population musulmane française évaluée à quelque 5 millions d’âmes, cela fait au bas mot un marché de plus de 3 millions d’acheteurs et de consommateurs.

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L’achat de viande halal «est très étroitement corrélé à la pratique religieuse». Ainsi, 91% des musulmans fréquentant une mosquée consomment halal. Mais 44% des musulmans non-pratiquants en consommant également, ce qui montre qu’il s’agit d’«une consommation identitaire et pas seulement religieuse». L’Ifop note encore que, «si les consommateurs réguliers de viande halal représentent 71% des membres de la première génération» issue de l’immigration, «cette proportion chute significativement dès la seconde génération (51%)». En clair, «plus on est jeune, moins on consomme halal: l’achat systématique de viande halal diminue quand on descend la pyramide des âges, même si elle est encore légèrement majoritaire chez les plus jeunes».

 

Conclusion: si en France il y a inconstestablement un marché halal sur lequel le business peut espérer prospérer, une part de ce marché ne doit pas moins être conquise et développée par les industriels de l’agroalimentaire, s’ils veulent que ce secteur reste florissant à l’avenir. Il ne faut évidemment pas chercher autre part les raisons de l’initiative à l’attention de la communauté musulmane lancée par Quick, enseigne très populaire chez les jeunes comme chacun sait. Ce n’est ni de la philanthropie et encore moins de l’islamophilie. C’est du business, de l’investissement en somme.

19/02/2010

Une contagion

On en avait parlé ici dès mardi: de cette expérimentation de fast-food halal à destination de la communauté musulmane. Et, il a bien fallu le constater: ce fut la controverse de la semaine en France. L’indignation de Marine Le Pen, en effet, a fait contagion un peu partout: dans les partis démocratiques, de droite comme de gauche, sous la plume des éditorialistes, etc. De toutes parts, ces derniers jours, on n’a entendu que les mots «communautarisme», «clientélisme marketing», «grave dérive», «impôt islamique», «indignation», «inadmissible», etc.

 

Cette pittoresque affaire de burgers à la dinde fumée et non au bacon pourrait même avoir des prolongements judiciaires. En effet, le maire (socialiste) de Roubaix, une des villes concernées par cette expérimentation culinaire, envisage de saisir les tribunaux pour pratique commerciale discriminatoire. Car, selon l’argument-massue de la semaine: serait gravement discriminatoire le fait pour les clients non-musulmans de ces restaurants de n'avoir d'autre choix que d’y manger halal. C’est d’ailleurs ce même argument qui a fondé la saisine par cet élu de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde), qui est donc invitée à se prononcer la question.

 

Face à ce tumulte qu’il a jugé complètement disproportionné, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) a fait deux réflexions. Un : «des restaurants qui ne servent que du halal ou que du casher, ça existe depuis toujours» dans l’Hexagone. Deux: «il y a beaucoup de restaurants qui ne proposent pas de nourriture halal, et les musulmans ne crient pas pour autant à la discrimination». Cela semble le bon sens même. Pas sûr, cependant, que cela suffira à apaiser la polémique.

18/02/2010

Une biodiversité

TramwayT3Paris.jpgAujourd’hui, un sujet infiniment plus léger que les jours précédents – cela fait du bien, parfois. Et qui concerne aussi plus directement la vie quotidienne à Paris. Lundi, la mairie va présenter son programme d’actions dans le cadre de «2010, année mondiale de la biodiversité». Il y sera notamment question de dresser des inventaires de la faune et de la flore de la capitale, un recensement qui associera habitants, chercheurs en écologie urbaine et associations naturalistes. Parlant de biodiversité, dans la capitale française elle se cache parfois aux endroits les plus inattendus. Témoin, le (petit) projet, bucolique à souhait, qui pourrait voir le jour… sur les voies du tramway.

 

Cela concerne plus précisément le tramway T3 – la ligne qui, à terme, ambitionne de faire le tour de Paris (voir la carte ici). Dans le cadre des (gros) travaux en cours () pour sa prolongation jusqu’à la porte de la Chapelle, la RATP et la mairie songent à une innovation à la fois odorante et délicieuse. Il s’agirait de remplacer le tapis de gazon qui végétalise habituellement les voies de tram et leurs abords par une autre espèce: le thym. En effet, par rapport à la pelouse, cette charmante plante méditerranéenne aurait l’avantage de nécessiter moins d’arrosages et de tontes à l’année. Et, dans sa modeste mesure, la plantation de cette espèce végétale à cet improbable endroit contribuerait à la biodiversité dans la capitale, assurent les spécialistes.

 

Cette plante aromatique, en tout cas, a réussi les tests que, depuis le printemps 2008, la RATP a fait passer à différents tapis végétalisés susceptibles d'équiper les tramways. Mieux que le romarin, le serpolet, la bruyère ou d’autres plantes vicaces, le thym a montré son «adaptation aux conditions d’exploitation du tramway». Pour ceux que cela intéresse, c’est plus particulièrement une sous-variété de thym, le thym dit laineux, qui aurait la cote auprès des techniciens de la société de transports parisienne. Qui, lors de ces tests, ont noté également les performances d’une deuxième plante vicace: la matricaria tchihatchewii – si, comme nous, vous n’avez pas la moindre idée de ce à quoi cela peut ressembler, coup d'oeil ici

 

Des senteurs de thym, donc des airs de Midi carrément, dans les environnements aussi gris, pollués et bétonnés que sont les portes d’Ivry, de Bagnolet ou d’Aubervilliers. Cela fait (un peu) rêver.

