30.06.2010
Un «pari gagnant»
Un peu de culture, aujourd'hui. Quatre ans après son inauguration, c'est une consécration pour le musée du Quai Branly. Cette institution vient d'être bombardée en tête du classement des 340 musées français, édité chaque année par «Le Journal des Arts». Ce palmarès est établi sur la base de 69 critères concernant par exemple l’accueil du public, le dynamisme de la politique muséale, ou la conservation des oeuvres. C'est la première fois que Branly pointe en tête de ce classement. Ce qui, selon ses concepteurs, consacre le «pari gagnant» de ce musée dédié aux Arts premiers.
Dans ce classement, Branly détrône le Centre Pompidou, le Louvre étant stationnaire à sa troisième place. La rétrogradation du Musée d’art moderne de Beaubourg est expliquée par la longue grève qui y a eu lieu l'automne dernier ainsi que par sa politique d’accueil. A Pompidou, en effet, «les aides à la visite (audioguide et téléchargement multimédia) ne sont pas incluses dans le prix d’entrée». A Branly, en revanche, «Le Journal des Arts» a apprécié le fait que cette institution «offre 18 journées de gratuité par an à son public, lequel peut, par ailleurs, visiter l’intégralité de ses espaces d’exposition» – ce qui est loin d'être le cas au Louvre, par exemple. Les confrères se réjouissent aussi que «quatre ans après son ouverture, la fréquentation (de Branly) continue à progresser, avec une hausse de 7,6 % cette année», pour un total cumulé d'une demi-douzaine de millions de visiteurs.
En effet. On ne se félicitera jamais assez qu'un jeune musée trouve aussi rapidement et aussi aisément son public. A fortiori lorsqu'il est dédié à une culture et à des arts si lointains de ceux de ses visiteurs, ce qui offre à ces derniers une fantastique ouverture sur le monde.
Juste que, sans prétendre remettre en cause le bien-fondé des notes accordées par ces professionnels, nous personnellement, en tant que modeste usager parisien, on a toujours eu un gros problème avec Branly. On trouve ses collections très belles et ses expositions plutôt bien faites. On apprécie assez son grand jardin. Sans en avoir jamais été fan, l'immense vaisseau conçu par l'architecte Jean Nouvel ne nous dérange pas fondamentalement, dans sa physionomie extérieure. En revanche, on a toujours été très désorienté par son agencement intérieur. A chacune de nos visites, on a eu le même problème. Dans ce musée, on ne s'y retrouve jamais. On ne sait jamais où l'on est. On ne repère ni les sorties, ni les cheminements. On ne ressent ni ne comprend ni à la structure de ce vaste bâtiment, ni à l'articulation de ses circulations. Bref, on y ère, on s'y perd, on y flotte, et souvent on s'en agace.
Mais, les professionnels de l'art ne semblant pas insister outre mesure sur cet aspect des choses, sans doute a-t-on tout faux: probablement est-on particulièrement et singulièrement déstructuré.
10:52 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : musées, arts, culture, paris
29.06.2010
Une (in)fortune
Fortune et infortune, heurts et malheurs, des grands magasins parisiens. Hier, en fin d'après-midi, hasard incongru de l'actualité, sont tombées quasiment au même moment des nouvelles relatives à deux parmi les plus fameux grands magasins de la Ville lumière.
La première nouvelle avait trait à «La Samaritaine», ce paquebot en bord de Seine qui a fermé ses portes il y a plusieurs années déjà, dans l'attente de sa transformation en vaste complexe hôtelier et immobilier de luxe. Hier, un collectif de chômeurs et de travailleurs précaires parisiens a pris possession (ici) du toit de cet ex-grand magasin. Ils réclamaient de la Ville une solution pour le relogement de leur coordination. Car «partout, des chômeurs, des précaires, des intermittents, des salariés licenciés, des travailleurs précaires, des sans-papiers font grève, s’organisent, se défendent, réinventent des solidarités. Partout, ceux qui s’organisent ont besoin de lieux pour le faire». D'autant que, «de hausse des loyers en expulsions, les pauvres continuent d’être invités à quitter Paris».
