31.03.2010
Une trouvaille
On a entendu ce mot pendant toute la journée, hier. Et, définitivement, on l’adore. Ramdam. C’est donc un des termes récompensés mardi à l’issue du petit concours lancé le mois dernier par le quai d’Orsay, qu’on avait évoqué à l’époque (relire ici). Il consistait à trouver des «francomots» qui, un jour, qui sait, réussiraient à concurrencer des anglicismes, comme chacun sait si mondialisés aujourd’hui. Les résultats du concours ont été annoncés hier. Et c’est donc ramdam qui a été sélectionné pour (tenter de) remplacer un jour le terme buzz.
On est sceptique sur les autres termes lauréats (hormis tchatche pour chat, qu’on aime bien aussi), mais on trouve que ce ramdam, c’est une trouvaille.
Déjà, sa sonorité, qui rappelle un peu tam-tam, colle assez bien avec le tumulte souvent provoqué par le buzz. En plus, sa signification (tapage, vacarme: lit-on dans Le Robert), tout comme ses synonymes (barouf, boucan, chambard, raffut, etc.) cadrent eux aussi parfaitement avec l’émoi souvent surdimensionné provoqué par les nouvelles qui buzzent, sur la toile particulièrement. Linguistiquement, dès lors, et avant même de savoir s’il va ou non réussir à s’implanter dans le langage courant face à buzz, on trouve que c’est vraiment une excellente trouvaille, ce ramdam.
En plus, au risque de se voir accuser de tout mélanger, on trouve que ce serait pas mal, symboliquement, que ce mot issu de l’arabe parvienne à s’implanter dans la langue française. Réussisse à se faire une petite place dans la langue donc de ce pays qui, ces derniers mois, a tenu un débat souvent si crispé sur son identité nationale, débat qui n’a pas rarement frisé l’islamophobie. L’identité, si tant est qu’elle soit nationale, n’empêche ni l’ouverture, ni la reconnaissance des apports extérieurs. Et cela passe sans doute aussi par la langue. Qu’après d’autres emprunts arabes comme toubib, clebs, cador, azimut ou magasin, ramdam devienne un terme français d’usage courant, symboliquement, on trouve que ce serait pas mal en France, en ce moment. D’accord, politiquement, cela ne règlerait absolument rien. Mais, parfois, les symboles, cela ne fait pas de mal.
11:26 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française
30.03.2010
Une vigilance
«Vigilante et mobilisée». Telle est l’attitude de la mairie de Paris face à la dernière mauvaise nouvelle en matière de santé concernant la région parisienne, qui est tombée en fin de campagne électorale et a donc été assez largement éclipsée par elle. On veut parler de la multiplication, ces dernières semaines, de cas de tuberculose dans la capitale ainsi que dans sa banlieue. Ce qui confirme que cette affection, dont on a déjà parlé dans ce blog (exemple ici ), est, comme le rappelle l’Hôtel de Ville, tout sauf «une maladie d'un autre temps ou un fléau de pays lointains». Pour preuve, elle frappe même et y compris en 2010 et au cœur de la capitale de la cinquième puissance économique mondiale.
Ainsi, ces dernières semaines à Paris, des cas de tuberculose ont été successivement diagnostiqués dans une école primaire du dix-huitième arrondissement et dans une crèche du dixième. Alors qu’en banlieue, elle a frappé un collège de Clichy sous Bois (nécessitant le dépistage de quelque 800 élèves, encadrants et professeurs), un lycée de Bobigny ainsi que la prison de Villepinte. Du coup, certains à l’UMP envisagent de rétablir la vaccination obligatoire pour les nourrissons et les populations à risques (migrants, précaires, SDF, détenus, etc.), vaccination qui, depuis 2007, n’est plus que fortement recommandée. A leurs yeux, ce retour du BCG obligatoire devrait en tout cas concerner les zones les plus concernées par la maladie: la Seine-Saint-Denis par exemple (banlieue Nord de Paris). C’est le département le plus touché en métropole ; on y recense proportionnellement plus de trois fois plus de cas de tuberculose que dans le reste du pays (32 cas pour 100 000 habitants, contre 9 pour 100 000).