17/02/2010

Un dégât collatéral

Pénible, la journée d’hier. Pénibles, les témoignages insoutenables de ces victimes des essais nucléaires français, qui attendent réparation depuis parfois trente ans et qui, soudainement, réapparaissaient hier dans les médias. A la faveur de la publication d’un rapport renforçant la thèse selon laquelle, à l’époque, ils ont sciemment été utilisés comme des cobayes par l’armée – si vous n’avez pas suivi cela, lire ici. Pénible de voir à la télé, sur les sites web d’infos ou en photos dans les journaux, ces irradiés aux visages à jamais défigurés. Pénible, la liste interminable de leurs maladies radio-induites, comme on dit: des affections dont rien que les noms font peur. Pénible, le calvaire qui fut celui des soutiers du nucléaire français et le si long délai qu’il a fallu à ce pays pour reconnaître ses torts envers eux. Et encore hier, le ministre de la Défense, du bout des lèvres, n’admettait-il que «des erreurs», dues au contexte de l’époque. On n’aurait pas trouvé déplacé d'entendre prononcés les mots excuses, regrets ou pardon.

 

Hier, en bossant sur ce dossier pour le journal, on est retombé, dans le fin fond de notre documentation, sur le compte-rendu d’un rapport parlementaire consacré à ces irradiés du nucléaire, rapport qui avait été publié en janvier 2002. Signé par des députés de droite comme de gauche, il concluait à un impact «dérisoire» des ces essais sur la santé des populations exposées ainsi que sur l’environnement des zones concernées. «Ces essais ne se sont pas réalisés sans altérer l’environnement des sites utilisés et sans prendre des risques humains», reconnaissaient ces parlementaires, mais «on peut considérer que ces effets ont été limités». Et, en tout état de cause, leurs incidences ont été «dérisoires» comparées à celles des essais américains et soviétiques.

 

Ce rapport parlementaire entretenait donc la fiction d’un nucléaire militaire français propre. Donnait l’impression que cette histoire d'irradiés n'était finalement qu'un dégât collatéral humain inévitable, et somme toute acceptable. Le prix à payer pour, dixit le ministre Hervé Morin, avec un lyrisme pénible, hier matin, «une magnifique épopée, symbole de la constance d’une nation à vouloir acquérir les moyens de sa propre souveraineté».

 

En voyant hier à la télé ces vétérans aux visages martyrisés, en les entendant à la radio raconter, si dignement, leurs souffrances, on se demandait ce que pensaient au même moment, si eux aussi suivaient cette actualité, tous ces parlementaires qui, en 2002, avaient conclu à l’impact sanitaire «dérisoire» de ces essais. Etaient-ils fiers d’eux ? Ou avaient-ils un peu honte?

16/02/2010

Une expérimentation

Hamburger.jpgQuick France l’a confirmé hier après-midi: la société de restauration rapide mène actuellement une «expérimentation» dans quelques-uns de ses restaurants. Cette innovation consiste à servir à leurs clients de la viande halal (à savoir, de la viande provenant d'animaux abattus selon le rite islamique). Une dizaine des quelque 450 établissements de cette enseigne dans l’Hexagone sont concernés, situés en banlieue parisienne, marseillaise, lyonnaise, toulousaine ou dans le Nord. Ce week-end déjà, cette expérimentation avait donné lieu à un fameux coup de colère à la télé.

 

C’était dimanche midi, sur Canal. Et c’était assez spectaculaire. Débit saccadé, mâchoires crispées, regard d’acier: Marine Le Pen éructait contre cette expérimentation. «Ceux qui ne veulent pas manger halal n'auront même pas le choix! C’est inadmissible!», tempétait la fille du patron du Front national. Selon qui cela illustrait bien l’ignominieuse avancée du «communautarisme» et de «l’islamisation» en France.

  

En la voyant s’agiter à la télé, on avait vraiment du mal à partager son indignation. Du mal à s’apitoyer sur le sort de ces malheureux carnivores amateurs de Quick qui, même s’ils sont non-musulmans, devront, dans ces quelques restaurants concernés, manger des hamburgers à base de dinde fumée et non de porc ou de bacon. Etait-ce donc si grave? Leur identité de non-musulman était-elle profondément outragée par cette consommation occasionnelle de viande halal? N’est-il pas plus intéressant de se demander pourquoi en France, pays abritant la plus grande communauté musulmane d’Europe, il a fallu attendre 2010 avant qu’une chaîne de fast-food élargisse la gamme de ses menus de manière à ce qu’ils soient accessibles aux consommateurs de toute confession religieuse?