La deuxième nouvelle, concomitante, concernait «Les Galeries Lafayette». Qui a annoncé hier le «lancement des soldissimes d'été 2010 sur l'ensemble des magasins» de cette enseigne du Boulevard Haussmann: dès demain 30 juin jusqu'au 3 août prochain. A cette occasion, les Parisiens bénéficieront de «démarques allant de 30 % à 50 % et d'offres exceptionnelles à 60 % de remise sur des produits de marques propres». Ainsi, les Galeries promettent, quasi extatiques, des soldes à «-40 % chez Acne, Paul & Joe, Paul & Joe Sister, Juicy Couture, Just Cavalli, John Galliano», pour le rayon femmes, et «une large sélection à -30% sur les marques Façonnable et Eden Park, -40 % chez K de Karl Lagerfeld, chez Just Cavalli et jusqu’à -40 % chez Tommy Hillfilger», au rayon hommes. Cela donne, notamment, une «ceinture plaque D&G 195 € à -50 %, soit 97,50 €», des «sandales lacées Paul & Joe Sister 115 € à -50 %, soit 57,5€», ou des «sabots de bois ouverts Dsquared, 365€ à -50 %, soit 182.50 €».
Des pompes (des sabots de bois, encore bien) à 182.50€ la paire. Sûr que cela a motivé les précaires, intermittents et autres chômeurs de la Sama à redescendre de leur toit.
11:21 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : activisme, economie, art de vivre, paris
28.06.2010
Une (auto)censure
Restons dans le monde de la pub, qu'on évoquait vendredi. Si les autorités se voient souvent reprocher de ne pas agir assez pour réduire le volume global de messages assénés aux citoyens consommateurs, elles influent, parfois, sur le contenu de ces messages. On en trouve une illustration dans le bilan, plutôt positif, que vient de tirer le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de la charte conclue en 2009 entre le ministère de la Santé et les publicitaires, charte «visant à promouvoir une alimentation et une activité physique favorables à la santé dans les programmes et les publicités diffusés à la télévision».
C'est la fameuse campagne «manger-bouger». Qui, dans les spots publicitaires, invite les consommateurs à ne pas grignoter entre les repas, à ne pas manger trop sucré, gras et/ou salé, etc. La charte interdit notamment aux publicitaires, dans leurs spots, d''«inciter à une consommation excessive», d'évoquer l'«image qui associerait la consommation d’aliments et de boissons à un loisir sédentaire lié à la vision d’un écran», ou de vanter un produit destiné aux enfants en leur laissant croire «que la prise d’un aliment peut produire un effet de nature à modifier leur vie quotidienne, en les faisant accéder à d’hypothétiques performances exceptionnelles». Concrètement,lit-on dans le rapport du CSA, depuis l'entrée en vigueur de la charte, plusieurs spots de pub n'ont jamais été diffusés à la télé française. Car, contraires à ces nouvelles règles déontologiques, ils ont été (auto)censurés par les organes de régulation du secteur de la pub.
Parmi ces pubs qu'on ne verra jamais à la télé, ce spot pour un groupe de musique dans lequel «on voyait des jeunes gens au cinéma avec un sac de popcorn sur les genoux». Ou un spot pour un distributeur d’ameublement dans lequel «on remarquait un verre de soda posé à coté du personnage principal, qui consultait son ordinateur portable à domicile». Ont pareillement été recalés des spots pour une console de jeu vidéo («le plan présentait une assiette contenant des toasts sur la table située devant les enfants et leurs parents»), pour un éditeur de téléphonie («la publicité mettait en scène un homme consommant, de manière excessive et passive, des pizzas devant la télévision») ou pour un soda («on présentait un jeune homme activant le jeu interactif mis en place par l’annonceur sur son écran, tout en tenant une canette à la main»). A défaut donc de limiter la quantité de pub, les autorités veillent à leur qualité. C'est déjà ça. Ou pas?
11:47 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, télévision, santé
25.06.2010
Un bras de fer
Un bras de fer reprend ce soir à Paris. En effet, après avoir observé un moratoire de trois mois, le collectif anti-pub des «Déboulonneurs» repart à l'attaque. Sur le coup de 19 heures, dans le quartier de la gare Montparnasse, alors que des actions similaires se dérouleront simultanément à Lille, Lyon et Rouen, aura lieu un nouveau raid de ces barbouilleurs de panneaux publicitaires. Qui ont décidé de sortir à nouveau leurs aérosols pour protester contre la tournure prise au Parlement par la loi dite Grenelle II sur l'environnement. Selon eux, cette loi se traduira sur le terrain par des «reculs très significatifs en matière de protection des paysages et des esprits contre l'agression publicitaire». Les activistes y voient «la patte des lobbies des afficheurs», qui «tirent les ficelles de cette mascarade» parlementaire pleine de «mauvaise foi».
