31.05.2010
Un ramassis de clichés
On parlait des préjugés la semaine dernière dans ce blog, à l'occasion de la remise des «Ya bon awards» – où le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a été largement distingué. Manifestement en France, il y a encore beaucoup de boulot à faire en matière de lutte contre les clichés racistes, antisémites, xénophobes ou homophobes. Témoin, ce sondage de l'institut BVA réalisé pour l'Union des étudiants juifs de France et SOS Racisme, dont les résultats effarants ont été dévoilés hier à l'occasion des Assises de la lutte contre les préjugés.
Ainsi, 27,6 % des Français voient les gens issus de l'immigration maghrébine comme des délinquants; c'est plus du double de l'an dernier (12%) – encore bravo et merci à Eric Zemmour. Pour quasiment un sondé sur deux (49 %), «les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres». Plus du quart des Français (28 %) assurent que les Noirs sont des êtres plus forts physiquement que les autres. Pour près d'un Français sur trois (30 %), les juifs ont plus d'influence que les autres dans la finance et les médias. Et 12% de l'opinion (contre 8% l'an dernier) pensent que les homos «sont plus obsédés par le sexe» que les hétéros.
Les clichés les plus éculés, les préjugés les plus arriérés, restent donc bel et bien ancrés dans une bonne part de l'opinion. Mais faut-il vraiment s'en étonner?
11:07 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : racisme, immigration, etrangers
28.05.2010
Une «libération»
Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et on reste dans le domaine des transports qu'on évoquait hier. En effet, depuis jeudi soir et jusqu'à la fin du week-end, la SNCF remet au goût du jour le «book dropping», qui eut son heure de gloire il y a quelques années. Dans le cadre de son opération «Passe-livre», elle a «libéré» 10.000 livres dans la salle d'attente de la gare de Paris-Montparnasse. Ensuite? «Un lecteur découvre un livre qui lui plaît, l’emmène dans ses voyages, le redépose dans une gare ou dans un train, où un nouveau lecteur peut le découvrir à son tour. Et son voyage continue indéfiniment». Comme il se doit, cette libération livresque a été modernisée à la sauce geek du moment. Ainsi, en allant sur la page http://passelivresncf.fr puis en y entrant le code figurant sur la dernière page du livre qu'il vient de lire, le voyageur pourra découvrir le parcours de cet ouvrage et les appréciations des gens qui l'ont lu avant lui.
Puisqu'on parle de livres, cette semaine à l'Assemblée, le ministre de la Culture a été interrogé sur «la régression de la lecture traditionnelle dans notre pays depuis plus de vingt ans». Et sur ses projets relatifs aux «bouleversements induits par la révolution numérique», qui «ouvrent de nouvelles opportunités pour redonner le goût de la lecture à nos concitoyens, notamment aux plus jeunes». Frédéric Mitterrand a notamment confirmé son intention d'«adapter les bibliothèques, afin que la lecture sur écran et les nouvelles pratiques culturelles sur internet se développent dans de bonnes conditions ». Un «contrat numérique» sera proposé à ces établissements pour qu'ils «puissent moderniser leurs équipements». Ce n'est pas un luxe: «à ce jour, près de la moitié des bibliothèques publiques ne sont pas équipées» pour avoir accès aux nouvelles technologies. L'on va aussi «mieux soutenir les associations œuvrant au développement de la lecture dans les écoles, les bibliothèques et les quartiers, afin de passer de 600.000 à 2 millions le nombre d’enfants touchés» par leurs initiatives. Parmi ces associations soutenues, «Lire et faire lire», de l'écrivain Alexandre Jardin.
Pourquoi pas. Pour autant, il ne faudrait pas croire que la Culture dégage des moyens supplémentaires en faveur de ce plan gouvernemental visant à «développer le goût de la lecture» (ici). Il coûtera 100 millions d'euros? Oui, mais il sera exclusivement financé par un «redéploiement de crédits existants». En clair, cela veut dire que si d'aventure le livre reçoit prochainement quelques euros de financement public en plus, ce sera invariablement au détriment de la musique, du théâtre, du cinéma, du patrimoine ou des arts plastiques. Austérité Rigueur budgétaire oblige.