 

Quick avance des raisons logistiques pour expliquer le fait que, dans ses quelques restaurants expérimentant la viande halal, on ne proposera plus de viande non-halal aux clients: il serait difficile de faire se cohabiter ces deux types de viande dans les mêmes cuisines. On n’a jamais travaillé dans un fast-food, donc on n’est pas spécialiste de leurs cuisines, mais, à première vue, l’argument ne nous semble pas complètement absurde.

 

De manière plus générale, en écoutant la tirade de Marine Le Pen, on se disait que, décidément, devenait fatigante cette phobie rabique anti-communautariste régnant en France. Ce républicanisme sourcilleux qui présente comme d’office illégitime, culpabilise voire condamne carrément tout sentiment d’appartenance à une communauté. Nous, on a toujours vu les choses de manière beaucoup moins crispée: ne peut-on donc se sentir une affinité avec tel ou tel groupe particulier et, en même temps, se sentir parfaitement intégré dans la majorité et se sentir solidaire du plus grand nombre?

 

A Paris, on a toujours vécu dans des quartiers où se croisent des tas de communautés et donc autant d’habitudes alimentaires répondant parfois à des prescrits religieux, prescrits dont on ne s’est jamais le moins du monde formalisé. Quand, au supermarché du coin, tel aliment classique vient à manquer et qu’on doit se rabattre sur sa version kasher, on ne se sent pas insulté dans notre identité: on prend cela pour une découverte culinaire sympa. Quand, dans les rues animées des quartiers Bastille ou Oberkampf, on voit de plus en plus de petits restos populaires (kebabs, etc.), très fréquentés par la jeunesse issue de l’immigration, s’afficher halal dès leur porte d’entrée, on s'en réjouit même si on n'est pas musulman, car on trouve cela accueillant. En fait, que l’on mange halal, kasher ou classique, on s’en fiche, pourvu que ce soit sain et appétissant.

 

Mais sans doute est-on, politiquement et culturellement, plus décontracté que Marine Le Pen.

15/02/2010

Un malaise

Ce lundi, un peu de choses vues ce week-end, dans le métro de Paris. A la station ‘Richard Lenoir’ plus précisément, dans notre onzième arrondissement. Station qui,  comme tant d’autres à Paris, tout au long de l’année mais encore plus spécialement l’hiver, accueille, si l’on peut dire, nombre de SDF. L’autre soir encore, ils étaient là: parlant fort, buvant, fumant. D’habitude, avec les voyageurs, cela se passe plutôt bien. Ou, plutôt, cela ne se passe pas: deux populations qui ont pris l’habitude de se croiser sans se regarder, chacun poursuivant sa journée. Parfois, toutefois, ça dérape.

 

Ainsi, l’autre soir donc, une dame entre deux âges, à première vue même pas l’air trop agitée, part en vrille dès qu’elle arrive sur le quai et tombe sur l’attroupement de miséreux. «Pfff, on est vraiment envahis par les cas sociaux!», hurle-t-elle à la cantonade. Stupéfaction des gens. Qui font semblant de ne pas avoir entendu, détournent le regard, s’éloignent de quelques pas, se plongent encore plus profondément dans leur lecture ou augmentent le son de leur baladeur. Le métro tardant à arriver, il y a de plus en plus de monde sur le quai. «Non mais, regardez ça!», poursuit la dame. «Cette pourriture qui envahit les stations de métro! Des assistés! Toute leur vie!» Gros malaise dans la foule. Petits sourires embarrassés. Les SDF, eux, se marrent: ils n’ont pas trop l’air de comprendre le français, et trouvent manifestement assez cocasse cette petite dame qui s’agite en pointant du doigt vers eux. «Pourriture, oui! Pourriture!»

 

Le métro arrive enfin. Les voyageurs s’y engouffrent, l’air soulagé que la soirée puisse tranquillement continuer, que ce pénible incident soit terminé. Les portes se referment. La petite dame énervée a disparu dans la foule de l’heure de pointe agglutinée dans la rame. Le métro démarre. Toujours avachis sur le quai, les SDF ne lui lancent même pas un regard. Et continuent de brailler, comme s’il ne s’était rien passé.

12/02/2010

Une alternative

neigeàparis.jpgFin d’une semaine en blanc. On n’a pas eu beaucoup de temps pour profiter du spectacle de Paris sous la neige, mais, d’après ce qu’on en a vu, c’était une fois de plus ravissant.

 

Tiens, au fond, il y a presque deux mois (relire ici), lors d’un des derniers épisodes neigeux qu’on a connus ici, on avait soulevé le problème environnemental posé par les épandages de sel sur la voie publique. Ce sel, en effet, dégrade les propriétés des sols et empoisonne la végétation par ses racines. Cela peut paraître anecdotique comme souci, mais, quand on sait qu’en cas d’hiver neigeux, une ville comme Paris est amenée à déverser plus d’un millier de tonnes de sel pour rendre ses rues et trottoirs praticables, ce n’est tout de même pas si futile.

