23.03.2010
Une animation, ou l’autre
Refermons aujourd’hui cette séquence électorale – ce qu’on a fait ce midi, via un chat avec les lecteurs de «La Libre». Si cela vous intéresse et si vous n’avez pas encore eu votre dose de politique régionale hexagonale, c’est ici. Et reprenons notre chronique de la vie quotidienne à Paris. En redescendant dans le métro, qui, ces derniers jours, s’est doublement animé d’une manière inusitée. Comme quoi, un certain activisme n’est pas mort en France.
La première animation a eu lieu dimanche à la station Concorde. Pendant dix jours et jusqu’à demain, cette station, comme trois autres (Champs-Elysées, Saint-Lazare et Opéra), fait l’objet d’une campagne de pub d’Ikea. Qui, pour faire la promo de ses produits, a installé des canapés et fauteuils sur les quais de la station, en lieu et place des traditionnelles banquettes. Dimanche donc, une vingtaine d’artistes, d’étudiants et d’activistes prônant la «désobéissance» ont improvisé un «attentat chorégraphique» à Concorde. A un moment donné, ils se sont mis à danser au rythme des tambours autour de ces canapés. Pour dénoncer le fait que la RATP «déroule le tapis rouge pour les grandes entreprises» désireuses de faire leur pub dans le métro, mais, «en même temps, jette les pauvres dehors». En clair: «choisit le mobilier de ses stations pour empêcher les SDF de dormir dans le métro». Allusion à ces banquettes sur les quais où aiment s’allonger les miséreux, mais qui sont de plus en plus souvent remplacées par des sièges individuels ou affublées d’accoudoirs empêchant la position couchée. L’«attentat chorégraphique» de dimanche se voulait donc une dénonciation de l’«apologie du confort à l'endroit même où se réfugiaient ceux qui en sont privés».
Dans une autre station, Strasbourg-Saint-Denis, on est tombé fortuitement, l’autre soir, sur une autre animation. Dans les couloirs de cette station, un grand nombre de panneaux publicitaires lumineux s’étaient vu privés de leurs réclames habituelles. A leur place? Des affiches artisanales, peinturlurées de slogans décalés contre... le mercantilisme, le matracage publicitaire et/ou la politique du gouvernement. «A bas l’achat, vive les chats!» ou «Doublez votre profit, exigez une nouvelle planète!», a-t-on ainsi pu lire sur ces panneaux piratés. L’un d’eux avait même été rebaptisé «Zone d’intoxication cérébrale». Deux couloirs plus loin, était fustigé le fait que «L’Etat protège les banques, les riches et les entreprises. Et nous, dans tout cela?» On a vu aussi «Les femmes unies jamais ne seront vaincues».
On n’a jamais su si ces panneaux publicitaires si peu habituels étaient le résultat d’une opération activiste ou faisaient partie de la campagne électorale. Voire – avec les pubards, on ne sait jamais – s’ils cachaient en fait… une vraie campagne de pub, jouant sur le principe du teasing. On n’a pas poussé la conscience journalistique jusqu’à rester des heures dans les couloirs de cette station pour voir ce que devenaient ces affiches; on ne sait donc pas si elles ont ou non été très rapidement enlevées par les agents de la RATP.
Ce qu’on a eu le temps de voir, en revanche, c’est la tête tirée par les usagers du métro devant un de ces panneaux en particulier. En substance, il disait: «Moi, j’ai droit à la comparution immédiate et aux peines planchers. Pasqua et Chirac, eux, n’iront jamais en prison». Entre effarement, stupéfaction, colère, incrédulité ou jubilation: la tête des voyageurs qui, au hasard d’un couloir, tombaient sur cette affiche si peu respectueuse de l’ex-Président était assez drôle à observer.
15:59 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, métro, activisme, pauvreté, paris




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