Il sera intéressant de voir ce soir la réaction des policiers, puis du parquet, face à ces barbouilleurs de réclames. En avril dernier, en effet, ces activistes avaient remporté une victoire judiciaire mémorable. Poursuivis pour avoir, quelques mois plus tôt, bombé des panneaux publicitaires sur les Champs-Elysés, ils avaient finalement été relaxés. Le tribunal avait jugé que maculer des affiches de slogans tels que «Stop à la propagande» ou «Trop de pub» ne relevait pas de la dégradation, ne constituait donc pas une infraction, mais s'inscrivait dans l'exercice légitime de la liberté d'expression.
Cette nouvelle offensive des anti-pubs survient alors qu'à Paris la semaine prochaine, un autre bras de fer débute en groupes de travail. Ce bras de fer opposera, au sein de la majorité au pouvoir, les Verts (très publiphobes) et les socialistes, l'enjeu des pourparlers étant l'élaboration du nouveau règlement municipal régissant la publicité. Les Verts arriveront aux discussions avec un récent sondage. A l'en croire, huit Parisiens sur dix sont favorables à la suppression des panneaux d’affichage les plus grands, à l’obligation d’éteindre les panneaux lumineux pendant la nuit, et à l'interdiction d'installer des panneaux publicitaires à moins de 50 mètres des écoles.
11:43 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : activisme, publicité, justice, paris
24.06.2010
Une goutte d'eau
C'est le débat politique du jour à Paris, ce jeudi. Hier, le Président Sarkozy a fait savoir que, par souci d'économies, la garden party du 14 juillet à l'Elysée serait supprimée. Pour la droite, la mise entre parenthèses de cette tradition républicaine annuelle, établie par Valéry Giscard d'Estaing il y a 32 ans, est une mesure certes symbolique mais néanmoins importante: elle montre qu'en ces temps de crise, l'Etat lui aussi se serre la ceinture. Pour l'opposition, ce n'est qu'un geste «dérisoire» (le FN), «un artifice» voire «un coup de pub» (le PS), une pathétique «diversion» (les Verts). Deux réflexions.
D'abord, trois chiffres qui nous semblent bien situer les enjeux. Premier chiffre: 700.000 euros, soit le montant de la facture de la garden party du 14 juillet 2009, soit donc globalement l'économie qui sera faite le 14 juillet prochain. Deuxième chiffre: 419 milliards d'euros, soit l'enveloppe totale des dépenses de l'Etat. Troisième chiffre: 149 milliards d'euros, soit le montant du déficit public cette année. La suppression des petits fours élyséens constitue donc, vraiment, une goutte d'eau dans la mer.
Ensuite, remarquez que, s'agissant des dépenses traditionnelles mais néanmoins somptuaires du 14 juillet dans lesquelles on pourrait faire des économies, il en est une qui n'est jamais mentionnée: le sacrosaint défilé militaire. Pourtant, en France comme dans tous les autres pays partageant cette tradition, cette «kaki pride» annuelle a pour seule utilité visible de flatter l'ego national. Et elle aussi doit coûter cher aux pouvoirs publics: les salaires des personnels militaire et policier mobilisés (un jour férié, en plus), les infrastructures (tribunes, réceptions, etc.), les dépenses en carburant (avions, etc.), le coût de la réparation du macadam des rues de Paris s'effondrant chaque année sous le poids des chars, etc. Mais toucher à cette dépense-là, ou simplement poser la question, semble inenvisageable. La République a décidément ses tabous.
11:26 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, institutions, economie, défense, armée
23.06.2010
Une digression
Aujourd'hui, on s'autorise une petite digression. Pour coller à l'actu française du jour, on aurait dû parler ici de foot. Au risque (assumé) de paraître complètement décalé, on va s'en garder. Pour trois raisons. D'abord, parce qu'on n'a jamais eu grand-chose à dire de fondamental sur ce sujet – autant on aime faire du sport, autant commenter et regarder le sport fait par d'autres ne nous a jamais passionné. Ensuite, parce que hurler avec les loups, tout comme tirer sur l'ambulance, ne nous a jamais paru très glorieux. Enfin, parce que, à en croire de si nombreux commentaires entendus, lus ou vus depuis le fiasco footeux d'hier soir, la France est frappée par «un désastre», victime d'«une tragégie» (on se calme un peu, avec les mots?). Et donc, qui sait, ce pays a-t-il besoin, pour chasser la morosité, de petites digressions anodines et légères.
