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31/03/2010

Une trouvaille

tam-tam.jpgOn a entendu ce mot pendant toute la journée, hier. Et, définitivement, on l’adore. Ramdam. C’est donc un des termes récompensés mardi à l’issue du petit concours lancé le mois dernier par le quai d’Orsay, qu’on avait évoqué à l’époque (relire ici). Il consistait à trouver des «francomots» qui, un jour, qui sait, réussiraient à concurrencer des anglicismes, comme chacun sait si mondialisés aujourd’hui. Les résultats du concours ont été annoncés hier. Et c’est donc ramdam qui a été sélectionné pour (tenter de) remplacer un jour le terme buzz.

 

On est sceptique sur les autres termes lauréats (hormis tchatche pour chat, qu’on aime bien aussi), mais on trouve que ce ramdam, c’est une trouvaille.

 

Déjà, sa sonorité, qui rappelle un peu tam-tam, colle assez bien avec le tumulte souvent provoqué par le buzz. En plus, sa signification (tapage, vacarme: lit-on dans Le Robert), tout comme ses synonymes (barouf, boucan, chambard, raffut, etc.) cadrent eux aussi parfaitement avec l’émoi souvent surdimensionné provoqué par les nouvelles qui buzzent, sur la toile particulièrement. Linguistiquement, dès lors, et avant même de savoir s’il va ou non réussir à s’implanter dans le langage courant face à buzz, on trouve que c’est vraiment une excellente trouvaille, ce ramdam.

 

En plus, au risque de se voir accuser de tout mélanger, on trouve que ce serait pas mal, symboliquement, que ce mot issu de l’arabe parvienne à s’implanter dans la langue française. Réussisse à se faire une petite place dans la langue donc de ce pays qui, ces derniers mois, a tenu un débat souvent si crispé sur son identité nationale, débat qui n’a pas rarement frisé l’islamophobie. L’identité, si tant est qu’elle soit nationale, n’empêche ni l’ouverture, ni la reconnaissance des apports extérieurs. Et cela passe sans doute aussi par la langue. Qu’après d’autres emprunts arabes comme toubib, clebs, cador, azimut ou magasin, ramdam devienne un terme français d’usage courant, symboliquement, on trouve que ce serait pas mal en France, en ce moment. D’accord, politiquement, cela ne règlerait absolument rien. Mais, parfois, les symboles, cela ne fait pas de mal.

30/03/2010

Une vigilance

«Vigilante et mobilisée». Telle est l’attitude de la mairie de Paris face à la dernière mauvaise nouvelle en matière de santé concernant la région parisienne, qui est tombée en fin de campagne électorale et a donc été assez largement éclipsée par elle. On veut parler de la multiplication, ces dernières semaines, de cas de tuberculose dans la capitale ainsi que dans sa banlieue. Ce qui confirme que cette affection, dont on a déjà parlé dans ce blog (exemple ici ), est, comme le rappelle l’Hôtel de Ville, tout sauf «une maladie d'un autre temps ou un fléau de pays lointains». Pour preuve, elle frappe même et y compris en 2010 et au cœur de la capitale de la cinquième puissance économique mondiale.

 

Ainsi, ces dernières semaines à Paris, des cas de tuberculose ont été successivement diagnostiqués dans une école primaire du dix-huitième arrondissement et dans une crèche du dixième. Alors qu’en banlieue, elle a frappé un collège de Clichy sous Bois (nécessitant le dépistage de quelque 800 élèves, encadrants et professeurs), un lycée de Bobigny ainsi que la prison de Villepinte. Du coup, certains à l’UMP envisagent de rétablir la vaccination obligatoire pour les nourrissons et les populations à risques (migrants, précaires, SDF, détenus, etc.), vaccination qui, depuis 2007, n’est plus que fortement recommandée. A leurs yeux, ce retour du BCG obligatoire devrait en tout cas concerner les zones les plus concernées par la maladie: la Seine-Saint-Denis par exemple (banlieue Nord de Paris). C’est le département le plus touché en métropole ; on y recense proportionnellement plus de trois fois plus de cas de tuberculose que dans le reste du pays (32 cas pour 100 000 habitants, contre 9 pour 100 000).

 

La ministre de la Santé, néanmoins, interrogée l’autre jour sur le sujet au Parlement, continue de préférer s’en tenir à «une action ciblée», qu’elle juge «beaucoup plus efficace que la vaccination obligatoire». En effet, «le vaccin contre la tuberculose empêche non la dissémination du bacille, mais les cas graves. Or, précisément en Seine-Saint-Denis, le nombre des cas chez les jeunes enfants a diminué et le nombre des cas graves a été totalement stoppé: nous n’avons enregistré aucun cas de méningite tuberculeuse».

 

Pour autant, comme la mairie de Paris, l’Institut de veille sanitaire n’en plaide pas moins pour la vigilance dans ce dossier. Ainsi, dans son dernier rapport sur la question, il vient d’expressément inviter à «poursuivre les efforts en matière de surveillance et de lutte» contre la tuberculose. Et, par exemple, a jugé «prioritaire» un «renforcement de la communication auprès des médecins vaccinateurs, sur l’importance de la vaccination des enfants à risque élevé».

29/03/2010

Un renouveau

bastille.jpgCes derniers jours dans le quartier, en matière d’urbanisme et de patrimoine, on a beaucoup parlé de la place de la République. Dont on évoquait dans une note récente le grand projet de lifting, qui vient d’être officiellement dévoilé par la mairie (voir les photos ici). Projet ambitieux puisqu’il s’agit de faire en sorte que, d’ici au printemps 2013, «la "Répu" quitte la catégorie des places courants d'air et gaz carbonique, pour offrir la physionomie conviviale d'une grande place populaire du 21e siècle». Cela dit, en ce qui concerne le patrimoine de l’Est parisien, il est un autre chantier dont on a beaucoup moins parlé ces derniers temps mais qui, comme en catimini, vient, lui, de s’achever. On a pu le constater ce week-end, en passant là un peu par hasard: la restauration de la façade de l’Opéra Bastille est enfin terminée.

