21.06.2010
Une attaque
Il vole bas en ce moment, l'argumentaire de certains activistes militant sur le terrain parisien. Il vole bas, et manipule des termes historiquement si lourds qu'ils laissent pantois par l'amalgame qu'ils opèrent. C'est ce qu'on s'est dit ces derniers jours, en empruntant le métro de Paris. En y constatant qu'aux entrées de plusieurs stations de notre onzième arrondissement, des pochoirs ont été apposés, si visibles, sur le trottoir. Pochoirs qui, en utilisant le terme de «collabos», renvoient à la même période de l'Histoire que ces «identitaires» d'extrême droite dont on parlait l'autre jour dans ce blog – qui assimilent leur lutte contre «l'islamisation» de la France au combat, il y a 70 ans, de la Résistance contre les nazis.
Cette fois, l'analogie si douteuse avec les années 40 vise la Croix-Rouge française, dont la quête annuelle vient de s'achever. «Pas de fric pour les collabos», clament les pochoirs, ainsi que pas mal de blogs (ici ou là). Qui veulent dissuader les gens à donner leur obole à «une société qui prospère sur le dos de la misère humaine et aide les gouvernements, quels qu’ils soient, à trier, enfermer, déporter toutes celles et ceux qu’ils ont décrétés indésirables». «Au-delà de son image humanitaire», accusent ces opposants, la Croix-Rouge est «aussi une entreprise qui participe à l’enfermement et à l’expulsion des sans-papiers», via son rôle d'observateur dans la zone d’attente de l'aéroport de Roissy ou lors des reconduites à la frontière.
La Croix-Rouge a déjà été plusieurs fois mise en cause dans ce dossier, ces dernières années (ici, par exemple). «Seul l'intérêt des enfants guide le dévouement et la disponibilité inconditionnelle» de ses agents, a-t-elle déjà dû se justifier publiquement. Tandis que son président – un ex-ministre chiraquien –, soupçonné de cautionner la chasse aux sans-papiers, a déjà dû (là) mettre les points sur les i: rappeler que la Croix-Rouge, «fidèle à sa neutralité, s’interdit de porter un jugement sur les politiques des États. C’est de la responsabilité du pouvoir de dire si c’est bien ou mal de renvoyer les gens chez eux. Il nous revient à nous de veiller à ce que chacun soit considéré comme une personne avant d’être un clandestin».
On a bien sûr le droit d'être convaincu ou pas par la position de cette association. Le droit aussi de juger que son principe fondateur de neutralité la conduit, sur le terrain, à une certaine complicité avec la politique migratoire du gouvernement. Politique dont on le droit de contester l'humanité. Mais de là à traiter de «collabos» les 52000 bénévoles de cette association... L'attaque, en tout cas, ira droit au coeur de ceux parmi ces bénévoles qui, en ce moment, viennent en aide aux inondés du Var ou aux sinistrés d'Haïti.
11:27 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : activisme, etrangers, immigration, histoire




Les commentaires sont fermés.