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05/05/2010

Une interrogation

Ce n'est pas parce qu'on supporte mal les leçons de morale journalistique de Marine Le Pen (voir la note d’hier) qu'on n'a pas, de temps en temps, l'une ou l'autre interrogation d'ordre professionnel. Qu'on ne se pose pas, à l'occasion, la question de savoir si, journalistiquement, on doit on non parler de tel ou tel sujet – y compris dans le cadre, si modeste, de ce blog. On a encore eu le cas pas plus tard que lundi, à propos de cette fameuse affaire de mutuelles clandestines de resquilleurs à Paris, qui a fait pas mal de bruit ici.

 

En vitesse (ou si vous préférez un son radio résumant cela: ici par exemple ), il s’agit donc de militants pour la gratuité des transports publics et/ou de gens précaires. Qui, au lieu de payer leur ticket de transport, choisissent de resquiller et d'adhérer à une sorte de mutuelle clandestine, à laquelle ils cotisent une demi-douzaine d’euros chaque mois. Mutuelle qui, ensuite, s’ils sont contrôlés et verbalisés, paie les amendes à leur place. Selon la RATP, cette mutualisation du risque de contravention serait «marginale» à Paris. Où, de toute manière, la fraude dans son ensemble ne toucherait que 4% des usagers du métro. Au passage, on est très sceptique sur ce dernier chiffre, au vu du nombre de fois par semaine, voire par jour, où un resquilleur ou l’autre se colle à nous pour franchir le portillon sans payer (*).

 

Parler ou pas de cette mutualisation clandestine du risque d'amendes? Interrogation, donc. Côté pile, ce système est évidemment illégal: il relève juridiquement de la fraude organisée. Le médiatiser, faire connaître son existence à un large public alors qu'il est encore relativement confidentiel aujourd'hui, ne peut que contribuer à son développement, a fortiori vu les difficultés financières qu’affrontent actuellement tant de gens. S'en faire le relais médiatique constitue donc, quelque part, faire de la pub à un dispositif frauduleux.

 

Côté face, si le journalisme c’est aussi relater les nouvelles tendances, peut-on vraiment passer à côté de ce type d’initiative? Et passer sous silence ce qui probablement – outre un certain militantisme – est à son origine: une précarisation grandissante (y compris dans des villes comme Paris) et l’inaccessibilité financière des transports publics qui en résulte pour un nombre probablement lui aussi grandissant de gens.

 

A cet égard, quelques chiffres pour donner une idée aux lecteurs non-parisiens de ce blog. A Paris, le franchissement d’un tourniquet sans billet est passible d’une amende de 50 voire 72€. On l'a vérifié ce matin dans la dernière brochure en date des tarifs de la RATP : l’abonnement le moins cher (=celui couvrant la zone urbaine la moins étendue) accessible à l’usager ne disposant pas d’un tarif réduit (tarifs jeunes, invalides, familles nombreuses, etc.) vaut 56€ par mois, ou 574€ par an. Le forfait pour la grande banlieue vaut carrément 123€ par mois, ou 1251€ par an. Ce n'est tout de même pas rien, quand on connaît le niveau pas folichon des salaires de tant de Parisiens et de banlieusards.

 

Maintenant, ceci (=ces tarifs) justifie-t-il cela (=la fraude solidaire organisée)? Voilà encore une interrogation pas idiote.

 

 

 

(*) Au passage, on s’est souvent demandé si un voyageur muni d'un titre de transport qui (par altruisme, compassion, négligence ou je m’enfoutisme, peu importe) permet ainsi, physiquement, à un resquilleur de franchir avec lui son portillon se rend ou non, aux yeux des autorités, complice d’une fraude? On posera la question à la RATP, à l’occasion.

Commentaires

J'ignorais tout de cette pratique, qui me choque. Qui paie les transports en commun? Les contribuables et les usagers. Il n'y a pas de manne d'Etat "céleste".
Une chose est de militer pour la gratuité en faveur des plus démunis, de souhaiter plus de tarifs réduits, mais frauder ainsi, c'est comme voler dans les magasins, en oubliant que ce sont les autres qui le paient tôt ou tard.

Écrit par : Tania | 06/05/2010

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