La ministre de la Santé, néanmoins, interrogée l’autre jour sur le sujet au Parlement, continue de préférer s’en tenir à «une action ciblée», qu’elle juge «beaucoup plus efficace que la vaccination obligatoire». En effet, «le vaccin contre la tuberculose empêche non la dissémination du bacille, mais les cas graves. Or, précisément en Seine-Saint-Denis, le nombre des cas chez les jeunes enfants a diminué et le nombre des cas graves a été totalement stoppé: nous n’avons enregistré aucun cas de méningite tuberculeuse».
Pour autant, comme la mairie de Paris, l’Institut de veille sanitaire n’en plaide pas moins pour la vigilance dans ce dossier. Ainsi, dans son dernier rapport sur la question, il vient d’expressément inviter à «poursuivre les efforts en matière de surveillance et de lutte» contre la tuberculose. Et, par exemple, a jugé «prioritaire» un «renforcement de la communication auprès des médecins vaccinateurs, sur l’importance de la vaccination des enfants à risque élevé».
11:02 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, pauvreté, paris, banlieues
29.03.2010
Un renouveau
Ces derniers jours dans le quartier, en matière d’urbanisme et de patrimoine, on a beaucoup parlé de la place de la République. Dont on évoquait dans une note récente le grand projet de lifting, qui vient d’être officiellement dévoilé par la mairie (voir les photos ici). Projet ambitieux puisqu’il s’agit de faire en sorte que, d’ici au printemps 2013, «la "Répu" quitte la catégorie des places courants d'air et gaz carbonique, pour offrir la physionomie conviviale d'une grande place populaire du 21e siècle». Cela dit, en ce qui concerne le patrimoine de l’Est parisien, il est un autre chantier dont on a beaucoup moins parlé ces derniers temps mais qui, comme en catimini, vient, lui, de s’achever. On a pu le constater ce week-end, en passant là un peu par hasard: la restauration de la façade de l’Opéra Bastille est enfin terminée.
Depuis 1996, le bâtiment – qui est généralement assez détesté mais que, nous, on a toujours adoré, on le redisait cet été encore (ici) – était péniblement défiguré. Défiguré par les gigantesques filets qui l’entouraient, destinés à éviter des chutes de pierres sur la chaussée. C’était le résultat de malfaçons dues à l’achèvement précipité de l’édifice à l’époque, afin que le Président Mitterrand puisse l’inaugurer dans le cadre des cérémonies commémorant le bicentenaire de la Révolution de 1789. Le chantier de restauration , entamé en janvier 2008, a consisté à poser 28000 m2 de parements neufs (mélange de pierre, d’ardoise et de granit) en lieu et place des blocs de la façade qui, trop fragilisés, menaçaient de s’effondrer.
Le résultat fait plaisir à voir. A fortiori quand, en ces jours printaniers, le soleil éclatant fait ressortir la couleur sable des pierres de l’édifice et souligne d’autant plus les contrastes avec les parois vitrées. Quatorze ans après la pose de ses filets si disgracieux, ce monumental bâtiment peut enfin être apprécié à sa juste valeur – excellente nouvelle décidément, pour le quartier.
11:11 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, culture, patrimoine
26.03.2010
Une heure
La Ville lumière un peu moins lumineuse que d’habitude, demain soir. Pour la deuxième année consécutive, Paris s’associe à l’opération «Earth Hour, 60 minutes pour la planète» du WWF. Samedi à 20h30 donc, l’éclairage extérieur de plus de 240 monuments et bâtiments de la capitale (le Louvre, l'Hôtel de Ville, Notre Dame, le Panthéon, les Invalides, la place de la Concorde, l’Opéra Garnier, etc), de même que l’éclairage des ponts parisiens et des mairies d’arrondissement, seront éteints pendant une heure. La tour Eiffel, quant à elle, sera plongée dans le noir pendant cinq minutes. Seule l’éclairera, à ses pieds, la lueur de 1600 bougies disposées pour former le chiffre 60 (comme 60 minutes d’obscurité). Plus d’une centaine de pays et plus de 2000 villes dans le monde participeront à cette manifestation, qui est parrainée par le vice-président (français) du GIEC et par ailleurs prix Nobel de la Paix.