 

A l’époque, on avait posé la question à la mairie: ce qu’elle pensait du problème, s’il avait déjà été évoqué, les alternatives qui étaient éventuellement étudiées en la matière, etc. «On vous rappelle», s’était-on entendu répondre. On attend toujours le coup de fil. Passons: c’est habituel. Depuis, a-t-on appris, le sujet n’en a pas moins été officiellement évoqué. C’était lors d’un récent conseil municipal. A l’initiative des Verts, les élus ont adopté un vœu par lequel la ville s’engage à mettre à l’étude une solution de déneigement plus écologique que le sel: l’utilisation de… copeaux de bois. Cette alternative, paraît-il, est déjà utilisée avec succès par plusieurs grandes villes en Suisse.

 

A la radio l’autre jour – comme quoi, on parle pas mal du sujet en ce moment –,on entendait même que, pour remplacer ce sel de déneigement si agressif pour l’environnement, on pouvait très bien utiliser… du sucre. En entendant cela, on s’est demandé si cela ne rendrait tout de même pas les rues et trottoirs de la capitale un peu collants aux chaussures. Mais si c’est la première étape à franchir pour en arriver in fine à une ville l'hiver recouverte de sirop, de caramel ou de chocolat, on est prêt à tenter l’expérience.

11/02/2010

Un recrutement

Hier midi, deux heures à peine après avoir terminé la rédaction de la note à propos de ce jeune soldat français tué en Afghanistan, on prenait le métro et, sur le quai, on tombait nez à nez sur une affiche de la grande campagne de recrutement lancée cette semaine par … l’armée de terre. Qui cherche à embaucher 15.000 nouvelles recrues, désireuses de se lancer dans ce qui est «bien plus qu’un métier». D’où, première question que l’on s’est posée en tombant sur cette campagne s’adressant aux jeunes: à l’annonce hier de la mort de ce soldat âgé de 20 ans, certains hauts gradés ont-ils, en leur for intérieur, pesté contre cette fâcheuse coïncidence de l’actualité, qui pourrait dissuader nombre de candidats à s'enrôler?

 

Puis, pas mal de questions en observant l’affiche, qui développe une bien curieuse argumentation. Les slogans utilisés – imaginés pourtant par une grosse boîte de pub: TBWA – ont de quoi interpeller.

 

Le slogan principal, d’abord : «Devenez vous-même» (au passage, le trait d’union a été oublié sur les affiches). L’armée est-elle donc le seul endroit où l’on peut se réaliser, être soi-même? Les slogans annexes, ensuite. «Pour vous, c’est quoi la confiance?» Et quoi? C’est valable uniquement dans la vie militaire, la confiance? Ou «Depuis quand vous ne vous êtes pas dépassé?» L’armée ignore-t-elle que, dans la vie civile et particulièrement en cette période de crise, difficile pour nombre de Français, les gens doivent chaque jour se dépasser pour tenir le coup? Idem pour le «Vous faites comment pour qu’ils vous suivent?» Faut-il spécialement être militaire pour faire preuve de leadership et de force de persuasion?

 

Une des règles de base de la com’: tout message, a fortiori quand il est faiblard sur la forme, doit, pour bien passer, multiplier le nombre et la variété des supports sur lesquels il est décliné. Cela, visiblement, les généraux français l’ont compris.

 

Pour preuve, outre le nombre considérable d’affiches qui ont été placardées en grand format dans le métro de Paris –à première vue, elles sont présentes dans chacune des stations, –, cette campagne de recrutement dispose d’un site internet dédié ainsi que d’un numéro d’appel qui lui est spécialement consacré. Les candidats-soldats peuvent même recevoir des infos sur ce recrutement en envoyant un SMS à l’armée. Fin du fin, ont découvert récemment des confrères français (lire ici), le service de com’ de la Grande muette (SIRPA) s’est payé des «incrustations» des visuels de sa campagne dans… des jeux vidéo en ligne. Jeux dont, on le sait, les jeunes sont friands.

 

L’armée a toutefois eu la délicatesse de ne pas faire sa promo dans des jeux vidéos ultra-violents ni dans des jeux de guerre.

10/02/2010

Un âge

soldatfrançais.jpgHier en quittant le boulot, on avait prévu de parler de tout à fait autre chose dans ce blog, ce matin. Et puis, quelques heures plus tard, en écoutant une dernière fois les actus à la radio avant de sombrer dans le sommeil, on a appris une nouvelle qui, ce matin encore, au réveil, occupait notre esprit. Comme on pouvait difficilement se concentrer sur autre chose, on s’est dit qu’on allait traiter de cela aujourd’hui ici, même si c’est assez loin de Paris. Cette nouvelle, elle concernait l’âge du soldat français qui, a-t-il été annoncé hier, a trouvé la mort en Afghanistan. Ce quarantième soldat français tué dans ce pays depuis que Paris y a déployé ses forces avait… 20 ans.

 

20 ans. Sans doute n’y a-t-il pas d’âge idéal pour mourir. Probablement ne faut-il pas réduire à ce genre de détail le débat sur l’engagement militaire français en Afghanistan, autrement plus complexe. Mais tout de même. 20 ans! Avec toutes ces années de journalisme, on est devenu plutôt blindé par rapport au côté tragique de certaines actualités. Mais là, en entendant ce détail hier avant de s’endormir, on était tout retourné.

