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30/04/2010

Une cérémonie

Comme quoi parfois, le temps n’efface pas le souvenir. Cela se passe demain matin à Paris. C’est une cérémonie d’hommage qui y a lieu sans exception chaque premier jour de mai, depuis quinze ans maintenant. Depuis ce 1er mai 1995, jour où Brahim Bouarram, un jeune beur sans histoire, âgé de 29 ans, périt noyé dans la Seine après y avoir été jeté par des militants d’extrême droite en débandade, de retour du défilé annuel du Front National – le parti de Jean-Marie Le Pen n’a jamais voulu reconnaître la moindre responsabilité dans ce drame. Depuis, chaque premier jour de mai, se réunissent au pont du Caroussel, d’où le jeune homme a été précipité dans les flots, anonymes et associations pour rendre hommage aux victimes de crimes racistes en France.

 

Une année ou l’autre, on a déjà été témoin de cette cérémonie, passant là à ce moment. On en a gardé le souvenir que c’était très digne. Davantage silencieux que revendicatif. Emouvant, même. Invariablement, les Parisiens présents achèvent cet hommage en descendant des quais vers les berges de la Seine. Où ils déposent des gerbes de fleurs qui ensuite s’en vont, colorées, dérivant paisiblement dans le gris du fleuve. A l’époque, on s’en souvient, on avait trouvé que la délicatesse de ce geste et la permanence de ce souvenir contrastaient heureusement avec la sauvagerie sans nom de ce crime. 

29/04/2010

Une insatisfaction

ESCALE_AORLY.jpgCe mois-ci, les aéroports ont occupé la Une de l’actualité européenne, des centaines de milliers de voyageurs ayant été contraints d’y camper à la suite de la paralysie du trafic aérien. A Paris, les deux grands aéroports commerciaux, Roissy et Orly, ont eux aussi accueilli nombre de ces infortunés passagers. Mais pas sûr que ces derniers aient apprécié leur séjour. Ces deux plateformes, en effet, viennent à nouveau de se distinguer négativement dans une enquête de satisfaction.

 

Pour rappel, l’automne dernier déjà (relire ici), un site internet de voyages canadien avait décerné à Roissy-Charles de Gaulle le titre de pire aéroport du monde. Lui étaient notamment reprochés son état de propreté très perfectible, l’inconfort de ses salles d’attente ou la compétence relative du personnel chargé de renseigner les usagers. Cette fois, c’est l’Union française des consommateurs (UFC) qui vient de taper sur le clou. Comme d’autres associations européennes de consommateurs, elle a soumis soixante aéroports et compagnies aériennes du vieux continent à une enquête de satisfaction, réalisée auprès de voyageurs de cinq pays: France, Belgique, Espagne, Italie et Portugal. Les résultats de ce test comparatif ne sont accessibles en ligne qu’aux abonnés de l’UFC, mais on peut vous dire qu’en gros, ils sont mauvais pour Roissy et Orly.

 

Ces deux aérogares, en effet, arrivent en queue de ce classement européen. Orly s’en sort relativement mieux que Roissy, même si la vétusté de cet aéroport a souvent été notée par ses usagers. En revanche, Charles de Gaulle est étrillé par les participants au test comparatif. C’est surtout la conception de CDG qui est en cause. Au fil des chantiers de modernisation qui y ont été menés ces dernières années, il s’est beaucoup étendu. Du coup, ses usagers le jugent peu lisible et peu fluide. Dans cette infrastructure très vaste et éclatée en de nombreux terminaux, ils ont des difficultés à s’y retrouver. Ils regrettent de devoir souvent longuement cheminer avant de parvenir à leurs points de destination: salles d’embarquement, guichets d’enregistrement, comptoirs de compagnies aériennes ou autres lieux de stationnement des navettes à destination de la capitale. Reproche final mais non des moindres: l’accès à CDG depuis Paris est jugé peu efficace; voici à nouveau les problèmes des taxis chers et du réseau de RER laborieux.

 

roissy.jpgVoilà donc un énième mauvais bulletin accordé au deuxième plus gros aéroport européen. «Le pari de la qualité est naturellement plus difficile à tenir pour les plateformes les plus fréquentées» par rapport aux aéroports moinsbondés, reconnaît l’UFC. Qui note tout de même que quelques-uns parmi ces plus grands aéroports, Francfort par exemple, parviennent, eux, à remporter ce pari de la qualité.

 

 

 

PS : A noter que, plutôt que de s’appesantir sur les résultats de ce test comparatif, la société Aéroports de Paris (ADP) a préféré communiquer sur la vente record réalisée l’autre jour dans une des boutiques de CDG. Où «une passagère a dépensé en quelques minutes près de 30 000 euros», en achetant notamment une bouteille de Romanée Conti 1986 mise à prix à 25 000 euros. C’est évidemment un sujet plus glamour que les vulgaires problèmes de RER.

28/04/2010

Un «favoritisme»

Gros succès médiatique pour la méga-descente de tracteurs sur Paris, hier. Un indéniable succès public, aussi. On l’a vu y compris le long des grands boulevards de notre onzième arrondissement: les Parisiens, fréquemment, ont accueilli avec des applaudissements et des encouragements les milliers de céréaliers venus défiler dans la capitale. Le caractère si visuel de leur démonstration de force a aussi plu, ici. Ainsi, on a vu des gamins se faire prendre en photos, très excités devant des tracteurs dont les roues étaient aussi grandes qu’eux.

 

Cela dit, toute la corporation agricole n’était pas dans la rue. Témoins, ces récriminations entendues hier dans la bouche d’un responsable de la Confédération paysanne. Ce syndicat minoritaire, nettement moins proche du pouvoir que la FNSEA – le syndicat majoritaire, organisateur de la journée d’hier, et lui plutôt à droite –, n’a pas défilé. Il soupçonne les grands céréaliers de vouloir continuer à bénéficier sans distinction de leur rente de situation. Alors que la Confédération, elle, plaide pour une redistribution des aides au secteur en fonction de critères comme les particularités régionales ou les efforts faits en matière environnementale.

