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12/04/2010

Un équilibr(ism)e

Pas facile d’être une capitale internationale, de vouloir traduire cette ouverture au monde dans la dénomination de ses rues et places, et, ce faisant, de ménager toutes les sensibilités. D’où la nécessité pour les politiques, en cette matière, de procéder à de savants équilibres – à moins qu’il ne s'agisse d'équilibrisme. On le verra encore à Paris cette semaine. Lorsque, quai Branly, Bertrand Delanoë et le Président israélien Shimon Peres inaugureront la nouvelle place David Ben Gourion.

 

Par cette place dédiée à la figure historique du sionisme, premier leader d'Israël après l'indépendance de 1948, la mairie entend «inscrire dans le paysage parisien le nom d’un des plus grands hommes du vingtième siècle». Le maire a bien précisé que cet hommage ne marquait «aucunement une adhésion à la politique actuelle du gouvernement israélien». Les associations pro-palestiniennes n’en sont pas moins furax. Pour elles, Ben Gourion est avant tout celui qui a «dirigé l’expulsion sanglante de centaines de milliers de Palestiniens en 1948 et la destruction de centaines de leurs villages».

 

Au sein même de la majorité de gauche, l’initiative divise. Ainsi, les élus communistes n’ont pas apprécié que soit rejetée leur idée d’une place ou d’une rue parisienne à la mémoire de Yasser Arafat. A leurs yeux, un tel hommage au leader palestinien «ne serait que réparer une injustice, alors qu’il existe déjà un lieu au nom de Yitzak Rabin» dans la capitale – Yitzak Rabin avec qui, pour mémoire, Yasser Arafat partagea jadis son Prix Nobel de la Paix. Refus catégorique de Bertrand Delanoë. Pour qui «ce n’est pas le moment: Yasser Arafat reste un personnage controversé».

 

On déduit de cet argument que les rues et places de Paris ne doivent porter que des noms consensuels. Bertrand Delanoë doit souffrir d’amnésie. Il doit avoir oublié les manifestations et la controverse qui ont accompagné son initiative, il n’y a pas si longtemps, de rebaptiser place Jean-Paul II le parvis de la cathédrale Notre-Dame.

 

Une place Ben Gourion dans la capitale française donc, mais pas de place Yasser Arafat. Tout de même, par souci d’équilibr(ism)e, la mairie profitera d’une prochaine visite à Paris du Président palestinien Mahmoud Abbas pour inaugurer, rive gauche, une place Mahmoud Darwich, du nom du grand poète palestinien décédé en 2008. On ne sait si, à cette occasion, il sera rappelé, dans les discours, que ledit poète, de son vivant, était membre de l’OLP.

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