30.04.2010
Une cérémonie
Comme quoi parfois, le temps n’efface pas le souvenir. Cela se passe demain matin à Paris. C’est une cérémonie d’hommage qui y a lieu sans exception chaque premier jour de mai, depuis quinze ans maintenant. Depuis ce 1er mai 1995, jour où Brahim Bouarram, un jeune beur sans histoire, âgé de 29 ans, périt noyé dans la Seine après y avoir été jeté par des militants d’extrême droite en débandade, de retour du défilé annuel du Front National – le parti de Jean-Marie Le Pen n’a jamais voulu reconnaître la moindre responsabilité dans ce drame. Depuis, chaque premier jour de mai, se réunissent au pont du Caroussel, d’où le jeune homme a été précipité dans les flots, anonymes et associations pour rendre hommage aux victimes de crimes racistes en France.
Une année ou l’autre, on a déjà été témoin de cette cérémonie, passant là à ce moment. On en a gardé le souvenir que c’était très digne. Davantage silencieux que revendicatif. Emouvant, même. Invariablement, les Parisiens présents achèvent cet hommage en descendant des quais vers les berges de la Seine. Où ils déposent des gerbes de fleurs qui ensuite s’en vont, colorées, dérivant paisiblement dans le gris du fleuve. A l’époque, on s’en souvient, on avait trouvé que la délicatesse de ce geste et la permanence de ce souvenir contrastaient heureusement avec la sauvagerie sans nom de ce crime.
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29.04.2010
Une insatisfaction
Ce mois-ci, les aéroports ont occupé la Une de l’actualité européenne, des centaines de milliers de voyageurs ayant été contraints d’y camper à la suite de la paralysie du trafic aérien. A Paris, les deux grands aéroports commerciaux, Roissy et Orly, ont eux aussi accueilli nombre de ces infortunés passagers. Mais pas sûr que ces derniers aient apprécié leur séjour. Ces deux plateformes, en effet, viennent à nouveau de se distinguer négativement dans une enquête de satisfaction.
Pour rappel, l’automne dernier déjà (relire ici), un site internet de voyages canadien avait décerné à Roissy-Charles de Gaulle le titre de pire aéroport du monde. Lui étaient notamment reprochés son état de propreté très perfectible, l’inconfort de ses salles d’attente ou la compétence relative du personnel chargé de renseigner les usagers. Cette fois, c’est l’Union française des consommateurs (UFC) qui vient de taper sur le clou. Comme d’autres associations européennes de consommateurs, elle a soumis soixante aéroports et compagnies aériennes du vieux continent à une enquête de satisfaction, réalisée auprès de voyageurs de cinq pays: France, Belgique, Espagne, Italie et Portugal. Les résultats de ce test comparatif ne sont accessibles en ligne qu’aux abonnés de l’UFC, mais on peut vous dire qu’en gros, ils sont mauvais pour Roissy et Orly.
Ces deux aérogares, en effet, arrivent en queue de ce classement européen. Orly s’en sort relativement mieux que Roissy, même si la vétusté de cet aéroport a souvent été notée par ses usagers. En revanche, Charles de Gaulle est étrillé par les participants au test comparatif. C’est surtout la conception de CDG qui est en cause. Au fil des chantiers de modernisation qui y ont été menés ces dernières années, il s’est beaucoup étendu. Du coup, ses usagers le jugent peu lisible et peu fluide. Dans cette infrastructure très vaste et éclatée en de nombreux terminaux, ils ont des difficultés à s’y retrouver. Ils regrettent de devoir souvent longuement cheminer avant de parvenir à leurs points de destination: salles d’embarquement, guichets d’enregistrement, comptoirs de compagnies aériennes ou autres lieux de stationnement des navettes à destination de la capitale. Reproche final mais non des moindres: l’accès à CDG depuis Paris est jugé peu efficace; voici à nouveau les problèmes des taxis chers et du réseau de RER laborieux.