 

Depuis 1996, le bâtiment – qui est généralement assez détesté mais que, nous, on a toujours adoré, on le redisait cet été encore (ici) – était péniblement défiguré. Défiguré par  les gigantesques filets qui l’entouraient, destinés à éviter des chutes de pierres sur la chaussée. C’était le résultat de malfaçons dues à l’achèvement précipité de l’édifice à l’époque, afin que le Président Mitterrand puisse l’inaugurer dans le cadre des cérémonies commémorant le bicentenaire de la Révolution de 1789. Le chantier de restauration , entamé en janvier 2008, a consisté à poser 28000 m2 de parements neufs (mélange de pierre, d’ardoise et de granit) en lieu et place des blocs de la façade qui, trop fragilisés, menaçaient de s’effondrer.

 

Le résultat fait plaisir à voir. A fortiori quand, en ces jours printaniers, le soleil éclatant fait ressortir la couleur sable des pierres de l’édifice et souligne d’autant plus les contrastes avec les parois vitrées. Quatorze ans après la pose de ses filets si disgracieux, ce monumental bâtiment peut enfin être apprécié à sa juste valeur – excellente nouvelle décidément, pour le quartier.

26/03/2010

Une heure

La Ville lumière un peu moins lumineuse que d’habitude, demain soir. Pour la deuxième année consécutive, Paris s’associe à l’opération «Earth Hour, 60 minutes pour la planète» du WWF. Samedi à 20h30 donc, l’éclairage extérieur de plus de 240 monuments et bâtiments de la capitale (le Louvre, l'Hôtel de Ville, Notre Dame, le Panthéon, les Invalides, la place de la Concorde, l’Opéra Garnier, etc), de même que l’éclairage des ponts parisiens et des mairies d’arrondissement, seront éteints pendant une heure. La tour Eiffel, quant à elle, sera plongée dans le noir pendant cinq minutes. Seule l’éclairera, à ses pieds, la lueur de 1600 bougies disposées pour former le chiffre 60 (comme 60 minutes d’obscurité). Plus d’une centaine de pays et plus de 2000 villes dans le monde participeront à cette manifestation, qui est parrainée par le vice-président (français) du GIEC et par ailleurs prix Nobel de la Paix.

 

L’objectif de l’opération est «de mobiliser le plus grand nombre autour de l’enjeu du dérèglement climatique. 100 jours après le sommet de Copenhague, tous les citoyens ont ainsi l’occasion de rappeler leur volonté de voir les Etats aboutir à un accord international sur le changement climatique équitable, ambitieux et contraignant, lors du sommet de Mexico en décembre 2010».

 

Une heure en moins d’éclairage un peu partout dans le monde: voilà qui, assurément, ne mange pas de pain et qui, énergétiquement, ne pourra faire que du bien. «Un geste pour la planète»: voilà une manifestation qui, à coup sûr, sera très consensuelle. On s’étonne un peu, toutefois, de ne pas entendre les grincheux, si prompts à prendre la parole en France, qualifier de tarte à la crème ce genre de manifestation.

25/03/2010

Un si vieux débat

NoSarkoDay.jpgSamedi en France, c’est la journée anti-Sarkozy: le «No Sarkozy Day». Elle s’inspire du «No Berlusconi Day» qui, début décembre à Rome, fit descendre dans la rue des centaines de milliers d’Italiens contre leur chef de gouvernement. Les organisateurs de cette journée se présentent comme de «simples citoyens et militants opposés à la politique du gouvernement», «vigilants et inquiets», agissant «en conscience et indépendamment de tout parti ou syndicat». Ils appellent à des manifestations partout en France samedi  – à Paris, ce sera place de la République. Objectif: dénoncer l’«inconséquence politique» du chef de l’Etat, son «échec économique» ou sa «casse sociale».

 

Depuis son lancement, cette Journée fait pas mal de bruit sur le net. Ainsi, la page FaceBook du «No Sarkozy Day» affiche plus de 380 000 membres, ce qui n'est tout de même pas rien. Dont quelques people: l’écrivain Gilles Perrault, l’activiste Susan Georges, le chanteur San Severino, le philosophe Miguel Benasayag ou les humoristes Christophe Alévèque, Didier Porte et Guy Bedos. Sans oublier l’entarteur belge Noël Gaudin. Signe de son succès (succès d’audience, en tout cas), le «No Sarkozy Day» a déjà donné lieu à une réplique: le «No No Sarkozy Day». Riposte émanant non de sarkozystes, mais d’antisarkozystes. Qui n’en sont pas moins opposés à cette journée car, selon eux, «en tant que Président, Nicolas Sarkozy bénéficie de la légitimité des urnes. Il doit rester cinq ans au pouvoir, assumer ses erreurs jusqu’au bout. Le No Sarkozy Day doit avoir lieu le 7 mai 2012, et pas avant».

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas nouveau ce débat, à gauche. Début mai 2007 déjà, au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, la question avait déchiré les anti-sarkozystes. D’un côté: ceux qui invoquaient la légitimité du nouveau Président et trouvaient donc anti-démocratique toute contestation du verdict des urnes. De l’autre côté: les manifestants qui, dans notre onzième arrondissement notamment – si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, relire ici ou –, répliquaient que ce n’était pas parce que les Français avaient élu leur nouveau Président que ses opposants étaient obligés, du coup, de la fermer pendant cinq ans.

 

Trois ans plus tard donc, chez les anti-sarkozystes, le débat n'a visiblement pas progressé d’un iota.

24/03/2010

Une série noire

Sinon, pendant que la campagne électorale battait son plein en région parisienne, la communauté Rom y a, une fois de plus, été endeuillée. C’était à la mi-mars. Et, à nouveau, c’est le même scénario dramatique qui s’est déroulé, cette fois en Seine et Marne (grande banlieue Est de Paris), à Saâcy sur Marne plus précisément. En pleine nuit, un violent incendie s’est déclaré dans un cabanon situé dans un camp de caravanes et de baraquements où étaient établis des gens du voyage. Deux fillettes âgées de 6 et 8 ans ont péri dans les flammes. Sept blessés ont dû être hospitalisés. Il semble qu’un poêle à bois défectueux ait été à l’origine du sinistre.

