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30/06/2010

Un «pari gagnant»

Un peu de culture, aujourd'hui. Quatre ans après son inauguration, c'est une consécration pour le musée du Quai Branly. Cette institution vient d'être bombardée en tête du classement des 340 musées français, édité chaque année par «Le Journal des Arts». Ce palmarès est établi sur la base de 69 critères concernant par exemple l’accueil du public, le dynamisme de la politique muséale, ou la conservation des oeuvres. C'est la première fois que Branly pointe en tête de ce classement. Ce qui, selon ses concepteurs, consacre le «pari gagnant» de ce musée dédié aux Arts premiers.

 

Dans ce classement, Branly détrône le Centre Pompidou, le Louvre étant stationnaire à sa troisième place. La rétrogradation du Musée d’art moderne de Beaubourg est expliquée par la longue grève qui y a eu lieu l'automne dernier ainsi que par sa politique d’accueil. A Pompidou, en effet, «les aides à la visite (audioguide et téléchargement multimédia) ne sont pas incluses dans le prix d’entrée». A Branly, en revanche, «Le Journal des Arts» a apprécié le fait que cette institution «offre 18 journées de gratuité par an à son public, lequel peut, par ailleurs, visiter l’intégralité de ses espaces d’exposition» – ce qui est loin d'être le cas au Louvre, par exemple. Les confrères se réjouissent aussi que «quatre ans après son ouverture, la fréquentation (de Branly) continue à progresser, avec une hausse de 7,6 % cette année», pour un total cumulé d'une demi-douzaine de millions de visiteurs.

 

En effet. On ne se félicitera jamais assez qu'un jeune musée trouve aussi rapidement et aussi aisément son public. A fortiori lorsqu'il est dédié à une culture et à des arts si lointains de ceux de ses visiteurs, ce qui offre à ces derniers une fantastique ouverture sur le monde.

 

Juste que, sans prétendre remettre en cause le bien-fondé des notes accordées par ces professionnels, nous personnellement, en tant que modeste usager parisien, on a toujours eu un gros problème avec Branly. On trouve ses collections très belles et ses expositions plutôt bien faites. On apprécie assez son grand jardin. Sans en avoir jamais été fan, l'immense vaisseau conçu par l'architecte Jean Nouvel ne nous dérange pas fondamentalement, dans sa physionomie extérieure. En revanche, on a toujours été très désorienté par son agencement intérieur. A chacune de nos visites, on a eu le même problème. Dans ce musée, on ne s'y retrouve jamais. On ne sait jamais où l'on est. On ne repère ni les sorties, ni les cheminements. On ne ressent ni ne comprend ni à la structure de ce vaste bâtiment, ni à l'articulation de ses circulations. Bref, on y ère, on s'y perd, on y flotte, et souvent on s'en agace.

 

Mais, les professionnels de l'art ne semblant pas insister outre mesure sur cet aspect des choses, sans doute a-t-on tout faux: probablement est-on particulièrement et singulièrement déstructuré.

29/06/2010

Une (in)fortune

laSamaoccupee.jpgFortune et infortune, heurts et malheurs, des grands magasins parisiens. Hier, en fin d'après-midi, hasard incongru de l'actualité, sont tombées quasiment au même moment des nouvelles relatives à deux parmi les plus fameux grands magasins de la Ville lumière.

 

La première nouvelle avait trait à «La Samaritaine», ce paquebot en bord de Seine qui a fermé ses portes il y a plusieurs années déjà, dans l'attente de sa transformation en vaste complexe hôtelier et immobilier de luxe. Hier, un collectif de chômeurs et de travailleurs précaires parisiens a pris possession (ici) du toit de cet ex-grand magasin. Ils réclamaient de la Ville une solution pour le relogement de leur coordination. Car «partout, des chômeurs, des précaires, des intermittents, des salariés licenciés, des travailleurs précaires, des sans-papiers font grève, s’organisent, se défendent, réinventent des solidarités. Partout, ceux qui s’organisent ont besoin de lieux pour le faire». D'autant que, «de hausse des loyers en expulsions, les pauvres continuent d’être invités à quitter Paris».

 

La deuxième nouvelle, concomitante, concernait «Les Galeries Lafayette». Qui a annoncé hier le «lancement des soldissimes d'été 2010 sur l'ensemble des magasins» de cette enseigne du Boulevard Haussmann: dès demain 30 juin jusqu'au 3 août prochain. A cette occasion, les Parisiens bénéficieront de «démarques allant de 30 % à 50 % et d'offres exceptionnelles à 60 % de remise sur des produits de marques propres». Ainsi, les Galeries promettent, quasi extatiques, des soldes à «-40 % chez Acne, Paul & Joe, Paul & Joe Sister, Juicy Couture, Just Cavalli, John Galliano», pour le rayon femmes, et «une large sélection à -30% sur les marques Façonnable et Eden Park, -40 % chez K de Karl Lagerfeld, chez Just Cavalli et jusqu’à -40 % chez Tommy Hillfilger», au rayon hommes. Cela donne, notamment,  une «ceinture plaque D&G 195 € à -50 %, soit 97,50 €», des «sandales lacées Paul & Joe Sister 115 € à -50 %, soit 57,5€», ou des «sabots de bois ouverts Dsquared, 365€ à  -50 %, soit 182.50 €».

 

Des pompes (des sabots de bois, encore bien) à 182.50€ la paire. Sûr que cela a motivé les précaires, intermittents et autres chômeurs de la Sama à redescendre de leur toit.

28/06/2010

Une (auto)censure

Restons dans le monde de la pub, qu'on évoquait vendredi. Si les autorités se voient souvent reprocher de ne pas agir assez pour réduire le volume global de messages assénés aux citoyens consommateurs, elles influent, parfois, sur le contenu de ces messages. On en trouve une illustration dans le bilan, plutôt positif, que vient de tirer le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de la charte conclue en 2009 entre le ministère de la Santé et les publicitaires, charte «visant à promouvoir une alimentation et une activité physique favorables à la santé dans les programmes et les publicités diffusés à la télévision».