 

Hier, les amis de José Bové, jadis figure de proue de la Confédération, ont même fustigé le «favoritisme» dont bénéficerait la FNSEA, de la part des forces de l’ordre. Plus d’un millier des tracteurs de ce syndicat ont reçu l’autorisation de défiler dans Paris. Alors que, lors d’un précédent coup médiatique, la Confédération, elle, avait dû redoubler de ruses et de stratagèmes (recours à une bétonnière, etc.) pour déjouer la surveillance des autorités et parvenir à symboliquement positionner un seul et unique tracteur sous la Tour Eiffel. «C’est clairement la règle du deux poids, deux mesures», dénonçait hier un syndicaliste de la Confédération.

 

Plutôt que de voir leurs tracteurs autorisés eux aussi à défiler sur les grands boulevards de la Ville Lumière, les amis de José Bové doivent se contenter de gestes symboliques. Ainsi, c’est sans le moindre problème que, dernièrement, la préfecture de police de Paris a accepté leurs distributions gratuites de produits laitiers aux habitants, place de la République notamment. Et, il n’y a pas si longtemps, l’alors secrétaire d’Etat à l’Environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet, avait claqué la bise à José Bové devant une nuée de caméras, à la sortie de négociations ministérielles. A l’époque, d’ailleurs, cette marque publique d’affection ministérielle envers un faucheur d’OGM multirécidiviste n’avait pas été appréciée à l’UMP. Et depuis, Nathalie Kosciusko-Morizet a été mutée: elle n’est plus que secrétaire d'Etat en charge «de la prospective et du développement de l'économie numérique». Assurément un secteur politique moins sensible que l’agriculture.

27/04/2010

Une descente

tracteur.jpgPuisqu’on parlait d’embouteillages dans la note d’hier, on s’était dit qu’aujourd’hui, on se féliciterait une fois de plus et plus que jamais d’être un Parisien non-motorisé. Ce mardi, en effet, une congestion automobile d’une ampleur historique est annoncée dans la capitale française. Où 10.000 agriculteurs céréaliers, juchés sur 1.300 tracteurs, ont décidé de converger pour dénoncer la dégradation de la situation économique de leur secteur. Nos quartiers de l’Est parisien sont particulièrement concernés par cette alerte noire aux embouteillages. Puisque cet immense cortège agricole est programmé, entre 10h30 et 15 heures, sur l’axe Nation-République-Bastille – axe déjà chroniquement saturé. Ce mardi, dès lors, s’annonçait comme une infernale journée de coups de klaxon, d’embouteillages, d’énervements et de pollution massive.

 

Et bien, non. Pas pour l’instant et pas dans notre quartier, en tout cas. C’était stupéfiant ce matin, dans les rues des environs de Bastille: elles étaient presque désertes et silencieuses comme un dimanche. N’était le vacarme des rotors des hélicoptères des forces de sécurité tournoyant déjà dans le ciel, on aurait presque entendu le chant des oiseaux. Sur le chemin du bureau, à peine a-t-on croisé quelques automobiles. Car nombre de Parisiens et de banlieusards, visiblement, ont laissé la voiture au garage aujourd'hui, de peur d’être coincés pendant des heures dans les inextricables embouteillages que promettait cette descente d’agriculteurs sur la capitale.

 

Au passage, ce défilé de tracteurs sera une merveilleuse leçon de choses pour les enfants de la capitale, dont la plupart n’ont l’occasion de voir ce genre de véhicules qu’une fois par an, au grand Salon de l’agriculture.

26/04/2010

Un sang chaud?

Non, les automobilistes circulant dans Paris n’y sont pas, à longueur de journées, coincés dans les embouteillages. C’est l’impression qu’on pourrait en avoir, vu du trottoir? En tant qui piéton, on confirme. Pas plus tard que ce matin, boulevard Voltaire, dans notre onzième arrondissement, on était effaré combien cela bouchonnait, polluait et klaxonnait. Mais non, s’il faut en croire une étude européenne sur la vitesse de circulation automobile dans une soixantaine de villes de plus de 500.000 habitants. Dans ce classement des cités les plus embouteillées, Paris ne pointe qu’à la neuvième position. Certes, on y roule plus mal qu’à Saragosse, Valence, Zaghreb ou Stockholm. Mais le calvaire du conducteur parisien moyen est infiniment moindre que celui d’autres automobilistes citadins, y compris de pays très voisins.

Ainsi, la Belgique. Selon ce classement – réalisé au départ des relevés de vitesse envoyés par les utilisateurs de GPS – , la ville la plus embouteillée d’Europe n’est autre que Bruxelles. L’automobiliste bruxellois rencontrerait quotidiennement des retards sur 37,7% du réseau routier de cette capitale. Derrière cette médaille d’or belge, on retrouve, sur ce podium européen de la congestion automobile, deux villes polonaises: Varsovie et Wroclaw. On remarque aussi qu’en France, cela bouchonne moins à Paris qu’à Marseille. Et qu’à l’échelle européenne, le cauchemar des automobilistes a pour noms Belfast, Dublin, Edimbourg ou Londres.

Les automobilistes parisiens ne sont donc pas si souvent coincés que cela dans les embouteillages. D’où, une question: pourquoi diable klaxonnent-ils autant? Klaxonnent en tout cas bien davantage que leurs voisins bruxellois, d’après le souvenir qu’on a gardé de nos deux dizaines d’années vécues dans la capitale belge. Le Parisien teigneux au sang chaud ne serait-il pas un cliché? Et le Bruxellois placide et bon vivant, pas une caricature?

