Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

31/05/2010

Un ramassis de clichés

On parlait des préjugés la semaine dernière dans ce blog, à l'occasion de la remise des «Ya bon awards» – où le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a été largement distingué. Manifestement en France, il y a encore beaucoup de boulot à faire en matière de lutte contre les clichés racistes, antisémites, xénophobes ou homophobes. Témoin, ce sondage de l'institut BVA réalisé pour l'Union des étudiants juifs de France et SOS Racisme, dont les résultats effarants ont été dévoilés hier à l'occasion des Assises de la lutte contre les préjugés.

 

Ainsi, 27,6 % des Français voient les gens issus de l'immigration maghrébine comme des délinquants; c'est plus du double de l'an dernier (12%)  – encore bravo et merci à Eric Zemmour. Pour quasiment un sondé sur deux (49 %), «les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres». Plus du quart des Français (28 %) assurent que les Noirs sont des êtres plus forts physiquement que les autres. Pour près d'un Français sur trois (30 %), les juifs ont plus d'influence que les autres dans la finance et les médias. Et 12% de l'opinion (contre 8% l'an dernier) pensent que les homos «sont plus obsédés par le sexe» que les hétéros.

 

Les clichés les plus éculés, les préjugés les plus arriérés, restent donc bel et bien ancrés dans une bonne part de l'opinion. Mais faut-il vraiment s'en étonner?

28/05/2010

Une «libération»

Livres.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et on reste dans le domaine des transports qu'on évoquait hier. En effet, depuis jeudi soir et jusqu'à la fin du week-end, la SNCF remet au goût du jour le «book dropping», qui eut son heure de gloire il y a quelques années. Dans le cadre de son opération «Passe-livre», elle a «libéré» 10.000 livres dans la salle d'attente de la gare de Paris-Montparnasse. Ensuite? «Un lecteur découvre un livre qui lui plaît, l’emmène dans ses voyages, le redépose dans une gare ou dans un train, où un nouveau lecteur peut le découvrir à son tour. Et son voyage continue indéfiniment». Comme il se doit, cette libération livresque a été modernisée à la sauce geek du moment. Ainsi, en allant sur la page http://passelivresncf.fr puis en y entrant le code figurant sur la dernière page du livre qu'il vient de lire, le voyageur pourra découvrir le parcours de cet ouvrage et les appréciations des gens qui l'ont lu avant lui.

 

Puisqu'on parle de livres, cette semaine à l'Assemblée, le ministre de la Culture a été interrogé sur «la régression de la lecture traditionnelle dans notre pays depuis plus de vingt ans». Et sur ses projets relatifs aux «bouleversements induits par la révolution numérique», qui «ouvrent de nouvelles opportunités pour redonner le goût de la lecture à nos concitoyens, notamment aux plus jeunes». Frédéric Mitterrand a notamment confirmé son intention d'«adapter les bibliothèques, afin que la lecture sur écran et les nouvelles pratiques culturelles sur internet se développent dans de bonnes conditions ». Un «contrat numérique» sera proposé à ces établissements pour qu'ils «puissent moderniser leurs équipements». Ce n'est pas un luxe: «à ce jour, près de la moitié des bibliothèques publiques ne sont pas équipées» pour avoir accès aux nouvelles technologies. L'on va aussi «mieux soutenir les associations œuvrant au développement de la lecture dans les écoles, les bibliothèques et les quartiers, afin de passer de 600.000 à 2 millions le nombre d’enfants touchés» par leurs initiatives. Parmi ces associations soutenues, «Lire et faire lire», de l'écrivain Alexandre Jardin.

 

Pourquoi pas. Pour autant, il ne faudrait pas croire que la Culture dégage des moyens supplémentaires en faveur de ce plan gouvernemental visant à «développer le goût de la lecture» (ici). Il coûtera 100 millions d'euros? Oui, mais il sera exclusivement financé par un «redéploiement de crédits existants». En clair, cela veut dire que si d'aventure le livre reçoit prochainement quelques euros de financement public en plus, ce sera invariablement au détriment de la musique, du théâtre, du cinéma, du patrimoine ou des arts plastiques. Austérité Rigueur budgétaire oblige.

27/05/2010

Un rappel

Des perturbations sont possibles dans les chemins de fer en France ce jeudi, (énième) jour de mobilisation syndicale interprofessionnelle contre la prochaine réforme des retraites. Parlant des trains et plus spécialement de ceux circulant en région parisienne, la SNCF vient, en douceur, d'effectuer un fameux revirement. Fin de l'année dernière (relire ici), elle avait annoncé la disparition programmée des «petits gris»: ces rames en inox mises en service il y a plus de 40 ans, dont la physionomie était devenue très familière aux habitants de la capitale française et de sa banlieue. Quelques mois plus tard, changement de cap: les chemins de fer viennent de ... procéder au rappel en grand nombre de «petits gris» qui avaient déjà été déclassés.

 

Ces vieilles rames désormais opèrent à nouveau sur la ligne D du RER. La SNCF, en effet, n'a eu d'autre choix que de les remettre massivement en circulation, y compris aux heures de pointe. En cause, le flux tendu sur cette ligne, dont la fréquentation croît chaque année de 3 à 4%. Et l'immobilisation plus longue que prévue, dans les ateliers de maintenance, de nombreux trains plus récents. Dans ces conditions, le renvoi au dépôt de ces «petits gris» rappelés en catastrophe n'est pas attendu avant plusieurs semaines.

 

Au passage, le grand patron de la SNCF vient de faire son mea culpa à propos du plan d'urgence de 100 millions d'euros qui avait été engagé il y a deux ans au profit de ce RER D. «Cet investissement vient de se terminer. Il y a du bon et du moins bon», a reconnu Guillaume Pépy. «Le bon, c'est l'amélioration de l'information des voyageurs, du confort et un certain progrès dans la régularité: les retards ont baissé de 20%. Le moins bon, c'est qu'on n'a pas atteint l'objectif d'une réduction des retards d'un tiers. Aujourd'hui, les retards sont de l'ordre de 14%. Ils étaient de 18% auparavant. Il faudrait que l'on soit dans la zone des 10%». Mais, a averti le PDG des chemins de fer, pour atteindre ce niveau qualitatif, «il faudra plusieurs années» encore.