10:41 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, littérature, transports, technologie
27.05.2010
Un rappel
Des perturbations sont possibles dans les chemins de fer en France ce jeudi, (énième) jour de mobilisation syndicale interprofessionnelle contre la prochaine réforme des retraites. Parlant des trains et plus spécialement de ceux circulant en région parisienne, la SNCF vient, en douceur, d'effectuer un fameux revirement. Fin de l'année dernière (relire ici), elle avait annoncé la disparition programmée des «petits gris»: ces rames en inox mises en service il y a plus de 40 ans, dont la physionomie était devenue très familière aux habitants de la capitale française et de sa banlieue. Quelques mois plus tard, changement de cap: les chemins de fer viennent de ... procéder au rappel en grand nombre de «petits gris» qui avaient déjà été déclassés.
Ces vieilles rames désormais opèrent à nouveau sur la ligne D du RER. La SNCF, en effet, n'a eu d'autre choix que de les remettre massivement en circulation, y compris aux heures de pointe. En cause, le flux tendu sur cette ligne, dont la fréquentation croît chaque année de 3 à 4%. Et l'immobilisation plus longue que prévue, dans les ateliers de maintenance, de nombreux trains plus récents. Dans ces conditions, le renvoi au dépôt de ces «petits gris» rappelés en catastrophe n'est pas attendu avant plusieurs semaines.
Au passage, le grand patron de la SNCF vient de faire son mea culpa à propos du plan d'urgence de 100 millions d'euros qui avait été engagé il y a deux ans au profit de ce RER D. «Cet investissement vient de se terminer. Il y a du bon et du moins bon», a reconnu Guillaume Pépy. «Le bon, c'est l'amélioration de l'information des voyageurs, du confort et un certain progrès dans la régularité: les retards ont baissé de 20%. Le moins bon, c'est qu'on n'a pas atteint l'objectif d'une réduction des retards d'un tiers. Aujourd'hui, les retards sont de l'ordre de 14%. Ils étaient de 18% auparavant. Il faudrait que l'on soit dans la zone des 10%». Mais, a averti le PDG des chemins de fer, pour atteindre ce niveau qualitatif, «il faudra plusieurs années» encore.
Faute avouée est à moitié pardonnée, se diront (peut-être) les banlieusards qui, les jours de grève comme les jours sans grève, ont l'habitude de poireauter sur les quais du RER D. En attendant, le syndicat des transports de la Région parisienne a annoncé hier un (énième) relèvement des tarifs, qui entrera en vigueur en juillet. La hausse moyenne sera de 3,9%, soit largement plus que l'inflation. Il est décidément des hasards de calendrier qui sont fâcheux.
11:18 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : transports, banlieues, social
26.05.2010
Un trophée
Après le sujet un peu sinistre d'hier, une note d'humour aujourd'hui. Car, parfois, sans doute vaut-il mieux réagir à la crétinerie par l'humour et la dérision. C'est en tout cas la conviction des «Indivisibles». Ce collectif lutte contre les préjugés ethno-raciaux et contre la dévalorisation voire la négation de l'identité nationale des Français issus de l'immigration. Chaque année, il remet un trophée à la personnalité qui, à ses yeux, s'est distinguée par des propos ayant alimenté les stéréotypes ou le dénigrement des «Français non-Blancs». Ce prix, c'est le «Y'a bon award» – en référence au slogan et au visuel si controversés de la marque de boisson chocolatée Banania. Et il sera décerné demain soir à Paris.
Parmi les nominés, on trouve nombre de personnalités ayant dit des stupidités assez effarantes. Ainsi, la ministre de la Famille Nadine Morano, avec sa fameuse tirade sur le «jeune musulman» qui, «quand il est Français» et «aime son pays», y «trouve un travail», «ne parle pas le verlan» et «ne met pas sa casquette à l'envers». Ou Jacques Séguéla – le publicitaire bling-bling convaincu que «quand on n'a pas de Rolex à 50 ans, c'est qu'on a raté sa vie» –, pour sa réflexion sur «la force de l'Africain, c'est de savoir garder cette part enfantine que les autres adultes effacent». Ou encore l'ineffable député UMP Eric Raoult, qui avait déjà remporté haut la main le concours en 2009 (voir ici), pour cette si fine observation selon laquelle «en Outre-mer, on a le sang chaud». Difficile donc de départager tous ces gens: chacun mériterait un prix. Sans parler du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, évidemment nominé lui aussi pour sa mémorable petite blague adressée à un jeune Maghrébin rebaptisé Auvergnat: «Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes».