 

C’est au moins la quatrième fois (relire ici, ou ) que, ces trois dernières années en région parisienne, un tel drame et dans de telles circonstances endeuille la communauté des gens du voyage. Pourtant, dans les médias français, le décès de ces deux fillettes n'a fait l’objet que d’une brève ou l’autre. Et, que l’on sache, aucune autorité, même pas le plus obscur sous-secrétaire d’Etat, n’a manifesté sa compassion aux familles des victimes. Qui, évidemment, n’ont été reçues nulle part en haut lieu, à l’inverse de tant d’autres victimes de tant d'autres faits divers.

 

En France décidément, pour certaines personnes tout au moins, les semaines, les mois et les années passent mais rien ne change. Pas de manière visible, en tout cas.

23/03/2010

Une animation, ou l’autre

ikeadanslemetro.jpgRefermons aujourd’hui cette séquence électorale – ce qu’on a fait ce midi, via un chat avec les lecteurs de «La Libre». Si cela vous intéresse et si vous n’avez pas encore eu votre dose de politique régionale hexagonale, c’est ici. Et reprenons notre chronique de la vie quotidienne à Paris. En redescendant dans le métro, qui, ces derniers jours, s’est doublement animé d’une manière inusitée. Comme quoi, un certain activisme n’est pas mort en France.

 

La première animation a eu lieu dimanche à la station Concorde. Pendant dix jours et jusqu’à demain, cette station, comme trois autres (Champs-Elysées, Saint-Lazare et Opéra), fait l’objet d’une campagne de pub d’Ikea. Qui, pour faire la promo de ses produits, a installé des canapés et fauteuils sur les quais de la station, en lieu et place des traditionnelles banquettes. Dimanche donc, une vingtaine d’artistes, d’étudiants et d’activistes prônant la «désobéissance» ont improvisé un «attentat chorégraphique» à Concorde. A un moment donné, ils se sont mis à danser au rythme des tambours autour de ces canapés. Pour dénoncer le fait que la RATP «déroule le tapis rouge pour les grandes entreprises» désireuses de faire leur pub dans le métro, mais, «en même temps, jette les pauvres dehors». En clair: «choisit le mobilier de ses stations pour empêcher les SDF de dormir dans le métro». Allusion à ces banquettes sur les quais où aiment s’allonger les miséreux, mais qui sont de plus en plus souvent remplacées par des sièges individuels ou affublées d’accoudoirs empêchant la position couchée. L’«attentat chorégraphique» de dimanche se voulait donc une dénonciation de l’«apologie du confort à l'endroit même où se réfugiaient ceux qui en sont privés».

 

Dans une autre station, Strasbourg-Saint-Denis, on est tombé fortuitement, l’autre soir, sur une autre animation. Dans les couloirs de cette station, un grand nombre de panneaux publicitaires lumineux s’étaient vu privés de leurs réclames habituelles. A leur place? Des affiches artisanales, peinturlurées de slogans décalés contre... le mercantilisme, le matracage publicitaire et/ou la politique du gouvernement. «A bas l’achat, vive les chats!» ou «Doublez votre profit, exigez une nouvelle planète!», a-t-on ainsi pu lire sur ces panneaux piratés. L’un d’eux avait même été rebaptisé «Zone d’intoxication cérébrale». Deux couloirs plus loin, était fustigé le fait que «L’Etat protège les banques, les riches et les entreprises. Et nous, dans tout cela?» On a vu aussi «Les femmes unies jamais ne seront vaincues».

 

métroantipub.jpgOn n’a jamais su si ces panneaux publicitaires si peu habituels étaient le résultat d’une opération activiste ou faisaient partie de la campagne électorale. Voire – avec les pubards, on ne sait jamais – s’ils cachaient en fait… une vraie campagne de pub, jouant sur le principe du teasing. On n’a pas poussé la conscience journalistique jusqu’à rester des heures dans les couloirs de cette station pour voir ce que devenaient ces affiches; on ne sait donc pas si elles ont ou non été très rapidement enlevées par les agents de la RATP.

 

Ce qu’on a eu le temps de voir, en revanche, c’est la tête tirée par les usagers du métro devant un de ces panneaux en particulier. En substance, il disait: «Moi, j’ai droit à la comparution immédiate et aux peines planchers. Pasqua et Chirac, eux, n’iront jamais en prison». Entre effarement, stupéfaction, colère, incrédulité ou jubilation: la tête des voyageurs qui, au hasard d’un couloir, tombaient sur cette affiche si peu respectueuse de l’ex-Président était assez drôle à observer. 

22/03/2010

Une galère

Galère. Le mot du jour. Et celui d’hier. Galère en effet, dans les bureaux de vote de la capitale. Témoin, ce dialogue saisi au vol dans notre bureau du onzième arrondissement. Vers 18 heures, un jeune préposé accueille avec un «Bravo!» sonore, et un peu ironique, un quidam venu voter. «Bravo! Avec vous, on atteint enfin les 50% de votants». Dans le quartier, a-t-on donc beaucoup plus voté hier que dimanche dernier? «Non, c’était galère», répond le gamin: «A peine quelques votants en plus, à la même heure. Pffff quelle journée pénible, passée à attendre!» De fait, en région parisienne hier, le taux d’abstention a frisé les 53% -- bien plus élevé qu’à l’échelle du pays.

 

Galère de la démocratie, ensuite. Avec le Front National qui, hier soir, a spectaculairement confirmé son redressement. Les frontistes, on les retrouve y compris à Paris. Pas plus tard qu’il y a un quart d’heure, au kiosque du boulevard Voltaire, un acheteur de journaux s’emportait face au vendeur qui, faute de «Figaro», épuisé dès la première heure, lui proposait «Libé». «Ca va pas, non? La gauche? Et encore quoi!? Moi ce que je veux, c’est que le Front national passe!» Légère gêne du kiosquier, d’origine immigrée.