Voilà donc un énième mauvais bulletin accordé au deuxième plus gros aéroport européen. «Le pari de la qualité est naturellement plus difficile à tenir pour les plateformes les plus fréquentées» par rapport aux aéroports moinsbondés, reconnaît l’UFC. Qui note tout de même que quelques-uns parmi ces plus grands aéroports, Francfort par exemple, parviennent, eux, à remporter ce pari de la qualité.
PS : A noter que, plutôt que de s’appesantir sur les résultats de ce test comparatif, la société Aéroports de Paris (ADP) a préféré communiquer sur la vente record réalisée l’autre jour dans une des boutiques de CDG. Où «une passagère a dépensé en quelques minutes près de 30 000 euros», en achetant notamment une bouteille de Romanée Conti 1986 mise à prix à 25 000 euros. C’est évidemment un sujet plus glamour que les vulgaires problèmes de RER.
13:03 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transports, tourisme, economie
28.04.2010
Un «favoritisme»
Gros succès médiatique pour la méga-descente de tracteurs sur Paris, hier. Un indéniable succès public, aussi. On l’a vu y compris le long des grands boulevards de notre onzième arrondissement: les Parisiens, fréquemment, ont accueilli avec des applaudissements et des encouragements les milliers de céréaliers venus défiler dans la capitale. Le caractère si visuel de leur démonstration de force a aussi plu, ici. Ainsi, on a vu des gamins se faire prendre en photos, très excités devant des tracteurs dont les roues étaient aussi grandes qu’eux.
Cela dit, toute la corporation agricole n’était pas dans la rue. Témoins, ces récriminations entendues hier dans la bouche d’un responsable de la Confédération paysanne. Ce syndicat minoritaire, nettement moins proche du pouvoir que la FNSEA – le syndicat majoritaire, organisateur de la journée d’hier, et lui plutôt à droite –, n’a pas défilé. Il soupçonne les grands céréaliers de vouloir continuer à bénéficier sans distinction de leur rente de situation. Alors que la Confédération, elle, plaide pour une redistribution des aides au secteur en fonction de critères comme les particularités régionales ou les efforts faits en matière environnementale.
Hier, les amis de José Bové, jadis figure de proue de la Confédération, ont même fustigé le «favoritisme» dont bénéficerait la FNSEA, de la part des forces de l’ordre. Plus d’un millier des tracteurs de ce syndicat ont reçu l’autorisation de défiler dans Paris. Alors que, lors d’un précédent coup médiatique, la Confédération, elle, avait dû redoubler de ruses et de stratagèmes (recours à une bétonnière, etc.) pour déjouer la surveillance des autorités et parvenir à symboliquement positionner un seul et unique tracteur sous la Tour Eiffel. «C’est clairement la règle du deux poids, deux mesures», dénonçait hier un syndicaliste de la Confédération.
Plutôt que de voir leurs tracteurs autorisés eux aussi à défiler sur les grands boulevards de la Ville Lumière, les amis de José Bové doivent se contenter de gestes symboliques. Ainsi, c’est sans le moindre problème que, dernièrement, la préfecture de police de Paris a accepté leurs distributions gratuites de produits laitiers aux habitants, place de la République notamment. Et, il n’y a pas si longtemps, l’alors secrétaire d’Etat à l’Environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet, avait claqué la bise à José Bové devant une nuée de caméras, à la sortie de négociations ministérielles. A l’époque, d’ailleurs, cette marque publique d’affection ministérielle envers un faucheur d’OGM multirécidiviste n’avait pas été appréciée à l’UMP. Et depuis, Nathalie Kosciusko-Morizet a été mutée: elle n’est plus que secrétaire d'Etat en charge «de la prospective et du développement de l'économie numérique». Assurément un secteur politique moins sensible que l’agriculture.