 

Au point qu’au réveil ce matin, on voulait ne serait-ce que connaître le nom et le visage de ce jeune homme, dont on savait juste qu’il appartenait au bataillon de chasseurs alpins de Chambéry. Mais, s’est-on alors rendu compte, ni le communiqué de l’Elysée,  ni celui du ministre de la Défense diffusés hier ne le précisaient. Sont-ce donc des détails humains sur lesquels, vis-à-vis de l’opinion, il n’est pas bon, pour les autorités, de s’étendre?

 

Ce n’est pas davantage dans la presse écrite qu’on a trouvé l’information. Rien dans «Libé» ce matin à propos de ce décès. Quelques lignes anodines dans «Le Figaro». Quant au «Parisien», on n’a même pas voulu l’acheter au kiosque ce matin. Après avoir vu sa Une («Marre de cet hiver!») qui, par rapport à cette actualité dramatique, nous semblait tellement anodine, décalée, débile. Finalement, c’est sur sur un blog spécialisé qu’on a trouvé le visage du jeune homme ainsi que son nom. Il s’appelait Enguerrand Libaert. Il était «enthousiaste, agréable à commander, unanimement apprécié de ses camarades», précise le confrère. Et est donc décédé à l’âge de 20 ans.

 

Hier, Nicolas Sarkozy a rendu hommage à ce soldat, qui «a payé de sa vie l’engagement de la France au service de la paix et de la sécurité du peuple afghan». D’après le dernier sondage en date, conforme à tous les précédents consacrés à ce sujet ces dernières années, une nette majorité de Français (56%) réclame que leurs soldats quittent l’Afghanistan. Et 85% des sondés jugent que la situation dans ce pays est en train de se détériorer.

09/02/2010

Un détachement

Un fait divers atroce dont s’emparent les médias. Une victime ou sa famille reçues dans les plus brefs délais à l’Elysée. Un entretien compassionnel et médiatisé avec le Président et ses conseillers. Puis l’annonce d’une loi ou d’une énième modification du Code pénal pour, assure-t-on, résoudre les problèmes sociétaux mis en avant par ce fait divers. C’est, en gros, ce qui est reproché continuellement par l’opposition et les associations à la majorité. Majorité qui, en ce qui concerne sa politique sécuritaire, sur-réagirait exagérément à l’actualité. Accumulerait les lois de circonstance sans recul ni  vision de fond et sans se donner les moyens. Bref, gérerait l’agenda législatif en fonction de l’émoi médiatique du moment. On va à nouveau n’entendre que cette critique à partir de ce mardi. Jour où débute au Parlement le débat sur le dernier renforcement en date de l’arsenal répressif (couvre-feu pour les mineurs, durcissement des peines frappant les agresseurs de personnes âgées, etc.).

 

Non, vraiment, ce reproche fait à Nicolas Sarkozy est totalement infondé. Il relève de la mauvaise foi la plus crasse. En effet, il est des faits divers atroces vis-à-vis desquels les autorités montrent le plus parfait détachement. On en a encore eu l’illustration cette semaine, en banlieue de Paris.

 

On l’a appris hier matin. Cela s’est passé la veille près d’Orly. Un petit garçon âgé de trois ans, prénommé Stephan, est mort à la suite de l’incendie qui a ravagé plusieurs cabanons de fortune du campement de Roms insalubre où lui et sa famille croupissaient depuis plus d’un an. Sa petite soeur, Francesca, grièvement brûlée au visage, lutte en ce moment contre la mort aux urgences de l'hôpital Trousseau. Les parents des deux enfants sont également hospitalisés. En mai dernier déjà (relire ici), toujours en banlieue de Paris (c’était alors à Bobigny), un enfant Rom âgé de dix ans avait perdu la vie, lui aussi dans un incendie. Les flammes avaient ravagé le hangar pouilleux où une centaine de gens du voyage s’étaient réfugiés après avoir été expulsés de toutes parts par les municipalités environnantes. Dans un communiqué hier, le collectif Romeurope s’est ému de «l'horreur qui s'est installée, et un chagrin immense», dans la communauté des gens du voyage. Et s’est demandé «comment, malgré ces drames réguliers, les pouvoirs publics continuent d'expulser ces familles sans les reloger, les maintenant dans une précarité dangereuse et indigne».

 

En quelques mois, deux enfants morts carbonisés dans des bidonvilles situés aux portes de Paris. Voilà bien des faits divers atroces. Pour autant, les proches de ces gosses ont-ils été reçus à l’Elysée? Non. Au plus haut niveau de l’Etat, a-t-on envisagé de tancer les communes ne respectant pas leur obligation de mettre des aires d’accueil dignes et sécurisées à disposition des gens du voyage? Non. La mort de ces deux enfants a-t-elle entraîné une modification en urgence du Code pénal ou des lois relatives au mal-logement? Non. Par rapport à cette actualité-ci, en tout cas, les autorités prennent manifestement beaucoup de recul avant de communiquer et de réagir. Alors, franchement, de quoi se plaint-on?

