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24.06.2010

Une goutte d'eau

C'est le débat politique du jour à Paris, ce jeudi. Hier, le Président Sarkozy a fait savoir que, par souci d'économies, la garden party du 14 juillet à l'Elysée serait supprimée. Pour la droite, la mise entre parenthèses de cette tradition républicaine annuelle, établie par Valéry Giscard d'Estaing il y a 32 ans, est une mesure certes symbolique mais néanmoins importante: elle montre qu'en ces temps de crise, l'Etat lui aussi se serre la ceinture. Pour l'opposition, ce n'est qu'un geste «dérisoire» (le FN), «un artifice» voire «un coup de pub» (le PS), une pathétique «diversion» (les Verts). Deux réflexions.

D'abord, trois chiffres qui nous semblent bien situer les enjeux. Premier chiffre: 700.000 euros, soit le montant de la facture de la garden party du 14 juillet 2009, soit donc globalement l'économie qui sera faite le 14 juillet prochain. Deuxième chiffre: 419 milliards d'euros, soit l'enveloppe totale des dépenses de l'Etat. Troisième chiffre: 149 milliards d'euros, soit le montant du déficit public cette année. La suppression des petits fours élyséens constitue donc, vraiment, une goutte d'eau dans la mer.

Ensuite, remarquez que, s'agissant des dépenses traditionnelles mais néanmoins somptuaires du 14 juillet dans lesquelles on pourrait faire des économies, il en est une qui n'est jamais mentionnée: le sacrosaint défilé militaire. Pourtant, en France comme dans tous les autres pays partageant cette tradition, cette «kaki pride» annuelle a pour seule utilité visible de flatter l'ego national. Et elle aussi doit coûter cher aux pouvoirs publics: les salaires des personnels militaire et policier mobilisés (un jour férié, en plus), les infrastructures (tribunes, réceptions, etc.), les dépenses en carburant (avions, etc.), le coût de la réparation du macadam des rues de Paris s'effondrant chaque année sous le poids des chars, etc. Mais toucher à cette dépense-là, ou simplement poser la question, semble inenvisageable. La République a décidément ses tabous.

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