 

C'est la fameuse campagne «manger-bouger». Qui, dans les spots publicitaires, invite les consommateurs à ne pas grignoter entre les repas, à ne pas manger trop sucré, gras et/ou salé, etc. La charte interdit notamment aux publicitaires, dans leurs spots, d''«inciter à une consommation excessive», d'évoquer l'«image qui associerait la consommation d’aliments et de boissons à un loisir sédentaire lié à la vision d’un écran», ou de vanter un produit destiné aux enfants en leur laissant croire «que la prise d’un aliment peut produire un effet de nature à modifier leur vie quotidienne, en les faisant accéder à d’hypothétiques performances exceptionnelles». Concrètement,lit-on dans le rapport du CSA, depuis l'entrée en vigueur de la charte, plusieurs spots de pub n'ont jamais été diffusés à la télé française. Car, contraires à ces nouvelles règles déontologiques, ils ont été (auto)censurés par les organes de régulation du secteur de la pub.

 

Parmi ces pubs qu'on ne verra jamais à la télé, ce spot pour un groupe de musique dans lequel «on voyait des jeunes gens au cinéma avec un sac de popcorn sur les genoux». Ou un spot pour un distributeur d’ameublement dans lequel «on remarquait un verre de soda posé à coté du personnage principal, qui consultait son ordinateur portable à domicile». Ont pareillement été recalés des spots pour une console de jeu vidéo («le plan présentait une assiette contenant des toasts sur la table située devant les enfants et leurs parents»), pour un éditeur de téléphonie («la publicité mettait en scène un homme consommant, de manière excessive et passive, des pizzas devant la télévision») ou pour un soda («on présentait un jeune homme activant le jeu interactif mis en place par l’annonceur sur son écran, tout en tenant une canette à la main»). A défaut donc de limiter la quantité de pub, les autorités veillent à leur qualité. C'est déjà ça. Ou pas?

25/06/2010

Un bras de fer

barbouilleursdepub.jpgUn bras de fer reprend ce soir à Paris. En effet, après avoir observé un moratoire de trois mois, le collectif anti-pub des «Déboulonneurs» repart à l'attaque. Sur le coup de 19 heures, dans le quartier de la gare Montparnasse, alors que des actions similaires se dérouleront simultanément à Lille, Lyon et Rouen, aura lieu un nouveau raid de ces barbouilleurs de panneaux publicitaires. Qui ont décidé de sortir à nouveau leurs aérosols pour protester contre la tournure prise au Parlement par la loi dite Grenelle II sur l'environnement. Selon eux, cette loi se traduira sur le terrain par des «reculs très significatifs en matière de protection des paysages et des esprits contre l'agression publicitaire». Les activistes y voient «la patte des lobbies des afficheurs», qui «tirent les ficelles de cette mascarade» parlementaire pleine de «mauvaise foi».

Il sera intéressant de voir ce soir la réaction des policiers, puis du parquet, face à ces barbouilleurs de réclames. En avril dernier, en effet, ces activistes avaient remporté une victoire judiciaire mémorable. Poursuivis pour avoir, quelques mois plus tôt, bombé des panneaux publicitaires sur les Champs-Elysés, ils avaient finalement été relaxés. Le tribunal avait jugé que maculer des affiches de slogans tels que «Stop à la propagande» ou «Trop de pub» ne relevait pas de la dégradation, ne constituait donc pas une infraction, mais s'inscrivait dans l'exercice légitime de la liberté d'expression.

Cette nouvelle offensive des anti-pubs survient alors qu'à Paris la semaine prochaine, un autre bras de fer débute en groupes de travail. Ce bras de fer opposera, au sein de la majorité au pouvoir, les Verts (très publiphobes) et les socialistes, l'enjeu des pourparlers étant l'élaboration du nouveau règlement municipal régissant la publicité. Les Verts arriveront aux discussions avec un récent sondage. A l'en croire, huit Parisiens sur dix sont favorables à la suppression des panneaux d’affichage les plus grands, à l’obligation d’éteindre les panneaux lumineux pendant la nuit, et à l'interdiction d'installer des panneaux publicitaires à moins de 50 mètres des écoles.

24/06/2010

Une goutte d'eau

C'est le débat politique du jour à Paris, ce jeudi. Hier, le Président Sarkozy a fait savoir que, par souci d'économies, la garden party du 14 juillet à l'Elysée serait supprimée. Pour la droite, la mise entre parenthèses de cette tradition républicaine annuelle, établie par Valéry Giscard d'Estaing il y a 32 ans, est une mesure certes symbolique mais néanmoins importante: elle montre qu'en ces temps de crise, l'Etat lui aussi se serre la ceinture. Pour l'opposition, ce n'est qu'un geste «dérisoire» (le FN), «un artifice» voire «un coup de pub» (le PS), une pathétique «diversion» (les Verts). Deux réflexions.

D'abord, trois chiffres qui nous semblent bien situer les enjeux. Premier chiffre: 700.000 euros, soit le montant de la facture de la garden party du 14 juillet 2009, soit donc globalement l'économie qui sera faite le 14 juillet prochain. Deuxième chiffre: 419 milliards d'euros, soit l'enveloppe totale des dépenses de l'Etat. Troisième chiffre: 149 milliards d'euros, soit le montant du déficit public cette année. La suppression des petits fours élyséens constitue donc, vraiment, une goutte d'eau dans la mer.

Ensuite, remarquez que, s'agissant des dépenses traditionnelles mais néanmoins somptuaires du 14 juillet dans lesquelles on pourrait faire des économies, il en est une qui n'est jamais mentionnée: le sacrosaint défilé militaire. Pourtant, en France comme dans tous les autres pays partageant cette tradition, cette «kaki pride» annuelle a pour seule utilité visible de flatter l'ego national. Et elle aussi doit coûter cher aux pouvoirs publics: les salaires des personnels militaire et policier mobilisés (un jour férié, en plus), les infrastructures (tribunes, réceptions, etc.), les dépenses en carburant (avions, etc.), le coût de la réparation du macadam des rues de Paris s'effondrant chaque année sous le poids des chars, etc. Mais toucher à cette dépense-là, ou simplement poser la question, semble inenvisageable. La République a décidément ses tabous.