De tout cela, mieux vaut rire que pleurer, pensent donc les «Indivisibles». A moins que, comme disait Desproges, l'on puisse rire de tout certes, mais pas avec n'importe qui.
10:40 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : immigration, racisme, humour, activisme
25.05.2010
Un sombre tableau
Incroyable douceur de vivre à Paris pendant tout ce long week-end, grâce à cette météo estivale avant l'heure. En France cependant, l'humeur générale est loin d'être à l'insouciance, en ce moment. Un sondage vient encore de le confirmer, ce matin: plus de neuf Français sur dix (91%) s'attendent à ce que la crise économique actuelle ait des conséquences concrètes et dommageables, fiscales notamment, sur leur vie quotidienne.
L'opinion, cela dit, a-t-elle toujours et forcément une perception exacte de la réalité? Une autre étude, publiée elle dimanche, amène une nouvelle fois à se poser la question. Elle indique que, pour 83% des Français, les prix ont augmenté ces douze derniers mois. «Les Français sont inquiets de l'inflation», en déduisait le JDD. Oui, mais, si l'on en croit la dernière étude annuelle sur «Les comptes de la Nation» réalisée par l'Insee, le très sérieux Institut français de la statistique et des études économiques, le pouvoir d’achat des ménages, en fait, a progressé en 2009. Il a même crû un peu plus (+1,6%) que l'année précédente 2008 (+0,4%).
C'est d'ailleurs à peu près la seule bonne nouvelle que l'on peut retrouver dans ce tableau de l'économie française. Qui l'an dernier, confirme l'Insee, a traversé «la récession la plus importante depuis l’après-guerre». Résultat: tous les indices sont dans le rouge. Le PIB a reculé de 2,6% en moyenne. «Toutes les grandes branches» ont participé à cette chute: production manufacturière, production énergétique, activité dans la construction ou production de services marchands. L'investissement a chuté (−7,1%). Les entreprises ont massivement déstocké pendant toute l'année. Et seul l’investissement des administrations publiques a résisté, sous l’effet du plan gouvernemental de relance. Les échanges extérieurs de biens comme de services se sont «fortement» contractés, les exportations comme les importations ayant reculé. Seule la consommation, privée ou publique, n'a pas coulé dans la tempête, mais c'est largement grâce à des mécanismes gouvernementaux (prime à la casse pour les voitures, etc.) utilisés comme bouées de sauvetage.
Pour autant, 2009 n'aura pas été une mauvaise année pour tout le monde. Ainsi, «la valeur ajoutée des sociétés financières rebondit nettement (+9,1% après −0,3%). Celle des banques progresse très fortement (+14,2% après +4,5% en 2008 et +1,9% en 2007). Par ailleurs, l’activité de l’assurance-vie renoue avec la croissance en 2009: la valeur ajoutée augmente de +44,2% en valeur après −20,8% en 2008». Cela va certainement remonter le moral du Français moyen.
11:03 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : economie, social
21.05.2010
Un (petit) exemple
Une anecdote, pour bien terminer la semaine. En guise d'exemple de combien, parfois, la France décidément n'est pas pour rien le pays de Courteline – qui écrivit des pages et des pages sur les mésaventures de citoyens aux prises avec une administration cafouilleuse.