On reste donc dans le domaine de la musique, qu'on évoquait hier à l'occasion de la Fête du même nom. Avec une anecdote au ras du bitume de notre onzième arrondissement. Est-ce pour faire honneur à cette manifestation? Ou est-ce une coïncidence? Ces derniers temps, en tout cas, les rues de notre quartier ont été égayées par les digressions musicales d'un facétieux artiste du macadam, qui s'est amusé à y tracer des mots célèbres de chansons françaises. C'était plaisant de suivre ses digressions. En compagnie notamment de la Mylène («Je, je suis libertine/ Je suis une catin», etc.) ou de Marcia Baila, des regrettés Rita («Quand tu souris et quand tu ris/ Je ris aussi/Tu aimes tellement la vie», etc.). En ces temps de «désastre» national et d'affliction collective, il y a donc encore des Parisiens qui ont assez le moral pour pousser la chansonnette.
Cela dit, et plus fondamentalement, ce 21 juin à Paris, on a encore eu la confirmation que la musique n'adoucissait pas forcément les moeurs. Ainsi, selon les chiffres des autorités, rien qu'en une soirée dans la capitale et ses trois départements limitrophes, 239 personnes ont été interpellées pour des atteintes aux personnes et aux biens. Parmi elles, 192 ont fait l'objet d'un placement en garde à vue. Dans la seule capitale, 2.300 policiers et gendarmes avaient été mobilisés. Ils n'ont donc guère eu le temps, eux, de chantonner des bluettes.
11:35 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, culture, sport, sécurité
22.06.2010
Un tintamarre
La Fête de la Musique hier, à Paris comme ailleurs. Comme chaque 21 juin, on est allé y faire un tour en soirée, sans cette fois y passer des heures vu la météo si peu estivale. On y est resté cependant assez longtemps pour constater qu'une fois encore, on jouait et on entendait vraiment un peu de tout dans les rues – un peu n'importe quoi aussi, parfois: c'est le principe de cette festivité – et que, globalement, résonnait dans Paris un tintamarre réjouissant. Et assez assourdissant. Une fois encore donc, on s'est réjoui du privilège que l'on a, tout en habitant dans ce quartier Bastille si animé et donc bruyant, de vivre dans un endroit très calme. La nuit dernière donc, on n'a pas eu besoin de bouchons d'oreilles pour fermer l'oeil.
Ce qui, vu le niveau sonore ambiant, n'a pas dû être le cas de nombre de Parisiens. Pour qui, Fête de la Musique ou pas, le bruit constitue une réelle nuisance au quotidien. C'est d'ailleurs un des facteurs majeurs à l'origine de la difficile cohabitation entre fêtards et riverains. Depuis le lancement cet automne de la pétition contre «La nuit se meurt en silence», on semble avoir assez peu progressé dans la recherche de solutions concrètes pour améliorer cette âpre coexistence. Deux idées, toutefois, ont émergé. Premièrement: l'installation de sonomètres visuels dans les rues les plus animées de la capitale le soir – parmi lesquelles notre bonne vieille, et désormais si festive, rue Amelot, dans notre onzième arrondissement. Ces sonomètres visuels vireraient à un rouge vif et très voyant quand le niveau sonore dans la rue dépasserait les 80 décibels. Ce qui, espèrent (naïvement?) ceux à l'origine de ce projet, inciterait les fêtards, du coup avertis, à baisser le ton. Deuxième idée: la création d'«un service de médiation nocturne» à la Ville de Paris, qui irait à la rencontre des riverains les soirs où ils n'en peuvent plus du tapage nocturne. On sait assez, en effet, combien la police – qui, à Paris comme ailleurs, a d'autres chats à fouetter la nuit – intervient peu quand elle est saisie de plaintes pour nuisances sonores.