23/06/2010

Une digression

Danslarue.jpgAujourd'hui, on s'autorise une petite digression. Pour coller à l'actu française du jour, on aurait dû parler ici de foot. Au risque (assumé) de paraître complètement décalé, on va s'en garder. Pour trois raisons. D'abord, parce qu'on n'a jamais eu grand-chose à dire de fondamental sur ce sujet – autant on aime faire du sport, autant commenter et regarder le sport fait par d'autres ne nous a jamais passionné. Ensuite, parce que hurler avec les loups, tout comme tirer sur l'ambulance, ne nous a jamais paru très glorieux. Enfin, parce que, à en croire de si nombreux commentaires entendus, lus ou vus depuis le fiasco footeux d'hier soir, la France est frappée par «un désastre», victime d'«une tragégie» (on se calme un peu, avec les mots?). Et donc, qui sait, ce pays a-t-il besoin, pour chasser la morosité, de petites digressions anodines et légères.

On reste donc dans le domaine de la musique, qu'on évoquait hier à l'occasion de la Fête du même nom. Avec une anecdote au ras du bitume de notre onzième arrondissement. Est-ce pour faire honneur à cette manifestation? Ou est-ce une coïncidence? Ces derniers temps, en tout cas, les rues de notre quartier ont été égayées par les digressions musicales d'un facétieux artiste du macadam, qui s'est amusé à y tracer des mots célèbres de chansons françaises. C'était plaisant de suivre ses digressions. En compagnie notamment de la Mylène («Je, je suis libertine/ Je suis une catin», etc.) ou de Marcia Baila, des regrettés Rita («Quand tu souris et quand tu ris/ Je ris aussi/Tu aimes tellement la vie», etc.). En ces temps de «désastre» national et d'affliction collective, il y a donc encore des Parisiens qui ont assez le moral pour pousser la chansonnette.

Danslarueencore.jpgCela dit, et plus fondamentalement, ce 21 juin à Paris, on a encore eu la confirmation que la musique n'adoucissait pas forcément les moeurs. Ainsi, selon les chiffres des autorités, rien qu'en une soirée dans la capitale et ses trois départements limitrophes, 239 personnes ont été interpellées pour des atteintes aux personnes et aux biens. Parmi elles, 192 ont fait l'objet d'un placement en garde à vue. Dans la seule capitale, 2.300 policiers et gendarmes avaient été mobilisés. Ils n'ont donc guère eu le temps, eux, de chantonner des bluettes.

22/06/2010

Un tintamarre

La Fête de la Musique hier, à Paris comme ailleurs. Comme chaque 21 juin, on est allé y faire un tour en soirée, sans cette fois y passer des heures vu la météo si peu estivale. On y est resté cependant assez longtemps pour constater qu'une fois encore, on jouait et on entendait vraiment un peu de tout dans les rues – un peu n'importe quoi aussi, parfois: c'est le principe de cette festivité – et que, globalement, résonnait dans Paris un tintamarre réjouissant. Et assez assourdissant. Une fois encore donc, on s'est réjoui du privilège que l'on a, tout en habitant dans ce quartier Bastille si animé et donc bruyant, de vivre dans un endroit très calme. La nuit dernière donc, on n'a pas eu besoin de bouchons d'oreilles pour fermer l'oeil.

Ce qui, vu le niveau sonore ambiant, n'a pas dû être le cas de nombre de Parisiens. Pour qui, Fête de la Musique ou pas, le bruit constitue une réelle nuisance au quotidien. C'est d'ailleurs un des facteurs majeurs à l'origine de la difficile cohabitation entre fêtards et riverains. Depuis le lancement cet automne de la pétition contre «La nuit se meurt en silence», on semble avoir assez peu progressé dans la recherche de solutions concrètes pour améliorer cette âpre coexistence. Deux idées, toutefois, ont émergé. Premièrement: l'installation de sonomètres visuels dans les rues les plus animées de la capitale le soir – parmi lesquelles notre bonne vieille, et désormais si festive, rue Amelot, dans notre onzième arrondissement. Ces sonomètres visuels vireraient à un rouge vif et très voyant quand le niveau sonore dans la rue dépasserait les 80 décibels. Ce qui, espèrent (naïvement?) ceux à l'origine de ce projet, inciterait les fêtards, du coup avertis, à baisser le ton. Deuxième idée: la création d'«un service de médiation nocturne» à la Ville de Paris, qui irait à la rencontre des riverains les soirs où ils n'en peuvent plus du tapage nocturne. On sait assez, en effet, combien la police – qui, à Paris comme ailleurs, a d'autres chats à fouetter la nuit – intervient peu quand elle est saisie de plaintes pour nuisances sonores.

Le bruit, cela dit, tout le monde s'en plaint si souvent mais, à l'occasion, chacun se l'inflige aussi. Dernièrement, une étude l'a rappelé. Menée auprès de 2000 lycéens de la région parisienne, elle portait sur le niveau sonore moyen auquel ces ados écoutent leur baladeur. Résultat? En majorité (54%), ils l'écoutent en permanence à un niveau supérieur à 85 décibels, ce qui équivaut au bruit d'une tondeuse à gazon. Ils sont même 7% «à pousser le volume à plus de 100 décibels, soit un niveau dangereux, correspondant au bruit émis par un marteau piqueur». A Paris et dans sa région, dès lors, les campagnes de sensibilisation seront poursuivies voire intensifiées, afin de «faire prendre conscience aux jeunes de l’importance de la qualité de l’environnement sonore et les sensibiliser aux risques auditifs liés à l’écoute prolongée des musiques amplifiées».

21/06/2010

Une attaque

crroixrouge.jpgIl vole bas en ce moment, l'argumentaire de certains activistes militant sur le terrain parisien. Il vole bas, et manipule des termes historiquement si lourds qu'ils laissent pantois par l'amalgame qu'ils opèrent. C'est ce qu'on s'est dit ces derniers jours, en empruntant le métro de Paris. En y constatant qu'aux entrées de plusieurs stations de notre onzième arrondissement, des pochoirs ont été apposés, si visibles, sur le trottoir. Pochoirs qui, en utilisant le terme de «collabos», renvoient à la même période de l'Histoire que ces «identitaires» d'extrême droite dont on parlait l'autre jour dans ce blog – qui assimilent leur lutte contre «l'islamisation» de la France au combat, il y a 70 ans, de la Résistance contre les nazis.