11:28 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, gouvernement, social, sécurité
27.04.2010
Une descente
Puisqu’on parlait d’embouteillages dans la note d’hier, on s’était dit qu’aujourd’hui, on se féliciterait une fois de plus et plus que jamais d’être un Parisien non-motorisé. Ce mardi, en effet, une congestion automobile d’une ampleur historique est annoncée dans la capitale française. Où 10.000 agriculteurs céréaliers, juchés sur 1.300 tracteurs, ont décidé de converger pour dénoncer la dégradation de la situation économique de leur secteur. Nos quartiers de l’Est parisien sont particulièrement concernés par cette alerte noire aux embouteillages. Puisque cet immense cortège agricole est programmé, entre 10h30 et 15 heures, sur l’axe Nation-République-Bastille – axe déjà chroniquement saturé. Ce mardi, dès lors, s’annonçait comme une infernale journée de coups de klaxon, d’embouteillages, d’énervements et de pollution massive.
Et bien, non. Pas pour l’instant et pas dans notre quartier, en tout cas. C’était stupéfiant ce matin, dans les rues des environs de Bastille: elles étaient presque désertes et silencieuses comme un dimanche. N’était le vacarme des rotors des hélicoptères des forces de sécurité tournoyant déjà dans le ciel, on aurait presque entendu le chant des oiseaux. Sur le chemin du bureau, à peine a-t-on croisé quelques automobiles. Car nombre de Parisiens et de banlieusards, visiblement, ont laissé la voiture au garage aujourd'hui, de peur d’être coincés pendant des heures dans les inextricables embouteillages que promettait cette descente d’agriculteurs sur la capitale.
Au passage, ce défilé de tracteurs sera une merveilleuse leçon de choses pour les enfants de la capitale, dont la plupart n’ont l’occasion de voir ce genre de véhicules qu’une fois par an, au grand Salon de l’agriculture.
11:17 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : voitures, agriculture, economie
26.04.2010
Un sang chaud?
Non, les automobilistes circulant dans Paris n’y sont pas, à longueur de journées, coincés dans les embouteillages. C’est l’impression qu’on pourrait en avoir, vu du trottoir? En tant qui piéton, on confirme. Pas plus tard que ce matin, boulevard Voltaire, dans notre onzième arrondissement, on était effaré combien cela bouchonnait, polluait et klaxonnait. Mais non, s’il faut en croire une étude européenne sur la vitesse de circulation automobile dans une soixantaine de villes de plus de 500.000 habitants. Dans ce classement des cités les plus embouteillées, Paris ne pointe qu’à la neuvième position. Certes, on y roule plus mal qu’à Saragosse, Valence, Zaghreb ou Stockholm. Mais le calvaire du conducteur parisien moyen est infiniment moindre que celui d’autres automobilistes citadins, y compris de pays très voisins.
Ainsi, la Belgique. Selon ce classement – réalisé au départ des relevés de vitesse envoyés par les utilisateurs de GPS – , la ville la plus embouteillée d’Europe n’est autre que Bruxelles. L’automobiliste bruxellois rencontrerait quotidiennement des retards sur 37,7% du réseau routier de cette capitale. Derrière cette médaille d’or belge, on retrouve, sur ce podium européen de la congestion automobile, deux villes polonaises: Varsovie et Wroclaw. On remarque aussi qu’en France, cela bouchonne moins à Paris qu’à Marseille. Et qu’à l’échelle européenne, le cauchemar des automobilistes a pour noms Belfast, Dublin, Edimbourg ou Londres.
Les automobilistes parisiens ne sont donc pas si souvent coincés que cela dans les embouteillages. D’où, une question: pourquoi diable klaxonnent-ils autant? Klaxonnent en tout cas bien davantage que leurs voisins bruxellois, d’après le souvenir qu’on a gardé de nos deux dizaines d’années vécues dans la capitale belge. Le Parisien teigneux au sang chaud ne serait-il pas un cliché? Et le Bruxellois placide et bon vivant, pas une caricature?
10:36 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, voitures, transports, belgique
23.04.2010
Un décloisonnement
Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Ce sera le gros chantier culturel à Paris, ces prochaines années. Et il a été présenté cette semaine. Il concerne le Grand Palais, ce sublime édifice non loin de la Seine. Qui, après avoir longtemps vivoté et même, physiquement, pourri sur pieds, commence à trouver sa place dans le paysage culturel, pourtant déjà si vaste, de la capitale.