L’objectif de l’opération est «de mobiliser le plus grand nombre autour de l’enjeu du dérèglement climatique. 100 jours après le sommet de Copenhague, tous les citoyens ont ainsi l’occasion de rappeler leur volonté de voir les Etats aboutir à un accord international sur le changement climatique équitable, ambitieux et contraignant, lors du sommet de Mexico en décembre 2010».
Une heure en moins d’éclairage un peu partout dans le monde: voilà qui, assurément, ne mange pas de pain et qui, énergétiquement, ne pourra faire que du bien. «Un geste pour la planète»: voilà une manifestation qui, à coup sûr, sera très consensuelle. On s’étonne un peu, toutefois, de ne pas entendre les grincheux, si prompts à prendre la parole en France, qualifier de tarte à la crème ce genre de manifestation.
12:40 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, environnement
25.03.2010
Un si vieux débat
Samedi en France, c’est la journée anti-Sarkozy: le «No Sarkozy Day». Elle s’inspire du «No Berlusconi Day» qui, début décembre à Rome, fit descendre dans la rue des centaines de milliers d’Italiens contre leur chef de gouvernement. Les organisateurs de cette journée se présentent comme de «simples citoyens et militants opposés à la politique du gouvernement», «vigilants et inquiets», agissant «en conscience et indépendamment de tout parti ou syndicat». Ils appellent à des manifestations partout en France samedi – à Paris, ce sera place de la République. Objectif: dénoncer l’«inconséquence politique» du chef de l’Etat, son «échec économique» ou sa «casse sociale».
Depuis son lancement, cette Journée fait pas mal de bruit sur le net. Ainsi, la page FaceBook du «No Sarkozy Day» affiche plus de 380 000 membres, ce qui n'est tout de même pas rien. Dont quelques people: l’écrivain Gilles Perrault, l’activiste Susan Georges, le chanteur San Severino, le philosophe Miguel Benasayag ou les humoristes Christophe Alévèque, Didier Porte et Guy Bedos. Sans oublier l’entarteur belge Noël Gaudin. Signe de son succès (succès d’audience, en tout cas), le «No Sarkozy Day» a déjà donné lieu à une réplique: le «No No Sarkozy Day». Riposte émanant non de sarkozystes, mais d’antisarkozystes. Qui n’en sont pas moins opposés à cette journée car, selon eux, «en tant que Président, Nicolas Sarkozy bénéficie de la légitimité des urnes. Il doit rester cinq ans au pouvoir, assumer ses erreurs jusqu’au bout. Le No Sarkozy Day doit avoir lieu le 7 mai 2012, et pas avant».
Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas nouveau ce débat, à gauche. Début mai 2007 déjà, au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, la question avait déchiré les anti-sarkozystes. D’un côté: ceux qui invoquaient la légitimité du nouveau Président et trouvaient donc anti-démocratique toute contestation du verdict des urnes. De l’autre côté: les manifestants qui, dans notre onzième arrondissement notamment – si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, relire ici ou là –, répliquaient que ce n’était pas parce que les Français avaient élu leur nouveau Président que ses opposants étaient obligés, du coup, de la fermer pendant cinq ans.
Trois ans plus tard donc, chez les anti-sarkozystes, le débat n'a visiblement pas progressé d’un iota.
10:33 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, gouvernement, activisme
24.03.2010
Une série noire
Sinon, pendant que la campagne électorale battait son plein en région parisienne, la communauté Rom y a, une fois de plus, été endeuillée. C’était à la mi-mars. Et, à nouveau, c’est le même scénario dramatique qui s’est déroulé, cette fois en Seine et Marne (grande banlieue Est de Paris), à Saâcy sur Marne plus précisément. En pleine nuit, un violent incendie s’est déclaré dans un cabanon situé dans un camp de caravanes et de baraquements où étaient établis des gens du voyage. Deux fillettes âgées de 6 et 8 ans ont péri dans les flammes. Sept blessés ont dû être hospitalisés. Il semble qu’un poêle à bois défectueux ait été à l’origine du sinistre.