 

Faute avouée est à moitié pardonnée, se diront (peut-être) les banlieusards qui, les jours de grève comme les jours sans grève, ont l'habitude de poireauter sur les quais du RER D. En attendant, le syndicat des transports de la Région parisienne a annoncé hier un (énième) relèvement des tarifs, qui entrera en vigueur en juillet. La hausse moyenne sera de 3,9%, soit largement plus que l'inflation. Il est décidément des hasards de calendrier qui sont fâcheux.

26/05/2010

Un trophée

yabonbanania.jpgAprès le sujet un peu sinistre d'hier, une note d'humour aujourd'hui. Car, parfois, sans doute vaut-il mieux réagir à la crétinerie par l'humour et la dérision. C'est en tout cas la conviction des «Indivisibles». Ce collectif lutte contre les préjugés ethno-raciaux et contre la dévalorisation voire la négation de l'identité nationale des Français issus de l'immigration. Chaque année, il remet un trophée à la personnalité qui, à ses yeux, s'est distinguée par des propos ayant alimenté les stéréotypes ou le dénigrement des «Français non-Blancs». Ce prix, c'est le «Y'a bon award» – en référence au slogan et au visuel si controversés de la marque de boisson chocolatée Banania. Et il sera décerné demain soir à Paris.

 

Parmi les nominés, on trouve nombre de personnalités ayant dit des stupidités assez effarantes. Ainsi, la ministre de la Famille Nadine Morano, avec sa fameuse tirade sur le «jeune musulman» qui, «quand il est Français» et «aime son pays», y «trouve un travail», «ne parle pas le verlan» et «ne met pas sa casquette à l'envers». Ou Jacques Séguéla – le publicitaire bling-bling convaincu que «quand on n'a pas de Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie» –, pour sa réflexion sur «la force de l'Africain, c'est de savoir garder cette part enfantine que les autres adultes effacent». Ou encore l'ineffable député UMP Eric Raoult, qui avait déjà remporté haut la main le concours en 2009 (voir ici), pour cette si fine observation selon laquelle «en Outre-mer, on a le sang chaud». Difficile donc de départager tous ces gens: chacun mériterait un prix. Sans parler du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, évidemment nominé lui aussi pour sa mémorable petite blague adressée à un jeune Maghrébin rebaptisé Auvergnat: «Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes».

 

De tout cela, mieux vaut rire que pleurer, pensent donc les «Indivisibles». A moins que, comme disait Desproges, l'on puisse rire de tout certes, mais pas avec n'importe qui.

25/05/2010

Un sombre tableau

Incroyable douceur de vivre à Paris pendant tout ce long week-end, grâce à cette météo estivale avant l'heure. En France cependant, l'humeur générale est loin d'être à l'insouciance, en ce moment. Un sondage vient encore de le confirmer, ce matin: plus de neuf Français sur dix (91%) s'attendent à ce que la crise économique actuelle ait des conséquences concrètes et dommageables, fiscales notamment, sur leur vie quotidienne.

 

L'opinion, cela dit, a-t-elle toujours et forcément une perception exacte de la réalité? Une autre étude, publiée elle dimanche, amène une nouvelle fois à se poser la question. Elle indique que, pour 83% des Français, les prix ont augmenté ces douze derniers mois. «Les Français sont inquiets de l'inflation», en déduisait le JDD. Oui, mais, si l'on en croit la dernière étude annuelle sur «Les comptes de la Nation» réalisée par l'Insee, le très sérieux Institut français de la statistique et des études économiques, le pouvoir d’achat des ménages, en fait, a progressé en 2009. Il a même crû un peu plus (+1,6%) que l'année précédente 2008 (+0,4%).

 

C'est d'ailleurs à peu près la seule bonne nouvelle que l'on peut retrouver dans ce tableau de l'économie française. Qui l'an dernier, confirme l'Insee, a traversé «la récession la plus importante depuis l’après-guerre». Résultat: tous les indices sont dans le rouge. Le PIB a reculé de 2,6% en moyenne. «Toutes les grandes branches» ont participé à cette chute: production manufacturière, production énergétique, activité dans la construction ou production de services marchands. L'investissement a chuté (−7,1%). Les entreprises ont massivement déstocké pendant toute l'année. Et seul l’investissement des administrations publiques a résisté, sous l’effet du plan gouvernemental de relance. Les échanges extérieurs de biens comme de services se sont «fortement» contractés, les exportations comme les importations ayant reculé. Seule la consommation, privée ou publique, n'a pas coulé dans la tempête, mais c'est largement grâce à des mécanismes gouvernementaux (prime à la casse pour les voitures, etc.) utilisés comme bouées de sauvetage.

 

Pour autant, 2009 n'aura pas été une mauvaise année pour tout le monde. Ainsi, «la valeur ajoutée des sociétés financières rebondit nettement (+9,1% après −0,3%). Celle des banques progresse très fortement (+14,2% après +4,5% en 2008 et +1,9% en 2007). Par ailleurs, l’activité de l’assurance-vie renoue avec la croissance en 2009: la valeur ajoutée augmente de +44,2% en valeur après −20,8% en 2008». Cela va certainement remonter le moral du Français moyen. 

21/05/2010

Un (petit) exemple

Une anecdote, pour bien terminer la semaine. En guise d'exemple de combien, parfois, la France décidément n'est pas pour rien le pays de Courteline – qui écrivit des pages et des pages sur les mésaventures de citoyens aux prises avec une administration cafouilleuse.

 

Fin avril, on découvrait un matin dans la boîte aux lettres deux mises en demeure envoyées par un cabinet d'huissiers de justice, pour le compte de la Direction générale des finances publiques. Elles nous invitaient à «payer immédiatement» deux factures, précisant qu'«à défaut, toutes les mesures d'exécution seront engagées sans autres avis». On était un peu surpris: on n'avait le souvenir ni d'être en retard du moindre paiement, ni d'avoir reçu le moindre rappel. Après quelques recherches, on découvrait qu'il s'agissait en fait de la note de deux vieilles consultations médicales dans un grand hôpital public parisien. Consultations à l'issue desquelles on nous avait dit: «Non, non, ne payez rien: vous recevrez la facture à domicile». On n'avait jamais rien reçu, et on avait perdu cela de vue. Jusqu'à l'arrivée donc de ces mises en demeure. Maugréant contre La Poste, on avait obtempéré illico. Dans l'heure, on avait payé nos dettes par carte bleue via le central téléphonique du fisc.