Cette fois, l'analogie si douteuse avec les années 40 vise la Croix-Rouge française, dont la quête annuelle vient de s'achever. «Pas de fric pour les collabos», clament les pochoirs, ainsi que pas mal de blogs (ici ou ). Qui veulent dissuader les gens à donner leur obole à «une société qui prospère sur le dos de la misère humaine et aide les gouvernements, quels qu’ils soient, à trier, enfermer, déporter toutes celles et ceux qu’ils ont décrétés indésirables». «Au-delà de son image humanitaire», accusent ces opposants, la Croix-Rouge est «aussi une entreprise qui participe à l’enfermement et à l’expulsion des sans-papiers», via son rôle d'observateur dans la zone d’attente de l'aéroport de Roissy ou lors des reconduites à la frontière.

La Croix-Rouge a déjà été plusieurs fois mise en cause dans ce dossier, ces dernières années (ici, par exemple). «Seul l'intérêt des enfants guide le dévouement et la disponibilité inconditionnelle» de ses agents, a-t-elle déjà dû se justifier publiquement. Tandis que son président – un ex-ministre chiraquien –, soupçonné de cautionner la chasse aux sans-papiers, a déjà dû () mettre les points sur les i: rappeler que la Croix-Rouge, «fidèle à sa neutralité, s’interdit de porter un jugement sur les politiques des États. C’est de la responsabilité du pouvoir de dire si c’est bien ou mal de renvoyer les gens chez eux. Il nous revient à nous de veiller à ce que chacun soit considéré comme une personne avant d’être un clandestin».

On a bien sûr le droit d'être convaincu ou pas par la position de cette association. Le droit aussi de juger que son principe fondateur de neutralité la conduit, sur le terrain, à une certaine complicité avec la politique migratoire du gouvernement. Politique dont on le droit de contester l'humanité. Mais de là à traiter de «collabos» les 52000 bénévoles de cette association... L'attaque, en tout cas, ira droit au coeur de ceux parmi ces bénévoles qui, en ce moment, viennent en aide aux inondés du Var ou aux sinistrés d'Haïti.

18/06/2010

Un appel ou l'autre

L'«appel du 18 juin» il y a 70 ans jour pour jour, ce vendredi. Pas mal de cérémonies sont prévues pour la commémoration du mémorable appel radiophonique lancé par de Gaulle depuis Londres. Moins historique, beaucoup moins consensuel, voire volontiers provocateur dans sa dénomination, en France ce vendredi, comme chaque 18 juin, sera aussi relancé l'appel du... «18 joint» (ici). Rien à voir et donc à ne pas confondre. Cet appel-là, en effet, prône l'abrogation de la loi de 1970 pénalisant la consommation et la détention de stupéfiants. Abrogation car, selon les signataires de cet appel, «il est temps d’en finir avec une loi qui privilégie la politique de la matraque aux dépens de la prévention et de l’éducation». Et temps d'en finir avec «une loi  inappliquée et inapplicable, bafouée par des centaines de milliers de citoyens tous les jours».

 

Parlant du cannabis, et au-delà de ce plaidoyer en faveur de l'autorisation de son usage, disons, récréatif, a resurgi ces derniers temps en France le débat sur une éventuelle légalisation de l'utilisation thérapeutique de cette substance. C'est un appel que lancent en vain, et depuis longtemps, des associations de malades. Qui, s'appuyant sur de nombreux témoignages (ici, par exemple) et expériences étrangères, assurent que le cannabis peut très utilement être utilisé pour soulager des patients d'affections ou d'effets secondaires de leurs traitements, contre lesquels les remèdes traditionnels ne peuvent rien.

 

La France, cependant, freine des quatre fers. Dans son dernier avis en date, l'Académie de médecine a encore réitéré son refus de toute utilisation thérapeutique du cannabis. Selon elle, «ce qui qualifie un médicament est son rapport bénéfice/risque établi par l’analyse des bienfaits que pourra en retirer le patient, comparés aux risques d’effets secondaires et de toxicité». Or, d'après l'Académie, s’agissant du cannabis, «les effets pharmacologiques sont d’une intensité modeste, alors que les effets secondaires sont nombreux et très souvent adverses»: de la «perturbation de la mémoire» aux «artérites pancréatiques» en passant par l'«aggravation de la schizophrénie», l'«incitation à la consommation d’autres drogues» ou les «cancers broncho-pulmonaires».

 

frontonacademiemedecine.jpgMais nombre de pays autorisent l'usage thérapeutique du cannabis. Du coup, la position française est-elle, comme l'a dénoncé cette semaine une lettre ouverte«moralisatrice» et «archaïque»? Ou, scientifiquement et médicalement, est-ce la France qui a raison? Et, dans ce cas, les autorités sanitaires et politiques des pays, pourtant civilisés, autorisant l'usage médical du THC sont-elles incompétentes, voire irresponsables?

 

Il ne serait pas inintéressant d'entendre la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, sur la question. Mais vu qu'elle est également ministre des Sports et qu'en plus, elle est fan de foot, elle doit avoir d'autres sujets de préoccupation, «mondiaux», en ce moment. Depuis le match d'hier soir et le fiasco des Bleus, singulièrement. On a les priorités que l'on se donne.

17/06/2010

Une provocation

L'extrême droite a de la suite dans les idées. Hier après-midi, la préfecture de Police de Paris a interdit l'apéro géant «Saucisson & pinard» (clairement exclu aux musulmans, donc) que des groupes identitaires comptaient organiser vendredi dans le quartier parisien (à forte population issue de l'immigration) de la Goutte d'or. Quelques heures plus tard, cependant, ces jeunes «patriotes» en lutte contre «l'islamisation de la France» – qui se retrouvent notamment sur Facebook (pas envie de faire ici un lien: les lecteurs que cela branche trouveront bien) – ont réagi. Des tentatives d'organisation de rassemblements du même acabit ont essaimé ça et là en France. Ainsi, un autre apéro géant de ce type est annoncé à Toulouse, Place du Capitole. Un apéro baptisé «Rosette & Pinard» est programmé à Lyon. On parle même d'un «Apéro géant Saucisson & Bières» à Molenbeek – commune bruxelloise à forte densité immigrée.

A Paris, ne reculant pas devant une nouvelle provocation, les identitaires appellent désormais leurs sympathisants à se réunir vendredi soir à la place de l'Etoile. En cette veille de commémoration de l'appel du 18 juin lancé par le général de Gaulle, ils prennent soin de préciser que ce lieu de manifestation n'a pas été choisi au hasard. A cet endroit du quartier des Champs-Elysées, en effet, «le 11 novembre 1940, malgré la publication d’un communiqué de la préfecture de police affirmant qu’aucune démonstration publique ne sera tolérée, 2000 lycéens et étudiants eurent le courage de se réunir pour défier l’occupant». En se réunissant place de l'Etoile 70 ans plus tard, les activistes d'extrême droite entendent symboliser leur «entrée en résistance face à l'islamisation de la France».

