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14/06/2010

Une vision

«Un pays au bord de la guerre civile», s'inquiétait en boucle, dès 7 heures du mat', le speaker aux commandes de la tranche d'info matinale d'une grande radio française, que l'on écoutait au saut du lit. Il était question du Kirghizstan, et non de la Belgique. Mais, dans les titres de ce journal parlé, cette actualité asiatique suivait immédiatement le compte-rendu des élections législatives d'hier en Belgique. Et, dans le débit saccadé habituel aux actus radiophoniques du matin, le confrère avait, entre ces deux sujets, marqué une pause si brève qu'elle en était devenue inaudible. Possible, dès lors, que ce matin, l'un ou l'autre auditeur français moyen, à peine émergé des brumes épaisses de la nuit, ait compris que c'était... la Belgique qui était «au bord de la guerre civile». A fortiori si cet auditeur mal réveillé avait, la veille au soir, regardé le JT d'une grande chaîne de télé publique. Son envoyé spécial à Bruxelles, concluant son direct sur un «pays au bord du divorce», avait en substance eu cette chute inquiétante: «Dans les semaines et mois à venir, on peut donc craindre des incidents entre francophones et flamands». Et, au ton qui était le sien, le terme incidents devait être compris au sens d'escarmouches physiques et non de heurts politiques. 

Cela dit, mais ce n'est jamais que notre avis, globalement, les médias français ont plutôt correctement couvert ces élections belges. D'année en année, nous semble-t-il, ils essaient de sortir de la vision caricaturale, condescendante, voire factuellement erronée, car simplifiée à l'excès, qui a longtemps été la leur lorsqu'il s'agissait d'expliquer aux Français les soubresauts de la vie institutionnelle, il est vrai un peu compliquée, de leur voisin belge. Tout, cependant, n'est pas encore parfait. En témoigne le nombre de fois où, ce matin encore, à la radio comme à la télé, on a entendu parler d'«un pays déchiré entre ses deux communautés» (même si les Belges germanophones semblent peu compter dans cette crise, leur communauté existe tout de même encore) ou entre ses «deux Régions» (et la région bruxelloise?). Le nombre de fois aussi où le Premier-ministrable Elio di Rupo a été rebaptisé «président du PS belge» (PS francophone, aurait-il fallu dire).

Pas sûr, cependant, que ces inexactitudes soient relevées par le Français de la rue, vu le degré de connaissance visiblement très moyen de la Belgique politique qui semble encore souvent être le sien. Ainsi, le nombre de fois, ces derniers jours, où des Parisiens – pourtant normalement éduqués et pas indifférents globalement à la marche du monde – nous ont posé des questions du genre: «Mais, en fait, les Wallons, ils parlent le français ou le wallon?»...

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