 

Et puis ce mercredi, dans la boîte aux lettres, deux «avis de mise en opposition administrative» cette fois. Portant sur exactement les mêmes montants. Et nous avertissant carrément qu'à défaut de paiement immédiat, «la Direction générale des finances publiques engagera sans délai ni autre avis une procédure de blocage de compte et salaire auprès de votre banque ou employeur». Bigre. On retéléphonait donc au fisc, bien décidé cette fois à ne pas se contenter d'un automate mais à parler à un humain. Une fois l'agent en ligne, on lui certifiait avoir déjà réglé ces factures fin avril, par carte bancaire au même numéro de téléphone. L'homme vérifiait, mais ne trouvait nulle trace de ces paiements. On lui assurait qu'à l'époque, la «machine» nous avait pourtant bien dit, de sa voix métallique si agréable, que nos opérations avaient été enregistrées. «Oui, cela arrive de temps en temps», rétorquait notre interlocuteur laconiquement. On repayait donc. Puis, pour tout de même tirer  au clair cette curieuse affaire, on demandait comment était-il possible d'être mis en demeure de payer des factures jamais reçues auparavant. «Alors ça, ça arrive très souvent», expliquait l'huissier, toujours aussi philosophe. On apprenait donc que l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris – «débordée ou désorganisée, on n'a jamais très bien su», précisait notre homme – , au lieu de facturer elle-même ses patients, chargeait «fréquemment» les agents du fisc de recouvrer à sa place les sommes dues, via l'envoi aux gens de si charmantes mises en demeures et autres commandements à payer.

 

Résumé. On a donc 1)une administration qui, pas fichue de faire son boulot, le refile à une autre 2)cette deuxième administration qui n'est pas fichue de faire correctement ce même boulot vu qu'elle a remplacé des fonctionnaires par des automates inopérants.

 

C'est probablement très anecdotique, et donc pas d'un intérêt fou. Mais, dans ce grand pays de «réforme» – réforme de la fonction publique notamment (non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, etc) – qu'est la France depuis 2007, cela méritait assurément deux grands bravos.

20/05/2010

Une brigade

vélovandalisé.jpgPuisque le printemps semble enfin revenu à Paris, parlons vélo aujourd'hui. Zappons rapidement sur la dernière initiative geek en date prise par la mairie de Paris, relative à ce mode de déplacement: à savoir une application iPhone spécialement consacrée au Vélib. Ce sera sans doute utile aux plus branchés des utilisateurs de ces vélos en libre service. Mais nous, cela commence à un peu nous gonfler, cet envahissement obligatoire et permanent de la vie quotidienne par ces nouveaux médias. On se l'est encore dit pas plus tard que l'autre soir. En apprenant que le dîner en ville pour lequel on avait dû se décommander à la dernière minute, à cause d'on ne sait plus trop quel contretemps, avait, en fait, été mortellement ennuyeux. Car, pendant une grande partie de la soirée, la conversation avait tourné autour de deux seuls sujets: les applications iPhone et les groupes sur Facebook. En apprenant cela de la bouche d'un convive qui, lui, avait participé à ce dîner, on était consterné. Parlons donc plutôt de la dernière brigade municipale que l'on voit désormais à l'oeuvre dans les rues de la capitale. Et qui a l'air d'y accomplir un boulot assez efficace.

 

Il s'agit de la brigade d'agents municipaux chargée... de collecter les épaves de vélos vandalisés. Cela n'a l'air de rien, mais chaque année paraît-il, entre 1000 et 1200 vélos sont abandonnés sur la voie publique à Paris: gênant le passage sur les trottoirs, bloquant pour rien des emplacements aux aires de stationnement pour vélos, gâchant le paysage par leur si triste apparence. Avant la mise sur pied de cette brigade, ces épaves rouillaient souvent très longtemps sur place, car les enlever de force (en sectionnant les cadenas, par exemple) était paraît-il du seul ressort d'agents ayant la qualification d'officier judiciaire. La procédure simplifiée convenue entre la mairie et la préfecture de police permettra dorénavant d'accélérer ce déblaiement.

 

Du coup, chaque Parisien désormais est invité à signaler aux autorités les vélos abandonnés qu'il croiserait sur son chemin, ceux-ci étant ensuite enlevés dans les jours qui suivent. Pour éviter les impairs, la Ville a pris soin d'expliquer «comment faire le distinguo entre un vélo garé pendant une longue durée et un vélo abandonné». En clair: «Sont a priori sans propriétaires les vélos rouillés, ceux auxquels il manque une ou deux roues, ceux dont les cadenas ont été forcés», CQFD. Au passage, ces patrouilles permettront de contacter les propriétaires des vélos munis d'un système d'identification.

 

scootvandalisé.jpgReste à présent à mettre au point un système de recyclage pour ces bécanes. Un tel dispositif n'existant pas pour le moment, les épaves sont simplement conduites à la déchetterie. Et reste à trouver un système pour les carcasses de scooters vandalisés, qui, à Paris, sont au moins aussi nombreuses que les épaves de vélos martyrisés. On se le dit à peu près chaque matin en sortant de la maison, en tombant sur le si pathétique voire misérable squelette de scoot qui est stationné devant depuis des mois.

19/05/2010

Un bien mauvais départ

Il était annoncé comme le chantier urbanistique de la décennie à Paris: au minimum quatre années de travaux colossaux et un budget d'au bas mot 760 millions d’euros. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il commence bien mal, ce chantier. On veut parler du projet de rénovation du Forum des Halles et de ses alentours. Début de cette semaine, la mairie n'a eu d'autre choix que de décider de suspendre tous les travaux liés à la première phase du chantier, à savoir au réaménagement du vaste jardin des Halles jouxtant le méga-centre commercial. Mercredi dernier, en effet, le tribunal administratif avait, en référé, ordonné l'interruption de l'exécution du permis de démolir du jardin actuel. Selon lui, un «doute sérieux» pèse sur la légalité de l'autorisation municipale d'abattre notamment, dès le mois de juin, les quelque 300 arbres figurant dans l'actuel jardin Lalanne, l'enclos de verdure de 3000 m2 situé dans l'espace vert des Halles.

 

L'action en justice avait été lancée par un comité de riverains furieux contre «l'absurdité» écologique et urbanistique de ce volet du projet municipal. Ces habitants sont évidemment ravis, qui voyaient dans ce dossier une «accumulation d’erreurs, d’incurie, d’incompétence et de manque d’écoute». La droite parisienne elle aussi applaudit à cette «première victoire» remportée contre «le massacre du jardin des Halles». La Ville conteste le fond du jugement du tribunal. Et assure que, malgré ce bien mauvais départ,  ce projet gigantesque, au final, «ne sera pas retardé». En attendant, les riverains, gonflés à bloc par cette victoire juridique, préparent une grande manifestation sur place samedi après-midi.