C’est au moins la quatrième fois (relire ici, là ou là) que, ces trois dernières années en région parisienne, un tel drame et dans de telles circonstances endeuille la communauté des gens du voyage. Pourtant, dans les médias français, le décès de ces deux fillettes n'a fait l’objet que d’une brève ou l’autre. Et, que l’on sache, aucune autorité, même pas le plus obscur sous-secrétaire d’Etat, n’a manifesté sa compassion aux familles des victimes. Qui, évidemment, n’ont été reçues nulle part en haut lieu, à l’inverse de tant d’autres victimes de tant d'autres faits divers.
En France décidément, pour certaines personnes tout au moins, les semaines, les mois et les années passent mais rien ne change. Pas de manière visible, en tout cas.
10:53 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, banlieues, etrangers
23.03.2010
Une animation, ou l’autre
Refermons aujourd’hui cette séquence électorale – ce qu’on a fait ce midi, via un chat avec les lecteurs de «La Libre». Si cela vous intéresse et si vous n’avez pas encore eu votre dose de politique régionale hexagonale, c’est ici. Et reprenons notre chronique de la vie quotidienne à Paris. En redescendant dans le métro, qui, ces derniers jours, s’est doublement animé d’une manière inusitée. Comme quoi, un certain activisme n’est pas mort en France.
La première animation a eu lieu dimanche à la station Concorde. Pendant dix jours et jusqu’à demain, cette station, comme trois autres (Champs-Elysées, Saint-Lazare et Opéra), fait l’objet d’une campagne de pub d’Ikea. Qui, pour faire la promo de ses produits, a installé des canapés et fauteuils sur les quais de la station, en lieu et place des traditionnelles banquettes. Dimanche donc, une vingtaine d’artistes, d’étudiants et d’activistes prônant la «désobéissance» ont improvisé un «attentat chorégraphique» à Concorde. A un moment donné, ils se sont mis à danser au rythme des tambours autour de ces canapés. Pour dénoncer le fait que la RATP «déroule le tapis rouge pour les grandes entreprises» désireuses de faire leur pub dans le métro, mais, «en même temps, jette les pauvres dehors». En clair: «choisit le mobilier de ses stations pour empêcher les SDF de dormir dans le métro». Allusion à ces banquettes sur les quais où aiment s’allonger les miséreux, mais qui sont de plus en plus souvent remplacées par des sièges individuels ou affublées d’accoudoirs empêchant la position couchée. L’«attentat chorégraphique» de dimanche se voulait donc une dénonciation de l’«apologie du confort à l'endroit même où se réfugiaient ceux qui en sont privés».
Dans une autre station, Strasbourg-Saint-Denis, on est tombé fortuitement, l’autre soir, sur une autre animation. Dans les couloirs de cette station, un grand nombre de panneaux publicitaires lumineux s’étaient vu privés de leurs réclames habituelles. A leur place? Des affiches artisanales, peinturlurées de slogans décalés contre... le mercantilisme, le matracage publicitaire et/ou la politique du gouvernement. «A bas l’achat, vive les chats!» ou «Doublez votre profit, exigez une nouvelle planète!», a-t-on ainsi pu lire sur ces panneaux piratés. L’un d’eux avait même été rebaptisé «Zone d’intoxication cérébrale». Deux couloirs plus loin, était fustigé le fait que «L’Etat protège les banques, les riches et les entreprises. Et nous, dans tout cela?» On a vu aussi «Les femmes unies jamais ne seront vaincues».
On n’a jamais su si ces panneaux publicitaires si peu habituels étaient le résultat d’une opération activiste ou faisaient partie de la campagne électorale. Voire – avec les pubards, on ne sait jamais – s’ils cachaient en fait… une vraie campagne de pub, jouant sur le principe du teasing. On n’a pas poussé la conscience journalistique jusqu’à rester des heures dans les couloirs de cette station pour voir ce que devenaient ces affiches; on ne sait donc pas si elles ont ou non été très rapidement enlevées par les agents de la RATP.