23/04/2010

Un décloisonnement

grandpalais.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Ce sera le gros chantier culturel à Paris, ces prochaines années. Et il a été présenté cette semaine. Il concerne le Grand Palais, ce sublime édifice non loin de la Seine. Qui, après avoir longtemps vivoté et même, physiquement, pourri sur pieds, commence à trouver sa place dans le paysage culturel, pourtant déjà si vaste, de la capitale.

 

Mais cet immense paquebot se sent trop à l’étroit pour remplir toutes ses ambitions. Trop cloisonné surtout, lui qui est divisé entre le Palais proprement dit, les Galeries nationales et le Palais de la découverte. Le projet de rénovation présenté mercredi entend renouer avec le faste, les volumes aérés et les expositions populaires des débuts du Grand Palais, lors de l’Expo universelle de 1900. Dès lors, la nef du premier étage va être dotée de galeries d’expositions suppplémentaires. Une section spécialement dédiée aux activités numériques sera créée. Les espaces du bâtiment aujourd’hui sous-utilisés seront revus, et leur réorganisation fera l’objet d’un concours international d'architecture. Le tout permettra de doubler la capacité d’accueil de l’ensemble, la faisant passer de 10.000 à 20.000 visiteurs par jour.

 

Les travaux ne devraient pas être achevés avant plusieurs années. Leur budget sera de 236 millions d'euros, payé pour moitié par le ministère de la Culture. Le Grand Palais devant s'aquitter de l'autre moitié de l'addition, il prévoit l’installation en son sein de cafétéria, boutiques et autres espaces marchands – ben voyons, il faut bien trouver les fonds quelque part...

 

Tout aussi prosaïquement, l’amateur d’art fréquentant ce lieu, au-delà de futurs éblouissements culturels éventuels, sentira très physiquement l’amélioration de son confort de visite. En effet, le projet de rénovation prévoit «l’installation d’un système de régulation thermique dans la nef». Excellente nouvelle. Car ce n’est vraiment pas un luxe. Aujourd’hui, en effet, en dehors de la belle saison, il fait souvent péniblement froid dans cet édifice visiblement très difficile à chauffer vu ses dimensions colossales. Dès lors, son décloisonnement et l’augmentation de ses surfaces utiles étaient difficilement imaginables sans une amélioration en la matière.

22/04/2010

Une consolation

François Fillon dirige un gouvernement dont la politique, sondage après sondage, est massivement désapprouvée par l'opinion. Il s'en consolera peut-être avec son nouveau statut d'«Homme de l’Année». En effet, c’est le titre qui sera décerné ce soir au Premier ministre français, dans le cadre select de l’Automobile Club de France, place de la Concorde à Paris. L’Automobile Club, car ce «Prix de l’Homme de l’Année» lui est attribué par le magazine… «Le Journal de l’Automobile». Cela ne vaut pas un Nobel? L’hôte de Matignon, ici aussi, s’en consolera en ayant une pensée émue pour son fief électoral de la Sarthe (Région Pays de Loire), le département du Mans et donc aussi celui de son célèbre circuit des 24 Heures.

 

Ce n’est pas seulement parce qu’il est fan de course automobile et même pilote à ses heures – du moins, quand son dos fragile ne le cloue pas au lit – que François Fillon est récompensé. C’est parce que, ces derniers mois, son gouvernement a pris une batterie de mesures pour soutenir une industrie automobile frappée de plein fouet par le ralentissement économique. Prêts bonifiés aux constructeurs, Fonds stratégique d’investissement, Fonds de modernisation des équipementiers automobiles et autres primes à la casse, soit «autant de dispositifs qui ont permis au secteur automobile de faire face à la crise». Autant d’«aides directes et indirectes (qui) ont permis au marché de progresser en volume et de limiter les dégâts en valeur», dixit la délibération du jury de ce prix masculin annuel.

 

Dans son ode à François Fillon, le «Journal de l’Automobile», toutefois, reste assez pudique. En effet, il s’abstient de mentionner les récents reports sine die, et controversés, de la taxe carbone puis de l’écotaxe sur les poids lourds, deux mesures qu’appréciait peu l’industrie automobile. Le jury de l’«Homme de l’Année» a-t-il donc craint que, s'il en faisait trop en faveur de son lauréat, ce dernier soit accusé par ses détracteurs d’être à la solde du lobby de la bagnole? 

21/04/2010

Un (nouveau) monde

Matrix en France, suite. Ou l’entrée des nouvelles technologies les plus pointues, dignes d’un film d’anticipation, dans la vie quotidienne. Ce blog avait déjà évoqué le ticket de métro virtuel, l’audioguide de musée téléchargeable sur portable, le parking payé par téléphone mobile, ou l’empreinte digitale permettant de passer plus rapidement les contrôles aux aéroports. Deux autres expérimentations du même acabit viennent d’être lancées.

 

Ainsi, un centre hospitalier a été autorisé (ici) à expérimenter un dispositif biométrique lui permettant de contrôler l'identité de ses patients. Ce dispositif repose sur la reconnaissance de l'empreinte digitale, couplée à la constitution d'une base de données biométriques. Des limites ont toutefois été posées. Par exemple, la durée de conservation des données biométriques par l’hôpital sera limitée à la durée de la prise en charge thérapeutique du patient.

 

Autre innovation – à moins que ce soit un gag, vu que l’annonce en a été faite le 1er avril, jour de cette (fatigante?) tradition de poisson – : une banque cette fois a reçu l'autorisation (ici) d'expérimenter un système de paiement avec... authentification du réseau veineux du doigt. Explication: «Les personnes souhaitant participer à cette expérimentation pourront se rendre dans leur agence bancaire afin d'enregistrer le gabarit du réseau veineux de leur doigt dans leur nouvelle carte bancaire. Une fois cette opération réalisée, le porteur pourra, lors d'un achat en magasin, s'authentifier à l'aide de son doigt au lieu de saisir un code secret». L’organe de contrôle a jugé cette expérimentation proportionnée, car «le réseau veineux est considéré, en l'état de la technologie, comme une biométrie sans trace, c'est-à-dire non susceptible d'être captée à l'insu de la personne».