 

 

PS: Quelques heures après la rédaction de cette note, tombe une dépêche: Mort d'un second enfant après l'incendie d'un camp rom à Orly PARIS (AP) 15:20 Une fillette d'un an grièvement brûlée dimanche dans l'incendie d'une caravane dans un camp de Roms à Orly (Val-de-Marne) est décédée mardi matin à l'hôpital, a-t-on appris de sources policière et judiciaire. Son frère de trois ans avait pour sa part péri peu après le drame.

On attend toujours la réaction de l'Elysée.

 

08/02/2010

Un anonymat

passnavigo.jpgVeiller au «respect du droit d'aller et de venir librement et anonymement» dans les transports publics de Paris. On en avait déjà parlé dans ce blog (relire ici). Lorsque, à la mi-2008, la généralisation du pass «Navigo» avait fait craindre à certaines associations d’usagers que se mette en place le «traçage systématique» de leurs déplacements. Cet abonnement, en effet, contient une puce électronique qui permet de savoir quel pass a été validé dans quelle station de métro, quel jour et à quelle heure. Le «gendarme de l’informatique» en France, la CNIL, vient de revenir sur le sujet. Et, dans son avis, il sermonne (un peu) les sociétés de transports.

 

Et pour cause. Un testing a été effectué par la CNIL pour savoir dans quelles conditions les usagers avaient accès au «Navigo Découverte»: la version du pass qui, elle, est anonyme et qui ne permet donc pas le traçage de ses détenteurs. En 2008, en effet, un testing similaire avait «démontré que les modalités d'information et d'obtention (de ce pass) étaient médiocres, et donc dissuasives». Depuis, les choses se sont un peu améliorées. Ainsi, dans tous les points de vente et d'information de la RATP testés par la CNIL, cet abonnement anonymisé était disponible. «C’est un progrès», se réjouit-elle. Mais «si la diffusion de ces pass s'est améliorée, ils restent peu attractifs pour le plus grand nombre, en raison de la politique commerciale choisie». Car ces abonnements, contrairement à la Navigo classique, ne permettent pas de bénéficier des tarifs réduits ou sociaux. Ils ne peuvent pas non plus être remplacés gratuitement en cas de perte ou de vol. «Le discours commercial tend à dissuader les usagers d'opter pour ce pass anonyme», déplore l’autorité de contrôle. Qui demande donc aux sociétés de transport parisiennes de faire encore un effort en la matière.

 

La RATP a toujours démenti procéder, à l’aide de ces pass Navigo, au «flicage» de ses clients. Elle s’est même engagée à rester «très vigilante sur ce sujet». L’enregistrement des trajets des voyageurs, assure-t-elle, est anonymisé et sert uniquement «à réaliser des statistiques de trafic».

 

Des statistiques, donc. Elles doivent être bigrement importantes, pour que la RATP rechigne à ce point à faire bénéficier de l’anonymat ses voyageurs opposés à ce que leurs déplacements quotidiens soient tracés.

05/02/2010

Un concours

Un peu de culture, et en l’occurrence de langue française, pour bien terminer la semaine. C’est la dernière initiative linguistique en date du gouvernement. Elle traite d'un sujet qui ne fait sans doute pas partie des priorités majeures des Français en ce moment, mais enfin, bon, relayons.

 

Le secrétariat d’Etat à la Francophonie a lancé un concours destiné à récompenser les cinq meilleures traductions françaises qui seront proposées aux mots anglais suivants: chat, talk, tuning, buzz et newsletter. Justification du quai d’Orsay, via son porte-parole cette semaine: «Le Français est, avec l'Anglais, la seule langue parlée sur les cinq continents. Cette universalité est un gage de dynamisme et de vivacité. Il est donc essentiel que les centaines de milliers de locuteurs français puissent nourrir le grand laboratoire francophone de leurs innovations linguistiques».

 

Pourquoi pas. Encore que, au-delà de la dimension symbolique de la chose, l’utilité pratique, concrète et quotidienne de la traduction des anglicismes en français n’est pas flagrante. Ce n’est pas parce que la France a (joliment) rebaptisé les spams en pourriels que les messageries électroniques de ses citoyens sont moins envahies par les messages indésirables.

 

Surtout, si le gouvernement français trouve utile la chasse aux anglicismes, pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Il aurait pu s’attaquer à une kyrielle d’autres anglicismes que les seuls cinq mots sélectionnés. Dans «Le Monde» d’hier soir, le chroniqueur Robert Solé résumait cela à merveille. «La jeunesse de France saura-t-elle relever ce challenge? Mieux vaut se réunir à quelques-uns pour former un petit think thank, en spamant les mots inadéquats. On établira ensuite une short list, de laquelle émergera naturellement the word. Il faudra l'e-mailer de manière concise (un twitt suffira) aux e-responsables du site indiqué (consulter la homepage) qui la forwarderont au e-jury. Nous comptons, bien sûr, sur celui-ci pour nous donner un feed-back de l'opération. Laquelle, on l'aura compris, n'a d'autre but que de booster le vocabulaire et d'upgrader la langue de Molière».