Mais cet immense paquebot se sent trop à l’étroit pour remplir toutes ses ambitions. Trop cloisonné surtout, lui qui est divisé entre le Palais proprement dit, les Galeries nationales et le Palais de la découverte. Le projet de rénovation présenté mercredi entend renouer avec le faste, les volumes aérés et les expositions populaires des débuts du Grand Palais, lors de l’Expo universelle de 1900. Dès lors, la nef du premier étage va être dotée de galeries d’expositions suppplémentaires. Une section spécialement dédiée aux activités numériques sera créée. Les espaces du bâtiment aujourd’hui sous-utilisés seront revus, et leur réorganisation fera l’objet d’un concours international d'architecture. Le tout permettra de doubler la capacité d’accueil de l’ensemble, la faisant passer de 10.000 à 20.000 visiteurs par jour.
Les travaux ne devraient pas être achevés avant plusieurs années. Leur budget sera de 236 millions d'euros, payé pour moitié par le ministère de la Culture. Le Grand Palais devant s'aquitter de l'autre moitié de l'addition, il prévoit l’installation en son sein de cafétéria, boutiques et autres espaces marchands – ben voyons, il faut bien trouver les fonds quelque part...
Tout aussi prosaïquement, l’amateur d’art fréquentant ce lieu, au-delà de futurs éblouissements culturels éventuels, sentira très physiquement l’amélioration de son confort de visite. En effet, le projet de rénovation prévoit «l’installation d’un système de régulation thermique dans la nef». Excellente nouvelle. Car ce n’est vraiment pas un luxe. Aujourd’hui, en effet, en dehors de la belle saison, il fait souvent péniblement froid dans cet édifice visiblement très difficile à chauffer vu ses dimensions colossales. Dès lors, son décloisonnement et l’augmentation de ses surfaces utiles étaient difficilement imaginables sans une amélioration en la matière.
11:14 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, patrimoine, paris
22.04.2010
Une consolation
François Fillon dirige un gouvernement dont la politique, sondage après sondage, est massivement désapprouvée par l'opinion. Il s'en consolera peut-être avec son nouveau statut d'«Homme de l’Année». En effet, c’est le titre qui sera décerné ce soir au Premier ministre français, dans le cadre select de l’Automobile Club de France, place de la Concorde à Paris. L’Automobile Club, car ce «Prix de l’Homme de l’Année» lui est attribué par le magazine… «Le Journal de l’Automobile». Cela ne vaut pas un Nobel? L’hôte de Matignon, ici aussi, s’en consolera en ayant une pensée émue pour son fief électoral de la Sarthe (Région Pays de Loire), le département du Mans et donc aussi celui de son célèbre circuit des 24 Heures.
Ce n’est pas seulement parce qu’il est fan de course automobile et même pilote à ses heures – du moins, quand son dos fragile ne le cloue pas au lit – que François Fillon est récompensé. C’est parce que, ces derniers mois, son gouvernement a pris une batterie de mesures pour soutenir une industrie automobile frappée de plein fouet par le ralentissement économique. Prêts bonifiés aux constructeurs, Fonds stratégique d’investissement, Fonds de modernisation des équipementiers automobiles et autres primes à la casse, soit «autant de dispositifs qui ont permis au secteur automobile de faire face à la crise». Autant d’«aides directes et indirectes (qui) ont permis au marché de progresser en volume et de limiter les dégâts en valeur», dixit la délibération du jury de ce prix masculin annuel.
Dans son ode à François Fillon, le «Journal de l’Automobile», toutefois, reste assez pudique. En effet, il s’abstient de mentionner les récents reports sine die, et controversés, de la taxe carbone puis de l’écotaxe sur les poids lourds, deux mesures qu’appréciait peu l’industrie automobile. Le jury de l’«Homme de l’Année» a-t-il donc craint que, s'il en faisait trop en faveur de son lauréat, ce dernier soit accusé par ses détracteurs d’être à la solde du lobby de la bagnole?