 

Bientôt à Paris, pour retirer de l’argent, suffira-t-il de simplement fixer des yeux l'écran du distributeur automatique de billets de banque?

20/04/2010

Une honte?

plaque75paris.jpgAprès un égarement hier, actualité du week-end oblige, dans les nuages d’altitude rendus inaccessibles par ces satanées cendres volcaniques, retour aujourd’hui au ras du bitume de Paris. Paris et sa mauvaise image chronique. Celle d’une grande ville peuplée de citadins invariablement perçus comme prétentieux, râleurs, hystériques et/ou bobos. Cette image, au fil des ans, n’a pas l’air de s’arranger. Le ministère de l'Intérieur vient à nouveau de le constater, en analysant les données fournies depuis l’entrée en vigueur du nouveau système d’immatriculation des véhicules. Pour rappel, l’automobiliste français est désormais libre de choisir à sa guise le numéro d’indentification du département qui figure sur sa plaque minéralogique. Or, les statistiques du ministère indiquent que le fameux chiffre 75 n'y a décidément plus la cote.

 

Sur les quelque 7 millions de véhicules enregistrés en vertu de ce nouveau dispositif, les  numéros de département qui font un tabac sont le 59 (Nord), le 13 (Bouches-du-Rhône), le 69 (Rhône), le 33 (Gironde) ou le 76 (Seine-Maritime). En revanche, particulièrement boudés par les automobilistes, ces derniers mois, ont été deux départements de banlieue parisienne à l’image très figée. A savoir le 93 (la Seine-Saint-Denis, l’un des plus pauvres de France) et le 92 (les richissimes Hauts-de-Seine). Mais le pompon national du désamour revient à notre cher 75, à Paris donc. Au point que, désormais, deux tiers des véhicules vendus dans la capitale française finissent sur les routes avec une plaque d’immatriculation se référant à un autre département.

 

Les automobilistes parisiens auraient-ils honte de leur département de domicile?

 

Sans doute faut-il nuancer. Nombre de conducteurs parisiens ayant choisi une plaque mentionnant un autre département ont pu ce faire non par honte de leur lieu de domicile, mais simplement par attachement affectif à leur région d’origine – étant entendu que relativement peu nombreux sont les Parisiens véritablement de souche, à savoir installés depuis plusieurs générations dans la capitale. Mais pas mal de ces Parisiens n’assumant pas leur 75 doivent tout de même avoir fait ce choix par lassitude. Lassitude de subir les récriminations et autres quolibets des automobilistes dès le périphérique franchi, et a fortiori à l’étranger.

 

Etre fier de ce que l’on est, s’assumer dans la vie, va-t-il jusqu’au "coming out", si l’on ose dire, puis à la revendication de son identité minéralogique? Ou, dans ce cas, l’humilité et la discrétion sont-ils de bon aloi, les automobilistes parisiens ayant souvent la réputation d’être d'assez mauvais conducteurs? On laissera à nos lecteurs parisiens et automobilistes le soin de répondre éventuellement à ces questions si existentielles. Vu que nous, la veille de s'installer à Paris, on a revendu la voiture et, depuis donc, on n'est plus motorisé –  jamais d'ailleurs on ne l'a regretté.

19/04/2010

Un sens

On ne vas pas s’ériger en donneur de leçons: on est le premier à savoir, et à avoir expérimenté, que les journalistes parfois, dans le feu de l’action, ont rarement le temps de peser leurs mots comme ils le devraient. Mais comprendre ces maladresses lexicales n’empêche pas de les relever. En l’occurrence, dans cette histoire d’espace aérien paralysé par ce fameux volcan islandais, on a été doublement servi ces derniers jours, dans les médias français.

 

Ainsi, ce terme «naufragé» qui, à longueur de reportages ce week-end, a été appliqué à ces voyageurs coincés dans les aéroports (*). On compatit à leur sort: il doit y avoir plus agréable que de passer ses nuits sur des banquettes de terminal d’aéroport. On a d’ailleurs un ami parisien qui, depuis vendredi soir, campe à l’aéroport d’Osaka et deux autres qui, devant partir à New York mercredi, commencent sans doute à s’inquiéter. Mais, pour nous, le «naufragé», jusqu’à nouvel ordre, c’est tout de même avant tout ce clandestin africain dont on retrouve le cadavre sur une plage italienne, parmi les baigneurs indifférents, ou ces familles entières de crève-la-faim qui, au large de Mayotte ou d’ailleurs, périssent en pleine mer. Ce ne sont pas ces pauvres touristes qui sont obligés, pendant quelques jours, de manger des sandwiches mous d’aéroports ou de loger dans des hôtels Formule 1 au bord des pistes. Ce matin, on a même vu un grand journal rebaptiser ces infortunés voyageurs du terme de «réfugiés». Les mots ont un sens.

 

Le deuxième exemple de langue journalistique qui, dans la précipitation, dérape, c’était vendredi soir. Lorsque l’Europe entière semblait soudain prise de panique à propos des conséquences sanitaires éventuelles de ce nuage de cendres volcaniques qui finirait par la survoler voire par fondre sur elle en tornades de poussières obscures. Evoquant ces possibles précipitations, une journaliste, sur on ne sait plus trop quelle radio, finit par carrément envisager une «pluie noire» chargée de cendres volcaniques. Pluie noire. On était abasourdi. Cette expression, en effet, désigne la pluie radioactive meurtrière («kuroi ame», en japonais) qui, le 6 août 1945, s’abattit sur Hiroshima, irradiant les rares rescapés de l’explosion de la bombe atomique. Des termes historiquement aussi lourds appliqués à un tel cas de figure, c'était absolument consternant.