 

Dans le quartier, on n'a pas fini d'entendre parler de ce dossier. Et, vu la manière chaotique dont il a débuté, on ne peut même plus être trop sûr que ce méga-projet urbanistique ne va pas finir par tourner au calvaire politique pour le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

18/05/2010

Une gratuité

«La femme est l'avenir de l'homme», assurait Aragon. En France comme ailleurs, est-ce également vrai dans le milieu encore assez machiste que sont le sport en général et le foot en particulier? Plus précisément, les femmes peuvent-elles constituer une partie de la réponse au fléau du hooliganisme et de sa violence bestiale – majoritairement mâle cette violence, cela dit. Autant de questions qui seront posées à Paris ce mardi, jour où le PSG présente son grand «plan de pacification» du Parc des Princes.

 

En effet, le club de foot parisien (endeuillé ces dernières années par la mort de deux de ses supporteurs) semble avoir pensé qu'augmenter la présence de femmes dans les tribunes au moment des matchs contribuera à y pacifier le climat. Du coup, à en croire les journaux qui, comme «L'Equipe», faisaient leurs choux gras de cette innovation ce matin, le club parisien a décidé d'instaurer la gratuité d'entrée au stade pour les femmes. Dans le même objectif de diversifier son public, afin que les éléments violents y soient numériquement minorisés, les enfants bénéficieront d'un droit d'entrée réduit (6€) et des «espaces famille» seront spécialement aménagés dans l'enceinte et les tribunes du Parc des Princes.

 

La femme comme remède à la violence, donc. Voilà qui contraste avec le maelstrom médiatique auquel on a assisté en France ces derniers mois, la plupart des télés, radios et journaux ayant inondé leurs publics avec d'innombrables reportages alarmistes (et probablement alarmants) sur la recrudescence de la violence des filles, singulièrement des jeunes filles des quartiers difficiles des banlieues.

17/05/2010

Un affichage

piqueniquepontdesarts.jpgOn évoquait le Pont des Arts dans ce blog vendredi. Cela nous a fait repenser que l'autre soir, de passage sur cette passerelle, on s'était dit que, décidément parfois, les autorités ne manquaient pas d'air. C'était avant que Paris subisse cette météo automnale actuelle. Ce soir-là, il faisait donc beau et chaud. Du coup, comme à chaque fois, la grande foule s'était réunie sur le Pont des Arts. Depuis plus d'un an, la mairie d'arrondissement et la préfecture de police promettent de serrer la vis aux innombrables amoureux de ce si beau lieu parisien qui, dès que le temps le permet, s'y retrouvent pour y festoyer. Souvent jusque tard dans la nuit et parfois jusqu'à atteindre des états d'alcoolisation avancés. Il fut d'abord question (relire ici ou ) d'interdire toute consommation d’alcool entre 16 heures et 7 heures du matin. Puis d’y intensifier les patrouilles préventives de police. Puis de verbaliser systématiquement les contrevenants. Puis d'apposer des avis rappelant cette prohibition de alcool. Voire d'interdire aux gens de s'asseoir sur le pont dès la nuit tombée. Beaucoup de tapage, donc. Et depuis? Rien. Rien n'a l'air d'avoir changé le soir sur le Pont des Arts.

 

En tout cas, le soir où on y est passé, on a retrouvé exactement la même ambiance que l'été dernier, en dépit de toutes ces rodomontades des autorités. Il y avait toujours autant de gens qui y festoyaient, admiraient le panorama, refaisaient le monde, trinquaient, se photographiaient, se roulaient des galoches, etc. Les policiers semblaient toujours aussi absents des lieux. Et on imagine – on n'y a pas passé une nuit blanche pour le vérifier –, qu'au petit matin, on y compte toujours autant de cadavres de bouteilles vides et de gamins morts-saouls.

 

On n'a rien contre ce statu quo. La politique du «bonnet de nuit» sur Paris, on n'a jamais été trop pour. A fortiori quand, comme au Pont des Arts, on compte finalement assez peu de riverains très proches et donc susceptibles d'être gênés dans leur sommeil par cette animation nocturne. Juste que, au lieu de la ramener depuis plus d'une année avec des déclarations viriles et non suivies d'effets, les autorités auraient mieux fait d'affecter calmement à cet endroit l'un ou l'autre agent de sécurité chargé de veiller au grain le soir, en toute convivialité. Ce qui aurait fait moins de foin, mais aurait sans doute réglé les problèmes éventuels et permis de passer à autre chose. D'autant qu'en termes d'effectifs, cela ne paraît pas impossible: on est souvent frappé, quand on déambule aux petites heures dans Paris, par le nombre de plantons qu'on croise en train de sommeiller dans des guérites postées devant des bâtiments officiels semblant complètement déserts.

 

Mais, c'est vrai, en termes de pur affichage politique, ce pragmatisme modeste aurait été médiatiquement moins vendeur.

14/05/2010

Une apparition

Une disparition. On a beaucoup parlé d'une disparition ces dernières vingt-quatre heures à Paris. De la disparition des centaines de cadenas que, depuis des mois, des couples d'amoureux du monde entier avaient pris l'habitude de venir accrocher aux rambardes du Pont des Arts. Les clés de ces cadenas jetées dans les flots de la Seine, ces amours ainsi cadenassés étaient supposés demeurer éternels. Qui donc a osé commettre ce crime de lèse-romantisme? La mairie avait fait savoir, dernièrement, qu'elle n'était pas trop d'accord avec ce cadenassage jugé peu respectueux du patrimoine. Mais elle a vigoureusement démenti avoir été à l'origine de cet enlèvement, qui n'a pas davantage été revendiqué par la préfecture de police. Le mystère reste donc entier, sur le Pont des Arts.

Parlant d'amour, on a moins été intéressé par cette disparition que par une apparition. Une apparition sur le marché français en tout cas, où, mais peut-être cela nous avait-il échappé, on n'avait jamais entendu parler de cela auparavant. Un produit qui s'adresse aux «amoureux du monde entier» et donc aux Français aussi, qui vivent sur leur réputation (justifiée?) de meilleurs amants du monde.