Fin avril, on découvrait un matin dans la boîte aux lettres deux mises en demeure envoyées par un cabinet d'huissiers de justice, pour le compte de la Direction générale des finances publiques. Elles nous invitaient à «payer immédiatement» deux factures, précisant qu'«à défaut, toutes les mesures d'exécution seront engagées sans autres avis». On était un peu surpris: on n'avait le souvenir ni d'être en retard du moindre paiement, ni d'avoir reçu le moindre rappel. Après quelques recherches, on découvrait qu'il s'agissait en fait de la note de deux vieilles consultations médicales dans un grand hôpital public parisien. Consultations à l'issue desquelles on nous avait dit: «Non, non, ne payez rien: vous recevrez la facture à domicile». On n'avait jamais rien reçu, et on avait perdu cela de vue. Jusqu'à l'arrivée donc de ces mises en demeure. Maugréant contre La Poste, on avait obtempéré illico. Dans l'heure, on avait payé nos dettes par carte bleue via le central téléphonique du fisc.
Et puis ce mercredi, dans la boîte aux lettres, deux «avis de mise en opposition administrative» cette fois. Portant sur exactement les mêmes montants. Et nous avertissant carrément qu'à défaut de paiement immédiat, «la Direction générale des finances publiques engagera sans délai ni autre avis une procédure de blocage de compte et salaire auprès de votre banque ou employeur». Bigre. On retéléphonait donc au fisc, bien décidé cette fois à ne pas se contenter d'un automate mais à parler à un humain. Une fois l'agent en ligne, on lui certifiait avoir déjà réglé ces factures fin avril, par carte bancaire au même numéro de téléphone. L'homme vérifiait, mais ne trouvait nulle trace de ces paiements. On lui assurait qu'à l'époque, la «machine» nous avait pourtant bien dit, de sa voix métallique si agréable, que nos opérations avaient été enregistrées. «Oui, cela arrive de temps en temps», rétorquait notre interlocuteur laconiquement. On repayait donc. Puis, pour tout de même tirer au clair cette curieuse affaire, on demandait comment était-il possible d'être mis en demeure de payer des factures jamais reçues auparavant. «Alors ça, ça arrive très souvent», expliquait l'huissier, toujours aussi philosophe. On apprenait donc que l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris – «débordée ou désorganisée, on n'a jamais très bien su», précisait notre homme – , au lieu de facturer elle-même ses patients, chargeait «fréquemment» les agents du fisc de recouvrer à sa place les sommes dues, via l'envoi aux gens de si charmantes mises en demeures et autres commandements à payer.
Résumé. On a donc 1)une administration qui, pas fichue de faire son boulot, le refile à une autre 2)cette deuxième administration qui n'est pas fichue de faire correctement ce même boulot vu qu'elle a remplacé des fonctionnaires par des automates inopérants.
C'est probablement très anecdotique, et donc pas d'un intérêt fou. Mais, dans ce grand pays de «réforme» – réforme de la fonction publique notamment (non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, etc) – qu'est la France depuis 2007, cela méritait assurément deux grands bravos.
11:00 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : administration, fonction publique, social, santé
20.05.2010
Une brigade
Puisque le printemps semble enfin revenu à Paris, parlons vélo aujourd'hui. Zappons rapidement sur la dernière initiative geek en date prise par la mairie de Paris, relative à ce mode de déplacement: à savoir une application iPhone spécialement consacrée au Vélib. Ce sera sans doute utile aux plus branchés des utilisateurs de ces vélos en libre service. Mais nous, cela commence à un peu nous gonfler, cet envahissement obligatoire et permanent de la vie quotidienne par ces nouveaux médias. On se l'est encore dit pas plus tard que l'autre soir. En apprenant que le dîner en ville pour lequel on avait dû se décommander à la dernière minute, à cause d'on ne sait plus trop quel contretemps, avait, en fait, été mortellement ennuyeux. Car, pendant une grande partie de la soirée, la conversation avait tourné autour de deux seuls sujets: les applications iPhone et les groupes sur Facebook. En apprenant cela de la bouche d'un convive qui, lui, avait participé à ce dîner, on était consterné. Parlons donc plutôt de la dernière brigade municipale que l'on voit désormais à l'oeuvre dans les rues de la capitale. Et qui a l'air d'y accomplir un boulot assez efficace.