Le lien est donc fait, par et dans ces pauvres esprits, entre l'Occupation nazie d'hier et l'immigration musulmane d'aujourd'hui. Entre la Résistance et leur résistance. Minable.

16/06/2010

Un usage (variable)

Pour parler d'autre chose que du sujet du jour en France (la réforme des retraites), dossier tout de même peu glamour, on se penche aujourd'hui sur les relations, protocolaires notamment, entre les grands de ce monde. Car, il y a peu, Nicolas Sarkozy a créé un certain émoi dans... notre petit bureau de journalistes étrangers en poste à Paris. Dans la pièce d'à-côté, en effet, notre homologue et néanmoins ami du quotidien britannique «The Daily Telegraph» a failli tomber de sa chaise.

Lorsqu'il a pris connaissance du texte de la lettre adressée par le Président français à la reine Elisabeth II, à l'occasion de la profanation de tombes du cimetière militaire de Loos-en-Gohelle (Pas de Calais), où reposent des soldats britanniques et canadiens. Si Nicolas Sarkozy concluait en assurant la souveraine britannique de «l'expression de (sa) très haute considération» et de son «profond respect», il débutait sa missive par un très laconique «Madame». Selon notre confrère, sans que ce «Madame» constitue à proprement parler un crime de lèse-majesté, l'utilisation de la formule «Votre majesté», voire «Votre gracieuse majesté», aurait été plus convenable. Après y avoir songé, «The Daily Telegraph», toutefois, n'a pas fait écho à cette familiarité sarkozyste. Sans doute s'est-il souvenu que Tony Blair, du temps où il était Premier ministre, embarrassait régulièrement le protocole français en tutoyant le Président Chirac y compris dans les occasions les plus officielles...

L'Elysée, cela dit, manifestement fait un usage à géométrie variable de ces convenances protocolaires: à l'occasion, elle sait y mettre les formes et utiliser les titres officiels les plus ronflants à l'égard de ses invités. Le rappelle aujourd'hui même l'agenda officiel de Nicolas Sarkozy, qui indique qu'à 17h30, il s'entrediendra avec rien moins que «Sa Béatitude Eminentissime Mar Nasrallah Boutros Cardinal Sfeir, Patriarche Maronite d'Antioche et de Tout l'Orient». Si chic.

15/06/2010

Un combat

metroDUROCK.jpgC'est l'été à Paris. Même si ce n'est pas flagrant d'un point de vue météorologique, il y a des signes qui ne trompent pas. Ainsi, a-t-on aperçu l'autre jour, la station de métro «Duroc» a été temporairement rebaptisée «Durock» et décorée, sur tous ses panneaux publicitaires en 4×3, de photos et d'affiches de groupes musicaux. Un rhabillage à l'occasion du festival «Rock en Seine».

Le lancement de la saison des grands festivals musicaux en plein air, c'est, en région parisienne comme ailleurs, le signal par excellence du début de l'été. Cette année encore, du reste, les Parisiens amateurs de rock vont se prendre la tête pour faire un choix. En effet, les deux grands festivals du début de la saison, qui tous les ans attirent chacun des dizaines de milliers de spectateurs, auront lieu le même dernier week-end de juin. Et, entre eux, ce sera le choc des titans. D'un côté, «Rock en Seine» donc, au domaine de Saint-Cloud, avec à l'affiche Stereophonics, LCD Soundsystem, The Kooks, Massive Attack, Eels ou Roxy Music. De l'autre côté «Solidays», à l’Hippodrome de Longchamp, avec Pony Pony Run Run, M, Olivia Ruiz, Ginzhu, les BB Brunes ou Vanessa Paradis.

Parlant de festivals de rock, certains ne sont pas appréciés par un certain public. L'a encore rappelé hier l'actualité judiciaire. Qui, devant le tribunal de grande instance de Nantes (Loire-Atlantique), a vu s'opposer la Confédération nationale des associations familiales catholiques de France (CNAFC) et les organisateurs du prochain festival de rock heavy metal «Hellfest».

homersimpsonnevertoooldtorock.jpgDébut avril déjà, les alliés les plus conservateurs de Nicolas Sarkozy (Christine Boutin, Philippe de Villiers, etc.) avaient protesté en vain, à l'Assemblée, contre la tenue de ce «festival sataniste» et contre son subventionnement par les pouvoirs publics. Car cette manifestation selon eux «promeut et véhicule la culture de mort». Et est dédié à une musique à même d'«influencer négativement des jeunes en fragilités psychologiques, au point de les amener à poser des actes graves et violents». Dans la foulée, l'association catholique voulait que les organisateurs d'«Hellfest» soient contraints par la justice à leur communiquer les textes des chansons qu'interpréteront les 114 artistes attendus à ce festival. A ses yeux, en effet, en présence d'un tel type de rock, le «principe de précaution» est de mise. Et celui-ci exige «de protéger en particulier les populations les plus fragiles» contre «toute atteinte aux intérêts spirituels, moraux et matériels des familles». Hier, toutefois, le tribunal a débouté l’association de ses demandes, qui selon lui auraient pu porter atteinte à la liberté d’expression.

Dans sa lutte contre le heavy metal, donc, le lobby catholique a jusqu'à présent été vaincu en France, sur les plans tant politique que judiciaire. Reste à voir si, dans ce cas, il s'agit là aussi d'un choc des titans ou plutôt d'un combat d'arrière-gardes.

