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19/04/2010

Un sens

On ne vas pas s’ériger en donneur de leçons: on est le premier à savoir, et à avoir expérimenté, que les journalistes parfois, dans le feu de l’action, ont rarement le temps de peser leurs mots comme ils le devraient. Mais comprendre ces maladresses lexicales n’empêche pas de les relever. En l’occurrence, dans cette histoire d’espace aérien paralysé par ce fameux volcan islandais, on a été doublement servi ces derniers jours, dans les médias français.

 

Ainsi, ce terme «naufragé» qui, à longueur de reportages ce week-end, a été appliqué à ces voyageurs coincés dans les aéroports (*). On compatit à leur sort: il doit y avoir plus agréable que de passer ses nuits sur des banquettes de terminal d’aéroport. On a d’ailleurs un ami parisien qui, depuis vendredi soir, campe à l’aéroport d’Osaka et deux autres qui, devant partir à New York mercredi, commencent sans doute à s’inquiéter. Mais, pour nous, le «naufragé», jusqu’à nouvel ordre, c’est tout de même avant tout ce clandestin africain dont on retrouve le cadavre sur une plage italienne, parmi les baigneurs indifférents, ou ces familles entières de crève-la-faim qui, au large de Mayotte ou d’ailleurs, périssent en pleine mer. Ce ne sont pas ces pauvres touristes qui sont obligés, pendant quelques jours, de manger des sandwiches mous d’aéroports ou de loger dans des hôtels Formule 1 au bord des pistes. Ce matin, on a même vu un grand journal rebaptiser ces infortunés voyageurs du terme de «réfugiés». Les mots ont un sens.

 

Le deuxième exemple de langue journalistique qui, dans la précipitation, dérape, c’était vendredi soir. Lorsque l’Europe entière semblait soudain prise de panique à propos des conséquences sanitaires éventuelles de ce nuage de cendres volcaniques qui finirait par la survoler voire par fondre sur elle en tornades de poussières obscures. Evoquant ces possibles précipitations, une journaliste, sur on ne sait plus trop quelle radio, finit par carrément envisager une «pluie noire» chargée de cendres volcaniques. Pluie noire. On était abasourdi. Cette expression, en effet, désigne la pluie radioactive meurtrière («kuroi ame», en japonais) qui, le 6 août 1945, s’abattit sur Hiroshima, irradiant les rares rescapés de l’explosion de la bombe atomique. Des termes historiquement aussi lourds appliqués à un tel cas de figure, c'était absolument consternant.

 

Les mots ont un sens.

 

 

 

(*) Au fond, combien de Français compte-t-on parmi ces voyageurs bloqués dans les aéroports? 50.000, assurait-on vendredi soir. 150.000, a-t-il été corrigé dimanche. 200.000, a précisé ce matin le secrétariat d’Etat au Tourisme. Rien que l’évolution de ces chiffres montre combien les autorités sont complètement dépassées par la situation.

Commentaires

Oui tout cela participe de l'abus de langage qu'on voit fleurir partout;
"Naufragé" ou "Réfugié" pour désigner les touristes en rade, c'est un abus de langage; tout comme traiter de "fasciste" quelqu'un qui propose un minimum de discipline à l'école, ou de "discriminante" une carte de voeux avec un joyeux noel dessus;
Ben oui, il n'y a pas deux poids deux mesures hein

Écrit par : thalyssette | 27/04/2010

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