 

Galère au boulot pour nous, hier soir. Galère technique au bureau parisien de «La Libre», galère pour le collègue ayant suivi la nuit électorale à «Libé», galère pour les journalistes mobilisés à Bruxelles. Le système n’a pas peu cafouillé. Dès 18 heures, on était, informatiquement, coupé du monde. Sans doute le trafic de la bande passante qui a explosé suite à l’afflux de connections d’internautes français à la recherche, dès la fin de l’après-midi, des résultats électoraux sur les sites web d’info belges. Du coup, pas mal de sueurs froides pendant toute la soirée. C'est modérément intéressant, on en convient, cette cuisine interne. Mais cela illustre une fois de plus ce que le grand public sait peu de la presse, généralement. A savoir le temps incroyable passé par les journalistes non à faire leur boulot (recueillir l’info, faire attention à ce que l’on écrit, etc.) mais à se prendre la tête avec la technique. Heureusement que quatre valeureux informaticiens, mobilisés pendant toute la soirée à la rédaction de Bruxelles, sont parvenus à éviter un plantage général du système. Le journal de ce matin aurait eu l’air malin, avec six pages électorales françaises complètement blanches. N’empêche, si déjà le système sature avec des élections régionales qui n’intéressent personne, cela promet pour la soirée électorale du premier tour de la présidentielle, en 2012...

 

Galère encore, et enfin, dès ce soir en région parisienne. Ce n’est pas le moindre des paradoxes. La campagne électorale, dans la capitale, a été centrée sur les transports. Avec notamment la gauche, gagnante comme prévu, qui, dans son dernier tract, promettait d’«accélérer la révolution entamée» dans ce secteur, et singulièrement dans le RER. Or, dès ce soir, ce sera sans doute à nouveau l’horreur dans ces mêmes RER, vu un mouvement de grève pour la défense de l’emploi, des salaires, des retraites et de la fonction publique. A Matignon hier soir, on annonçait sereinement «la continuité» au sommet de l’Etat, malgré le fiasco électoral. Dès ce soir et demain sur le terrain parisien, pour des millions de banlieusards, ce sera la continuité oui: dans la galère.

19/03/2010

Un «transfert»

De la cuisine interne dans ce blog, aujourd’hui. Car c’est une journée de boulot un peu spéciale pour nous ce vendredi, avant-veille du dénouement des élections régionales françaises. En effet, professionnellement, on est… transféré. Comme une star de foot en plein Mercato; non non, pour beaucoup moins cher, et même pour pas un rond – mais on est quand même ravi de ce «transfert» ;-)

 

Explication. Aujourd’hui, on ne va pas passer la journée au bureau parisien de «La Libre», mais à la rédaction de «Libération». Transfert journalistique très ponctuel – rassurons ou désespérons, c’est selon, nos lecteurs. En effet, dans le cadre du partenariat rédactionnel, déjà ancien, unissant ces deux journaux, leurs deux hiérarchies, qui se connaissent bien, ont mis au point un projet de couverture un peu spéciale pour le second tour, dimanche, de ce scrutin hexagonal. Résultats dans les pages de «La Libre», version papier, samedi matin déjà, lundi matin surtout.

 

Cela tombe bien: pour changer ainsi de lieu de travail aujourd’hui, on ne devra vraiment pas aller bien loin. La rédaction de «Libé», en effet, est située à deux pas des locaux parisiens de «La Libre». Entre ces derniers, situés pas loin de Bastille, et le siège du grand quotidien français, derrière la place de la République, il y a dix minutes à pied, à tout casser. Un voisinage géographique qui relève du pur hasard. Mais qui, en ces journées si chargées, tombera à point nommé.

18/03/2010

Une nébuleuse

royalistes.jpgA chaque élection, cela ne rate pas: une kyrielle de petits partis tentent de séduire l’électorat censé déçu par les formations traditionnelles. Ces élections régionales n’échappent pas à la règle. Mais dimanche, cette nébuleuse politique alternative n’a pas du tout mobilisé l’électorat. Ainsi, l’«Alliance écologiste indépendante», écologistes de droite menés par des people comme le chanteur Francis Lalanne ou l’ex-M.Météo Patrice Drevet, n’a récolté au premier tour que 40.000 voix en région parisienne, soit 1,4% des 3 millions de votants. Fiasco encore pire pour «Emergence», la «liste aux couleurs de la France des banlieues», issue du milieu associatif des «quartiers» comme on dit, et qui voulait remplacer «le disque rayé de la démocratie»: 12.000 voix, 0,4% de l’électorat.

 

A Paris dimanche, les électeurs pouvaient aussi voter pour une liste… anti-avortement. Cette «Liste chrétienne» revendiquait le soutien d’une association militante baptisée d’un acronyme qui en dit long: AMEN, comme «Arrêtons le massacre des enfants à naître». Pendant la campagne, les candidats de cette liste avaient été dénoncés comme étant «des fous de Dieu»  par le Front de gauche. Mais, alors que la France vient de fêter le trente-cinquième anniversaire du vote de la loi Veil ayant, en 1975, dépénalisé l’IVG, ces «fous de Dieu» ont fait un flop: 24.000 voix en région parisienne, soit 0,8% de l’électorat.

 

Tiens, dans la même mouvance idéologique, ces derniers jours dans le onzième arrondissement, «Les Volontaires du Roi» ont collé des stickers dans les rues de notre quartier. Ces «Volontaires» fleurdelysés sont le «Groupe d’Action Royaliste». Eux n’étaient pas candidats aux élections régionales. On ne saura donc pas combien de Français prônent, comme eux, l'abolition d’«un système politique décadent», la montée sur le trône de «l'héritier légitime de la couronne de France» (le «prince Jean de France, duc de Vendome»), l'«abrogation du regroupement familial, la restriction drastique du droit d’asile, la récupération du contrôle de nos frontières», etc. Sans oublier: «débarrasser le débat éducatif des idéologies pernicieuses», en particulier de «l’idéologie dite soixante-huitarde»  -- sur ce dernier point au moins, Nicolas Sarkozy en personne applaudira.