Le bruit, cela dit, tout le monde s'en plaint si souvent mais, à l'occasion, chacun se l'inflige aussi. Dernièrement, une étude l'a rappelé. Menée auprès de 2000 lycéens de la région parisienne, elle portait sur le niveau sonore moyen auquel ces ados écoutent leur baladeur. Résultat? En majorité (54%), ils l'écoutent en permanence à un niveau supérieur à 85 décibels, ce qui équivaut au bruit d'une tondeuse à gazon. Ils sont même 7% «à pousser le volume à plus de 100 décibels, soit un niveau dangereux, correspondant au bruit émis par un marteau piqueur». A Paris et dans sa région, dès lors, les campagnes de sensibilisation seront poursuivies voire intensifiées, afin de «faire prendre conscience aux jeunes de l’importance de la qualité de l’environnement sonore et les sensibiliser aux risques auditifs liés à l’écoute prolongée des musiques amplifiées».
11:15 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : musique, culture, art de vivre, santé
21.06.2010
Une attaque
Il vole bas en ce moment, l'argumentaire de certains activistes militant sur le terrain parisien. Il vole bas, et manipule des termes historiquement si lourds qu'ils laissent pantois par l'amalgame qu'ils opèrent. C'est ce qu'on s'est dit ces derniers jours, en empruntant le métro de Paris. En y constatant qu'aux entrées de plusieurs stations de notre onzième arrondissement, des pochoirs ont été apposés, si visibles, sur le trottoir. Pochoirs qui, en utilisant le terme de «collabos», renvoient à la même période de l'Histoire que ces «identitaires» d'extrême droite dont on parlait l'autre jour dans ce blog – qui assimilent leur lutte contre «l'islamisation» de la France au combat, il y a 70 ans, de la Résistance contre les nazis.
Cette fois, l'analogie si douteuse avec les années 40 vise la Croix-Rouge française, dont la quête annuelle vient de s'achever. «Pas de fric pour les collabos», clament les pochoirs, ainsi que pas mal de blogs (ici ou là). Qui veulent dissuader les gens à donner leur obole à «une société qui prospère sur le dos de la misère humaine et aide les gouvernements, quels qu’ils soient, à trier, enfermer, déporter toutes celles et ceux qu’ils ont décrétés indésirables». «Au-delà de son image humanitaire», accusent ces opposants, la Croix-Rouge est «aussi une entreprise qui participe à l’enfermement et à l’expulsion des sans-papiers», via son rôle d'observateur dans la zone d’attente de l'aéroport de Roissy ou lors des reconduites à la frontière.
La Croix-Rouge a déjà été plusieurs fois mise en cause dans ce dossier, ces dernières années (ici, par exemple). «Seul l'intérêt des enfants guide le dévouement et la disponibilité inconditionnelle» de ses agents, a-t-elle déjà dû se justifier publiquement. Tandis que son président – un ex-ministre chiraquien –, soupçonné de cautionner la chasse aux sans-papiers, a déjà dû (là) mettre les points sur les i: rappeler que la Croix-Rouge, «fidèle à sa neutralité, s’interdit de porter un jugement sur les politiques des États. C’est de la responsabilité du pouvoir de dire si c’est bien ou mal de renvoyer les gens chez eux. Il nous revient à nous de veiller à ce que chacun soit considéré comme une personne avant d’être un clandestin».
On a bien sûr le droit d'être convaincu ou pas par la position de cette association. Le droit aussi de juger que son principe fondateur de neutralité la conduit, sur le terrain, à une certaine complicité avec la politique migratoire du gouvernement. Politique dont on le droit de contester l'humanité. Mais de là à traiter de «collabos» les 52000 bénévoles de cette association... L'attaque, en tout cas, ira droit au coeur de ceux parmi ces bénévoles qui, en ce moment, viennent en aide aux inondés du Var ou aux sinistrés d'Haïti.
11:27 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : activisme, etrangers, immigration, histoire
18.06.2010
Un appel ou l'autre
L'«appel du 18 juin» il y a 70 ans jour pour jour, ce vendredi. Pas mal de cérémonies sont prévues pour la commémoration du mémorable appel radiophonique lancé par de Gaulle depuis Londres. Moins historique, beaucoup moins consensuel, voire volontiers provocateur dans sa dénomination, en France ce vendredi, comme chaque 18 juin, sera aussi relancé l'appel du... «18 joint» (ici). Rien à voir et donc à ne pas confondre. Cet appel-là, en effet, prône l'abrogation de la loi de 1970 pénalisant la consommation et la détention de stupéfiants. Abrogation car, selon les signataires de cet appel, «il est temps d’en finir avec une loi qui privilégie la politique de la matraque aux dépens de la prévention et de l’éducation». Et temps d'en finir avec «une loi inappliquée et inapplicable, bafouée par des centaines de milliers de citoyens tous les jours».