C'est le journal gratuit 20 Minutes qui a débusqué ce concept (ici) en marge de la «Quinzaine du commerce équitable», qui bat son plein en ce moment à Paris. Ce sont des... préservatifs équitables! Ils sont baptisés «French letter», par allusion sans doute au fameux «french kiss». «Fabriqués à partir de latex équitable issu de plantations certifiées FSC (Forestry Stewardship Council) qui garantit une gestion raisonnée des exploitations», ces préservatifs, en outre, ne contiennent «aucun ingrédient d’origine animale et sont donc adaptés aux végétariens». Mais «c’est pas une raison pour les manger», croient bon de préciser les confrères ha ha ha.

Des préservatifs équitables. On aura décidément tout vu, dans ce monde ecolo friendly dans lequel nous vivons désormais. Le slogan de la société britannique qui commercialise cette invention décoiffante? «Make love, not wage slaves». Ou, encore mieux: «Free love, fair trade & safe sex». Qui sait un bon programme pour ce mois de mai si automnal qui, à Paris aussi, donnerait plutôt envie de rester sous la couette.

12/05/2010

Une équité

«Travailler plus pour gagner plus». C’était un des slogans emblématiques sur lesquels Nicolas Sarkozy s’était fait élire à l’Elysée, en 2007. Avant que la crise mondiale vienne dynamiter cette promesse. «Payez plus si vous gagnez plus», lui a rétorqué hier le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë.

 

Mardi, en effet, le conseil municipal a voté un nouveau régime de facturation des repas des cantines scolaires, où déjeunent chaque midi 130.000 enfants parisiens. Auparavant, ces tarifs variaient d’un arrondissement à l’autre. Désormais, ils seront harmonisés. Surtout, ils varieront en fonction du revenu des parents et de la taille du ménage. Ce qui, selon la mairie, permettra aux parents les moins fortunés de ne payer que 13 centimes d’euro par repas et allégera la facture globale de 65% des familles. Pour la majorité, dès lors, il s’agit d’«une vraie réforme de justice sociale et d'égalité».

 

Les élus sarkozystes et néocentristes, cependant, ont voté contre. Parce que, selon eux, ce nouveau dispositif est «encore un coup porté aux classes moyennes, qui vont voir leur tarif monter de plus de 25%». Hier, à un JT du soir, on voyait un maire UMP d’arrondissement tempêter. On avait vraiment du mal à le suivre. Il ne mentionnait pas que la principale fédération de parents d’élèves aurait voulu (ici) que ces nouveaux tarifs soient plus progressifs encore. Il ne commentait guère l’argument de la mairie selon lequel, l'un dans l'autre, «cela fera 30 € d’augmentation par mois pour un couple qui touche 7500 €». Et ne s’étendait pas sur le fait que, dans tous les cas, même les parents parisiens les plus fortunés ne débourseraient jamais plus de 5€ par jour pour le repas de leur rejeton.

 

5€. Cela nous semblait un tarif maximum très raisonnable pour un repas, vu le prix du moindre sandwich ou McDo dans la capitale. Et on avait la faiblesse de croire que ces 5€ n’allaient tout de même pas mettre sur la paille les familles résidant dans le seizième arrondissement. Du coup, en écoutant cet élu, on se disait que, vraiment, il y avait des indignations moins légitimes que d'autres.

11/05/2010

Une lenteur

taxisparisiens.jpgPuisqu'on évoquait les taxis hier, ce qu'on voit de plus en plus dans les rues de Paris, ce sont les motos taxis. L'an dernier, le Parlement avait voté une loi réglementant cette activité, encadrant ses relations avec les taxis traditionnels. En effet, la tension n'est pas rare entre ces deux secteurs du métier de transport des personnes. Au point qu'à l'aéroport de Roissy, toujours lui, ces concurrents en sont, à l'occasion, venus aux mains Or, lors du récent débat parlementaire auquel on faisait allusion hier, il est apparu que, plusieurs mois après le vote de cette loi, ses arrêtés d'application n'avaient toujours pas été publiés. En France visiblement, il n'y a pas que la Haute assemblée qui opère à un train de sénateur.

 

On compte une centaine d'entreprises de motos taxis dans le pays, dont plus de la moitié opèrent à Paris et dans sa région. La nouvelle loi leur avait concédé un régime bien particulier. Les motos taxis sont exemptées de détenir une licence – très onéreuse: elle peut coûter jusqu'à 200.000 euros. Mais, en contrepartie, elles ont l'interdiction formelle de «racoler» des clients à la sauvette: en rue comme à l'aéroport ou devant les gares. Elles ne peuvent donc travailler que sur réservation préalable, soit par téléphone, soit par internet (*) Les infractions à cette règle sont punies de peines d'un an de prison et de 15.000 euros d'amende. Théoriquement tout au moins, tant l'effarante lenteur de l'application du nouveau dispositif a, sur le terrain, fait perdurer les cas de concurrence déloyale.

 

Le secteur des motos-taxis, cela dit, reste clairement un service plutôt haut de gamme. En effet, contrairement aux taxis traditionnels, cette activité n'est pas tenue de respecter des tarifs réglementés. Résultat des courses, c'est le cas de le dire, il faut mettre la main au portefeuille. Ainsi, il faut compter 25 euros pour un trajet dans Paris intra-muros, aux environs de 60 euros pour un Paris-Orly, et en moyenne 80 euros pour un Roissy-Paris: soit des tarifs en gros un tiers plus chers que ceux des taxis traditionnels.

 

En région parisienne, ne pas perdre de temps dans les embouteillages, c'est un luxe. Et cela se paie cash.

 

 

(*) On a même repéré qu'une société parisienne leader du secteur avait mis en ligne les trombines de ses chauffeurs. Parce que, en slalomant à toute vitesse entre les voitures et camions eux misérablement coincés sur le périphérique, la griserie est telle que des affinités se créent?

10/05/2010

Un revirement

C'est un fameux revirement du gouvernement, et il a été officialisé la semaine dernière au Parlement. Il concerne l'aéroport de Roissy, et plus particulièrement sa desserte par les taxis. Il y a trois mois, la majorité avait cassé le monopole bénéficiant aux taxis parisiens. Dorénavant, au nom de la libre concurrence, tous les taxis, et plus seulement ceux de la capitale, seraient autorisés à prendre en charge des passagers à Roissy-CDG. La semaine dernière, revirement à 180 degrés: le Parlement vient de réinstaurer ce monopole.