 

Les mots ont un sens.

 

 

 

(*) Au fond, combien de Français compte-t-on parmi ces voyageurs bloqués dans les aéroports? 50.000, assurait-on vendredi soir. 150.000, a-t-il été corrigé dimanche. 200.000, a précisé ce matin le secrétariat d’Etat au Tourisme. Rien que l’évolution de ces chiffres montre combien les autorités sont complètement dépassées par la situation.

16/04/2010

Un enterrement

Tiens, puisqu’on parlait hier de la restauration rapide: il y a du neuf dans cette grosse affaire du mois dernier, à propos des hamburgers halal expérimentés par Quick dans quelques-uns de ses restaurants (si vous n’aviez pas suivi cela à l’époque, c’est ici, et ). En effet, a-t-on appris en fin de cette semaine, les opposants à cette initiative n’ont pas été suivis par la justice.

 

Ainsi, avant de se raviser quelques jours plus tard, le maire (PS) de Roubaix (Nord), une des villes concernées par l’expérimentation, avait porté plainte contre Quick pour discrimination. Argument: dans ses fast-food halal, la fourniture de services (= de burgers) serait illégalement subordonnée à l’appartenance ou non à une communauté religieuse. La police judiciaire de Lille avait été chargée de l’enquête. Mais finalement, vient-on d’apprendre, cette plainte a été classée sans suite par le parquet. Le procureur, en effet, a considéré que l'infraction n'était «pas constituée» puisque, dans ces Quicks servant des burgers halal, sont disponibles aussi, pour les clients non-musulmans, des salades ainsi que des sandwiches au poisson ou au fromage: autant de menus non halal.

 

Enterrement judiciaire de la polémique, donc. Dès le début, on s’était dit que le tumulte autour de ces burgers «muslim friendly» était tellement exagéré qu’il en devait insensé, voire suspect ou carrément très peu sympathique politiquement.

 

 

 

PS : Sinon, même si cela n’a strictement rien à voir, du neuf aussi hier dans un autre feuilleton ayant déjà pas mal alimenté ce blog. Une saga elle beaucoup plus grave puisque meurtrière. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un incendie s’est déclaré dans un campement de gens du voyage de Gagny (banlieue ouest de Paris). Un garçonnet âgé de cinq ans y a trouvé la mort. Brûlées à 80%, sa sœur, âgée de deux ans, et sa mère ont dû être hospitalisées et sont dans un état très grave. C’est au moins la cinquième fois que, ces dernières années, pareil drame se produit en région parisienne. Si une telle série noire donnait envie de chantonner, on pourrait sans doute reprendre Cabrel: «Et ça continue, encore et encore. C'est que le début d'accord, d'accord».

15/04/2010

Un avantage?

cheeseburger.jpgLa malbouffe en France, suite. Ces derniers jours, on a assisté à un téléscopage assez cocasse (ou navrant, c’est selon) de deux actualités relatives à l’alimentation des jeunes. D’une part, la confirmation que les adolescents français mangent décidément mal. D’autre part, l’ultime initiative en date annoncée par… le groupe Quick: avec ses 367 fast-food le leader de la restauration rapide dans l’Hexagone, et souvent accusé d’être un vecteur important de cette malbouffe.

 

Les ados français mangent mal, donc. C’est ce que viennent de confirmer les résultats d’une étude réalisée auprès de 7 538 collégiens. Près des deux tiers de ces ados ont déclaré ne pas consommer chaque jour de fruits (64%) ou de légumes (63%). Un jeune Français sur cinq se prive de produits laitiers quotidiens, et près d’un sur trois (30%) se passe de petit-déjeuner. Sans compter que près de quatre ados sur dix (37%) consomment chaque jour des boissons sucrées.

 

Ne pensant sans doute qu’à la santé de ses jeunes clients, Quick a annoncé il y a peu (ici) qu’il allait se mettre… au bio. Dès septembre, ses clients pourront engloutir des cheeseburgers dont tous les ingrédients de base (viande, farine du pain, fromage, ketchup et mayo) seront issus de l’agriculture certifiée biologique. C’est déjà cela, direz-vous: le bio au fast-food, ça ne résoudra pas le problème de tous ces jeunes qui mangent trop et peu équilibré, mais ça ne pourra pas non plus leur faire de mal. Deux bémols, toutefois, qui relativisent cet avantage culinaire. D’une part, ces hamburgers bio seront vendus plus chers que leurs cousins ordinaires: en moyenne 2€ pièce, contre 1,85€. Pas sûr, dans ces conditions, qu’énormement de jeunes se précipitent dessus. D’autre part, et surtout, ce futur cheese bio, s’il sera un peu moins salé, sera… plus calorique que le burger ordinaire! Précisément 303 kcal, contre 275.

 

On n’est pas sorti de l’auberge.

14/04/2010

Un (joli) fouillis

L’actualité environnementale du jour dans la capitale, c’est l’annonce ce matin par Bertrand Delanoë de sa décision d’interdire ou non la circulation automobile sur les voies sur berges: les voies qui longent la Seine en contrebas des quais. Le maire de Paris, coincé entre les exigences de la préfecture de police (qui refuse que les voitures soient totalement interdites à cet endroit) et de ses alliés Verts (qui rêvent qu’il soit transformé en «Paris Plages» toute l’année), en sera sans doute réduit à un compromis peu lisible – si ce n’est pas le cas, ce blog y reviendra. En attendant, intéressons-nous à une initiative lancée hier dans le cadre de l’Année de la Biodiversité. Cette Année dont on avait déjà parlé l’autre jour, à la faveur du projet de végétaliser les voies du tram de Paris non plus avec du gazon mais avec des herbes de Provence (relire ici).