Parlant du cannabis, et au-delà de ce plaidoyer en faveur de l'autorisation de son usage, disons, récréatif, a resurgi ces derniers temps en France le débat sur une éventuelle légalisation de l'utilisation thérapeutique de cette substance. C'est un appel que lancent en vain, et depuis longtemps, des associations de malades. Qui, s'appuyant sur de nombreux témoignages (ici, par exemple) et expériences étrangères, assurent que le cannabis peut très utilement être utilisé pour soulager des patients d'affections ou d'effets secondaires de leurs traitements, contre lesquels les remèdes traditionnels ne peuvent rien.
La France, cependant, freine des quatre fers. Dans son dernier avis en date, l'Académie de médecine a encore réitéré son refus de toute utilisation thérapeutique du cannabis. Selon elle, «ce qui qualifie un médicament est son rapport bénéfice/risque établi par l’analyse des bienfaits que pourra en retirer le patient, comparés aux risques d’effets secondaires et de toxicité». Or, d'après l'Académie, s’agissant du cannabis, «les effets pharmacologiques sont d’une intensité modeste, alors que les effets secondaires sont nombreux et très souvent adverses»: de la «perturbation de la mémoire» aux «artérites pancréatiques» en passant par l'«aggravation de la schizophrénie», l'«incitation à la consommation d’autres drogues» ou les «cancers broncho-pulmonaires».
Mais nombre de pays autorisent l'usage thérapeutique du cannabis. Du coup, la position française est-elle, comme l'a dénoncé cette semaine une lettre ouverte, «moralisatrice» et «archaïque»? Ou, scientifiquement et médicalement, est-ce la France qui a raison? Et, dans ce cas, les autorités sanitaires et politiques des pays, pourtant civilisés, autorisant l'usage médical du THC sont-elles incompétentes, voire irresponsables?
Il ne serait pas inintéressant d'entendre la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, sur la question. Mais vu qu'elle est également ministre des Sports et qu'en plus, elle est fan de foot, elle doit avoir d'autres sujets de préoccupation, «mondiaux», en ce moment. Depuis le match d'hier soir et le fiasco des Bleus, singulièrement. On a les priorités que l'on se donne.
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17.06.2010
Une provocation
L'extrême droite a de la suite dans les idées. Hier après-midi, la préfecture de Police de Paris a interdit l'apéro géant «Saucisson & pinard» (clairement exclu aux musulmans, donc) que des groupes identitaires comptaient organiser vendredi dans le quartier parisien (à forte population issue de l'immigration) de la Goutte d'or. Quelques heures plus tard, cependant, ces jeunes «patriotes» en lutte contre «l'islamisation de la France» – qui se retrouvent notamment sur Facebook (pas envie de faire ici un lien: les lecteurs que cela branche trouveront bien) – ont réagi. Des tentatives d'organisation de rassemblements du même acabit ont essaimé ça et là en France. Ainsi, un autre apéro géant de ce type est annoncé à Toulouse, Place du Capitole. Un apéro baptisé «Rosette & Pinard» est programmé à Lyon. On parle même d'un «Apéro géant Saucisson & Bières» à Molenbeek – commune bruxelloise à forte densité immigrée.
A Paris, ne reculant pas devant une nouvelle provocation, les identitaires appellent désormais leurs sympathisants à se réunir vendredi soir à la place de l'Etoile. En cette veille de commémoration de l'appel du 18 juin lancé par le général de Gaulle, ils prennent soin de préciser que ce lieu de manifestation n'a pas été choisi au hasard. A cet endroit du quartier des Champs-Elysées, en effet, «le 11 novembre 1940, malgré la publication d’un communiqué de la préfecture de police affirmant qu’aucune démonstration publique ne sera tolérée, 2000 lycéens et étudiants eurent le courage de se réunir pour défier l’occupant». En se réunissant place de l'Etoile 70 ans plus tard, les activistes d'extrême droite entendent symboliser leur «entrée en résistance face à l'islamisation de la France».
Le lien est donc fait, par et dans ces pauvres esprits, entre l'Occupation nazie d'hier et l'immigration musulmane d'aujourd'hui. Entre la Résistance et leur résistance. Minable.
11:36 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : activisme, jeunes, immigration, racisme, internet