 

Dommage, dans un sens, que ces «Volontaires du Roi» n’aient pas été candidats aux élections: on aurait pu voir si les royalistes de France sont, ou non, aussi groupusculaires que les républicains de Belgique, qui prônent le rattachement de la Wallonie à la France. 

17/03/2010

Une coupure

Plus que jamais, depuis dimanche, la capitale française est coupée en deux. Politiquement, s’entend. En effet, les résultats du premier tour des élections régionales ont largement confirmé la vieille division électorale qui sépare Paris en deux parties. Cette fracture électorale parisienne est verticale. Tracez une ligne séparant Paris de part en part, du haut vers le bas. A gauche de cette verticale, à l’Ouest de la capitale donc (en gros, les beaux quartiers), on vote massivement à droite. Alors qu’à droite de cette verticale, dans l’Est parisien donc (pour faire vite: les quartiers populaires), on vote largement à gauche. Cela n’a rien de neuf, ce clivage sociologico-politique parisien? D’accord, mais, quand on regarde de près les résultats électoraux de dimanche, cela reste tout de même assez spectaculaire.

 

Ainsi, dans le seizième arrondissement, bastion chic de l’Ouest parisien s’il en est, l’UMP a cartonné à plus de …60% des voix, ne laissant que des miettes aux socialistes et aux écologistes (20% à eux deux). Idem dans le tout aussi select septième arrondissement, celui de Rachida Dati, aux pieds de la tour Eiffel: 54% pour l’UMP, 14% pour le PS, 12% pour les Verts. En revanche, de l’autre côté de cette verticale politique, dans l’Est parisien donc, le rapport de forces est exactement inverse. Dans le très populaire vingtième arrondissement par exemple (Ménilmontant, porte de Bagnolet, et tout cela), le score de l’UMP dégringole à…14%: dix points de moins que les Verts et deux fois moins que les socialistes.

 

Confirmation aussi, dimanche, d’une tendance électorale elle plus récente, qui s’était déjà manifestée aux élections européennes de l’an dernier (relire ici): le fort ancrage des Verts dans le Paris dit bobo. Deux exemples particulièrement éclairants. Dans le dixième arrondissement (les berges du canal Saint-Martin, etc.), les Verts (28,3%) font quasiment jeu égal avec les socialistes (29,7%). Et dans le deuxième arrondissement (les petites rues piétonnes du quartier Montorgueil, etc.), les amis de Daniel Cohn-Bendit, avec 28,9%, devancent de plus de trois points le PS. Et confirment leur position de premier parti.

16/03/2010

Une disparition

FNParis.jpgPoursuivons notre petite exploration des résultats des élections de dimanche dans notre quartier, et à Paris en général. Dans la capitale française, ce premier tour du scrutin régional s’est traduit notamment par la confirmation d'un phénomène politique qui ne date pas d'hier: le manque total d’ancrage de l’extrême droite – ce qui, au passage, n’empêche pas les militants de cette mouvance de s’illustrer, à l’occasion, dans le quartier (relire ici ou ). Dimanche à Paris, le parti de Jean-Marie Le Pen a, une fois de plus, fait des résultats désatreux. Ainsi, dans notre onzième arrondissement, le candidat frontiste n’a recueilli que 1.864 voix, sur quelque 38.000 suffrages exprimés, soit 4,8%. Manifestement, le slogan principal du FN, «Les Français premiers servis!», chez nous, n’a pas beaucoup plu.

 

Le onzième, assez bobo même s’il l’est moins que la caricature qu'on en fait souvent, n’est pas forcément représentatif de la sociologie de l’électorat parisien en général. Voyons donc le score du Front national ailleurs dans la capitale. L’on peut constater que, même dans les arrondissements les moins nantis de Paris (en gros, ceux au Nord: le dix-huitième, le dix-neuvième ou le vingtième), l’extrême droite n’a jamais engrangé plus de 6% des voix. Ses meilleurs scores parisiens, le parti de Jean-Parie Le Pen les a réalisés en fait dans les quartiers les plus chics, qui sont aussi des bastions de la droite, comme le seizième (7%).

 

En Région parisienne au sens large, le FN n’a pas davantage cartonné, malgré des scores nettement plus élevés dans certaines banlieues qu’à Paris: 12% par exemple en Seine Saint Denis et dans le Val d’Oise. Du coup, à l’échelle de la Région, le parti d’extrême droite, avec 9,2% des suffrages au total, n’a pas résussi dimanche à atteindre la barre fatidique des 10%, qui permet de se maintenir au second tour. Conséquence? C’est carrément la disparition prochaine de l’extrême droite du Conseil de la Région Ile-de-France, où elle compte à présent 9 élus.

 

Pour la capitale, c’est tout de même une évolution politique qui n’est pas complètement banale.

15/03/2010

Un désert

C’est peu dire qu’on n’a pas du tout été étonné hier soir, quand est tombé le chiffre astronomique relatif à l’abstention enregistrée dimanche, au premier tour des élections régionales. En effet, dans notre propre petit bureau de vote du onzième arrondissement parisien, dans le quartier Saint-Sébastien, c’était… le désert. Pas la moindre queue d’électeurs devant les isoloirs. Pas un chat et un silence de mort dans la cour de la petite école élémentaire réquisitionnée pour l’occasion. Et, dans les bureaux de vote, du personnel qui bayait aux corneilles. Frappant aussi: la moyenne d’âge des rares électeurs qu’on y a croisés tournait autour des 50 ans – là aussi, on n’a pas été étonné d’entendre le soir même les commentaires selon lesquels parmi les abstentionnistes, avaient figuré nombre d’électeurs jeunes et citadins.