14/06/2010

Une vision

«Un pays au bord de la guerre civile», s'inquiétait en boucle, dès 7 heures du mat', le speaker aux commandes de la tranche d'info matinale d'une grande radio française, que l'on écoutait au saut du lit. Il était question du Kirghizstan, et non de la Belgique. Mais, dans les titres de ce journal parlé, cette actualité asiatique suivait immédiatement le compte-rendu des élections législatives d'hier en Belgique. Et, dans le débit saccadé habituel aux actus radiophoniques du matin, le confrère avait, entre ces deux sujets, marqué une pause si brève qu'elle en était devenue inaudible. Possible, dès lors, que ce matin, l'un ou l'autre auditeur français moyen, à peine émergé des brumes épaisses de la nuit, ait compris que c'était... la Belgique qui était «au bord de la guerre civile». A fortiori si cet auditeur mal réveillé avait, la veille au soir, regardé le JT d'une grande chaîne de télé publique. Son envoyé spécial à Bruxelles, concluant son direct sur un «pays au bord du divorce», avait en substance eu cette chute inquiétante: «Dans les semaines et mois à venir, on peut donc craindre des incidents entre francophones et flamands». Et, au ton qui était le sien, le terme incidents devait être compris au sens d'escarmouches physiques et non de heurts politiques. 

Cela dit, mais ce n'est jamais que notre avis, globalement, les médias français ont plutôt correctement couvert ces élections belges. D'année en année, nous semble-t-il, ils essaient de sortir de la vision caricaturale, condescendante, voire factuellement erronée, car simplifiée à l'excès, qui a longtemps été la leur lorsqu'il s'agissait d'expliquer aux Français les soubresauts de la vie institutionnelle, il est vrai un peu compliquée, de leur voisin belge. Tout, cependant, n'est pas encore parfait. En témoigne le nombre de fois où, ce matin encore, à la radio comme à la télé, on a entendu parler d'«un pays déchiré entre ses deux communautés» (même si les Belges germanophones semblent peu compter dans cette crise, leur communauté existe tout de même encore) ou entre ses «deux Régions» (et la région bruxelloise?). Le nombre de fois aussi où le Premier-ministrable Elio di Rupo a été rebaptisé «président du PS belge» (PS francophone, aurait-il fallu dire).

Pas sûr, cependant, que ces inexactitudes soient relevées par le Français de la rue, vu le degré de connaissance visiblement très moyen de la Belgique politique qui semble encore souvent être le sien. Ainsi, le nombre de fois, ces derniers jours, où des Parisiens – pourtant normalement éduqués et pas indifférents globalement à la marche du monde – nous ont posé des questions du genre: «Mais, en fait, les Wallons, ils parlent le français ou le wallon?»...

11/06/2010

Une promotion

Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et puisque pendant un mois dès ce soir, on va n'entendre parler que de foot, allons-y illico. Une grande opération de promotion débute aujourd'hui à Paris, et durera jusqu'au 11 juillet. Cela s'appelle «Foot de théâtre». Pendant la Coupe du monde, une cinquantaine de théâtres privés de la capitale casseront leurs prix d'entrée: offrant des réductions de 20 à 50%. Ces soldes visent évidemment à amoindrir la chute de fréquentation redoutée pendant le Mondial. Cette opération est lancée alors que viennent d'être rendus publics des résultats assez catastrophiques concernant les théâtres dans la capitale française.

Car la crise économique, visiblement, modifie les habitudes culturelles des Parisiens. Qui sortent moins. Vont beaucoup moins qu'avant au théâtre, en tout cas. Le dernier rapport de l'Association pour le soutien au théâtre privé le reconnaît: «Si l’on s’en tient à l’activité des théâtres privés à Paris, l’année 2009 marque une évolution nettement défavorable». Les deux grands indicateurs sont de la même couleur que le rideau de ces théâtres: rouge. Rouge vif, même. En 2009 par rapport à 2008, les recettes brutes ont reculé de 17% et le nombre de spectateurs payants a chuté de 10 %. Concrètement, cela fait 21 millions d'euros et 380.000 spectateurs en moins. L'an dernier, seuls 5,7 millions de tickets d'entrée au théâtre ont été vendus à Paris.

Ce sont les cafés-théâtres qui y ont le plus souffert de la crise: leur fréquentation a chuté carrément de... 45%. Les théâtres publics, eux, qu'ils soient subventionnés par l'Etat ou par la Ville, ont mieux résisté: -4% pour les recettes, -8% pour la fréquentation. Contraste: alors que les théâtres se vident, les cinémas n'ont jamais été aussi remplis. L'an dernier, plus de 200 millions d'entrées dans les salles obscures ont été comptabilisées en France, contre 190 millions en 2008. Jamais depuis 1982 un tel succès de foule n'avait été enregistré. Selon la directrice du Centre national du cinéma, Véronique Cayla, «la salle de cinéma constitue, dans ces périodes de crise, un véritable lieu refuge».

Pour redresser la barre, les théâtres, en France en général et à Paris en particulier, devraient-ils, au lieu de se contenter d'opérations de promotions ponctuelles, songer à revoir plus globalement à la baisse l'ensemble de leurs grilles tarifaires?

10/06/2010

Un soupçon

drapeauisraélien.jpgDepuis le drame de Gaza, certains milieux en France jugent visiblement condamnable le simple fait d'être Israélien, d'être juif, ou simplement d'être présumé l'un ou l'autre. On l'a vu avec la déprogrammation par les salles de cinéma Utopia du dernier film du cinéaste israélien Leonid Prudovsky. Justification? Le boycott de ce «film produit avec l'aide de l'organe de production officiel d'Israël» est un «moyen pacifiste et visible pour attirer l'attention et dire (la) désapprobation» du drame de Gaza. La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme tout comme le Conseil représentatif des institutions juives de France ont protesté contre cette «négation de l’indépendance des auteurs et de la liberté de la création artistique» en Israël, le cinéma ayant, dans ce pays, «constamment oeuvré à la critique» de la politique du gouvernement. Le quai d'Orsay a lui aussi condamné cette censure, qui fait «le jeu des extrémistes» alors que, «dans le contexte actuel de fortes tensions, les échanges culturels et artistiques doivent se poursuivre».

A Paris en ce moment, ce n'est pas un cinéaste israélien mais un écrivain français supposé juif qui semble victime de la vindicte de certains milieux. Pour preuve, dans une station de métro hier soir, on est tombé en arrêt sur des panneaux publicitaires vantant le dernier livre de l'écrivain à succès Bernard Werber, panneaux qui avaient été vandalisés par des slogans hostiles à «Israël, Etat criminel».

