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12.07.2010

Une sauvagerie

Ce week-end en pleine rue au coeur de Paris, un jeune homme est mort... pour une cigarette. Il devisait sur un banc tranquillement, avec des copains. Il a refusé de se faire taxer une clope par un passant. Qui, mécontent, l'a poignardé dans le dos. Il est mort peu après son admission aux urgences de La Pitié-Salpétrière. Il y a moins d'un mois déjà, en banlieue de Paris, un jeune automobiliste avait perdu la vie sur une bretelle d'accès à l'autoroute A13. Battu à mort lors d'une expédition punitive. L'automobiliste avec qui sa voiture venait d'avoir un léger accrochage avait appelé ses copains en renfort, ne supportant pas que le jeune homme réclame de rédiger un constat à l'amiable.

 

Ces deux morts si absurdes témoignent sans doute d'une certaine sauvagerie ordinaire. Qui n'est probablement pas propre à Paris ou à la France, mais illustre la perte de valeurs qui, à notre époque, frappe certains.

 

Dans notre vie quotidienne parisienne, on n'est pas rarement témoin d'incidents très banals et qui dégénèrent en une violence – uniquement verbale dans ces cas, heureusement – dont la gratuité nous sidère toujours. Deux exemples récents. L'autre jour à la sortie de notre station de métro Richard Lenoir, une vieille dame se prend la porte en pleine figure. «Ah, ben, merci pour la porte, madame!», lance-t-elle, dépitée, à celle qui l'a précédée: visiblement trop pressée pour lui tenir la porte. «De rien, madame!», répond ironiquement l'autre, en ricanant. «Mais enfin madame, vous pourriez tout de même faire un peu attention aux autres!», rétorque la vieille. «Mais je vous emmerde, madame!», lui réplique l'autre du tac au tac. Autre exemple. A côté de la maison, débouche une ruelle théoriquement interdite à la circulation mais régulièrement empruntée par les scooters, au coin de laquelle s'est installée la terrasse d'un petit resto. L'autre soir en rentrant du boulot, on tombe sur un scooter qui débouche à vive allure du minuscule passage. Puis qui, après avoir dû piler et déraper pour tourner, slalomme entre les tables de la terrasse en remettant bruyamment les gaz, afin de poursuivre sur sa lancée. Les gens en train de dîner apprécient modérément le vacarme et les gaz d'échappement. L'un d'eux le signale, même pas méchamment, au motocycliste, lui proposant d'aller continuer son rodéo ailleurs. En retour, il se prend une volée d'insultes: traité de «sale connard de bobo» par le conducteur, qui lui conseille de suivre le traitement qu'a récemment préconisé Anelka à Domenech.

 

On veut croire que cette muflerie agressive n'a, en dépit du cliché du Parisien teigneux, rien du comportement typiquement parisien. Mais, plus généralement, traduit les tensions que génère parfois la vie en milieu urbain densément peuplé et en permanence agité. Il n'empêche, quand cette tension urbaine de tous les instants prend des proportions mortelles, cela devient flippant.

Commentaires

De moins en moins d'éducation, des exemples (qui n'en sont pas) venus d'en haut et le tour est joué !

Écrit par : stef | 12.07.2010

En tant que journaliste, vous etes bien placé pour savoir que des faits divers, y compris dramatiques, il y en a un par jour, rien a voir avec l'epoque ou meme le lieu (meme si Geneve ou Barcelone sont plus detendues que Paris, on l'accordera volontiers).

Écrit par : Le Parisien Liberal | 12.07.2010

Pas d'accord, Paris Libre relève ici un autre type d'actes qui se répandent, même si ça relève du fait divers. Avant, on butait pour le magot d'une banque, pas pour une clope. La réaction est disproportionnée par rapport à l'enjeu, c'est le moins qu'on puisse dire. Et c'est très inquiétant.

Écrit par : Morzette | 13.07.2010

D'accord avec Morzette. Malraux : "Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie."

Écrit par : Tania | 14.07.2010

je suis bien d'accord

Écrit par : steve | 15.07.2010

Les commentaires sont fermés.