 

Sur les quelque 80.000 électeurs inscrits de notre onzième arrondissement,  38.000 seulement ont glissé un bulletin dans l’urne. Dès vendredi soir, on a eu la puce à l’oreille de ce désintérêt général en constatant, à notre modeste niveau, que pas mal de nos copains étaient en partance pour le week-end, sans avoir pris leurs dispositions pour se faire représenter électoralement. Samedi, même constatation au téléphone avec les copains qui étaient restés à Paris: peu avaient l’air décidés à aller voter le lendemain. Un brunch, un footing, une expo, un ciné, une grande balade: on nous a parlé de tout sauf d’élections. Et dimanche, dans la cour de la maison, à la question de la journée entre voisins qui se croisaient (« Hello! Ca va? Tu vas voter, toi?»), on a surtout entendu des «Ouais, bof/ Peut-être, nsais pas/Non, je crois pas/On verra».

 

Hier donc, électoralement parlant, notre entourage a été parfaitement raccord avec la tendance globale du Français moyen. On ne sait pas trop si on doit se réjouir de cette dominicale harmonie.

12/03/2010

Un désintérêt

Dernier jour ouvrable avant un week-end électoral: dimanche en France, c’est le premier tour des élections régionales. Hier soir, c’était la grosse animation politique dans le quartier, a-t-on constaté en rentrant à la maison. Pour son dernier meeting de campagne, en effet, le PS avait réquisitionné le Cirque d’Hiver, la grande salle de spectacles du boulevard des Filles du Calvaire. Les socialistes y ont fait salle comble. La veille au soir déjà, au même endroit, les Verts et leurs leaders (Daniel Cohn-Bendit, José Bové, etc.) avaient réuni la grande foule.

 

L’affluence de militants constatée à ces grands meetings parisiens cache mal, toutefois, le large désintérêt de l’électorat pour ce scrutin. Le taux d’abstention qui sera annoncé dimanche soir le confirmera sans doute, mais d’ores et déjà, dans la vie quotidienne à Paris, on a pu constater cette assez faible mobilisation des foules.

 

Ainsi, c’était frappant hier soir devant le Cirque d’Hiver. Le PS avait déployé un écran géant sur la façade de l’édifice, sur lequel le grand public pouvait suivre en temps réel les interventions prononcés au même moment à la tribune par les orateurs. Sur le coup de 22 heures, c’était Martine Aubry qui était en train de discourir sur cet écran géant. Pour autant, à ce moment, les passants n’ont pas ralenti le pas pour l’écouter. Les riverains n’ont pas afflué pour la voir. Les fêtards des bars et restaurants du coin n’ont pas interrompu leurs agapes pour assister à ce moment. Et l’apparition sur grand écran de la patronne des socialistes n’a évidemment pas provoqué d'embouteillages sur le boulevard.

 

«Ces élections, ça n’intéresse personne!», nous avait dit, quelques heures plus tôt, le kiosquier d'un boulevard un peu plus loin, chez qui on va acheter la presse chaque matin avant d’arriver au bureau. La veille, il avait dû jeter à la poubelle «des dizaines d’exemplaires» d’un supplément électoral édité par un quotidien: «C’était gratuit, mais les gens ne le prenaient même pas». De même, dans notre quartier du onzième arrondissement, de nombreux panneaux électoraux, ce matin encore, étaient complètement vides. Et on n’a jamais vu, ces dernières semaines, des affiches électorales vandalisées, raturées, taguées, commentées, détournées, arrachées – comme c’était si fréquent aux présidentielles de 2007. Enfin, ces derniers dimanches matins, sur les marchés du quartier, on a bien croisé l’un ou l’autre militant en train de distribuer des tracts. Mais, on l'a vu, ils ne devaient pas rarement insister auprès des gens pour qu’ils les acceptent de les prendre. Et jamais on n’est tombé sur des discussions improvisées mais passionnées, en plein marché, entre militants ou électeurs de bords politiques opposés.

 

Du coup, si tant est que ces quelques petits indices de la vie quotidienne parisienne soient révélateurs d’un climat général, on ne serait pas du tout étonné que les bureaux de vote soient plutôt déserts, dimanche.

11/03/2010

Un triomphe

soulages.jpgUn peu de culture aujourd’hui, parce qu’on regrette de ne pouvoir en faire plus souvent dans ce blog. Et une bonne nouvelle, parce que ça fait du bien. Bonne nouvelle, car elle montre qu’à Paris en matière d’arts, oui décidément, le grand public est bien plus ouvert et curieux que ce que prétendent parfois certains esthètes grincheux et volontiers méprisants. Viennent à nouveau d’en témoigner les chiffres de fréquentation astronomiques de l’exposition consacrée au peintre Pierre Soulages, des données qui ont été dévoilées en milieu de semaine par le Centre Pompidou, où s’est clôturée lundi cette rétrospective.

 

Rétrospective assez épatante, on l’avait écrit (ici) le jour de son vernissage. Mais consacrée à un artiste abstrait dont on aurait pu penser qu’il n’était pas d’office d’un accès aisé pour tout le monde. Les monochromes noirs de Soulages, ce n’est pas la migraine assurée, mais cela ne s'aborde tout de même pas aussi aisément que des paysages de Cézanne, des nus de Renoir, des danseuses de Matisse ou des Tahitiennes de Gauguin – cela dit sans déprécier aucunement ces derniers artistes. Et bien, malgré cela, en moins de six mois, l’expo Soulages a été vue par... plus d’un demi-million de visiteurs! 502.000 très exactement, soit près de 5.000 visiteurs par jour. Triomphe d’autant plus inattendu et impressionnant que, pendant la durée de cette rétrospective, le Centre Pompidou a été fermé au public pendant plus de trois semaines, pour cause de grève. Sans ce mouvement social, on aurait sans doute dépassé les 600.000 visiteurs.

 

Voilà qui, au palmarès de la fréquentation des grandes expos de Beaubourg, place carrément ce peintre abstrait français juste derrière les stars internationales aussi populaires que sont Kandinsky (703.000 visiteurs, en 2009), Matisse (735.000, en 1993) et Dali (840.000, en 1979).

 

Ce serait si bien si un tel succès incitait les responsables des grands centres culturels parisiens – et, au-delà, français – à faire preuve d’audace dans leurs prochaines programmations.