Ce qu’on a eu le temps de voir, en revanche, c’est la tête tirée par les usagers du métro devant un de ces panneaux en particulier. En substance, il disait: «Moi, j’ai droit à la comparution immédiate et aux peines planchers. Pasqua et Chirac, eux, n’iront jamais en prison». Entre effarement, stupéfaction, colère, incrédulité ou jubilation: la tête des voyageurs qui, au hasard d’un couloir, tombaient sur cette affiche si peu respectueuse de l’ex-Président était assez drôle à observer.
15:59 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, métro, activisme, pauvreté, paris
22.03.2010
Une galère
Galère. Le mot du jour. Et celui d’hier. Galère en effet, dans les bureaux de vote de la capitale. Témoin, ce dialogue saisi au vol dans notre bureau du onzième arrondissement. Vers 18 heures, un jeune préposé accueille avec un «Bravo!» sonore, et un peu ironique, un quidam venu voter. «Bravo! Avec vous, on atteint enfin les 50% de votants». Dans le quartier, a-t-on donc beaucoup plus voté hier que dimanche dernier? «Non, c’était galère», répond le gamin: «A peine quelques votants en plus, à la même heure. Pffff quelle journée pénible, passée à attendre!» De fait, en région parisienne hier, le taux d’abstention a frisé les 53% -- bien plus élevé qu’à l’échelle du pays.
Galère de la démocratie, ensuite. Avec le Front National qui, hier soir, a spectaculairement confirmé son redressement. Les frontistes, on les retrouve y compris à Paris. Pas plus tard qu’il y a un quart d’heure, au kiosque du boulevard Voltaire, un acheteur de journaux s’emportait face au vendeur qui, faute de «Figaro», épuisé dès la première heure, lui proposait «Libé». «Ca va pas, non? La gauche? Et encore quoi!? Moi ce que je veux, c’est que le Front national passe!» Légère gêne du kiosquier, d’origine immigrée.
Galère au boulot pour nous, hier soir. Galère technique au bureau parisien de «La Libre», galère pour le collègue ayant suivi la nuit électorale à «Libé», galère pour les journalistes mobilisés à Bruxelles. Le système n’a pas peu cafouillé. Dès 18 heures, on était, informatiquement, coupé du monde. Sans doute le trafic de la bande passante qui a explosé suite à l’afflux de connections d’internautes français à la recherche, dès la fin de l’après-midi, des résultats électoraux sur les sites web d’info belges. Du coup, pas mal de sueurs froides pendant toute la soirée. C'est modérément intéressant, on en convient, cette cuisine interne. Mais cela illustre une fois de plus ce que le grand public sait peu de la presse, généralement. A savoir le temps incroyable passé par les journalistes non à faire leur boulot (recueillir l’info, faire attention à ce que l’on écrit, etc.) mais à se prendre la tête avec la technique. Heureusement que quatre valeureux informaticiens, mobilisés pendant toute la soirée à la rédaction de Bruxelles, sont parvenus à éviter un plantage général du système. Le journal de ce matin aurait eu l’air malin, avec six pages électorales françaises complètement blanches. N’empêche, si déjà le système sature avec des élections régionales qui n’intéressent personne, cela promet pour la soirée électorale du premier tour de la présidentielle, en 2012...
Galère encore, et enfin, dès ce soir en région parisienne. Ce n’est pas le moindre des paradoxes. La campagne électorale, dans la capitale, a été centrée sur les transports. Avec notamment la gauche, gagnante comme prévu, qui, dans son dernier tract, promettait d’«accélérer la révolution entamée» dans ce secteur, et singulièrement dans le RER. Or, dès ce soir, ce sera sans doute à nouveau l’horreur dans ces mêmes RER, vu un mouvement de grève pour la défense de l’emploi, des salaires, des retraites et de la fonction publique. A Matignon hier soir, on annonçait sereinement «la continuité» au sommet de l’Etat, malgré le fiasco électoral. Dès ce soir et demain sur le terrain parisien, pour des millions de banlieusards, ce sera la continuité oui: dans la galère.