 

Là, prévenons illico, on tombe tellement dans le registre bucolique, léger et ultra-consensuel, limite guimauve tartouille, qu’on se croirait moins à Paris qu’au pays de Candy – «Candy Candy, jolie petite fille aux yeux clairs.Une frimousse qu'un grand sourire éclaire. Quand la nuit se fait câline. Le gentil prince des collines», etc, etc. Il s’agit, en effet, de donner des graines aux Parisiens pour qu’ils puissent semer marguerites, coquelicots et vipérines aux quatre vents, faire fleurir un peu partout trèfle, camomille ou millepertuis – quand on vous disait que c’était le pays de Candy.

 

«Parce que c’est beau, une rue pleine de fleurs des champs», argumente «Laissons pousser», l’association derrière ce projet. Parce que «en plantant des espèces sauvages sur un rebord de fenêtres, un balcon, une terrasse, dans un jardin partagé ou éventuellement au pied d’un arbre, chacun peut enrichir la flore urbaine, et le maillage de fleurs ainsi créé permet aux insectes butineurs de se développer», ajoute la mairie. Parce que la dispersion de ces fleurs sauvages et graminées dans la capitale permet d’y recréer un fouillis végétal de bon aloi, alors que les parcs et squares sont colonisés par des spécialités horticoles faites sur mesure ou par des espèces végétales exotiques. Parce que, à l’heure où les villes essaient de se passer de produits phytosanitaires souvent si toxiques pour l’environnement, elles n’ont d’autre choix que de «réhabituer les habitants à voir des mauvaises herbes pousser au bord des trottoirs et dans les parcs».


L’éradication systématique voire obsessionnelle des mauvaises herbes nous ayant toujours semblé être le volet le moins sympathique du jardinage – on est tous la mauvaise herbe de quelqu’un –, on applaudit des deux mains.

13/04/2010

Une cohérence?

champselysees.jpgDirection les Champs, aujourd’hui. Où le vieux débat sur la mutation de «la plus belle avenue du monde» a repris. Et notamment la controverse sur l’invasion que subirait cette artère de la part du prêt-à-porter bas de gamme: vieille récrimination du maire (UMP) de l’arrondissement (relire ici). Cette argumentation commencerait-elle à porter ses fruits? Une grande marque de jeans, en tout cas, vient d’en faire les frais.

 

La décision a été prise à la fin du mois dernier. Elle porte précisément le numéro de dossier 75-2010-18. Et émane de la Commission départementale d’aménagement commercial (CDAC) de la capitale: l’organe de la préfecture qui statue sur les demandes de création ou d’extension de magasins de vente au détail. Cette requête concernait la galerie dite des “Arcades des Champs Elysées”, et précisément l’emplacement qu’occupait le resto “Planet Hollywood”. Etait demandée l’«extension de l’ensemble commercial par la création d’un magasin spécialisé en équipement de la personne, pour une surface de vente de 895 m²». En clair? Une boutique de fringues. Le demandeur? La marque de jeans américaine Levi’s. Le verdict des autorités? Il figure en toutes lettres et en capitales dans le PV de la Commission: «DÉFAVORABLE».

 

Levi’s n’est donc pas la bienvenue sur les Champs. Soit. Mais cette décision est-elle bien cohérente, si l’on se souvient que des enseignes comme H&M et A&F (Abercrombie) ont, elles été autorisées l’an dernier à ouvrir des boutiques sur cette même avenue? En outre, si une marque comme Gap est présente depuis des années sur les Champs, pourquoi une autre comme Levi’s en serait-elle absente?

 

Ici, la logique cède probablement le pas à la politique. En effet, le refus opposé à Levi’s est sans doute censé mettre en lumière la volonté de la mairie de Paris de désormais s’opposer au grignotage des Champs par le secteur du textile, au détriment d’autres secteurs d’activités (bars-restaurants, cinémas, etc.). De tenter enfin d’enrayer la tendance qui, ces dernières années, a vu plusieurs quartiers de Paris à grande tradition culturelle (Saint-Germain des Prés, le Quartier Latin et à présent le Marais juif) progressivement colonisés par les boutiques de fringues.

 

levi's.jpgReste à voir si, juridiquement, sur les Champs, cela tiendra. Les avocats de Levi’s sont sans doute en train de se dire qu’ils ne partent pas perdants. En effet, la commission départementale avait jadis pareillement dit non à l’implantation d’A&F, avant d'être désavouée par la commission nationale la chapeautant. Quant à H&M, qui avait essuyé un refus tant à l’échelon départemental que national, elle avait fini par obtenir gain de cause au Conseil d’Etat. Du coup, la marque de jeans pourrait tenter de faire valoir en justice ces deux précédents. Sur les Champs-Elysées donc, on n’a pas fini d’entendre parler de ce dossier.

12/04/2010

Un équilibr(ism)e

Pas facile d’être une capitale internationale, de vouloir traduire cette ouverture au monde dans la dénomination de ses rues et places, et, ce faisant, de ménager toutes les sensibilités. D’où la nécessité pour les politiques, en cette matière, de procéder à de savants équilibres – à moins qu’il ne s'agisse d'équilibrisme. On le verra encore à Paris cette semaine. Lorsque, quai Branly, Bertrand Delanoë et le Président israélien Shimon Peres inaugureront la nouvelle place David Ben Gourion.

 

Par cette place dédiée à la figure historique du sionisme, premier leader d'Israël après l'indépendance de 1948, la mairie entend «inscrire dans le paysage parisien le nom d’un des plus grands hommes du vingtième siècle». Le maire a bien précisé que cet hommage ne marquait «aucunement une adhésion à la politique actuelle du gouvernement israélien». Les associations pro-palestiniennes n’en sont pas moins furax. Pour elles, Ben Gourion est avant tout celui qui a «dirigé l’expulsion sanglante de centaines de milliers de Palestiniens en 1948 et la destruction de centaines de leurs villages».