10/03/2010

Une communauté

Ils faisaient vraiment peine à voir, hier à la télé. C’était dans un des derniers JT du soir. Cela se passait en banlieue parisienne. Les images montraient quelque 200 Roms, dont d’innombrables femmes, enfants voire bébés, agglutinés dans un gymnase municipal. Ils avaient dû y trouver refuge car leur bidonville, situé le long d’une route départementale à Massy (banlieue Sud de Paris), avait été dévasté, lundi. Mis à sac et en grande partie incendié par des agresseurs encore non autrement identifiés – il pourrait s’agir, selon les autorités, d’une vendetta entre gens du voyage. «Ils ont tout perdu», compatissait un assistant social, pendant que les volontaires de la Croix-Rouge tentaient de réconforter les plus affectés.

 

Déjà que ces gens n’avaient vraiment pas grand-chose, pensait-on hier en voyant ce spectacle – imaginez ce que cela doit être, par une météo pareille, pour des bébés et des enfants en bas âge, de dormir dans des baraquements en carton… – mais en plus, maintenant, ils doivent subir la violence physique.

 

Le même jour hier, on avait reçu par la poste la documentation électorale relative au scrutin régional, dont le premier tour a lieu dimanche. Par curiosité, après avoir vu ce reportage, on a survolé ces programmes électoraux pour voir ce que proposaient les candidats et candidates à l'attention de la communauté des gens du voyage. Pour régler les effrayants problèmes de logement, de salubrité, de scolarité ou de santé que connaît cette communauté qui, dans d’autres régions du pays aussi mais en région parisienne particulièrement, subit depuis des années un véritable calvaire. Calvaire en plus pas rarement meurtrier (relire ici ou ). Rien. A moins que cela nous ait échappé, pas une ligne.

 

En France aujourd’hui, décidément, les Roms constituent la dernière communauté des oubliés. Ceux dont on ne parle jamais, ou si peu. Ceux dont, à part quelques travailleurs humanitaires admirables, tout le monde a l’air d’éperdument se moquer, y compris les politiques. Il est vrai que ces gens ne votent pas.

09/03/2010

Une cochonnerie

Décidément, même plusieurs semaines après l’expérimentation lancée par Quick, ils restent bien indigestes pour certains, ces burgers halal. Ainsi, comme nous l’apprenait hier le journal «Le Progrès» de Lyon (ici), ce week-end, une bande de jeunes issus de la mouvance d’extrême droite a envahi le Quick de Villeurbanne, un de ces quelques fast-food français qui ne servent plus que de la viande halal. Ces manifestants arboraient des masques de cochons. Parmi leurs slogans: «Tout est bon, dans le cochon!», «Quick halal, non merci: islamisation, ça suffit!», «On est chez nous!», ou «Première, deuxième, troisième génération: nous sommes tous des mangeurs de cochons!»

 

Le déguisement animalier de ces trublions ne devait évidemment rien au hasard, la consommation de porc étant prohibée pour les musulmans. C’était donc un accoutrement et un geste politique clairement insultants.

 

Voilà qui ramène le débat politique à un niveau pas loin de la porcherie. Ce n’est pas la première fois que la communauté musulmane de France doit subir de telles cochonneries politiques et verbales. Georges Frêche, le leader populiste (et alors encore socialiste) languedocien, traita jadis les harkis (les supplétifs musulmans des troupes françaises pendant la guerre d’Algérie) de «sous-hommes» mais aussi de «cochons». A peu près à la même époque, des groupuscules d’extrême droite distribuèrent à Paris une «soupe populaire au cochon», pour dénoncer la part trop importante selon eux de musulmans parmi les SDF bénéficiant de l’aide caritative.

 

Après la soupe au cochon, après les cochons de harkis, voici donc le fast-food halal envahi par des cochons d'extrême droite. C’est vraiment la France rance. Celle que, décidément, on aime le moins.

08/03/2010

Une femme

Miss Tic.jpgParlons de la Parisienne aujourd’hui, puisque c’est la Journée internationale de la Femme. Tarte à la crème, ce 8 mars? A l’attention des sceptiques ou critiques –.plus fréquemment des mâles que des femmes, au demeurant – , la mairie de Paris rappelle que cette journée, «symbole des combats féministes, reste aujourd’hui d’une brûlante actualité: les violences faites aux femmes, les inégalités salariales et professionnelles sont des réalités tenaces, y compris en France».

 

A Paris à première vue, selon les statistiques, les femmes sont mieux loties que dans le reste du pays. Les Parisiennes, en effet, ont un niveau éducatif et professionnel nettement supérieur à la moyenne nationale. Ainsi, «la part des cadres et professions intellectuelles supérieures atteint 31% chez les Parisiennes pour 9 % en France». Et «le taux de chômage des Parisiennes est de 11,9%, pour 15 % en France». Il n’en demeure pas moins que «les Parisiennes sont nettement plus à temps partiel (21%) que les Parisiens (9,4%) et un peu plus en emploi précaire». En outre, «les femmes n'ont pas bénéficié de la création d'emplois générés dans les secteurs à forte valeur ajoutée». Et à Paris, «le salaire horaire net moyen des hommes est en moyenne supérieur de 35,8 % à celui des femmes».

 

Bref, il y a encore du boulot pour l'égalité.

 

C’est ce que rediront pendant toute cette année les militantes du Mouvement de libération de la femme (MLF), qui fête son quarantième anniversaire. C’était  en 1970, un 26 août. «Elles n’étaient pas nombreuses pour aller déposer une gerbe sous l’Arc de Triomphe à Paris à la femme inconnue du soldat inconnu. Pas nombreuses mais déterminées et insolentes et drôles. Quelque temps plus tard, elles furent des centaines, des milliers à être déterminées et insolentes et drôles et efficaces, pesant sur la société, la contraignant à changer».