Première question: Bernard Werber est-il juif? On n'en a pas la moindre idée, et on s'en fiche complètement. Mais, de toute évidence, cela taraude pas mal de monde. Ainsi, «Bernard Werber juif» est une des propositions de recherche par défaut qu'affiche automatiquement Google à propos de cet écrivain – ce qui indique que cette recherche a été faite par nombre d'internautes. En 0,35 seconde, précise le moteur, 6990 résultats s'affichent. Deuxième question: à supposer même que ce romancier français soit juif, en vertu de quoi devrait-il d'office être associé à un acte «criminel» d'Israël? A moins que son appartenance putative à cette communauté fasse mécaniquement de lui le complice du drame de Gaza? Un tel raisonnement – et c'était probablement celui de notre graffiteur du métro – est évidemment affolant.

Werbertagué.jpgNotez que ce soupçon de judéité frappe aussi d'autres personnalités. Ainsi, a-t-on découvert l'autre jour en surfant, si l'on googelise «Eric Woerth juif» (en référence à l'actuel ministre du Budget), s'affichent... 65200 résultats. Et le moteur juge bon d'indiquer à ses utilisateurs obsédés par l'identité communautaire que «Martin Hirsch juif» et «Christophe Dechavanne juif» sont disponibles en «recherches associées à Eric Woerth juif». Du coup, une dernière question: mais dans quel monde vit-on?

09/06/2010

Un embellissement (impossible?)

Puisqu'on parlait hier d'architecture à Paris, le bâtiment le plus péniblement voyant (et le plus haut: 56 étages, 210 mètres) de cette ville pourrait bénéficier d'un lifting. On parle bien sûr de la tour Montparnasse. Fin mai, l'assemblée générale des (300!) copropriétaires de ce gratte-ciel a examiné un projet de rénovation prévoyant notamment le remplacement de sa façade, l'ajout de quelques centaines de m2 de bureaux, et la création, entre l'édifice et la gare Montparnasse, d'une galerie commerciale recouverte d'une verrière. Le tout étant destiné à faire de la tour et de ses environs «le moteur de la rive gauche de demain». Mais nombre de copropriétaires seraient effrayés par le coût du chantier, d'autant que l'édifice, ces dernières années, a déjà dû être désamianté. Dès lors, à supposer que l'accord à ce projet soit un jour donné, il faudra certainement encore plusieurs années avant qu'il soit mené à bien.

Les Parisiens devront donc vraisemblablement supporter longtemps encore la vue de ce mastodonte de verre et de béton. A l'époque où il avait été achevé, en 1973, il s'agissait de la plus haute tour d'Europe occidentale. Dix ans de débats houleux et autant d'années de chantier avaient précédé son inauguration. C'était André Malraux en personne, ministre de la Culture à l'époque, qui avait prôné son érection. Un gâchis urbanistique paradoxal, dans le chef de l'homme qui marqua l'histoire du patrimoine parisien en sauvant des quartiers historiques (comme le Marais) hier très dégradés et aujourd'hui si prisés? Pour Malraux, ces deux gestes n'étaient pas du tout contradictoires. Selon lui, en effet, Paris avait besoin de «nouveaux paysages», et c'était même l'indispensable contrepoint à la sauvegarde des ses quartiers anciens. Car «Paris n'a pas seulement des sites à défendre, il a des sites à créer».

A Montparnasse donc, 35 ans plus tard, on ne parle plus de «créer» mais d'embellir. Mais vu de quoi l'on part, pas sûr que l'éventuel embellissement de cette tour, aussi bien mené soit-il, parviendra à la rendre esthétiquement présentable et à la faire aimer des Parisiens.

08/06/2010

Un concours

archipasserellesimonedebeauvoir.jpgBonne idée que celle de la Ville de Paris d'organiser un grand concours (ici) permettant aux habitants de récompenser, d'ici à la fin juin, «le meilleur de l’architecture contemporaine en métropole parisienne». Non pas que le grand public soit spécialement compétent et formé pour juger en connaissance de cause des mérites de tel ou tel programme architectural – l'art de bâtir étant depuis longtemps le parent pauvre des programmes artistiques de l'Education nationale, pas seulement en France d'ailleurs. Mais inviter, via ce vote, l'opinion à s'intéresser d'un peu plus près à ce qui se construit jour après jour dans son environnement immédiat ne peut qu'exercer, par ricochet, une saine pression qualitative sur les bâtisseurs, les promoteurs et les décideurs. Et, vu la pauvreté assez générale des réalisations immobilières de ces dernières décennies en région parisienne (en banlieue, surtout), il y a encore des progrès à faire en la matière.

Pour autant, tout ce qui se construit à Paris et dans sa région n'est pas à jeter. Et ce «Prix Grand Public des Architectures Contemporaines» a le mérite de le rappeler. Ainsi, rien qu'en jetant un rapide coup d'oeil sur les réalisations parisiennes nominées parmi les «300 bâtiments remarquables» proposés au vote du public, on a repéré quelques noms d'architectes ou quelques réalisations qui, à notre humble avis, sortent agréablement du lot.

archiparisborel.jpgPar exemple, ce Frédéric Borel, nominé pour un projet dans la ZAC Rive gauche. Dans les années 90, au coeur de notre cher onzième arrondissement, rue Oberkampf précisément, cet architecte a réalisé un ensemble de logements et un bureau de Poste qu'on a toujours trouvé assez audacieux esthétiquement, mais sans pour autant être agressif et même assez bien intégré au tissu urbain existant. Idem un peu plus loin, dans le vingtième arrondissement pas loin de Ménilmontant, avec cet immeuble de trente logements dont on se dit, chaque fois qu'on passe devant, qu'il a autrement plus de personnalité, voire une certaine grâce élégamment élancée, que tant d'immeubles construits dans Paris ces derniers temps.

Parmi les autres réalisations parisiennes nominées et qu'on aime assez, cette passerelle Simone de Beauvoir qui a récemment été jetée au dessus de la Seine. Et qui, comme celle, un peu plus vieille, qui enjambe le fleuve à hauteur des Tuileries (mais sans avoir connu les mêmes problèmes techniques que cette dernière), a décidément belle allure. Ou le relifting intérieur du Forum des images, dans ce si affreux centre commercial des Halles. Alors que la déco et l'aménagement de tant de multiplexes de cinéma, à Paris comme ailleurs, sont hideux à pleurer, ce nouveau Forum des Images, lui, donne envie de se divertir et de se cultiver.

archiforumdesimages.jpgQuelques exemples qui, en fonction de l'humeur du jour, et en vertu de l'image de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine, soit renforceront l'irritation envers la piètre qualité, hormis ces quelques exceptions, de la production architecturale de masse en région parisienne –  mais aussi sans doute ailleurs. Soit donneront quelques raisons d'espérer.