 

Au sein même de la majorité de gauche, l’initiative divise. Ainsi, les élus communistes n’ont pas apprécié que soit rejetée leur idée d’une place ou d’une rue parisienne à la mémoire de Yasser Arafat. A leurs yeux, un tel hommage au leader palestinien «ne serait que réparer une injustice, alors qu’il existe déjà un lieu au nom de Yitzak Rabin» dans la capitale – Yitzak Rabin avec qui, pour mémoire, Yasser Arafat partagea jadis son Prix Nobel de la Paix. Refus catégorique de Bertrand Delanoë. Pour qui «ce n’est pas le moment: Yasser Arafat reste un personnage controversé».

 

On déduit de cet argument que les rues et places de Paris ne doivent porter que des noms consensuels. Bertrand Delanoë doit souffrir d’amnésie. Il doit avoir oublié les manifestations et la controverse qui ont accompagné son initiative, il n’y a pas si longtemps, de rebaptiser place Jean-Paul II le parvis de la cathédrale Notre-Dame.

 

Une place Ben Gourion dans la capitale française donc, mais pas de place Yasser Arafat. Tout de même, par souci d’équilibr(ism)e, la mairie profitera d’une prochaine visite à Paris du Président palestinien Mahmoud Abbas pour inaugurer, rive gauche, une place Mahmoud Darwich, du nom du grand poète palestinien décédé en 2008. On ne sait si, à cette occasion, il sera rappelé, dans les discours, que ledit poète, de son vivant, était membre de l’OLP.

09/04/2010

Une invasion

rats.jpgPour bien terminer la semaine, on quitte les rumeurs de la Cour pour revenir à la vraie vie parisienne. On abandonne les caves de la République, qui nous ont occupé ces deux derniers jours, pour plonger dans les sous-sols de Paris. Dans les garages, parkings, égouts, arrière-cours, terrains vagues – bref, les bas-fonds, au sens propre, de la capitale. Autant d’endroits qui, en ce moment, mobilisent les services de l’hygiène de la mairie, à propos d’un des aspects les moins ragoûtants de la vie ici: les rats.

 

Paris, en effet, a été victime ces derniers mois d’une recrudescence de ces rongeurs – phobie urbaine sur laquelle on a déjà pas mal flippé, dans ce blog (relire ici, ou ). C’est, paraît-il, une des conséquences de l’hiver long et rigoureux que l’on a connu ici. Les rats, fuyant le froid des égouts ou de la rue, ont cherché à étendre leur territoire à des endroits plus tempérés, notamment en remontant, via les canalisations, se réchauffer dans les halls d’immeubles voire dans les appartements. Où, visiblement, ils se sont trouvés si bien qu’une bonne partie d’entre eux ont décidé d’y rester. On l’entendait l’autre jour à la radio: la situation est telle désormais que, y compris dans les plus beaux quartiers de Paris, les sociétés de dératisation ne savent plus où donner de la tête. «Même des people habitant dans le seizième ou à Neuilly ont fait appel à nos services!», racontait, amusé, l’employé d’une de ces sociétés qui était interviewé.

 

«Quatre rongeurs par habitant dans les quartiers rupins, et de huit à dix dans les arrondissements où règnent davantage saleté et insalubrité», expliquait «Libération», dernièrement. Qui évaluait carrément à... 6 millions le nombre de rats vivant à Paris! En lisant cela, on était assez pantois, nous qui en étions restés à, en gros, un ou deux rats par Parisien.

 

Ces prochains jours, d’ailleurs, des opérations exceptionnelles de dératisation vont avoir lieu dans un quartier populaire du vingtième arrondissement. Où l'invasion de rongeurs a atteint de telles proportions que des habitants en sont arrivés à aller déposer des cadavres de rats à la mairie, en guise de protestation contre son inaction. «Les jeunes ramassent les cadavres des rats dans le square de la cité pour leur offrir un enterrement officiel», a-t-on même lu, il y a peu, dans les pages locales du journal «Le Parisien».

 

Paris, ville glamour? Pas toujours.

11:18 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : paris, propreté, santé

08/04/2010

Un ravage

On terminait la note d’hier, sur cette pénible «affaire Sarkozy-Bruni-Dati», en se demandant si l’ambiance actuelle, pesante et pas glorieuse, dans le monde politique français ne risquait pas, au final, de décrédibiliser encore un peu plus la chose publique aux yeux des électeurs et des abstentionnistes. Depuis, deux petites actus sont survenues. Qui, s’est-on dit ce matin, risquent de contribuer elles aussi au ravage de cette image de marque du pouvoir dans l’opinion.

 

Un: une allégation du quotidien suisse “La Tribune de Genève”. Rachida Dati toujours elle, le 15 mars dernier, alors qu’elle était en déplacement en Suisse, aurait réservé une nuit d’hôtel dans… un palace cinq étoiles. Finalement, l’UMP ayant refusé de payer, elle ne se serait rabattue qu’à regret sur un hôtel deux fois moins cher.

 

Deux: la confirmation, par une source judiciaire, de l’interpellation et du placement en garde à vue d’une ex-préfète, hier. Motif? Vol et détournement de biens par personne dépositaire de l'autorité publique, comme on dit dans le jargon juridique. En clair, elle est soupçonnée d'avoir soustrait des meubles et des tableaux du logement de fonction dont elle bénéficiait, vols présumés découverts à la suite de l'inventaire effectué par son successeur.

 

On imagine déjà ce que le Front national va dire de ces deux scandales.