 

Sinon, autres temps autres mœurs, plutôt que de s’intéresser à ces femmes qui firent l’Histoire sociale du pays, France 4 se concentre sur un cliché collant à la peau de la Parisienne, mais dans un domaine infiniment plus léger. Fin du mois, en effet, la chaîne de télé diffuse un documentaire intitulé «Les Parisiennes sont les plus belles femmes du monde (enfin c’est ce qu’on m’a dit…)». Ce film se veut «la première typologie des Parisiennes pour les hommes qui veulent enfin comprendre l’incompréhensible». Mais la Parisienne, avec tout le mythe qui l’entoure, existe-t-elle vraiment? Le réalisateur n’a pas l’air d’en être sûr, puisque, pour appréhendrer cette réalité féminine capitale, il n’a pu faire autrement que de la scinder en plusieurs portraits différents: «Distinguer la femme délicieusement hautaine des beaux quartiers de la fille au gobelet en plastique (celle qui boit de la bière près du canal St Martin); comprendre la femme rouée de Saint Germain des Prés autant que l’étudiante qui sait si bien transformer son inexpérience en ingénuité; découvrir le charme de la femme à poussette (que l’on croise au sud de la capitale, dans la Mac Laren Belt) comme celui de l’inconnue magnétique (que l’on croise dans toute la ville)».

 

De la citation qui précède, on retiendra non l’accumulation de clichés passablement sexistes (femme rouée, ingénue, etc.), mais la confirmation que la Parisienne en tant que telle n'a pas l'air d'exister, puisqu’elle est infiniment plurielle comme on dit. Ce doit être la bonne nouvelle de la journée.

05/03/2010

Un cliché

Fin de semaine. Dans les rues de la capitale, comme chaque fin de semaine, aux devantures des kiosques à journaux et sur les colonnes Morris, les pubs reproduisant en grand format les Unes des newsmagazines sont en train de changer. Ce vendredi, le Parisien moyen sera loin de s’en attrister.

 

Une semaine, en effet, qu’il a dû se coltiner dans toute la ville la reproduction de la couv’ de l'hebdomadaire «Marianne» expliquant abruptement, sur foi d’un sondage, «Pourquoi on déteste les Parisiens». Récemment déjà, un dossier au vitriol du «Courrier international» avait conclu, sur base de l’un  ou l’autre article de la presse étrangère, que non seulement les Parisiens ne sont «pas accueillants», mais qu’en plus ils sont «grincheux», «extrêmement grossiers», voire «cochons» et même «pervers». Confirmation par «Marianne» cette semaine: les habitants de la capitale sont «nettement plus arrogants, agressifs, dragueurs, stressés, chauvins, snobs, nombrilistes que les autres Français. Et moins généreux, tolérants, épanouis, drôles ou accueillants».

 

Cela nous a vraiment gonflé, cette vague de parisianophobie médiatique. On n’a jamais prétendu que vivre à Paris immunisait de la connerie. Et on est rarement tendre envers nos confrères citadins. Mais là, c’est tellement cliché… Au quotidien, on fréquente évidemment des tas de Parisiens «généreux, tolérants, épanouis, drôles ou accueillants». Et, malgré toutes ces années passées à Paris, on n’a pas du tout le sentiment d’être devenu «arrogant, agressif, dragueur, stressé, chauvin, snob, nombriliste, pas accueillant, grincheux, extrêmement grossier, cochon voire pervers». Soit donc, dans cette capitale, on vit dans une espèce de cocon s’apparentant à un pays des Bisounours ou de Candy absolument pas représentatif de la réalité. Soit ce portrait du Parisien moyen est vraiment péniblement caricatural.

 

On pencherait d’autant plus volontiers pour la seconde hypothèse que Paris, il ne faudrait tout de même pas l’oublier, d’année en année et depuis d’innombrables années, demeure la première destination touristique mondiale: elle accueille invariablement des dizaines de millions de touristes étrangers par an. Serait-ce le cas et depuis si longtemps si les Parisiens étaient à ce point insupportables?

11:03 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : paris, médias

04/03/2010

Un stress

parislemetro.jpg92 minutes. C’est le temps moyen que l’habitant de la région parisienne passe chaque jour dans les transports en commun. Ce chiffre figure dans la dernière étude réalisée par l’Observatoire régional de la santé au travail, une enquête dont les résultats ont été rendus publics au début de cette semaine. A la question de savoir si, d’une manière générale, les transports en commun qu’ils utilisent pour aller au travail subissents des retards, 69% des voyageurs ont répondu par l’affirmative. On découvre aussi dans cette étude que, pour six sondés sur dix, ces trajets domicile-travail sont une source de désagréments. Des désagréments qui, dans plus de la moitié des cas, influent négativement sur leur vie professionnelle, leur vie privée et/ou leur santé.

 

Si l’on estime que quelque 8 millions de personnes empruntent chaque jour un transport commun en région parisienne, cela fait pas mal de millions de gens quotidiennement mécontents de la qualité de ce service public et souffrant de ses dysfonctionnements.

 

Le mois dernier déjà, commentant les résultats d’une étude d’impact, le cabinet privé Technologia, spécialisé dans la prévention des risques professionnels, avait alarmé sur les conséquences de ces transports publics déficients sur le stress au travail. En région parisienne singulièrement, avait-il mis en garde, «la dégradation des conditions de transport est devenue un enjeu de santé pour les salariés», car «elle est à l’origine d’un vrai facteur de stress au travail». D’autant que, souvent, les entreprises, «si elles se soucient de la santé physique (travail à la chaîne) ou psychique (harcèlement) de leurs salariés, n’intègrent pas le fait que des trajets longs et chaotiques pèsent sur leur travail». «Sur certaines lignes, les gens n’en peuvent plus; c’est frappant!», s’était exclamé le patron de Technologia. Qui avait notamment fustigé «l’anarchie» du RER A – 20.000 retards recensés en 2008, pour donner une idée aux lecteurs qui ne prendraient jamais cette ligne.

 

En temps normal déjà, on se réjouit souvent de vivre et de travailler dans le centre de Paris. A la lecture de ces études encore plus, on se dit que c’est vraiment une chance et un privilège. 92 minutes de stress épargnées chaque jour, cela n’a pas de prix.