04/02/2010

Une accélération

jardinlalanne.jpgCe sera le projet urbanistique de la décennie, à Paris: le réaménagement du Forum des Halles – si vous avez raté des épisodes et voulez voir le projet, c’est ici. Le chantier, pharaonique (760 millions d’euros, dont 500 à charge de la Ville), ne sera achevé qu'en 2016. Mais, dorénavant, on décompte les jours avant son démarrage, prévu dès ce mois de mars. Ces dernières semaines, les choses se sont même accélérées.

 

Fin janvier, s’est achevée l’enquête publique relative à la nouvelle gare prévue en sous-sol, destinée à remplacer la gare actuelle des Halles – une des plus grandes d’Europe: 800.000 usagers chaque jour. Peu auparavant, la commission d'experts en charge des cinq enquêtes publiques concernées à lui seul par ce projet colossal avait remis un avis globalement favorable à la Préfecture de Paris. Ce jeudi soir, enfin, les autorités tenteront de faire sauter l’un des derniers verrous: l’opposition de riverains (ici, par exemple) au réaménagement du Jardin Lalanne. Depuis près de trente ans, cet espace vert très fréquenté jouxte le Forum. Nombre de gens du quartier y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Ces derniers mois, ils ont multiplié les manifestations et interpellations d’élus à son sujet. La réunion de ce soir pourrait donc bien être houleuse.

 

lesfuturesHalles.jpgA supposer que le maire Bertrand Delanoë, ses urbanistes et les architectes du projet emportent l’adhésion des riverains, leur restera encore à calmer d’autres riverains mécontents, ou en tout cas assez inquiets: les exploitants des 380 commerces que compte l’actuel Forum. Commerçants qui, eux aussi, l’échéance du début du chantier s’accélérant, commencent un peu à s’agiter.

 

Et pour cause. A l’origine, il était prévu de procéder graduellement au lifting du centre commercial, de manière à ne pas devoir y fermer la moindre boutique pendant le chantier. Mais les architectes ont fini par découvrir que la structure du Forum devrait être consolidée pour pouvoir accueillir «la Canopée»: le nom donné à l’immense et donc très lourd toit de verre qui, culminant à 14,5 mètres de hauteur, recouvrira la galerie et la gare RER rénovées.

 

Au minimum, onze des piliers colossaux soutenant le Forum devront être renforcés. Comme ces piliers passent tous dans des magasins – et y compris en plein milieu de la FNAC des Halles, la plus grande de France –, autorités, architectes et techniciens s’avancent moins, désormais, sur la faisabilité de maintenir ouverts tous les commerces du Forum pendant la totalité des travaux.

 

lesfuturesHalles2.jpgLes commerçants n’en demandaient pas tant, eux qui craignaient déjà la désertification de la galerie pendant cet interminable chantier, vu les embarras de circulation qu’il ne manquera pas de causer – dans un quartier dont les abords, déjà, ne sont pas rarement embouteillés. A Paris, en tout cas, c’est sûr, on n’a pas fini de parler de cet énorme chantier.

03/02/2010

Une ingéniosité

Incroyable, ce dont l’inventivité humaine est capable. En région parisienne, on vient cette semaine d’en avoir une double illustration. Dans le domaine de l’environnement, et plus particulièrement du reyclage et de la réutilisation des déchets.

 

La première innovation concerne Paris. Et consistera à nettoyer les rues grâce à … de l’huile usagée. Les «laveuses» –  ces petits engins verts qui, ici, nettoient l’espace public – rouleront à l’aide d’un carburant constitué d’huiles de friture usagées, récoltées dans les restaurants notamment. En effet, «après décantation et filtration à 1 micron», ces huiles peuvent servir de base à des bio-carburants, moins émetteurs de gaz à effet de serre que les carburants conventionnels. Au début de l’expérimentation , seules une demi-douzaine de «laveuses» seront concernées. Mais à terme, si l’expérience est concluante, seront alimentés de la sorte le demi-millier de véhicules de ce type utilisés à Paris.

 

La deuxième innovation annoncée cette semaine concerne une commune jouxtant Paris: Levallois. Là, dès la mi-février, on va chauffer la piscine municipale grâce… aux égouts. La chaleur des eaux usées (provenant des douches ou bains, des lave-vaisselle ou lave-linge, etc.) rejetées par les habitants sera récupérée par un savant système de pompes, puis permettra de maintenir à 28 degrés la température du bassin municipal. Ce procédé, baptisé «Degrés bleus», diminuera d’un quart la consommation et donc la facture énergétique de la ville consacrée au chauffage de sa piscine.

 

Alors, c’est clair, ces deux innovations ne changeront pas fondamentalement la vie des habitants concernés, ni ne résoudront tous les problèmes environnementaux se posant dans ces municipalités. Et elles sont très locales. Mais elles sont exemplatives d’une démarche ingénieuse qu’à l’avenir, de plus en plus de villes et de communes, en  France comme ailleurs, pourraient ou auraient intérêt à adopter.