 

07/04/2010

Un mot

dati&bruni.jpgRumoriste. C’est le mot du jour, ce mercredi à Paris. A en juger en tout cas au nombre de fois où on l'a entendu ce matin, à la radio. Rumoriste serait donc le nouveau terme qui, en France en ce moment, devrait remplacer celui de journaliste. Tant, dans ce pays, les journalistes en seraient de plus en plus souvent réduits, non plus à rechercher des infos et à décrypter l’actu, mais à se faire le relais plus ou moins consentant des rumeurs bruissant dans les allées du pouvoir. Précision à l’attention des lecteurs de ce blog qui auraient été sur la planète Mars ces derniers jours: on veut évidemment parler des rumeurs sur les infidélités conjugales émaillant, selon ces ragots, le couple Nicolas Sarkozy-Carla Bruni. Et des ragots selon lesquels Rachida Dati aurait joué un rôle dans la propagation de ces potins – ce qu’elle a démenti vigoureusement, ce matin.

 

Nous voilà donc devenu rumoriste. Echotier des bagatelles présumées et des complots supputés. Chroniqueur des disgrâces de Cour, des conjurations de palais et des coups de colère présidentiels, réels ou fantasmés.

 

Professionnellement, tout comme la «twitterisation» du journalisme, ce n’est pas l’évolution du métier qui nous emballe le plus.

 

Politiquement, on n’est pas sûr que cette dérive «monégasque» de la vie publique hexagonale – «monégasque», en référence à l’époque où l’actualité de la Principauté de Monaco voisine se réduisait au feuilleton de la vie intime de ses princesses – fera davantage voter les gens aux prochaines élections, ou les fera moins voter aux extrêmes.

06/04/2010

Un choix

La nouvelle a été confirmée ce week-end. C’est le fameux bureau d’architecture japonais Sanaa qui a été choisi pour restructurer un immense paquebot parisien à l’abandon: La Samaritaine, ce célèbre grand magasin vide depuis sa fermeture en 2005, et dont le projet de transformation fait débat depuis des années dans la capitale (relire ici ou ). Cette agence  est internationalement reconnue; elle vient d’ailleurs de recevoir le Prix Pritzker, considéré comme le Nobel de l’architecture. Ces bâtisseurs seront d’autant plus attendus au tournant sur ce projet que, jusqu’à présent, rares sont les architectes de leur trempe internationale à s’être risqués et illustrés à Paris, dont la réglementation urbanistique et patrimoniale – à l’inverse de celle de Londres, par exemple – permet peu les prouesses architecturales.

 

Un choix a priori intéressant donc, voire prometteur. Mais qui ne va pas régler à lui seul tous les problèmes urbanistiques que la restructuration de La Sama ne manquera pas de poser. Il y a donc fort à parier que, d’ici à l’achèvement du chantier (fin 2013, au plus tôt), cela va encore pas mal tempêter, dans ce quartier.

 

Depuis un petit temps, en effet, les associations de défense du patrimoine (ici, par exemple) s’inquiètent. En jeu, l’avenir non du visage le plus connu de La Sama (l’emblématique immeuble Art Déco donnant sur la Seine, qui est classé), mais celui des édifices du grand magasin situés rue de Rivoli et dans les rues adjacentes. A cet endroit, les maîtres d'oeuvre du projet «ne s’interdisent aucun geste architectural», a déjà publiquement averti le directeur général de La Samaritaine. «Ces immeubles n’ont aucun intérêt architectural», a décrété, dans la foulée, sa directrice du patrimoine immobilier.

 

De passage rue de Rivoli ce week-end, et après avoir jeté un œil à ces bâtiments, on n’était pas trop sûr d’être d’office et à 100% d’accord avec ce constat en forme de condamnation. Il n’y a là rien d’architecturalement spectaculaire, en effet. Mais, tout de même, à notre humble avis, des façades assez typiquement parisiennes et s’inscrivant plutôt bien dans une perspective d’ensemble qui, depuis si longtemps, structure cette partie du boulevard. Le «façadisme» étant toujours la pire des solutions, le maintien de ces immeubles en l’état étant, paraît-il, techniquement très ardu, on est déjà assez curieux de voir la solution que ces brillants architectes japonais proposeront au quartier.

02/04/2010

Une insubordination

battlefield1.jpg«On ne va pas se laisser intimider. Ce ne sont pas les petites crapules qui vont faire la loi». Dixit Brice Hortefeux hier, après le caillassage d’un bus en banlieue parisienne. En entendant cette déclaration si virile à la radio, on s’est demandé illico si le ministre de l'Intérieur n’était pas un peu imprudent à jouer ainsi les matamores. En tout cas, rien que dans le métro de Paris et pour un sujet infiniment moins grave, y compris les plus hauts gradés de l’armée française ne parviennent même pas à se faire respecter.

 

Dans certaines stations de la RATP, en effet, l’armée de terre est confrontée depuis des semaines à un cas d’insubordination caractérisée. Cela concerne toujours cette campagne de pub pour un jeu vidéo belliqueux, qui plagie le slogan de la dernière campagne de recrutement des militaires. Avec un «Devenez plus que vous-mêmes» renvoyant au «Devenez vous-mêmes» de l’armée de terre – on avait évoqué le sujet dans ce blog fin février: si vous aviez loupé cela à l'époque, relire ici, et .

 

Fin février donc, l’armée, embarrassée de voir sa com’ ainsi détournée au profit d’un jeu vidéo de guerre, avait réagi. En enjoignant la société commercialisant ce jeu d’enlever immédiatement ce slogan de ses affiches. Et, en effet, quelques jours après, dans nombre de stations du métro de Paris, ce «Devenez plus que vous-mêmes» un peu trop allusif avait disparu. Mais mais mais... a-t-on pu constater de visu ces derniers jours, plus d’un mois plus tard dans l’une ou l’autre station du réseau,  sont toujours placardées des affiches qui, elles, n’ont pas été modifiées dans le sens exigé par les militaires.

 

Mais que fait la police l’armée ?