 

Selon le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, la suppression du monopole, finalement, ne ferait «pas baisser les prix». Car, à CDG, «les taxis sont déjà en concurrence avec d’autres modes de transport – motos taxis, navettes, etc.» Et cette concurrence exacerbée «attirerait encore plus de taxis à Roissy, où ils sont déjà en surabondance»: appâtés par la manne financière que représentent, pour les sociétés de taxi, les 60 millions d'usagers annuels de cette plateforme. Ce que veut désormais l'Etat, c'est «que les taxis ne soient pas scotchés du matin au soir devant les files d’attente des aéroports, mais soient dans les communes». L'objectif premier étant de «relocaliser les véhicules dans Paris intra muros».

 

Où les taxis sont encore très peu présents. Comme l'a noté, lors des débats dans l'hémicycle, la députée UMP Françoise de Panafieu, «les étrangers qui se rendent à Paris sont toujours étonnés de la différence avec certaines villes comme New York et Londres notamment. Dans la capitale, depuis des années, il est impossible à certaines heures de trouver un taxi disponible quand il suffit, à l’étranger, de lever la main pour qu’un taxi s’arrête devant vous dans les deux minutes». L'an dernier, pour inciter les taxis parisiens à travailler pas seulement à Roissy mais aussi à Paris, un test de circulation avait été tenté (relire ici), qui avait réservé aux taxis une voie spécifique de l’autoroute A1 jusqu'à la capitale. Mais, de l'aveu de la mairie, cela a créé «des embouteillages gigantesques» et donc un afflux à l'Hôtel de ville de plaintes de résidents parisiens, exaspérés de «subir des retards dans leurs déplacements domicile-travail».

 

Résultat, une sérieuse «remise à plat» du système est jugée plus que jamais nécessaire. Le ministre de l'Intérieur – seul compétent avec la préfecture de police de Paris dans ce domaine – semble lui-même l'avoir compris. Pour preuve, il vient de proposer la mise en place d’un groupe de travail sur ce dossier, réunissant, outre ses agents, des représentants des Transports, de la société Aéroports de Paris et de la mairie. Le but? Trouver «une solution plus équilibrée», en associant enfin tous les acteurs concernés. Il est temps, à l'approche des vacances d'été, et donc de l'afflux encore plus massif d'usagers à Roissy.

09/05/2010

Un décès

La communauté des médias belges en poste à Paris est en deuil. Ce dimanche matin, en effet, on a appris le décès inopiné d’Istvan Felkaï à l’âge de 64 ans. Son nom ne dira sans doute rien à la majorité des lecteurs français de ce blog, mais il résonnera de manière très familière aux Belges puisque, depuis plus de quinze ans, Istvan Felkaï était la voix de Paris à la RTBF.

 

Après avoir été successivement correspondant de «Libération» en Belgique puis grand reporter à la RTBF, Istvan Felkaï était, depuis le milieu des années 90, le correspondant permanent de la radio publique francophone belge dans la capitale française. Passionné par l’actualité politique, sociale et culturelle hexagonale, jour après jour et même heure après heure, il décryptait avec talent et finesse pour ses auditeurs les grands moments et les coulisses de la vie publique ici. Istvan Felkaï était aussi une figure de la communauté belge implantée à Paris; il était invariablement de toutes les conférences et manifestations organisées par les instances représentant la communauté Wallonie-Bruxelles dans la capitale française. Enfin, depuis des années régulièrement invité dans les studios radio et sur les plateaux télé des médias français, il n’avait pas son pareil pour y expliquer avec beaucoup de pédagogie et de clarté les soubresauts de la vie institutionnelle belge – souvent si incompréhensibles à l’étranger et en France particulièrement.

 

Sur le plan privé, Istvan était quelqu’un d’une infinie gentillesse et d’une passionnante érudition, doté qui plus est d’un sens de l’humour si particulier. Sa belgitude tranquille, sa francophilie raffinée, de même que le rapport émouvant qu’il entretenait avec ses origines hongroises achevaient de faire de lui une personnalité très attachante.

 

Ses amis le regretteront, leurs pensées affectueuses allant à son épouse, Mimouna, ainsi qu’à ses trois enfants, Andy, Inès et Ryan.

07/05/2010

Un léger mieux

Mangerdesfruits.jpgL'autre jour encore, sur base d'une énième et très sérieuse étude sur le sujet, on le répétait dans ce blog (ici): les Français, les jeunes en particulier, mangent mal. Peu de fruits et de légumes, trop de sucre, de graisses, de sel, de sodas. Et souvent trop d'alcool et trop de tabac. Et bien non, finalement. Du moins, à en croire la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. Qui vient de lancer un (petit) cocorico: la France ferait mieux que ses voisins. C'est si inattendu comme info qu'on va la prendre pour la bonne nouvelle de la semaine.

 

C'est le (bon) résultat du grand «Programme national nutrition santé» (PNNS), qui avait été lancé il y a quelques années. C'est en vertu de ce plan que, depuis, les Français sont inondés à longueur de journées de messages de prévention les invitant à manger cinq fruits et légumes par jour, à ne pas grignoter entre les repas ou à pratiquer une activité physique régulière. Manifestement, toutes ces campagnes ont marché/marqué. Pour preuve, comme l'a souligné Roselyne Bachelot au Parlement avant-hier et devant les médias hier, «la France est le seul pays développé dans lequel la courbe d’obésité des adolescents s’est inversée. Depuis 2000, le nombre des adolescents en surpoids est passé de 18 à 16 %. Ce n’est pas suffisant, mais c’est une véritable inversion de tendance». Chez les adultes aussi, cela s'améliorerait. Ainsi, depuis 1998, on aurait noté une augmentation de la consommation de fruits et légumes et une réduction de la consommation d’aliments sucrés.

 

Trois bémols, toutefois.