02/02/2010

Un enfer

Puisqu’on parlait d’aviation hier – mais, cette fois , dans un registre bien plus tragique – : ce matin, s’ouvre le procès du crash du Concorde.  Sur les lieux du drame, à Gonesse (banlieue parisienne), les cicatrices ne se sont pas encore refermées.

 

Témoin, l’émoi qui, la semaine dernière, a saisi des familles des 113 victimes de la catastrophe, alors qu’était mis aux enchères le terrain où se trouvait l’hôtel sur lequel, en juillet 2000, s’était écrasé le Concorde. La mise à prix du site avait été fixée à 100.000 euros. Les victimes du drame ne décolèraient pas, elles qui veulent la sanctuarisation de ce lieu où a été érigée une stèle commémorative. Sans doute donc se sont-elles satisfaites de l’échec de cette vente aux enchères. Aucun repreneur n’a pu être trouvé pour ce terrain, car aucun candidat-acquéreur ne s’est déclaré.

 

L’échec de cette vente n'est-il que purement fortuit et passager? Dû à la coïncidence avec l'actualité judiciaire de ce matin? Ou, au contraire, la tragique destinée de ce lopin de terre de la banlieue parisienne empêchera-t-elle à jamais sa reconversion? Un jour, et si oui dans combien de temps, une entreprise, un commerce, un promoteur immobilier ou un particulier rebâtira-t-il sur ce site sinistré? Le cas échéant, serait-ce, pour ce quartier, pour ce pays, pour le monde de l'aéronautique, utilement tourner la page, de manière à pouvoir aller de l’avant? Ou, à l’inverse, ce site doit-il rester vierge à jamais, car le réaffecter serait oublier et donc souiller le passé?

 

Un détail encore, entendu ce matin au saut du lit, sur une radio. Un détail qui dit peut-être bien l’enfer que fut le 25 juillet 2000 à cet endroit. Cela concerne toujours le site de Gonesse où le supersonique s’est écrasé. Le brasier fut d’une telle intensité que, sur des parcelles entières, près de dix ans plus tard, l’herbe n’a pas encore repoussé. 

01/02/2010

Un (sur)poids

airfrance.jpgEn ce premier jour de février, devait normalement entrer en vigueur la pénalité financière imaginée par Air France pour ses passagers en surpoids. Pour l'achat à partir de ce lundi d'un billet pour un vol effectué à partir du 1er avril 2010, un voyageur incapable, vu son obésité, de s'asseoir dans un seul siège, payerait, s’il voyage dans un avion rempli, en plus du prix complet pour le premier siège occupé, 75 % du prix d'un second siège, soit son prix total excepté les taxes et surcharges. L’annonce de cette innovation de poids, c’est le cas de le dire, avait créé un tel émoi que la compagnie aérienne française avait dû se corriger. Elle avait soutenu n’avoir jamais eu l’idée d’obliger «les passagers à forte corpulence», comme elle dit, de payer un second siège. Au contraire, avait-elle assuré, «la seule nouveauté que la compagnie propose à compter du 1er février est, en cabine économique, si celle-ci n’est pas complète, le remboursement du second siège que le passager à forte corpulence aurait choisi d’acheter».

 

«Aurait choisi d’acheter», donc. Aurait pu acheter, aurait dû acheter? Et quid si la cabine est complète? Dès la formulation même du communiqué d’Air France, les choses restent assez obscures. Et, dans cette affaire, la compagnie peut difficilement affirmer avoir été victime d’un procès d’intention. En effet, avant que la polémique éclate, son site internet avertissait clairement les passagers dont le tour de taille est supérieur à 135 cm qu'ils avaient obligation de réserver un second siège. Ajoutant noir sur blanc que «si le vol est complet et que vous n´avez pas réservé de second siège, l´accès à bord pourra vous être refusé, pour des raisons de sécurité, si votre corpulence ne vous permet pas de vous asseoir sur un seul siège». Quand la polémique avait éclaté, Air France avait discrètement et rapidement effacé cet avertissement de son site.

 

En tout cas, si la compagnie nationale française, visiblement toujours à la recherche du moindre euro de gagné, souhaite tirer profit des passagers un peu différents des autres, quitte au passage à les stigmatiser et discriminer, on peut lui proposer de faire payer davantage, à l'avenir, les femmes enceintes, les petits vieux affublés de béquilles ou de cannes prenant trop de place, ou les passagers incontinents utilisant davantage les toilettes de l'avion que les autres. A l’inverse, les passagers anorexiques seraient théoriquement en droit de lui réclamer de payer moins cher, puisqu’ils ne touchent pas à leur plateau repas.

 

En matière de lutte contre l’obésité, en tout cas, aux velléités punitives d’Air France, on trouve plus sympathique l’initiative préventive lancée ce même jour par la mairie de Paris. Il s’agit d’une vaste campagne de sensibilisation à l’obésité infantile, émaillée d’actions concrètes comme la distribution de fruits dans les écoles. Une campagne qui, du reste, n’est pas un luxe: dans la capitale française, un enfant sur six est considéré comme étant en surpoids.