Il s'agit de la brigade d'agents municipaux chargée... de collecter les épaves de vélos vandalisés. Cela n'a l'air de rien, mais chaque année paraît-il, entre 1000 et 1200 vélos sont abandonnés sur la voie publique à Paris: gênant le passage sur les trottoirs, bloquant pour rien des emplacements aux aires de stationnement pour vélos, gâchant le paysage par leur si triste apparence. Avant la mise sur pied de cette brigade, ces épaves rouillaient souvent très longtemps sur place, car les enlever de force (en sectionnant les cadenas, par exemple) était paraît-il du seul ressort d'agents ayant la qualification d'officier judiciaire. La procédure simplifiée convenue entre la mairie et la préfecture de police permettra dorénavant d'accélérer ce déblaiement.
Du coup, chaque Parisien désormais est invité à signaler aux autorités les vélos abandonnés qu'il croiserait sur son chemin, ceux-ci étant ensuite enlevés dans les jours qui suivent. Pour éviter les impairs, la Ville a pris soin d'expliquer «comment faire le distinguo entre un vélo garé pendant une longue durée et un vélo abandonné». En clair: «Sont a priori sans propriétaires les vélos rouillés, ceux auxquels il manque une ou deux roues, ceux dont les cadenas ont été forcés», CQFD. Au passage, ces patrouilles permettront de contacter les propriétaires des vélos munis d'un système d'identification.
Reste à présent à mettre au point un système de recyclage pour ces bécanes. Un tel dispositif n'existant pas pour le moment, les épaves sont simplement conduites à la déchetterie. Et reste à trouver un système pour les carcasses de scooters vandalisés, qui, à Paris, sont au moins aussi nombreuses que les épaves de vélos martyrisés. On se le dit à peu près chaque matin en sortant de la maison, en tombant sur le si pathétique voire misérable squelette de scoot qui est stationné devant depuis des mois.
11:37 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, transports, propreté
19.05.2010
Un bien mauvais départ
Il était annoncé comme le chantier urbanistique de la décennie à Paris: au minimum quatre années de travaux colossaux et un budget d'au bas mot 760 millions d’euros. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il commence bien mal, ce chantier. On veut parler du projet de rénovation du Forum des Halles et de ses alentours. Début de cette semaine, la mairie n'a eu d'autre choix que de décider de suspendre tous les travaux liés à la première phase du chantier, à savoir au réaménagement du vaste jardin des Halles jouxtant le méga-centre commercial. Mercredi dernier, en effet, le tribunal administratif avait, en référé, ordonné l'interruption de l'exécution du permis de démolir du jardin actuel. Selon lui, un «doute sérieux» pèse sur la légalité de l'autorisation municipale d'abattre notamment, dès le mois de juin, les quelque 300 arbres figurant dans l'actuel jardin Lalanne, l'enclos de verdure de 3000 m2 situé dans l'espace vert des Halles.
L'action en justice avait été lancée par un comité de riverains furieux contre «l'absurdité» écologique et urbanistique de ce volet du projet municipal. Ces habitants sont évidemment ravis, qui voyaient dans ce dossier une «accumulation d’erreurs, d’incurie, d’incompétence et de manque d’écoute». La droite parisienne elle aussi applaudit à cette «première victoire» remportée contre «le massacre du jardin des Halles». La Ville conteste le fond du jugement du tribunal. Et assure que, malgré ce bien mauvais départ, ce projet gigantesque, au final, «ne sera pas retardé». En attendant, les riverains, gonflés à bloc par cette victoire juridique, préparent une grande manifestation sur place samedi après-midi.
Dans le quartier, on n'a pas fini d'entendre parler de ce dossier. Et, vu la manière chaotique dont il a débuté, on ne peut même plus être trop sûr que ce méga-projet urbanistique ne va pas finir par tourner au calvaire politique pour le maire de Paris, Bertrand Delanoë.
11:28 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : paris, urbanisme, architecture, environnement
18.05.2010
Une gratuité
«La femme est l'avenir de l'homme», assurait Aragon. En France comme ailleurs, est-ce également vrai dans le milieu encore assez machiste que sont le sport en général et le foot en particulier? Plus précisément, les femmes peuvent-elles constituer une partie de la réponse au fléau du hooliganisme et de sa violence bestiale – majoritairement mâle cette violence, cela dit. Autant de questions qui seront posées à Paris ce mardi, jour où le PSG présente son grand «plan de pacification» du Parc des Princes.