07/06/2010

Un contraste

Le sport et l'argent. C'était le grand débat hier ici, à propos des joueurs de foot de l'équipe de France engagés dans la Coupe du Monde et qui, en Afrique du Sud en ce moment, sont hébergés dans un palace à multiples étoiles. La secrétaire d'Etat aux Sports, Rama Yade, conteste le bon goût de ce choix d'hébergement. Précédemment, avait déjà fait débat le montant colossal des primes financières qui seront attribuées aux footballeurs français (pourtant déjà si bien rémunérés) pendant cette compétition. Dimanche, cela dit, aux portes de Paris, le monde du sport amateur a donné l'exemple d'un tout autre rapport à l'argent. Qui contrastait assez agréablement.

 

Cela se déroulait en bordure de Paris, à Sèvres précisément. C'était «La Course des Héros». C'était une course à pied de 6 kilomètres, à laquelle ne pouvaient participer que des sportifs qui, préalablement, avaient collecté sur le web, auprès de leurs proches et amis, un minimum de 300€ au profit de l'association caritative de leur choix. De la Croix Rouge à Amnesty International, de la Fondation Nicolas Hulot à Action contre la Faim, de SOS Villages d'Enfants à l'Association Laurette Fugain, plusieurs dizaines d'associations étaient engagés dans cet événement caritativo-sportif. Et hier, un demi-millier de coureurs ont pris le départ. Préalablement, ils étaient parvenus à collecter... près de 300.000€, auprès de quelque 7000 donateurs. Au moment de franchir la ligne d'arrivée, des organisateurs déguisés en Super-Héros (Superman, Batman, etc.) accompagnaient, dans leurs dernières foulées, ces anonymes ayant décidé, sans pour autant la ramener malgré ce statut dominical un peu mégalo de «héros», de consacrer un peu de temps et d'énergie aux autres.

 

C'était vraiment bien, cette course. C'était un peu le téléthon de toutes les causes, les paillettes de la téloche en moins, l'engagement physique en plus. Cela donnait du sport une image autrement plus sympathique que celle, égoïste, capricieuse et friquée, si souvent véhiculée par le sport de haut niveau.

04/06/2010

Une «obscénité»?

Le Front National, paraît-il, se modernise. Se banalise. Se civilise. Et, paraît-il, ce sera encore plus vrai l'an prochain, lorsque Marine Le Pen sera probablement à sa tête. Le FN se modernise, ah oui? Ce n'est pas si évident, au vu de l'actualité judiciaire qui, lundi, sera celle d'un membre du «comité central» de ce parti – au passage, pour une formation d'extrême droite, ce terme, si communisant, de «comité central» sonne tout de même un peu bizarrement.

 

Le hiérarque lépéniste en question – dont on taira le nom, car on ne tient pas spécialement à lui faire de la pub – comparaît lundi devant la septième chambre de la Cour d'Appel de Versailles. Pour avoir, le 2 décembre 2006, déchiré et dégradé une baudruche gonflable de onze mètres de haut en forme de préservatif géant. Baudruche que la mairie de sa petite ville de banlieue parisienne avait érigée à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Pour ce dirigeant frontiste, cette opération de prévention était une «obscénité publique, qui constituait de toute évidence un attentat à la pudeur, un outrage aux bonnes moeurs et un objet de scandale notamment pour les jeunes enfants». Et l'intéressé, dès lors, d'appeler «tous les patriotes qui le souhaitent» à venir nombreux au tribunal lundi, pour le «soutenir dans (son) combat pour avoir voulu simplement défendre et protéger la vue des jeunes enfants, la pudeur, les bonnes moeurs et la morale publique».

 

On ne sait pas si cet élu FN a ou non des enfants. Mais, si oui et si ce sont des garçons, on leur souhaite bonne chance et bon courage quand, lorsqu'ils seront ados, ils devront aborder avec un père aussi péniblement rétrograde les questions du premier rapport sexuel, de la contraception et de la prévention des infections sexuellement transmissibles.

03/06/2010

Un coup de poing?

écranpubmétro.jpgLes usagers du métro parisien allergiques à la pub auraient-ils décidé de désormais... faire le coup de poing? C'est en tout cas la question que l'on s'est posée hier en passant à la station «Rome». Où l'on est tombé nez à nez sur un de ces fameux publicitaires lumineux à cristaux liquides LCD. Panneaux qui, après avoir défrayé la chronique pendant deux ans, ont finalement fait leur apparition dans le réseau souterrain de la RATP – on en a vu un aussi à la station «Villiers». En effet, ce panneau supposé high tech était en bien piètre état. Sa façade de verre était constellée d'innombrables éclats, comme si elle avait subi de violents coups. Le résultat d'une expédition punitive d'activistes anti-pub?

 

Ceux-ci, en tout cas, continuent d'être particulièrement remontés contre cette nouvelle étape franchie dans la marchandisation de l'espace public que constituent les couloirs, quais et stations du métro de Paris. Selon eux, ce «matracage publicitaire» par écrans animés est d'autant plus inacceptable que ces panneaux peuvent théoriquement être équipés de capteurs «espions» (relire ici ou ). La régie publicitaire de la RATP n'en a cure: elle est bien décidée à déployer 400 de ces écrans dans son réseau d'ici à la fin de l'année. Tout au plus, dans le souci de «calmer les esprits», a-t-elle, pour l'instant, désactivé leurs fameux capteurs.

 

Il n'y a pas que les anti-pubs, cela dit, qui n'apprécient pas ces nouveaux panneaux si voyants. Une riposte (pour la forme?) est venue également du Conseil de Paris. Dernièrement, en effet, les élus de la capitale ont adopté un voté un voeu priant le maire, Bertrand Delanoë, d'intercéder auprès de la société de transports. Pour qu'elle suspende le déploiement de ces écrans LCD, le temps de présenter les résultats de leur expérimentation menée l'an dernier et de procéder à une concertation en bonne et due forme avec les associations d'usagers. La RATP a l'air de faire la sourde oreille. Et pour cause: à ses annonceurs, elle facture ces écrans LCD deux fois plus cher que les panneaux d'affichage classiques...