11:35 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : gouvernement, presse, economie, transports
21.04.2010
Un (nouveau) monde
Matrix en France, suite. Ou l’entrée des nouvelles technologies les plus pointues, dignes d’un film d’anticipation, dans la vie quotidienne. Ce blog avait déjà évoqué le ticket de métro virtuel, l’audioguide de musée téléchargeable sur portable, le parking payé par téléphone mobile, ou l’empreinte digitale permettant de passer plus rapidement les contrôles aux aéroports. Deux autres expérimentations du même acabit viennent d’être lancées.
Ainsi, un centre hospitalier a été autorisé (ici) à expérimenter un dispositif biométrique lui permettant de contrôler l'identité de ses patients. Ce dispositif repose sur la reconnaissance de l'empreinte digitale, couplée à la constitution d'une base de données biométriques. Des limites ont toutefois été posées. Par exemple, la durée de conservation des données biométriques par l’hôpital sera limitée à la durée de la prise en charge thérapeutique du patient.
Autre innovation – à moins que ce soit un gag, vu que l’annonce en a été faite le 1er avril, jour de cette (fatigante?) tradition de poisson – : une banque cette fois a reçu l'autorisation (ici) d'expérimenter un système de paiement avec... authentification du réseau veineux du doigt. Explication: «Les personnes souhaitant participer à cette expérimentation pourront se rendre dans leur agence bancaire afin d'enregistrer le gabarit du réseau veineux de leur doigt dans leur nouvelle carte bancaire. Une fois cette opération réalisée, le porteur pourra, lors d'un achat en magasin, s'authentifier à l'aide de son doigt au lieu de saisir un code secret». L’organe de contrôle a jugé cette expérimentation proportionnée, car «le réseau veineux est considéré, en l'état de la technologie, comme une biométrie sans trace, c'est-à-dire non susceptible d'être captée à l'insu de la personne».
Bientôt à Paris, pour retirer de l’argent, suffira-t-il de simplement fixer des yeux l'écran du distributeur automatique de billets de banque?
11:26 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : technologie, santé, economie
20.04.2010
Une honte?
Après un égarement hier, actualité du week-end oblige, dans les nuages d’altitude rendus inaccessibles par ces satanées cendres volcaniques, retour aujourd’hui au ras du bitume de Paris. Paris et sa mauvaise image chronique. Celle d’une grande ville peuplée de citadins invariablement perçus comme prétentieux, râleurs, hystériques et/ou bobos. Cette image, au fil des ans, n’a pas l’air de s’arranger. Le ministère de l'Intérieur vient à nouveau de le constater, en analysant les données fournies depuis l’entrée en vigueur du nouveau système d’immatriculation des véhicules. Pour rappel, l’automobiliste français est désormais libre de choisir à sa guise le numéro d’indentification du département qui figure sur sa plaque minéralogique. Or, les statistiques du ministère indiquent que le fameux chiffre 75 n'y a décidément plus la cote.
Sur les quelque 7 millions de véhicules enregistrés en vertu de ce nouveau dispositif, les numéros de département qui font un tabac sont le 59 (Nord), le 13 (Bouches-du-Rhône), le 69 (Rhône), le 33 (Gironde) ou le 76 (Seine-Maritime). En revanche, particulièrement boudés par les automobilistes, ces derniers mois, ont été deux départements de banlieue parisienne à l’image très figée. A savoir le 93 (la Seine-Saint-Denis, l’un des plus pauvres de France) et le 92 (les richissimes Hauts-de-Seine). Mais le pompon national du désamour revient à notre cher 75, à Paris donc. Au point que, désormais, deux tiers des véhicules vendus dans la capitale française finissent sur les routes avec une plaque d’immatriculation se référant à un autre département.
Les automobilistes parisiens auraient-ils honte de leur département de domicile?