En effet, le club de foot parisien (endeuillé ces dernières années par la mort de deux de ses supporteurs) semble avoir pensé qu'augmenter la présence de femmes dans les tribunes au moment des matchs contribuera à y pacifier le climat. Du coup, à en croire les journaux qui, comme «L'Equipe», faisaient leurs choux gras de cette innovation ce matin, le club parisien a décidé d'instaurer la gratuité d'entrée au stade pour les femmes. Dans le même objectif de diversifier son public, afin que les éléments violents y soient numériquement minorisés, les enfants bénéficieront d'un droit d'entrée réduit (6€) et des «espaces famille» seront spécialement aménagés dans l'enceinte et les tribunes du Parc des Princes.
La femme comme remède à la violence, donc. Voilà qui contraste avec le maelstrom médiatique auquel on a assisté en France ces derniers mois, la plupart des télés, radios et journaux ayant inondé leurs publics avec d'innombrables reportages alarmistes (et probablement alarmants) sur la recrudescence de la violence des filles, singulièrement des jeunes filles des quartiers difficiles des banlieues.
11:20 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : football, sports, femmes
17.05.2010
Un affichage
On évoquait le Pont des Arts dans ce blog vendredi. Cela nous a fait repenser que l'autre soir, de passage sur cette passerelle, on s'était dit que, décidément parfois, les autorités ne manquaient pas d'air. C'était avant que Paris subisse cette météo automnale actuelle. Ce soir-là, il faisait donc beau et chaud. Du coup, comme à chaque fois, la grande foule s'était réunie sur le Pont des Arts. Depuis plus d'un an, la mairie d'arrondissement et la préfecture de police promettent de serrer la vis aux innombrables amoureux de ce si beau lieu parisien qui, dès que le temps le permet, s'y retrouvent pour y festoyer. Souvent jusque tard dans la nuit et parfois jusqu'à atteindre des états d'alcoolisation avancés. Il fut d'abord question (relire ici ou là) d'interdire toute consommation d’alcool entre 16 heures et 7 heures du matin. Puis d’y intensifier les patrouilles préventives de police. Puis de verbaliser systématiquement les contrevenants. Puis d'apposer des avis rappelant cette prohibition de alcool. Voire d'interdire aux gens de s'asseoir sur le pont dès la nuit tombée. Beaucoup de tapage, donc. Et depuis? Rien. Rien n'a l'air d'avoir changé le soir sur le Pont des Arts.
En tout cas, le soir où on y est passé, on a retrouvé exactement la même ambiance que l'été dernier, en dépit de toutes ces rodomontades des autorités. Il y avait toujours autant de gens qui y festoyaient, admiraient le panorama, refaisaient le monde, trinquaient, se photographiaient, se roulaient des galoches, etc. Les policiers semblaient toujours aussi absents des lieux. Et on imagine – on n'y a pas passé une nuit blanche pour le vérifier –, qu'au petit matin, on y compte toujours autant de cadavres de bouteilles vides et de gamins morts-saouls.
On n'a rien contre ce statu quo. La politique du «bonnet de nuit» sur Paris, on n'a jamais été trop pour. A fortiori quand, comme au Pont des Arts, on compte finalement assez peu de riverains très proches et donc susceptibles d'être gênés dans leur sommeil par cette animation nocturne. Juste que, au lieu de la ramener depuis plus d'une année avec des déclarations viriles et non suivies d'effets, les autorités auraient mieux fait d'affecter calmement à cet endroit l'un ou l'autre agent de sécurité chargé de veiller au grain le soir, en toute convivialité. Ce qui aurait fait moins de foin, mais aurait sans doute réglé les problèmes éventuels et permis de passer à autre chose. D'autant qu'en termes d'effectifs, cela ne paraît pas impossible: on est souvent frappé, quand on déambule aux petites heures dans Paris, par le nombre de plantons qu'on croise en train de sommeiller dans des guérites postées devant des bâtiments officiels semblant complètement déserts.
Mais, c'est vrai, en termes de pur affichage politique, ce pragmatisme modeste aurait été médiatiquement moins vendeur.
10:59 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, police, art de vivre, paris