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19.03.2010
Un «transfert»
De la cuisine interne dans ce blog, aujourd’hui. Car c’est une journée de boulot un peu spéciale pour nous ce vendredi, avant-veille du dénouement des élections régionales françaises. En effet, professionnellement, on est… transféré. Comme une star de foot en plein Mercato; non non, pour beaucoup moins cher, et même pour pas un rond – mais on est quand même ravi de ce «transfert» ;-)
Explication. Aujourd’hui, on ne va pas passer la journée au bureau parisien de «La Libre», mais à la rédaction de «Libération». Transfert journalistique très ponctuel – rassurons ou désespérons, c’est selon, nos lecteurs. En effet, dans le cadre du partenariat rédactionnel, déjà ancien, unissant ces deux journaux, leurs deux hiérarchies, qui se connaissent bien, ont mis au point un projet de couverture un peu spéciale pour le second tour, dimanche, de ce scrutin hexagonal. Résultats dans les pages de «La Libre», version papier, samedi matin déjà, lundi matin surtout.
Cela tombe bien: pour changer ainsi de lieu de travail aujourd’hui, on ne devra vraiment pas aller bien loin. La rédaction de «Libé», en effet, est située à deux pas des locaux parisiens de «La Libre». Entre ces derniers, situés pas loin de Bastille, et le siège du grand quotidien français, derrière la place de la République, il y a dix minutes à pied, à tout casser. Un voisinage géographique qui relève du pur hasard. Mais qui, en ces journées si chargées, tombera à point nommé.
07:55 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : elections régionales, presse, journalisme
18.03.2010
Une nébuleuse
A chaque élection, cela ne rate pas: une kyrielle de petits partis tentent de séduire l’électorat censé déçu par les formations traditionnelles. Ces élections régionales n’échappent pas à la règle. Mais dimanche, cette nébuleuse politique alternative n’a pas du tout mobilisé l’électorat. Ainsi, l’«Alliance écologiste indépendante», écologistes de droite menés par des people comme le chanteur Francis Lalanne ou l’ex-M.Météo Patrice Drevet, n’a récolté au premier tour que 40.000 voix en région parisienne, soit 1,4% des 3 millions de votants. Fiasco encore pire pour «Emergence», la «liste aux couleurs de la France des banlieues», issue du milieu associatif des «quartiers» comme on dit, et qui voulait remplacer «le disque rayé de la démocratie»: 12.000 voix, 0,4% de l’électorat.
A Paris dimanche, les électeurs pouvaient aussi voter pour une liste… anti-avortement. Cette «Liste chrétienne» revendiquait le soutien d’une association militante baptisée d’un acronyme qui en dit long: AMEN, comme «Arrêtons le massacre des enfants à naître». Pendant la campagne, les candidats de cette liste avaient été dénoncés comme étant «des fous de Dieu» par le Front de gauche. Mais, alors que la France vient de fêter le trente-cinquième anniversaire du vote de la loi Veil ayant, en 1975, dépénalisé l’IVG, ces «fous de Dieu» ont fait un flop: 24.000 voix en région parisienne, soit 0,8% de l’électorat.
Tiens, dans la même mouvance idéologique, ces derniers jours dans le onzième arrondissement, «Les Volontaires du Roi» ont collé des stickers dans les rues de notre quartier. Ces «Volontaires» fleurdelysés sont le «Groupe d’Action Royaliste». Eux n’étaient pas candidats aux élections régionales. On ne saura donc pas combien de Français prônent, comme eux, l'abolition d’«un système politique décadent», la montée sur le trône de «l'héritier légitime de la couronne de France» (le «prince Jean de France, duc de Vendome»), l'«abrogation du regroupement familial, la restriction drastique du droit d’asile, la récupération du contrôle de nos frontières», etc. Sans oublier: «débarrasser le débat éducatif des idéologies pernicieuses», en particulier de «l’idéologie dite soixante-huitarde» -- sur ce dernier point au moins, Nicolas Sarkozy en personne applaudira.
Dommage, dans un sens, que ces «Volontaires du Roi» n’aient pas été candidats aux élections: on aurait pu voir si les royalistes de France sont, ou non, aussi groupusculaires que les républicains de Belgique, qui prônent le rattachement de la Wallonie à la France.
11:29 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : elections régionales, paris, folklore, femmes, belgique