Sans doute faut-il nuancer. Nombre de conducteurs parisiens ayant choisi une plaque mentionnant un autre département ont pu ce faire non par honte de leur lieu de domicile, mais simplement par attachement affectif à leur région d’origine – étant entendu que relativement peu nombreux sont les Parisiens véritablement de souche, à savoir installés depuis plusieurs générations dans la capitale. Mais pas mal de ces Parisiens n’assumant pas leur 75 doivent tout de même avoir fait ce choix par lassitude. Lassitude de subir les récriminations et autres quolibets des automobilistes dès le périphérique franchi, et a fortiori à l’étranger.
Etre fier de ce que l’on est, s’assumer dans la vie, va-t-il jusqu’au "coming out", si l’on ose dire, puis à la revendication de son identité minéralogique? Ou, dans ce cas, l’humilité et la discrétion sont-ils de bon aloi, les automobilistes parisiens ayant souvent la réputation d’être d'assez mauvais conducteurs? On laissera à nos lecteurs parisiens et automobilistes le soin de répondre éventuellement à ces questions si existentielles. Vu que nous, la veille de s'installer à Paris, on a revendu la voiture et, depuis donc, on n'est plus motorisé – jamais d'ailleurs on ne l'a regretté.
11:02 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, voitures, régions
19.04.2010
Un sens
On ne vas pas s’ériger en donneur de leçons: on est le premier à savoir, et à avoir expérimenté, que les journalistes parfois, dans le feu de l’action, ont rarement le temps de peser leurs mots comme ils le devraient. Mais comprendre ces maladresses lexicales n’empêche pas de les relever. En l’occurrence, dans cette histoire d’espace aérien paralysé par ce fameux volcan islandais, on a été doublement servi ces derniers jours, dans les médias français.
Ainsi, ce terme «naufragé» qui, à longueur de reportages ce week-end, a été appliqué à ces voyageurs coincés dans les aéroports (*). On compatit à leur sort: il doit y avoir plus agréable que de passer ses nuits sur des banquettes de terminal d’aéroport. On a d’ailleurs un ami parisien qui, depuis vendredi soir, campe à l’aéroport d’Osaka et deux autres qui, devant partir à New York mercredi, commencent sans doute à s’inquiéter. Mais, pour nous, le «naufragé», jusqu’à nouvel ordre, c’est tout de même avant tout ce clandestin africain dont on retrouve le cadavre sur une plage italienne, parmi les baigneurs indifférents, ou ces familles entières de crève-la-faim qui, au large de Mayotte ou d’ailleurs, périssent en pleine mer. Ce ne sont pas ces pauvres touristes qui sont obligés, pendant quelques jours, de manger des sandwiches mous d’aéroports ou de loger dans des hôtels Formule 1 au bord des pistes. Ce matin, on a même vu un grand journal rebaptiser ces infortunés voyageurs du terme de «réfugiés». Les mots ont un sens.
Le deuxième exemple de langue journalistique qui, dans la précipitation, dérape, c’était vendredi soir. Lorsque l’Europe entière semblait soudain prise de panique à propos des conséquences sanitaires éventuelles de ce nuage de cendres volcaniques qui finirait par la survoler voire par fondre sur elle en tornades de poussières obscures. Evoquant ces possibles précipitations, une journaliste, sur on ne sait plus trop quelle radio, finit par carrément envisager une «pluie noire» chargée de cendres volcaniques. Pluie noire. On était abasourdi. Cette expression, en effet, désigne la pluie radioactive meurtrière («kuroi ame», en japonais) qui, le 6 août 1945, s’abattit sur Hiroshima, irradiant les rares rescapés de l’explosion de la bombe atomique. Des termes historiquement aussi lourds appliqués à un tel cas de figure, c'était absolument consternant.
Les mots ont un sens.
(*) Au fond, combien de Français compte-t-on parmi ces voyageurs bloqués dans les aéroports? 50.000, assurait-on vendredi soir. 150.000, a-t-il été corrigé dimanche. 200.000, a précisé ce matin le secrétariat d’Etat au Tourisme. Rien que l’évolution de ces chiffres montre combien les autorités sont complètement dépassées par la situation.
11:18 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, médias, journalisme