 

D'abord, des pans entiers de la population n'ont pas bénéficié de cette amélioration globale. C'est le cas par exemple des populations très précarisées (SDF, etc.) et, souvent, des personnes âgées. Ensuite, ces bons résultats sont souvent issus d'enquêtes purement déclaratives: basées sur les affirmations des gens, relatives à leur régime alimentaire et à leurs habitudes de vie. Ces assertions reflètent-elles toujours, totalement et correctement l'exacte réalité? Il ne nous étonnerait pas que, vu la pression (sociale, médiatique, etc.) autour de la nécessité de privilégier un mode de vie sain, des sondés soient tentés, dans leurs déclarations, d'enjoliver quelque peu leurs comportements. Enfin, certains critères pris en compte pour mesurer cette qualité de vie ne volent tout de même pas très haut. Comme si la barre avait été volontairement fixée assez bas, pour que quasiment tout le monde soit en mesure de la franchir. Ainsi, ce fameux critère des «30 minutes d’activité physique», que deux tiers des Français affirment pratiquer chaque jour. Ici, clairement, on n'est pas dans l'effort très intense ni dans l'endurance: on se réfère par exemple à la «marche rapide» ou la «montée des escaliers»...

 

Mais sans doute est-ce mieux que rien. Et probablement, vu d'où la France vient en matière d'hygiène de vie et d'alimentation, est-il de bon ton de ne pas faire la fine bouche et, pour l'instant, de s'en contenter.

06/05/2010

Un filon

Une fois n'est pas coutume, un fait divers aujourd'hui dans ce blog, en guise d'accroche à la note du jour. Il s'est produit dans notre onzième arrondissement et a été rendu public hier après-midi. Dans un bureau de poste du quartier, la police a interpellé récemment une dame, présentée comme... «acheteuse compulsive». Elle avait fait pour 9.000 euros d'achats avec la carte bancaire de sa mère, qu'elle utilisait à son insu. A son domicile, les policiers ont découvert une caverne d'Ali Baba ainsi décrite par l'agence de presse AP: «15m3 de marchandises emballées dont trois vélos tout terrain, deux lave-linge, 14 fers à lisser, trois lits, un caméscope, six coffres à bijoux, 21 sacs de sport contenant des produits alimentaires, des cosmétiques, des fournitures scolaires ainsi que trois billets d'avions pour la Tunisie». L'intéressée a expliqué avoir acheté ces objets en multiples exemplaires de peur que l'un d'eux tombe en panne.

 

Parlant de carte bancaire, une (petite) découverte qu'on a faite l'autre jour au hasard d'une visite au distributeur d'une agence bancaire près de Bastille, et qui pourrait bien encourager encore un peu plus les acheteurs compulsifs à dépenser sans compter. Sur l'automate, bien en évidence, était apposé un sticker publicitaire dont on n'avait jamais remarqué la présence auparavant. Il félicitait les usagers d'avoir recours à ce distributeur, car la banque l'hébergeant... multiplie les initiatives environnementales. En gros donc, le message subliminal envoyé était le suivant: «Cher usager de passage, plus vous retirez de billets à l'aide de ce distributeur, plus vous contribuez au sauvetage de la planète, donc ne mégotez pas».

 

DABParis.jpgRenseignements pris, ce programme vert s'appelle «Winplanet». Y participent, outre des banques, nombre de grandes enseignes commerciales présentes en France. Sous son égide par exemple, le Crédit agricole a financé une opération de nettoyage des rives de la Seine, offrant même aux nettoyeurs «un agréable buffet campagnard en plein air» – c'est merveilleux. Le Crédit mutuel a collecté des téléphones portables usagés. La BNP-Paribas a systématisé les procédures de recyclage des composants électroniques, ordinateurs, claviers et autres imprimantes utilisés dans ses agences. Et HSBC France a aidé l'Office national des forêts à planter 15 000 arbres sur un ancien site minier.

 

Autant d'initiatives qui, sans doute, ne mangent pas de pain et ne font pas de mal à la planète. A moins que cette exploitation par les banques désormais aussi d'un filon écolo si à la mode ne relève avant tout de l'opération de marketing. De la campagne de com',  finalement: destinée à rehausser l'image de marque du secteur bancaire qui, en France aussi, est sortie très dégradée de la grande crise de l'an dernier.

05/05/2010

Une interrogation

Ce n'est pas parce qu'on supporte mal les leçons de morale journalistique de Marine Le Pen (voir la note d’hier) qu'on n'a pas, de temps en temps, l'une ou l'autre interrogation d'ordre professionnel. Qu'on ne se pose pas, à l'occasion, la question de savoir si, journalistiquement, on doit on non parler de tel ou tel sujet – y compris dans le cadre, si modeste, de ce blog. On a encore eu le cas pas plus tard que lundi, à propos de cette fameuse affaire de mutuelles clandestines de resquilleurs à Paris, qui a fait pas mal de bruit ici.

 

En vitesse (ou si vous préférez un son radio résumant cela: ici par exemple ), il s’agit donc de militants pour la gratuité des transports publics et/ou de gens précaires. Qui, au lieu de payer leur ticket de transport, choisissent de resquiller et d'adhérer à une sorte de mutuelle clandestine, à laquelle ils cotisent une demi-douzaine d’euros chaque mois. Mutuelle qui, ensuite, s’ils sont contrôlés et verbalisés, paie les amendes à leur place. Selon la RATP, cette mutualisation du risque de contravention serait «marginale» à Paris. Où, de toute manière, la fraude dans son ensemble ne toucherait que 4% des usagers du métro. Au passage, on est très sceptique sur ce dernier chiffre, au vu du nombre de fois par semaine, voire par jour, où un resquilleur ou l’autre se colle à nous pour franchir le portillon sans payer (*).

 

Parler ou pas de cette mutualisation clandestine du risque d'amendes? Interrogation, donc. Côté pile, ce système est évidemment illégal: il relève juridiquement de la fraude organisée. Le médiatiser, faire connaître son existence à un large public alors qu'il est encore relativement confidentiel aujourd'hui, ne peut que contribuer à son développement, a fortiori vu les difficultés financières qu’affrontent actuellement tant de gens. S'en faire le relais médiatique constitue donc, quelque part, faire de la pub à un dispositif frauduleux.

 

Côté face, si le journalisme c’est aussi relater les nouvelles tendances, peut-on vraiment passer à côté de ce type d’initiative? Et passer sous silence ce qui probablement – outre un certain militantisme – est à son origine: une précarisation grandissante (y compris dans des villes comme Paris) et l’inaccessibilité financière des transports publics qui en résulte pour un nombre probablement lui aussi grandissant de gens.

