Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

13.09.2010

Une lassitude

Le débat artistique n’évolue décidément pas beaucoup, à Paris. On en aura encore l’illustration demain, avec l’inauguration de la grande expo Murakami au château de Versailles. Il y a deux ans déjà (relire ici ou ), ce château avait fait scandale en rendant hommage à l’Américain Jeff Koons, une initiative qui avait même fait l’objet de recours en justice. A présent, suscite une identique controverse l’arrivée sous ses ors de la star japonaise de l’école «kawaï» (mignon, en japonais) – sorte de croisement coloré entre l’esthétique pop art et la culture manga. Ainsi, s’insurgeait ce week-end le prince Sixte-Henri de Bourbon, descendant paraît-il de Louis XIV, «ce nouvel art du scandale perdra le prestige de Versailles comme vitrine culturelle de la France».

On avoue qu’on a entendu avec lassitude, ces derniers jours, les discours des tenants de cette vision passéiste et poussiéreuse du patrimoine historique. Non pas qu’on soit particulièrement passionné par les créations du pape du «nouveau japonisme»: la dernière grande rétrospective parisienne en date qui avait été consacrée à ce plasticien (à la Fondation Cartier, il y a quelques années) nous avait même laissé assez froid. Mais là, au vu des premières images de son expo à Versailles vues à la télé ces derniers jours, on a vraiment envie de se laisser tenter: le contraste avec le décor royal a l’air épatant.

De même n’a-t-on pas gardé un souvenir impérissable du président de l’établissement gérant le château de Versailles, Jean-Jacques Aillagon, lorsqu’il était ministre de la Culture, sous Jacques Chirac. Mais là, on trouve qu’une fois de plus, il se défend plutôt bien. Hier dans les journaux et ce matin encore à la radio, il l’a rappelé: «On voudrait imposer à ce château une pudibonderie qui n’a jamais eu cours. Il ne faut pas oublier que Versailles a été conçu et voulu pour la fête, le bonheur, la profusion. Critiquer le fait de présenter de l’art contemporain dans un musée national est une façon de contester ce qu’ont préconisé 50 ans de politique culturelle dans notre pays. Malraux a invité Chagall à réaliser un plafond à l’opéra de Paris. Chagall a créé les vitraux de la cathédrale de Reims. Jack Lang a demandé à Daniel Buren d’intervenir dans les jardins du Palais-Royal. Notre but est de faire comprendre au public l’universalité de l’art. Des œuvres du passé peuvent dialoguer avec celles d’aujourd’hui et vice versa ».

Et, ajoutera-t-on à l’attention de ceux qui veulent faire du château versaillais «le temple de leur nostalgie politique», même le très vénérable musée du Louvre, il y a peu, s’ouvrit à l’art contemporain: il fit repeindre le plafond d’une de ses salles par le grand artiste américain Cy Twombly. Et le résultat était très bien.

En art comme en tout, rien décidément n’est plus lassant que le manque d’audace.

Commentaires

Il faudrait donc taire toute récrimination face à ce mélange des genres qui voit le nommé Jean-Jacques Aillagon, le grand manitou du château de Versailles, donc au titre de l’Etat, organiser des expositions valorisant les croûtes que conseille d’acheter, à titre privé, un certain Aillagon Jean-Jacques au gogo François Pinault; tout ce petit monde profitant au final financièrement de la valorisation d’œuvres ne jaugeant pas tripette si elles ne sont pas exposées au milieu de splendeurs éternelles…

Il faudrait donc ne pas se mettre à la place d’amateurs floués venant du bout du monde, au prix d’un voyage payé par les économies d’une vie, le seul peut-être de leur existence, pour voir le Versailles de leurs rêves, et arrivant dans un palais salopé par les immondices grotesques et vulgaires d’une société de consommation axée sur la plus immédiate cupidité…

Écrit par : CP | 13.09.2010

Nous sommes donc sommés de nous émerveiller devant cette expo, sous peine de passer pour un ringard qui a une conception "passéiste et poussiéreuse du patrimoine historique"
Et bien.... le snobisme ne va pas toujours se nicher là où on l'attend ...

Écrit par : thalyssette | 14.09.2010

Tout à fait d'accord avec CP, il ne s'agit pas en l’occurrence de favoriser l'art moderne mais les ventes de François Pinault. Car ce genre d'exposition augmente la valeur de l'artiste.
Il ne s'agit pas d'art mais de fric.

Écrit par : GED | 15.09.2010

Versailles est avant tout l'oeuvre de Louis XIV, et Louis XIV était un mécène, ami des arts et très "branché contemporain". Je crois (je sais, faire parler les morts, c'est idiot, mais bon...) qu'il serait plutôt favorable, lui, à ce "mélange des genres"...

Trêve de plaisanteries : le patrimoine doit vivre, et pas rester figé. Versailles n'a cessé d'évoluer au cours de son histoire.

Écrit par : lambertine | 15.09.2010

Les commentaires sont fermés.