 

A cet égard, quelques chiffres pour donner une idée aux lecteurs non-parisiens de ce blog. A Paris, le franchissement d’un tourniquet sans billet est passible d’une amende de 50 voire 72€. On l'a vérifié ce matin dans la dernière brochure en date des tarifs de la RATP : l’abonnement le moins cher (=celui couvrant la zone urbaine la moins étendue) accessible à l’usager ne disposant pas d’un tarif réduit (tarifs jeunes, invalides, familles nombreuses, etc.) vaut 56€ par mois, ou 574€ par an. Le forfait pour la grande banlieue vaut carrément 123€ par mois, ou 1251€ par an. Ce n'est tout de même pas rien, quand on connaît le niveau pas folichon des salaires de tant de Parisiens et de banlieusards.

 

Maintenant, ceci (=ces tarifs) justifie-t-il cela (=la fraude solidaire organisée)? Voilà encore une interrogation pas idiote.

 

 

 

(*) Au passage, on s’est souvent demandé si un voyageur muni d'un titre de transport qui (par altruisme, compassion, négligence ou je m’enfoutisme, peu importe) permet ainsi, physiquement, à un resquilleur de franchir avec lui son portillon se rend ou non, aux yeux des autorités, complice d’une fraude? On posera la question à la RATP, à l’occasion.

04/05/2010

Une «indécence»?

LePenpère&fille.jpgHier, en France comme ailleurs, c’était la Journée mondiale de la liberté de la presse. C’est précisément le jour qu’a choisi le Front national pour, une fois encore… casser (verbalement) du journaliste. En effet, Marine Le Pen a pris les médias en exemple pour fustiger l’«effondrement moral» de la société française. En cause, l’écho donné depuis dimanche soir par les médias, médias de France et d'au-delà, à la tribune du cinéaste franco-polonais Roman Polanski. Pour la fille de Jean-Marie Le Pen, «c'est un peu indécent d'ouvrir grand les médias» pour «quelqu'un qui a quand même des choses assez lourdes à se reprocher».

 

On a été assez agacé par cette tirade lepéniste. Nuançons illico. On n’a pas de problème de principe avec le fait qu’entre la classe politique et le monde médiatique, les critiques aillent dans les deux sens. A savoir: pas toujours dans le même sens unique des journalistes vers les politiques qu’en permanence ils décortiquent et, souvent, critiquent. Il n’y a pas de raison que la presse soit le seul pouvoir – puisqu’elle en serait un: le quatrième – qui, par définition, serait au-dessus de toute critique.

 

En revanche, on a un gros mouvement de recul quand la dénonciation de la corporation journalistique et de ses pratiques se fonde sur un critère aussi pesant que «la morale». Qu’on critique les médias sur leur professionnalisme, leur sérieux, leur impartialité, leurs méthodes et conditions de travail, leurs dérives mercantiles ou dernières excitations technologiques du moment, sur leur irréverence ou leur bienveillance à l’égard du pouvoir en place: très bien. Mais qu’on en vienne à «la morale», danger. A fortiori si c’est le Front national qui s’érige en donneur de leçons de morale voire en censeur.

 

En janvier, Marine Le Pen va possiblement – probablement? – remplacer son père Jean-Marie à la présidence du Front national. Selon certains analystes, à ce moment, une partie de l’UMP sarkozyste pourrait être tentée de former une vaste alliance avec un FN qui, présidé par l’intéressée, serait tout à coup dédiabolisé et redevenu politiquement fréquentable. Ce serait politiquement un scénario «à l’italienne»: pays où, pour faire court, la droite de Berlusconi a intégré l’ex-extrême droite de Fini. C’est bien sûr loin d’être fait, et pas sûr que cela se fera jamais. En tant que journaliste, en tout cas, cette possible évolution nous ferait assez frémir si elle se traduisait par, parmi des ex-FN au gouvernement, une Marine Le Pen ministre de la Communication (cas de figure comme un autre) et donc érigée en arbitre de «la morale» médiatique. Dans ce cas, on ne serait pas trop sûr de pouvoir/vouloir/ encore exercer ce métier dans ce pays.

03/05/2010

Un «rapport charnel»

Le rapport des Français à l’argent: sujet non seulement vaste mais aussi sensible en ces temps de crise et de précarisation grandissante. Deux tendances ont été mises en lumière ces derniers temps, par des études pas inintéressantes de l’institut de sondages Ifop.

 

D’abord, cette enquête dont les résultats sont sortis ce week-end et qui, assez curieusement trouve-t-on, ont fait assez peu de bruit. 58% des Français, soit une majorité assez écrasante de la population de ce pays, disent s'en sortir «difficilement» avec les revenus de leur foyer. Ils sont même 14% à considérer ne boucler que «très difficilement» leurs fins de mois. De l’autre côté de la barrière, 42% des Français jugent s'en sortir «facilement», dont 5% «très facilement». Confirmation de ce que l’on savait déjà: les habitants des zones rurales galèrent plus que ceux de la capitale (61% contre 56%), les femmes (64%) en bavent plus que les hommes (52%), et le pourcentage de gens en difficultés financières explose chez les ouvriers (74%), les employés (73%) et les artisans et commerçants (67%).

 

Les Français donc, dans une large majorité, galèrent financièrement. Selon une autre étude de l’Ifop, ils n’en ont pas moins «un rapport charnel confirmé» avec l’argent, avec l’argent liquide singulièrement. En effet, à l’heure où les moyens électroniques de paiement s’imposent un peu partout, 95 % des Français affirment détenir toujours de l’argent liquide sur eux. Et 54% considèrent que, dans les années à venir, ils paieront toujours autant, voire davantage, en espèces. Plus d’un Français sur trois conserve de l’argent à son domicile. Un quart avoue même détenir des espèces cachées à la maison. Pour ce qui concerne précisément la somme détenue en liquide, elle est en moyenne de 37 euros. Plus on est âgé, plus on a du liquide sur soi: les 65 ans et plus ont en moyenne 59 euros sur eux, les moins de 35 ans 20 euros seulement.

 

En ce qui concerne notre modeste petite personne, on déduit de tout cela. 1) Qu’on n’est vraiment pas Français. Sans pour autant rouler sur l'or, on n’a pas de fins mois (encore trop) difficiles. On n'a pas non plus de magot planqué sous le matelas. Et on n’a jamais 37 euros dans notre portefeuille; plutôt en permanence trois francs six sous, à peine. 2) Que ce matin encore, on fait beaucoup plus jeune que notre âge: on vient de le vérifier, on n’a même pas 20 euros en poche, donc, statistiquement en tout cas, on n’a même pas 35 ans. Merveilleuse nouvelle pour bien commencer la semaine.